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Le grand frisson

C’est l’histoire d’un élan qui passe son temps à regarder ses amis s’amuser et profiter de la vie… Lui a toujours trop peur pour entreprendre quoi que ce soit ! Pourtant, un beau jour, ce grand élan a une révélation: « Parfois, l’élan a l’impression de passer à côté de quelque chose. Mais de quoi, au juste ? […] S’il veut trouver ce qui lui manque, il doit saisir la vie à bras le corps. »

Tel un présage, il saute dans le premier bateau qui se présente devant lui et direction l’aventure ! Comme dans un roman d’apprentissage, notre héros va devoir affronter un certain nombre d’épreuves… Un requin qui rôde, une tempête et se retrouver échoué sur une île déserte ! Après une phase de léger effroi, l’élan (ne pouvant compter que sur lui-même) se met au travail et se transforme en véritable Robinson Crusoé. Il relève beaucoup de défis et affronte, ou plutôt dompte, la Nature. Comme un bon naufragé, il se trouve aussi un allié, un compagnon en la personne d’une tortue nommée… Mardi. Tous les deux, ils profitent pleinement de la vie !

Alors que l’élan s’est parfaitement adapté à son nouveau milieu, il a l’opportunité de quitter l’île déserte pour retrouver son chez-lui ainsi que ses amis l’ours et le castor. Gros changement de décor pour notre élan qui se retrouve sur un paquebot en pleine croisière… Place à l’opulence et aux nombreux loisirs ! Là encore, après des débuts hésitants, il se fait vite à ce nouveau mode de vie. Après cette riche expérience, l’élan va (enfin) retrouver son chez-lui et ses amis… L’histoire se termine tout de même sur une petite touche de futur voyage !

Le grand frisson est un album très drôle et attachant. Tout d’abord, le personnage de l’élan a un fort capital sympathie: quel bonheur de voir ce grand « nigaud » s’affirmer et devenir un super élan ultra-positif ! On suit ses aventures avec plaisir… et ce livre délivre un message important aux enfants: dans la vie, il faut savoir affronter ses peurs pour se dépasser. C’est difficile, mais cela peut vraiment valoir le coup… La faculté d’adaptation est une grande qualité et une aide précieuse pour avancer dans la vie. Si cette histoire, et plus particulièrement la voix de l’élan, peut résonner dans la tête (ou le cœur) d’un enfant lorsqu’il se retrouve dans une situation délicate où il doit faire face à la nouveauté, c’est une excellente raison pour lui lire ce livre !

L’album nous parle aussi d’amitié et de l’importance d’être bien entouré. Il y a les amis de longue date que l’on est toujours content de retrouver mais aussi les nouvelles rencontres… qui peuvent donner des ailes.

Nicholas Oldland, l’auteur-illustrateur, a intitulé son livre Le grand frisson: ce frisson peut aussi bien être celui de l’inquiétude face à la nouveauté, celui que l’on éprouve lorsque l’on fait une rencontre déterminante ou encore celui de la satisfaction (tant recherchée) d’être en accord avec qui l’on est…

Plus d’informations sur Nicholas Oldland et ses autres ouvrages ICI.

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Maison d’édition: Bayard jeunesse

Date de parution: avril 2017

Âge conseillé: à partir de 3 ans

Prix; 10,90 euros

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Le jour de l’âge de raison

Une semaine avant ses 7 ans, Georges s’interroge sur cet âge particulier. Enfin… surtout particulier aux yeux des adultes, puisque ce nouvel âge a le mérite d’avoir une appellation spéciale: « l’âge de raison ». Histoire de mieux appréhender les choses, le petit garçon pousse la réflexion mais finit pourtant par s’inquiéter… Est-ce qu’on s’amuse encore quand on a 7 ans ? « Peut-être qu’on a juste envie de ranger sa chambre et d’apprendre le dictionnaire par cœur. » Bref, Georges n’a pas envie de devenir un petit monsieur sérieux… Lui, il a décidé que 7 ans était l’âge du carambolage ! Il aime jouer avec ses petites voitures, les fracasser et créer des accidents.

Il a peur que cet âge « trop sérieux » ne le pousse définitivement hors de l’enfance. Comment faire pour arrêter le temps ? Aux grands maux, les grands remèdes ! Un tube de crème anti-âge qui traîne dans la salle de bains fera sûrement l’affaire… Il s’en peinturlure façon commando et le voilà armé ! Mais, les jours passent et le jour fatidique se rapproche… Mieux vaut affronter la réalité en face et Georges pense alors à quand il était dans le ventre de sa mère, puis sa petite enfance et il s’imagine même très vieux !  Tout ce cheminement l’amène au fameux septième jour de la semaine, le jour de ses 7 ans et la boucle est bouclée: il franchit le cap de l’âge de raison.

« Et l’heure exacte de sa naissance: 15 heures 35. Georges regarde la pendule: 15 heures 33. Son cœur bat très fort. 15 heures 34. Georges ferme les yeux. 35. 36. Georges les rouvre. RIEN. Il ne s’est rien passé. Ni à l’intérieur de Georges ni à l’extérieur. Zéro changement. Que dalle. Un peu soulagé, un peu déçu, Georges ressort de la salle de bains. »

© D. Lévy et T. Baas pour Sarbacane

Une fois la date butoir passée, Georges se débarrasse de ses craintes et il redevient un petit garçon pressé de profiter de sa fête d’anniversaire ! Tel un vieux sage, il accepte les règles du jeu de la vie et se rend bien compte qu’il n’a pas vieilli d’un seul coup…

Le découpage du récit en jours de la semaine et le rythme donnent une véritable énergie à l’ensemble. Les phrases sont courtes et le style quasi-journalistique. On plonge dans l’esprit de Georges et on se délecte de ses réflexions: « Georges examine les photos sur le mur de liège, dans la chambre de ses parents. […] La photo de son papa quand il avait 7 ans. Tout le monde dit que Georges est le portrait craché de son père. Georges, lui, ne sait pas trop. Il sait juste qu’il n’a pas envie d’être un portrait craché. »

La plume de Didier Lévy est, comme d’habitude, exquise. Il a su parfaitement trouver les mots justes pour traiter le sujet et ce livre parle aussi bien aux adultes qu’aux enfants. Il est question, bien évidemment, du temps qui passe, des étapes à franchir dans la vie et aussi de l’importance que l’on veut bien lui donner (ou non) aux chiffres et à leur valeur. Une bonne dose d’humour et de sensibilité figure aussi dans cet album qui aborde un thème qui peut être délicat. Au-delà de l’âge de raison, ce livre parle de la famille au sens large, de la place de chacun et de la construction de soi-même.

Les illustrations de Thomas Baas sont vraiment très belles, avec une réelle dimension graphique.  Savamment dosés, les dessins mettent Georges au cœur des actions et le petit garçon (en couleur) se détache des pages aux teintes claires. L’accent est clairement mis sur lui et on suit ce personnage très attachant dans son aventure intérieure…

La morale du livre, s’il y en a vraiment une (?), est de laisser les enfants profiter de leur enfance le plus tard possible. Ni tendre, ni bête, ni raisonnable, l’enfance ne devrait avoir qu’un seul âge: celui de l’âge heureux.

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Maison d’édition: Sarbacane

Date de parution: 03/05/2017

Prix: 15,50 euros

Âge conseillé: à partir de 6 ans

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Une sieste et un bon bain !

Voici une chronique vous conseillant des livres de la collection « Loulou & Cie » qui s’adressent aux tout-petits: À la sieste ! et Au bain, les monstres ! sous le trait et la plume de la talentueuse Iris de Moüy. Ces deux albums mettent en scène des activités quotidiennes des enfants (dormir et se laver), thèmes largement abordés dans les livres pour enfants, me direz-vous… Alors, quel est le petit plus de ces livres ? Un traitement original & décalé, un univers graphique envoûtant et un grain de folie qui séduit autant les petits que les grands !

 

L’histoire de ce livre cartonné se situe en pleine jungle… Elle commence dès la couverture (petite originalité) avec un appel général lancé par une petite fille, telle la maman de la savane. Le livre s’ouvre alors sur un zèbre fâché qui nous dit « Je ne veux pas faire la sieste. » Et, tour à tour, les animaux disent fermement à quel point ils ne veulent pas dormir. Je suis sûre que ce petit refrain vous fera penser à quelqu’un que vous connaissez bien…

Dans cet album, la belle galerie d’animaux de la savane donne toutes les excuses possibles et imaginables pour ne pas se reposer: certains tentent l’intimidation, d’autres essaient la ruse et quelques-uns se frottent même à l’humour ! Cependant, la malicieuse petite fille parvient à ce que tout ce petit monde tombe dans les bras de Morphée. Intelligence, magie ou véritable tour de force ? Je vous laisse découvrir la technique de l’enfant qui murmurait à l’oreille des animaux – la pirouette finale – qui semble simple comme bonjour. Beaucoup de parents aimeraient avoir la même force de conviction !

Les petits lecteurs jubilent en constatant le pouvoir de la petite fille immergée en pleine jungle. Nullement impressionnée, elle affronte une hyène, un hippopotame et même le lion ! Dans cet univers très coloré, l’enfant représentée en noir et blanc se détache des autres personnages de l’histoire et du décor: figure contrastée, elle impose sa force.

À la sieste ! est un livre au plus près des préoccupations enfantines. L’auteur-illustratrice offre un récit court et très efficace porté par des illustrations vitaminées qui enchante les tout-petits. Et, que cela fait du bien de lire un livre à propos de la sieste n’utilisant pas le quotidien des enfants ou mettant en scène les doudous, les peluches, etc. ! Iris de Moüy donne le pouvoir à une petite fille (joie des petits lecteurs qui se reconnaissent dans cette semblable) plus forte que tous les animaux réunis.

La plus grande qualité de cet album, plus fin qu’il n’y paraît, est de réussir à désacraliser la sieste. Sujet parfois sensible, il est bon de pouvoir en rire avec son enfant le temps d’une bonne histoire…

 

 

Un frère, une sœur et l’heure du bain. Tout un programme, non ?

Les petits diables s’échappent se complaisant dans leur crasse et se cachent dans leur chambre « dégoûtante ». À l’image de la saleté des enfants, la chambre est sens dessus dessous !

Qui se ressemble s’assemble alors de vrais monstres débarquent dans la chambre des enfants devenue l’antre de la puanteur. Les petits sont ravis, les monstres aussi et la fête bat son plein: « on était monstrueusement bien dans cette chambre ». Les très grands monstres remplissent peu à peu les pages du livre jusqu’au point de bascule: la fille et le garçon se transforment aussi en monstres ! Si, si, des vrais avec des poils et des verrues. Les petits lecteurs sont tour à tour amusés de voir des enfants désobéissants, effrayés de les voir se transformer en monstres et rassurés de voir tout redevenir à la normale.

Dans cette histoire rigolote, le message de l’importance de la propreté est passé de manière intelligente et originale: oui, c’est plus agréable pour tout le monde de se faire un câlin lorsque l’on sent bon…

À la lecture, on se régale avec ces monstres originaux, tenaces et colorés, ils sont vraiment très réussis… Et la complicité entre le frère et la sœur est parfaitement rendue et très attachante. On sait à quel point les enfants s’entendent pour faire des bêtises ! À la fin de l’histoire, ce sont les enfants contre les monstres et ils parviendront à les battre à coup de « jet suprasonique propreté » et « gel douche décrassant » !

Avec Au bain, les monstres !, on fait un grand saut dans l’absurde et c’est tout simplement génial… On rit et on en redemande, encore des enfants cracras et vive la baignoire qui galope !

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Maison d’édition: L’école des loisirs (Loulou & Cie)

Année de parution: 2013 pour À la sieste ! et 2017 pour Au bain, les monstres !

Prix: 12,50 euros (À la sieste !) et 9 euros (Au bain, les monstres !)

Âge conseillé: 3 ans

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Au-delà de la forêt

NOUVEAUTÉ

Arthur est un jeune lapin qui vit avec son père et leur chien dans une petite ferme. La famille est entourée par la forêt et pas n’importe laquelle… elle est très dense et très sombre. « On raconte que la forêt est habitée par des loups, des ogres et des blaireaux géants. Personne ne s’y aventure jamais ! »

Le décor est donc rapidement posé et l’ambiance aussi… Qui mieux qu’un courageux papa pourra relever le défi ? Mais plus que courageux, le père d’Arthur est surtout ingénieux et va se lancer dans une entreprise plus grande que lui: la construction d’une tour permettant de voir au-delà de la forêt. Et tout ça avec l’aide de son fils, bien entendu ! Afin de récolter suffisamment de pierres pour construire son édifice, le père a l’idée d’échanger du pain contre des pierres aux villageois. Il se met donc aux fourneaux, la bonne odeur des petits pains attire bientôt beaucoup d’autres lapins et le troc se met vite en place: « un pain contre quatre pierres ».

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© N. Robert et G. Dubois pour le Seuil jeunesse

Les pierres s’accumulent, la tour prend forme et la construction avance vite. Mais, coup du sort, une terrible tempête a lieu durant la nuit et la tour (faite à moitié) s’effondre ! Il faut tout refaire… Heureusement, Arthur et son père seront rapidement aidés par leur entourage. Un véritable relais se met en place pour soulager Arthur et son père qui ont affronté les éléments toute la nuit ! Pendant que père & fils dorment, tous les voisins retroussent leurs manches et se mettent au travail. À leur réveil, la tour est deux fois plus haute qu’avant l’orage !

Puis, l’élan se poursuit et les villageois continuent d’aider Arthur et son père. L’apprenti boulanger leur offre de bons petits pains en échange de leur travail… Le chantier de la tour progresse rapidement et, sur une double-page, on voit l’évolution faisant penser à la tour Eiffel en travaux. On suit avec plaisir cette quête ponctuée de solidarité, de péripéties et de suspense.

Le récit, signé Nadine Robert, est placé sous le signe de l’esprit d’entreprise. Il véhicule beaucoup de valeurs extrêmement positives sur fond de persévérance et d’entraide. Il montre aux enfants à quel point il est important de se donner les moyens de réussir, d’aller jusqu’au bout de ses rêves et qu’à plusieurs, on est plus fort que tout seul. Le texte de cet album est fort, simple sans pour autant être moralisateur.

Pour donner vie à cette belle histoire, il fallait des illustrations tout aussi belles. Et c’est le moins que l’on puisse dire du travail de Gérard Dubois (dont je vous ai souvent parlé), ses planches sont à couper le souffle ! L’ambiance du livre est à la fois rétro et intemporelle. On rentre dans cette histoire comme dans un conte et l’univers est dense, matiéré et très travaillé. La composition des double-pages est remarquable, mention spéciale à celle de la construction de la tour, celle de la tempête, celle de la fête du village et les dernières du livre.  Les tonalités plutôt sombres imposées par l’histoire (la forêt, les pierres de la tour, la ferme, le bois, etc.) parviennent à ne pas écraser l’ensemble et l’ensemble est rehaussé par les touches de couleur des tenues des lapins. Et je dois dire que la petite communauté de lapins de Gérard Dubois est particulièrement réussie !

Une fois la tour construite, les lecteurs sont aussi impatients qu’Arthur et son père de découvrir ce qu’il y a au-delà de la forêt. Je vous encourage à demander à vos enfants ce qu’ils pensent découvrir avant de tourner la dernière page. Mon fils a dit « une maman », c’est vrai qu’il n’y en a pas dans le livre et j’ai trouvé cette idée assez belle… Mais, c’est une tout autre fin que Nadine Robert et Gérard Dubois ont imaginée et la chute est vraiment magistrale. Cet album est une véritable splendeur, à découvrir d’urgence !

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Maison d’édition: Seuil jeunesse (réédition de Comme des géants, 2016)

Année de parution: 2017

Prix: 13,90 euros

Âge recommandé: 5 ans

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Bob L’Artiste

NOUVEAUTÉ

« Quelle merveilleuse journée ! Idéale pour me promener les pattes à l’air », se dit Bob, un bel oiseau noir. Le voilà donc parti… mais sa balade se trouve vite gâchée par des moqueries. Le chat, le hibou et les autres oiseaux trouvent les pattes de Bob trop grandes et trop maigres. Notre pauvre Bob décide alors de tout faire pour changer son allure: gym pour se muscler, régime grossissant pour étoffer ses jambes ou habits pour se camoufler. Aucune solution ne se révèle idéale ! Que faire alors ?

Le hasard de sa promenade le mène dans un musée d’art et, devant une galerie de tableaux très différents les uns des autres, une idée de génie lui vient à l’esprit. Dès le lendemain, Bob décore son bec à la manière des célèbres peintres qu’il a admirés la veille: un jour les motifs de Matisse, un autre les éclaboussures de Pollock et la semaine se poursuit de cette manière. L’entourage de Bob est enthousiaste de ces petites touches d’originalité et finit même par oublier… ses pattes. Et encore mieux, les autres finiront par accepter Bob comme il est ! Ce dernier aura eu l’intelligence de détourner l’attention des critiques sans pour autant (trop) se transformer pour satisfaire le regard d’autrui.

Cette démarche est très positive pour les jeunes lecteurs qui interceptent le message qu’il ne faut pas absolument chercher à coller aux attentes des autres. En se trouvant soi-même, les autres vous acceptent plus facilement… Bob L’Artiste est le premier album pour enfants de Marion Deuchars et j’espère sincèrement qu’il y en aura d’autres… L’auteur-illustratrice nous offre un livre très esthétique et élégant. Les illustrations sont splendides et le pari est relevé haut la main: développer le goût de l’art chez les enfants et faire connaître certains grands noms de la peinture (Matisse, Pollock, Picasso, Mondrian, Miró, etc.).

Regardez bien et vous verrez (quasiment) sur chaque page le petit compagnon de Bob, une chauve-souris. Les enfants aiment particulièrement relire le livre en la cherchant sur les illustrations…

BONUS

Voici la couverture de la version originale, Bob the artist publiée l’année dernière par Laurence King Publishing. Je ne sais pas vous mais moi, j’aime autant l’une que l’autre… Il y a deux approches, l’une plus mystérieuse que l’autre, le choix de différentes couleurs et le détail opposé à l’ensemble.

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Maison d’édition: Seuil jeunesse

Année de parution: 2017

Prix: 12,90 euros

Âge conseillé: 3 ans

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Le tigre qui s’invita pour le thé

NOUVEAUTÉ / RÉÉDITION

L’histoire s’ouvre sur une scène du quotidien (« Il était une fois une petite fille qui s’appelait Sophie, et qui prenait le thé avec sa maman dans la cuisine ») avant de basculer dans l’extraordinaire: « Soudain, on sonna à la porte. […] Il y avait là un grand tigre velu et rayé. » Et comme le dit clairement le titre, cet animal franchit la porte de la maison puis débarque dans la famille de Sophie sans y avoir été invité au préalable. Comme vous le verrez par la suite, la nuance est particulièrement importante…

La magie de l’histoire opère dès lors que la petite Sophie et sa mère accueillent cet étrange invité comme un être tout à fait ordinaire. Très souriant et poli, le tigre est surtout affamé… alors il ne se contente pas que de thé et de petits gâteaux. Il lui en faut beaucoup plus ! Le vorace vide les placards de la cuisine et le frigo. Il mange même le dîner familial qui mijotait ! La petite fille de la maison n’est nullement effrayée, elle est à la fois attendrie par cette « peluche géante » (elle caresse le tigre) et est impressionnée par son appétit d’ogre qui est poussé à son paroxysme: « … et il but tout le lait, et tout le jus d’orange, et toutes les bières de papa, et toute l’eau du robinet. » Vous verrez, à la lecture, cette exagération amuse tout autant qu’elle fascine les enfants ! Une fois rassasié, le tigre s’éclipse en prenant bien soin de remercier ses charmantes hôtesses. Passé l’épisode de la tornade gourmande, la mère de Sophie réalise qu’il n’y a vraiment plus rien à manger pour sa famille. Alors, que faire ?

Heureusement, le père rentre du travail et propose d’aller au restaurant. Quelle excellente idée ! La petite famille se met donc en route pour une sortie imprévue et, donc, délicieuse. Évidemment, les enfants lecteurs approuvent aussi cette solution et adhérent au menu « idéal » énoncé dans le récit (saucisses, frites et glace). Le lendemain de cette étrange journée, les choses rentrent dans l’ordre… Sophie et sa mère font le plein de courses et achètent « encore plus de choses à manger ». Mieux vaut être préparées à recevoir des visites !

Les illustrations datant de 1968 ont un côté vintage pour nous, lecteurs d’aujourd’hui, et les amateurs de rétro apprécieront… D’ailleurs, Le tigre qui s’invita pour le thé de Judith Kerr est un grand classique de la littérature jeunesse en Angleterre et, personnellement, j’attendais sa parution en français avec impatience.

La force de cet album réside dans le propos atypique, mystérieux. C’est l’intrusion de l’exceptionnel dans le quotidien… Un animal envahissant dans une maison lambda et confortable. Le décalage fonctionne très bien auprès des enfants qui trouvent ça fou de voir un tigre en dehors de son milieu naturel, entrer dans une maison de ville et outrepasser beaucoup de règles de politesse tout en restant pourtant très courtois. Il a faim, il se sert donc le tigre pille, mais avec grâce ! Le personnage du tigre est déroutant car il possède une attitude humaine tout en conservant son animalité (taille monumentale et appétit débordant), cette double facette fait de lui un être énigmatique qui ne laisse personne indifférent. On sait à quel point les histoires « étranges », bien ficelées et avec beaucoup de liberté entre les lignes plaisent aux jeunes lecteurs…

 

L’Histoire dans l’histoire

Depuis sa parution, il y a eu de nombreuses interprétations sur ce livre et particulièrement sur la figure du tigre. Qui se cache derrière cet animal ? Pourquoi écrire une histoire si particulière à propos de la nourriture, de la faim et de la peur de manquer ? Certains s’accordent à dire qu’il est question de la Seconde Guerre mondiale. Le tigre, cette grosse bête qui symbolise la puissance, représenterait le nazisme. Dans le premier niveau de lecture de l’histoire Le tigre qui s’invita pour le thé, le tigre saccage beaucoup de choses, puise dans les réserves et ne laisse plus rien à manger, le tigre représenterait donc tout simplement la guerre. Dans ce cas-là, pourquoi souhaiter son retour à la fin de l’histoire (même s’il est clairement dit que le tigre ne revint jamais) ? C’est bien là toute l’ambivalence de ce livre… L’auteur-illustratrice Judith Kerr a été contrainte de fuir son pays lorsqu’elle était enfant et le choix d’écrire une histoire sur une figure intrusive n’est sûrement pas anodin. Rien n’est dit de manière très explicite mais malgré la politesse du tigre, n’oublions pas qu’un tigre reste un tigre avec tout le danger que cela peut comporter. Ensuite, chacun peut en faire sa propre lecture…

Je vous conseille de regarder le formidable documentaire sur Judith Kerr intitulé Hitler, the tiger and me (diffusé sur la BBC fin 2013), voici la bande-annonce ci-dessous:

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Maison d’édition: Albin Michel Jeunesse

Année de publication: 2017 (réédition de 1968)

Prix: 14,90 euros

Âge conseillé: 4 ans

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Petit Pois

NOUVEAUTÉ

Petit Pois porte bien son nom, il est minuscule ! Sa maman lui coud ses habits, il est obligé d’emprunter ses chaussures à des poupées et dort dans une boîte d’allumettes. En grandissant… enfin en prenant de l’âge, il fait son apprentissage de la vie et devient même aventurier ! Mais, la plus grande épreuve restera son entrée à l’école et la confrontation avec un monde fait pour les enfants, les grands enfants ! Comment Petit Pois va-t-il trouver sa place dans ce vaste monde ? Tout simplement, en développant son petit truc en plus… On suit avec plaisir le parcours attachant de ce petit bonhomme pas comme les autres.

 

© D. Cali et S. Mourrain pour Actes Sud junior

Dans Petit Pois, il est bien entendu question de différence et de confiance en soi. Le vieil adage « Ce n’est pas la taille qui compte » est mis en lumière avec originalité. Tout l’univers miniature est admirablement représenté et le texte dit beaucoup avec peu de mots… Les enfants accrochent beaucoup à la lecture de cette histoire tant ils se sentent en parfaite adéquation avec Petit Pois, eux qui sont petits comme lui et se sentent encore trop petits, enfin pas assez armés pour faire certaines choses. Dans la lignée de Tom Pouce ou Poucette, Petit Pois est un petit héros au destin hors du commun qui fera s’évader les plus jeunes !

Une fois de plus, le duo Davide Cali (texte) et Sébastien Mourrain (illustrations) nous offre un magnifique album. Je vous avais déjà parlé de Chez moi (Actes Sud junior, mai 2016) et je vous conseille aussi de découvrir Bronto mégalo saure (Sarbacane, janvier 2017). Drôle et sensible, Petit Pois est une petite merveille d’histoire. Comme d’habitude, je ne vous dévoile pas la fin mais elle est vraiment à la hauteur de l’ensemble du récit. Elle est même absolument irrésistible ! Bref, lisez ce beau livre aux enfants pour les faire rêver et aussi pour leur donner confiance en eux !

Sinon, ouvrez bien l’œil et vous verrez des pois/points à chaque page…

BONUS

Voici la couverture de la version originale de Petit Pois publiée l’année dernière par l’excellente maison d’édition québécoise Comme des géants. La France a misé sur la tendresse de Petit Pois endormi sur son chat tandis que le Québec a joué la carte « aventurier du jardin » !

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Maison d’édition: Actes Sud Junior (réédition Comme des géants, 2016)

Année de parution: 2017

Prix: 13,50 euros

Âge conseillé: 3/4 ans