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Bob L’Artiste

NOUVEAUTÉ

« Quelle merveilleuse journée ! Idéale pour me promener les pattes à l’air », se dit Bob, un bel oiseau noir. Le voilà donc parti… mais sa balade se trouve vite gâchée par des moqueries. Le chat, le hibou et les autres oiseaux trouvent les pattes de Bob trop grandes et trop maigres. Notre pauvre Bob décide alors de tout faire pour changer son allure: gym pour se muscler, régime grossissant pour étoffer ses jambes ou habits pour se camoufler. Aucune solution ne se révèle idéale ! Que faire alors ?

Le hasard de sa promenade le mène dans un musée d’art et, devant une galerie de tableaux très différents les uns des autres, une idée de génie lui vient à l’esprit. Dès le lendemain, Bob décore son bec à la manière des célèbres peintres qu’il a admirés la veille: un jour les motifs de Matisse, un autre les éclaboussures de Pollock et la semaine se poursuit de cette manière. L’entourage de Bob est enthousiaste de ces petites touches d’originalité et finit même par oublier… ses pattes. Et encore mieux, les autres finiront par accepter Bob comme il est ! Ce dernier aura eu l’intelligence de détourner l’attention des critiques sans pour autant (trop) se transformer pour satisfaire le regard d’autrui.

Cette démarche est très positive pour les jeunes lecteurs qui interceptent le message qu’il ne faut pas absolument chercher à coller aux attentes des autres. En se trouvant soi-même, les autres vous acceptent plus facilement… Bob L’Artiste est le premier album pour enfants de Marion Deuchars et j’espère sincèrement qu’il y en aura d’autres… L’auteur-illustratrice nous offre un livre très esthétique et élégant. Les illustrations sont splendides et le pari est relevé haut la main: développer le goût de l’art chez les enfants et faire connaître certains grands noms de la peinture (Matisse, Pollock, Picasso, Mondrian, Miró, etc.).

Regardez bien et vous verrez (quasiment) sur chaque page le petit compagnon de Bob, une chauve-souris. Les enfants aiment particulièrement relire le livre en la cherchant sur les illustrations…

BONUS

Voici la couverture de la version originale, Bob the artist publiée l’année dernière par Laurence King Publishing. Je ne sais pas vous mais moi, j’aime autant l’une que l’autre… Il y a deux approches, l’une plus mystérieuse que l’autre, le choix de différentes couleurs et le détail opposé à l’ensemble.

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Maison d’édition: Seuil jeunesse

Année de parution: 2017

Prix: 12,90 euros

Âge conseillé: 3 ans

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Le tigre qui s’invita pour le thé

NOUVEAUTÉ / RÉÉDITION

L’histoire s’ouvre sur une scène du quotidien (« Il était une fois une petite fille qui s’appelait Sophie, et qui prenait le thé avec sa maman dans la cuisine ») avant de basculer dans l’extraordinaire: « Soudain, on sonna à la porte. […] Il y avait là un grand tigre velu et rayé. » Et comme le dit clairement le titre, cet animal franchit la porte de la maison puis débarque dans la famille de Sophie sans y avoir été invité au préalable. Comme vous le verrez par la suite, la nuance est particulièrement importante…

La magie de l’histoire opère dès lors que la petite Sophie et sa mère accueillent cet étrange invité comme un être tout à fait ordinaire. Très souriant et poli, le tigre est surtout affamé… alors il ne se contente pas que de thé et de petits gâteaux. Il lui en faut beaucoup plus ! Le vorace vide les placards de la cuisine et le frigo. Il mange même le dîner familial qui mijotait ! La petite fille de la maison n’est nullement effrayée, elle est à la fois attendrie par cette « peluche géante » (elle caresse le tigre) et est impressionnée par son appétit d’ogre qui est poussé à son paroxysme: « … et il but tout le lait, et tout le jus d’orange, et toutes les bières de papa, et toute l’eau du robinet. » Vous verrez, à la lecture, cette exagération amuse tout autant qu’elle fascine les enfants ! Une fois rassasié, le tigre s’éclipse en prenant bien soin de remercier ses charmantes hôtesses. Passé l’épisode de la tornade gourmande, la mère de Sophie réalise qu’il n’y a vraiment plus rien à manger pour sa famille. Alors, que faire ?

Heureusement, le père rentre du travail et propose d’aller au restaurant. Quelle excellente idée ! La petite famille se met donc en route pour une sortie imprévue et, donc, délicieuse. Évidemment, les enfants lecteurs approuvent aussi cette solution et adhérent au menu « idéal » énoncé dans le récit (saucisses, frites et glace). Le lendemain de cette étrange journée, les choses rentrent dans l’ordre… Sophie et sa mère font le plein de courses et achètent « encore plus de choses à manger ». Mieux vaut être préparées à recevoir des visites !

Les illustrations datant de 1968 ont un côté vintage pour nous, lecteurs d’aujourd’hui, et les amateurs de rétro apprécieront… D’ailleurs, Le tigre qui s’invita pour le thé de Judith Kerr est un grand classique de la littérature jeunesse en Angleterre et, personnellement, j’attendais sa parution en français avec impatience.

La force de cet album réside dans le propos atypique, mystérieux. C’est l’intrusion de l’exceptionnel dans le quotidien… Un animal envahissant dans une maison lambda et confortable. Le décalage fonctionne très bien auprès des enfants qui trouvent ça fou de voir un tigre en dehors de son milieu naturel, entrer dans une maison de ville et outrepasser beaucoup de règles de politesse tout en restant pourtant très courtois. Il a faim, il se sert donc le tigre pille, mais avec grâce ! Le personnage du tigre est déroutant car il possède une attitude humaine tout en conservant son animalité (taille monumentale et appétit débordant), cette double facette fait de lui un être énigmatique qui ne laisse personne indifférent. On sait à quel point les histoires « étranges », bien ficelées et avec beaucoup de liberté entre les lignes plaisent aux jeunes lecteurs…

 

L’Histoire dans l’histoire

Depuis sa parution, il y a eu de nombreuses interprétations sur ce livre et particulièrement sur la figure du tigre. Qui se cache derrière cet animal ? Pourquoi écrire une histoire si particulière à propos de la nourriture, de la faim et de la peur de manquer ? Certains s’accordent à dire qu’il est question de la Seconde Guerre mondiale. Le tigre, cette grosse bête qui symbolise la puissance, représenterait le nazisme. Dans le premier niveau de lecture de l’histoire Le tigre qui s’invita pour le thé, le tigre saccage beaucoup de choses, puise dans les réserves et ne laisse plus rien à manger, le tigre représenterait donc tout simplement la guerre. Dans ce cas-là, pourquoi souhaiter son retour à la fin de l’histoire (même s’il est clairement dit que le tigre ne revint jamais) ? C’est bien là toute l’ambivalence de ce livre… L’auteur-illustratrice Judith Kerr a été contrainte de fuir son pays lorsqu’elle était enfant et le choix d’écrire une histoire sur une figure intrusive n’est sûrement pas anodin. Rien n’est dit de manière très explicite mais malgré la politesse du tigre, n’oublions pas qu’un tigre reste un tigre avec tout le danger que cela peut comporter. Ensuite, chacun peut en faire sa propre lecture…

Je vous conseille de regarder le formidable documentaire sur Judith Kerr intitulé Hitler, the tiger and me (diffusé sur la BBC fin 2013), voici la bande-annonce ci-dessous:

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Maison d’édition: Albin Michel Jeunesse

Année de publication: 2017 (réédition de 1968)

Prix: 14,90 euros

Âge conseillé: 4 ans

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Petit Pois

NOUVEAUTÉ

Petit Pois porte bien son nom, il est minuscule ! Sa maman lui coud ses habits, il est obligé d’emprunter ses chaussures à des poupées et dort dans une boîte d’allumettes. En grandissant… enfin en prenant de l’âge, il fait son apprentissage de la vie et devient même aventurier ! Mais, la plus grande épreuve restera son entrée à l’école et la confrontation avec un monde fait pour les enfants, les grands enfants ! Comment Petit Pois va-t-il trouver sa place dans ce vaste monde ? Tout simplement, en développant son petit truc en plus… On suit avec plaisir le parcours attachant de ce petit bonhomme pas comme les autres.

 

© D. Cali et S. Mourrain pour Actes Sud junior

Dans Petit Pois, il est bien entendu question de différence et de confiance en soi. Le vieil adage « Ce n’est pas la taille qui compte » est mis en lumière avec originalité. Tout l’univers miniature est admirablement représenté et le texte dit beaucoup avec peu de mots… Les enfants accrochent beaucoup à la lecture de cette histoire tant ils se sentent en parfaite adéquation avec Petit Pois, eux qui sont petits comme lui et se sentent encore trop petits, enfin pas assez armés pour faire certaines choses. Dans la lignée de Tom Pouce ou Poucette, Petit Pois est un petit héros au destin hors du commun qui fera s’évader les plus jeunes !

Une fois de plus, le duo Davide Cali (texte) et Sébastien Mourrain (illustrations) nous offre un magnifique album. Je vous avais déjà parlé de Chez moi (Actes Sud junior, mai 2016) et je vous conseille aussi de découvrir Bronto mégalo saure (Sarbacane, janvier 2017). Drôle et sensible, Petit Pois est une petite merveille d’histoire. Comme d’habitude, je ne vous dévoile pas la fin mais elle est vraiment à la hauteur de l’ensemble du récit. Elle est même absolument irrésistible ! Bref, lisez ce beau livre aux enfants pour les faire rêver et aussi pour leur donner confiance en eux !

Sinon, ouvrez bien l’œil et vous verrez des pois/points à chaque page…

BONUS

Voici la couverture de la version originale de Petit Pois publiée l’année dernière par l’excellente maison d’édition québécoise Comme des géants. La France a misé sur la tendresse de Petit Pois endormi sur son chat tandis que le Québec a joué la carte « aventurier du jardin » !

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Maison d’édition: Actes Sud Junior (réédition Comme des géants, 2016)

Année de parution: 2017

Prix: 13,50 euros

Âge conseillé: 3/4 ans

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Le Chat le plus mignon du monde

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NOUVEAUTÉ

Le Chat le plus mignon du monde est un album mettant en scène le rêve de beaucoup d’enfants: avoir un animal de compagnie. À la sempiternelle question « Est-ce qu’on peut avoir un petit chat ? », la petite fille de l’histoire se voit enfin répondre un « oui » de la part de ses parents. La famille se met alors en quête d’un chaton…

Le livre au titre archi-conventionnel et au thème très classique réserve bien des surprises à ses lecteurs… De manière très habile, l’auteur Vincent Pianina va garder le fil rouge de son récit tout en donnant une tout autre orientation à l’histoire que l’on pense découvrir.

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© Vincent Pianina pour les Éditions Thierry Magnier

Le temps de faire le tour de l’animalerie et LA rencontre a lieu: « Et puis on est tombés sur le plus mignon des mignons alors c’est lui qu’on a voulu ramener à la maison. » L’originalité de cet album pointe le bout de nez quand la nouvelle famille du petit chat réalise qu’il n’a pas encore vu le visage de l’animal, que personne ne parvient pas à le voir de face… Tous les subterfuges sont alors mis en place pour arriver à leur but, voici mon préféré: « On l’a appâté avec un bol de thon… mais il savait marcher à reculons ! »

Qui est donc cette créature mystérieuse qui se cache ? La question de l’identité est aussi abordée par le choix du prénom de l’animal. Mais, comment va s’appeler ce petit chat ? Colette, Mich-Mich, Gribouille, Saucisse, Savate, Fougasse ou bien Josette… Peut-être qu’avec le bon nom, « ce coquinou de chat » (comme l’appelle l’auteur) va enfin se retourner ! Mais, l’animal est rusé et le mystère est bien gardé jusqu’à la chute finale qui vaut vraiment le détour… Si vous aimez les gros retournements de situation, vous allez être servis !

Le travail graphique faussement naïf de Vincent Pianina est plus fin qu’il n’y paraît et une grande énergie se dégage de l’ensemble.  De la couleur, des jeux sur la typographie et une vraie liberté de mise en page… De plus, l’écriture manuscrite est facilement déchiffrable pour les jeunes lecteurs autonomes.

La principale qualité de cet album est l’humour aussi bien dans le texte hilarant que dans les illustrations bourrées de clins d’œil, on rit beaucoup en lisant Le Chat le plus mignon du monde ! On trouve plus de dix fois le mot « mignon » dans le récit et je vous affirme que ce livre est plus que « juste » mignon, il est très réussi.

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Maison d’édition: Éditions Thierry Magnier

Année de parution: 2016

Prix: 12,50 euros

Âge conseillé: 5 ans

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Sur mon fil

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NOUVEAUTÉ

Sur mon fil nous raconte la vie d’une petite fille dont les parents sont séparés. Une parmi tant d’autres… Oui, mais, comment se passent concrètement ses semaines ? Quelle est la vie au quotidien d’une enfant en garde alternée ? De quelle façon s’organise une vie entre deux maisons ? « Entre la maison de Maman et celle de Papa, il y a un monde. Un monde qui dure… une semaine », nous dit la jeune héroïne du livre dès les premières lignes. Parce qu’il faut bien trouver un moyen d’accepter les choses comme elles sont, une astuce pour affronter le terrible constat, l’enfant explique: « Pour aider le temps à passer plus vite, j’ai tendu un fil entre mes deux vies ».

Véritable fil rouge (au sens propre comme au sens figuré) de l’histoire, ce pont entre deux rives nous permet de suivre la vie de la petite fille et de matérialiser la séparation de ses parents. Le fil est comme un prolongement d’elle-même, car n’oublions pas que l’enfant est l’élément qui relie ces deux adultes. Elle est leur fil, leur fille. Dans cette histoire à hauteur d’enfant, aucun des deux parents n’a évidemment le mauvais rôle et chaque membre de ce trio tente de s’arranger avec ce nouvel équilibre. J’ai apprécié que les sentiments des adultes (et pas seulement ceux de l’enfant) soient évoqués, comme la gêne et la tristesse. Comme d’habitude chez Séverine Vidal, il y a une justesse dans le ton et une écriture qui touche en plein cœur. Tout le travail sur le champ lexical de l’équilibre est remarquable… L’exploration des sentiments est toujours respectueuse et en adéquation avec le ressenti des enfants. L’analyse sur l’ambivalence des sentiments est très riche: au moment de l’échange du samedi, il y a la joie de retrouver l’un et la peine de quitter l’autre. Cette confrontation des sentiments est particulièrement intéressante et je pense que la lecture de cet album pourrait aider beaucoup d’enfants concernés à mettre des mots sur une situation aussi particulière.

Pour ce sujet délicat, il fallait les illustrations joyeuses et réconfortantes de Louis Thomas. Des aquarelles sensibles qui collent parfaitement au sujet accompagnent ce si beau texte. L’utilisation du fil rouge du texte qui parcourt les illustrations est faite avec intelligence et c’est un parti pris graphique très intéressant. De plus, je trouve que la couverture est particulièrement réussie: sobre mais évocatrice.

Cependant, n’allez pas croire que cet album est un tire-larmes ! Il fait preuve aussi d’humour en développant les fameux (maigres) avantages à avoir des parents divorcés: les deux maisons, les deux chambres, les règles plus souples des parents, des repas différents et autres privilèges. Les petits lecteurs apprécieront le caractère enjoué de la jeune héroïne de l’album et les fantaisies des parents, ainsi que les pirouettes pour faciliter la séparation.

Plus qu’un énième livre sur le sujet, ce récit très ancré dans le quotidien pourrait bien devenir une référence en la matière tant il est juste et bien pensé. Sur mon fil est un album absolument magnifique fait avec intelligence et sensibilité. À lire à tous les petits équilibristes !

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Maison d’édition: Milan

Année de parution: 2016

Prix: 13,90 euros

Âge conseillé: 5/6 ans

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Des livres qui aiment les livres…

Voici 6 albums ayant pour thèmes les bienfaits de la lecture, l’amour des livres et l’évasion par les mots. Des histoires très différentes les unes des autres ayant pourtant beaucoup en commun… À lire aux enfants qui boudent un peu la lecture et aussi à ceux qui l’apprécient !

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Dans cet album, il est question d’un ours qui refuse sa condition d’animal qui ne fait que se gaver de miel, roupiller, jouer et se gratter le dos contre les troncs d’arbre. Il s’interroge sur la vie: « La vie est charmante, pense-t-il. Youpi tralala et tout ça. Mais quoi d’autre ? Est-ce que c’est vraiment tout ? » Au hasard d’une promenade en forêt, il trouve un livre où il est question d’un ours. Hasard incroyable ! Son existence semble s’éclairer à ce moment précis: lui, ce qu’il veut, c’est apprendre à lire ! Ses semblables ne comprennent absolument pas cet intérêt soudain… Qu’importe ! Notre ours George décide de partir en ville à la recherche de quelqu’un susceptible de lui apprendre à lire. Malheureusement, les humains qu’il croise sont absolument effrayés en le voyant… sauf la petite Clémentine qui le reconnaît comme étant l’ours de son livre. Le fameux livre que George a trouvé dans la forêt est celui de la petite fille ! Parce qu’elle a une super maman très ouverte d’esprit, Clémentine a le droit d’emmener George chez elle. La suite, vous la devinez… L’apprentissage de la lecture se met en place. Les petits lecteurs se laissent emporter avec plaisir par cette histoire où la petite fille endosse le rôle de la maîtresse. Et parce que la lecture peut être le début de beaucoup de choses, George s’initie aussi à la peinture et à la poésie. Les illustrations d’Emma Chichester Clark sont douces et chaleureuses, j’ai particulièrement aimé son travail sur la matière de la végétation: les troncs des arbres sont décorés de fleurs et les motifs des feuilles, papillons et fleurs sont peints et/ou découpés dans du tissu. Les ours ne lisent pas est une belle histoire et qu’il est beau de voir quelqu’un s’éveiller au plaisir de la lecture avec tous les enjeux que cela comporte: « Avant de dormir, il ouvre le livre encore une fois et regarde les mots. Il lui semble déjà que la vie est plus intéressante qu’avant. »

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Maison d’édition: Albin Michel Jeunesse

Année de parution: 2015

Prix: 13,50 euros

Âge conseillé: 5 ans

Arrête de lire

Horatio est un vrai petit rat de bibliothèque ! Toujours le museau plongé un bouquin, il est passionné par les livres contrairement à ses parents… qui voudraient que leur fils ne lise pas autant. Et même qu’il arrête de lire ! D’où le titre… qui décontenancera et amusera les enfants. On est à la rencontre des préceptes des parents et des adultes en général. D’ailleurs, ce contre-point aura peut-être plus de poids auprès des lecteurs en devenir que de leur répéter en boucle: « Il faut lire ! » Revenons à Horatio… Sa maîtresse le trouvant trop rêveur, les parents du jeune rat décident de lui confisquer tous ses livres. Tous les moyens vont être bons pour renouer avec la lecture par le biais de la bibliothèque, l’écriture et un concours qui va changer sa vie. En participant à une émission littéraire à la télévision, il parvient à regagner l’estime de ses parents en leur prouvant sa véritable passion pour les livres. Claire Gratias nous offre une histoire très complète et originale. Elle décrit si bien les sensations éprouvées au moment de la lecture: « Dès qu’il se plongeait dans un livre, il voyait au contraire une multitude de paysages, d’êtres, de lieux, d’objets et de couleurs. Il entendait une infinité de sons, de musiques et de voix. Et surtout, au fil des pages, son cœur battait si fort ! » Et les illustrations de Sylvie Serprix sont de véritables tableaux !  La peinture aux tons chauds apporte une dimension chaleureuse à l’ensemble. J’ai aussi aimé le jeu avec les lettres et les croquis en noir et blanc. Pour information, sachez que cet album a été lauréat « niveau CE1 » du 25e prix des Incorruptibles (2013/2014) et qu’il y a une suite à cet album: T’es plus mon amoureux ?

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Maison d’édition: Belin jeunesse

Année de parution: 2012

Prix: 12,70 euros

Age conseillé: 6 ans

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Le titre Jamais sans mon livre ! est un vrai cri du cœur. Et tous les grands lecteurs se reconnaîtront là-dedans ! Dans cet album, les enfants n’ont pas des doudous mais des livres dans les mains ou alors bien serrés contre eux… Ils lisent seuls, à plusieurs ou pour quelqu’un d’autre. Bref, toutes les options sont envisageables et c’est bien là le message de Barney Saltzberg (auteur) et de Fred Benaglia (illustrateur): avec un livre, tout devient possible ! Puisque c’est l’occasion d’un voyage (dans l’imagination), le duo choisit de faire se balader les petits personnages du livre dans des décors aussi différents les uns des autres: la mer, à bord d’une montgolfière, dans la ville, à dos d’oiseau ou encore bien confortablement installé(e) sur son canapé.  Et tous ces autres endroits qu’il vaut mieux découvrir au fil de la lecture plutôt que de les nommer… Graphiquement, l’album est très beau et il en ressort une grande liberté. Les illustrations colorées et loufoques apportent une touche très gaie. En plus d’être un hommage à la lecture, l’objet livre est détourné avec intelligence et humour. Le désacraliser est là une véritable preuve d’amour !

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Maison d’édition: Phaidon

Année de parution: 2016

Prix: 14,95 euros

Age conseillé: 4 ans

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Voilà un ouvrage absolument fascinant ! Le titre sobre et clair annonce la couleur, Les livres, et contrebalance avec la couverture plus énigmatique qui pourrait laisser perplexe le lecteur. Disons plutôt intrigué… de quoi avoir forcément envie d’ouvrir le livre ! L’histoire se passe dans une bibliothèque, c’est la première fois que maman chat emmène son petit Vladimir dans un tel endroit. Est-ce qu’il va vraiment s’amuser ? Sa mère lui a raconté que les livres étaient « magiques ». Avec son format à l’italienne et un traitement graphique vraiment original, Lili Chemin nous propose un univers singulier et puissant. Le texte de Christos prend toute son ampleur à côté des illustrations innovantes de sa collaboratrice. D’abord réfractaire, le chaton noir va finalement se laisser prendre au jeu en se frottant aux livres et la « magie » va opérer: « Vladimir a les yeux grands ouverts. Il regarde le livre, écoute sa maman et soudain, dans sa tête, il voit tout ce qu’elle raconte… » L’intelligence de ce livre réside dans l’utilisation matérielle des livres qui est parfaitement exploitée grâce au point de vue aérien, on survole la bibliothèque et tout un (nouveau) monde prend vie ! Cet album est une expérience de lecture unique.

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Maison d’édition: Motus

Année de parution: 2016

Prix: 13 euros

Age conseillé: 4 ans

Une nuit à la biblio couv

L’album Une nuit à la bibliothèque commence de la manière la plus classique qu’il soit: une classe va à la bibliothèque et chaque enfant a eu le droit d’apporter son doudou. Une bibliothécaire leur fait la lecture et puis… quelque chose de pas banal va se produire: les enfants vont laisser leurs doudous à la bibliothèque pour la nuit ! C’est compliqué pour la plupart des enfants, certains pleurent mais promis, ils les retrouveront le lendemain. Après un petit repos et une fois la nuit tombée, les peluches prennent vie ! Et, très en forme, tous les doudous sont bien décidés à s’amuser en faisant un peu n’importe quoi… Puis, les gentils bibliothécaires se mettent à jouer avec les doudous et même leur apprendre des choses: comment ranger les livres, faire des origamis et, bien sûr, leur lisent des histoires. Puis, chaque doudou (animal) choisit un livre où l’animal qu’il est y figure et il est temps d’aller, enfin de retourner, au lit ! Chacun dort bien tranquillement avec son livre près de lui, comme un doudou… La boucle est bouclée ! Le lendemain, les enfants ravis retrouvent leurs chers doudous redevenus des peluches. J’ai particulièrement aimé que la question de la « magie » ne soit pas abordée: pas de confrontation du réel et de l’imaginaire, les doudous sont devenus vivants le temps d’une nuit et c’est comme ça. Est-ce la bibliothèque qui a permis cette transformation ? Est-ce le fait que tous les doudous soient réunis sans les enfants ? Aucune explication ne sera donnée et la magie opère réellement à la lecture de cet album, c’est un vrai trésor ! On retrouve toute la délicatesse et la poésie des auteurs/ illustrateurs japonais. Dans Une nuit à la bibliothèque, il y a des personnages tendres et expressifs, une bienveillance toute particulière et une approche intelligente du plaisir de la lecture. Et le message est, à mes yeux, très important: fréquentez les bibliothèques avec vos enfants !

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Maison d’édition: Seuil jeunesse

Année de parution: 2016

Prix: 13,50 euros

Age conseillé: 4 ans

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Et je termine cette chronique avec une merveille absolue: L’Enfant des livres. Embarquez pour un voyage hors du commun au fil des mots et des histoires ! Nous suivons donc l’enfant des livres, une petite fille, qui se promène au gré de ses histoires préférées en entraînant un petit garçon avec elle. Cet enfant qui l’accompagne symbolise l’enfant lecteur qu’elle emmène dans son imagination débordante et dans celle contenue dans les livres…. Cet album au texte simple, profond et poétique est accompagné d’illustrations pour le moins incroyables. Les livres en eux-mêmes et les mots deviennent des éléments de décor: des lettres, des phrases, des paragraphes et des passages des livres les plus célèbres sont en arrière-plan des dessins. Ils complètent le récit initial de manière originale et subtile. Véritable prouesse graphique, L’Enfant des livres est un vibrant hommage à la lecture. Impossible de ne pas y être sensible ! D’ailleurs, L’Enfant des livres vient de remporter le prix Fiction à la Foire du livre de Bologne.

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Maison d’édition: Kaléidoscope

Année de parution: 2016

Prix: 14,50 euros

Age conseillé: 5 ans

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Il était une fois Lily

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NOUVEAUTÉ

Je le dis haut et fort, ce livre est une véritable pépite ! Lily a une imagination aussi débordante que celle contenue dans les histoires qu’elle préfère… Le livre commence à un moment que l’on imagine être un matin de week-end, Lily s’affaire à fabriquer une cabane ou un bateau dans sa chambre alors que ses parents dorment encore. C’est le début d’un long voyage au pays de l’imagination ! Cette enfant oscille entre sa vie de petite fille bien à elle et un univers rêvé, fantasmé où, par exemple, voler devient possible. L’espoir et la fantaisie des différents rêves de Lily feront rêver à coup sûr aussi les petits lecteurs ! L’alternance des différents mondes est équilibrée, très bien menée et apporte une dimension charmante à l’histoire.

Tout en menant son propre récit, cet album rend donc un hommage aux plus grands contes de l’enfance: Lily se retrouve à prendre le thé avec cette chère Alice, se voit pousser une queue de sirène pour mieux plonger dans l’océan et devient même un petit garçon élevé par des loups. Saurez-vous reconnaître les contes classiques, fondateurs et marquants de votre enfance ? Pour les plus hésitants, pas de panique, la liste est à la fin du livre… Le monde merveilleux des contes est donc célébré et les enfants reconnaîtront avec plaisir les histoires les plus célèbres. Ce livre offre un hommage fidèle aux versions originales tout en y apportant une vraie touche personnelle avec la présence discrète de Lily. Bref, un hommage tout en retenue et de bon goût…

De toute manière, tout est de bon goût dans ce livre ! L’auteur Sara O’Leary nous livre un texte tout en finesse: un style direct qui parle directement aux enfants, une économie de mots qui va droit à l’essentiel, au cœur des émotions et le personnage de la petite Lily est absolument irrésistible. Sensible, une idée à la seconde et pleine d’entrain, Lily ne peut que vous séduire ! Cependant, cet album n’est pas à classer dans la catégorie « album mignon pour fifilles », c’est bien plus que ça. C’est une belle histoire qui veut transmettre son héritage des textes classiques, faire passer un vibrant message d’amour pour la lecture, démontrer le pouvoir de l’imagination et célébrer ce temps béni de l’enfance où les petits sont capables de voir un palais dans une montagne de coussins. De plus, Lily aime autant bricoler que se choisir une belle robe, elle aime vibrer et recherche l’aventure; c’est pourquoi ce livre peut rassembler autant de petits garçons que de petites filles.

Ce texte poétique est superbement mis en lumière par des illustrations délicates et raffinées. Julie Morstad possède un grand talent de dessinatrice et nous plonge dans un univers bien particulier à chaque double-page. L’aspect intemporel renforce la puissance des illustrations. La mise en abyme de la littérature est retranscrite avec tant de grâce et d’intelligence… Les décors, la végétation et les détails de la chambre de Lily sont particulièrement travaillés. À la lecture du livre, une simplicité naturelle ressort des dessins mais derrière laquelle on devine rigueur et précision. Des images fortes comme celles d’un rêve… Les illustrations de Julie Morstad montrent à quel point l’essence même du texte de Sara O’Leary est parfaitement retranscrit en images; il existe une véritable symbiose entre le texte et les illustrations.

Le livre débute et s’achève avec Lily dans un carton, le message est bien clair: avec de l’imagination et pas grand-chose, on peut s’évader ! Il était une fois Lily est un véritable condensé de poésie et de mignonnerie ! Vous pouvez l’acheter et l’offrir les yeux fermés à un(e) enfant à partir de 5 ans, succès garanti…

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JEU-CONCOURS

J’aime tellement cet album que, grâce à Belin Jeunesse, je vous offre un exemplaire. Laissez-moi un commentaire sur le blog ou sur ma page Facebook Delphine Monteil pour me dire que vous êtes intéressé(e) et réponse le 2 février… Bonne chance !

BONUS

Voici quelques DIY autour de l’album à faire avec des enfants:

https://tundrabooks.files.wordpress.com/2013/04/thisissadieactivitykit.pdf

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Maison d’édition: Belin Jeunesse

Année de parution: 2016

Prix: 12,90 euros

Âge conseillé: 5 ans