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Sur mon fil

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NOUVEAUTÉ

Sur mon fil nous raconte la vie d’une petite fille dont les parents sont séparés. Une parmi tant d’autres… Oui, mais, comment se passent concrètement ses semaines ? Quelle est la vie au quotidien d’une enfant en garde alternée ? De quelle façon s’organise une vie entre deux maisons ? « Entre la maison de Maman et celle de Papa, il y a un monde. Un monde qui dure… une semaine », nous dit la jeune héroïne du livre dès les premières lignes. Parce qu’il faut bien trouver un moyen d’accepter les choses comme elles sont, une astuce pour affronter le terrible constat, l’enfant explique: « Pour aider le temps à passer plus vite, j’ai tendu un fil entre mes deux vies ».

Véritable fil rouge (au sens propre comme au sens figuré) de l’histoire, ce pont entre deux rives nous permet de suivre la vie de la petite fille et de matérialiser la séparation de ses parents. Le fil est comme un prolongement d’elle-même, car n’oublions pas que l’enfant est l’élément qui relie ces deux adultes. Elle est leur fil, leur fille. Dans cette histoire à hauteur d’enfant, aucun des deux parents n’a évidemment le mauvais rôle et chaque membre de ce trio tente de s’arranger avec ce nouvel équilibre. J’ai apprécié que les sentiments des adultes (et pas seulement ceux de l’enfant) soient évoqués, comme la gêne et la tristesse. Comme d’habitude chez Séverine Vidal, il y a une justesse dans le ton et une écriture qui touche en plein cœur. Tout le travail sur le champ lexical de l’équilibre est remarquable… L’exploration des sentiments est toujours respectueuse et en adéquation avec le ressenti des enfants. L’analyse sur l’ambivalence des sentiments est très riche: au moment de l’échange du samedi, il y a la joie de retrouver l’un et la peine de quitter l’autre. Cette confrontation des sentiments est particulièrement intéressante et je pense que la lecture de cet album pourrait aider beaucoup d’enfants concernés à mettre des mots sur une situation aussi particulière.

Pour ce sujet délicat, il fallait les illustrations joyeuses et réconfortantes de Louis Thomas. Des aquarelles sensibles qui collent parfaitement au sujet accompagnent ce si beau texte. L’utilisation du fil rouge du texte qui parcourt les illustrations est faite avec intelligence et c’est un parti pris graphique très intéressant. De plus, je trouve que la couverture est particulièrement réussie: sobre mais évocatrice.

Cependant, n’allez pas croire que cet album est un tire-larmes ! Il fait preuve aussi d’humour en développant les fameux (maigres) avantages à avoir des parents divorcés: les deux maisons, les deux chambres, les règles plus souples des parents, des repas différents et autres privilèges. Les petits lecteurs apprécieront le caractère enjoué de la jeune héroïne de l’album et les fantaisies des parents, ainsi que les pirouettes pour faciliter la séparation.

Plus qu’un énième livre sur le sujet, ce récit très ancré dans le quotidien pourrait bien devenir une référence en la matière tant il est juste et bien pensé. Sur mon fil est un album absolument magnifique fait avec intelligence et sensibilité. À lire à tous les petits équilibristes !

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Maison d’édition: Milan

Année de parution: 2016

Prix: 13,90 euros

Âge conseillé: 5/6 ans

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Des livres qui aiment les livres…

Voici 6 albums ayant pour thèmes les bienfaits de la lecture, l’amour des livres et l’évasion par les mots. Des histoires très différentes les unes des autres ayant pourtant beaucoup en commun… À lire aux enfants qui boudent un peu la lecture et aussi à ceux qui l’apprécient !

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Dans cet album, il est question d’un ours qui refuse sa condition d’animal qui ne fait que se gaver de miel, roupiller, jouer et se gratter le dos contre les troncs d’arbre. Il s’interroge sur la vie: « La vie est charmante, pense-t-il. Youpi tralala et tout ça. Mais quoi d’autre ? Est-ce que c’est vraiment tout ? » Au hasard d’une promenade en forêt, il trouve un livre où il est question d’un ours. Hasard incroyable ! Son existence semble s’éclairer à ce moment précis: lui, ce qu’il veut, c’est apprendre à lire ! Ses semblables ne comprennent absolument pas cet intérêt soudain… Qu’importe ! Notre ours George décide de partir en ville à la recherche de quelqu’un susceptible de lui apprendre à lire. Malheureusement, les humains qu’il croise sont absolument effrayés en le voyant… sauf la petite Clémentine qui le reconnaît comme étant l’ours de son livre. Le fameux livre que George a trouvé dans la forêt est celui de la petite fille ! Parce qu’elle a une super maman très ouverte d’esprit, Clémentine a le droit d’emmener George chez elle. La suite, vous la devinez… L’apprentissage de la lecture se met en place. Les petits lecteurs se laissent emporter avec plaisir par cette histoire où la petite fille endosse le rôle de la maîtresse. Et parce que la lecture peut être le début de beaucoup de choses, George s’initie aussi à la peinture et à la poésie. Les illustrations d’Emma Chichester Clark sont douces et chaleureuses, j’ai particulièrement aimé son travail sur la matière de la végétation: les troncs des arbres sont décorés de fleurs et les motifs des feuilles, papillons et fleurs sont peints et/ou découpés dans du tissu. Les ours ne lisent pas est une belle histoire et qu’il est beau de voir quelqu’un s’éveiller au plaisir de la lecture avec tous les enjeux que cela comporte: « Avant de dormir, il ouvre le livre encore une fois et regarde les mots. Il lui semble déjà que la vie est plus intéressante qu’avant. »

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Maison d’édition: Albin Michel Jeunesse

Année de parution: 2015

Prix: 13,50 euros

Âge conseillé: 5 ans

Arrête de lire

Horatio est un vrai petit rat de bibliothèque ! Toujours le museau plongé un bouquin, il est passionné par les livres contrairement à ses parents… qui voudraient que leur fils ne lise pas autant. Et même qu’il arrête de lire ! D’où le titre… qui décontenancera et amusera les enfants. On est à la rencontre des préceptes des parents et des adultes en général. D’ailleurs, ce contre-point aura peut-être plus de poids auprès des lecteurs en devenir que de leur répéter en boucle: « Il faut lire ! » Revenons à Horatio… Sa maîtresse le trouvant trop rêveur, les parents du jeune rat décident de lui confisquer tous ses livres. Tous les moyens vont être bons pour renouer avec la lecture par le biais de la bibliothèque, l’écriture et un concours qui va changer sa vie. En participant à une émission littéraire à la télévision, il parvient à regagner l’estime de ses parents en leur prouvant sa véritable passion pour les livres. Claire Gratias nous offre une histoire très complète et originale. Elle décrit si bien les sensations éprouvées au moment de la lecture: « Dès qu’il se plongeait dans un livre, il voyait au contraire une multitude de paysages, d’êtres, de lieux, d’objets et de couleurs. Il entendait une infinité de sons, de musiques et de voix. Et surtout, au fil des pages, son cœur battait si fort ! » Et les illustrations de Sylvie Serprix sont de véritables tableaux !  La peinture aux tons chauds apporte une dimension chaleureuse à l’ensemble. J’ai aussi aimé le jeu avec les lettres et les croquis en noir et blanc. Pour information, sachez que cet album a été lauréat « niveau CE1 » du 25e prix des Incorruptibles (2013/2014) et qu’il y a une suite à cet album: T’es plus mon amoureux ?

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Maison d’édition: Belin jeunesse

Année de parution: 2012

Prix: 12,70 euros

Age conseillé: 6 ans

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Le titre Jamais sans mon livre ! est un vrai cri du cœur. Et tous les grands lecteurs se reconnaîtront là-dedans ! Dans cet album, les enfants n’ont pas des doudous mais des livres dans les mains ou alors bien serrés contre eux… Ils lisent seuls, à plusieurs ou pour quelqu’un d’autre. Bref, toutes les options sont envisageables et c’est bien là le message de Barney Saltzberg (auteur) et de Fred Benaglia (illustrateur): avec un livre, tout devient possible ! Puisque c’est l’occasion d’un voyage (dans l’imagination), le duo choisit de faire se balader les petits personnages du livre dans des décors aussi différents les uns des autres: la mer, à bord d’une montgolfière, dans la ville, à dos d’oiseau ou encore bien confortablement installé(e) sur son canapé.  Et tous ces autres endroits qu’il vaut mieux découvrir au fil de la lecture plutôt que de les nommer… Graphiquement, l’album est très beau et il en ressort une grande liberté. Les illustrations colorées et loufoques apportent une touche très gaie. En plus d’être un hommage à la lecture, l’objet livre est détourné avec intelligence et humour. Le désacraliser est là une véritable preuve d’amour !

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Maison d’édition: Phaidon

Année de parution: 2016

Prix: 14,95 euros

Age conseillé: 4 ans

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Voilà un ouvrage absolument fascinant ! Le titre sobre et clair annonce la couleur, Les livres, et contrebalance avec la couverture plus énigmatique qui pourrait laisser perplexe le lecteur. Disons plutôt intrigué… de quoi avoir forcément envie d’ouvrir le livre ! L’histoire se passe dans une bibliothèque, c’est la première fois que maman chat emmène son petit Vladimir dans un tel endroit. Est-ce qu’il va vraiment s’amuser ? Sa mère lui a raconté que les livres étaient « magiques ». Avec son format à l’italienne et un traitement graphique vraiment original, Lili Chemin nous propose un univers singulier et puissant. Le texte de Christos prend toute son ampleur à côté des illustrations innovantes de sa collaboratrice. D’abord réfractaire, le chaton noir va finalement se laisser prendre au jeu en se frottant aux livres et la « magie » va opérer: « Vladimir a les yeux grands ouverts. Il regarde le livre, écoute sa maman et soudain, dans sa tête, il voit tout ce qu’elle raconte… » L’intelligence de ce livre réside dans l’utilisation matérielle des livres qui est parfaitement exploitée grâce au point de vue aérien, on survole la bibliothèque et tout un (nouveau) monde prend vie ! Cet album est une expérience de lecture unique.

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Maison d’édition: Motus

Année de parution: 2016

Prix: 13 euros

Age conseillé: 4 ans

Une nuit à la biblio couv

L’album Une nuit à la bibliothèque commence de la manière la plus classique qu’il soit: une classe va à la bibliothèque et chaque enfant a eu le droit d’apporter son doudou. Une bibliothécaire leur fait la lecture et puis… quelque chose de pas banal va se produire: les enfants vont laisser leurs doudous à la bibliothèque pour la nuit ! C’est compliqué pour la plupart des enfants, certains pleurent mais promis, ils les retrouveront le lendemain. Après un petit repos et une fois la nuit tombée, les peluches prennent vie ! Et, très en forme, tous les doudous sont bien décidés à s’amuser en faisant un peu n’importe quoi… Puis, les gentils bibliothécaires se mettent à jouer avec les doudous et même leur apprendre des choses: comment ranger les livres, faire des origamis et, bien sûr, leur lisent des histoires. Puis, chaque doudou (animal) choisit un livre où l’animal qu’il est y figure et il est temps d’aller, enfin de retourner, au lit ! Chacun dort bien tranquillement avec son livre près de lui, comme un doudou… La boucle est bouclée ! Le lendemain, les enfants ravis retrouvent leurs chers doudous redevenus des peluches. J’ai particulièrement aimé que la question de la « magie » ne soit pas abordée: pas de confrontation du réel et de l’imaginaire, les doudous sont devenus vivants le temps d’une nuit et c’est comme ça. Est-ce la bibliothèque qui a permis cette transformation ? Est-ce le fait que tous les doudous soient réunis sans les enfants ? Aucune explication ne sera donnée et la magie opère réellement à la lecture de cet album, c’est un vrai trésor ! On retrouve toute la délicatesse et la poésie des auteurs/ illustrateurs japonais. Dans Une nuit à la bibliothèque, il y a des personnages tendres et expressifs, une bienveillance toute particulière et une approche intelligente du plaisir de la lecture. Et le message est, à mes yeux, très important: fréquentez les bibliothèques avec vos enfants !

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Maison d’édition: Seuil jeunesse

Année de parution: 2016

Prix: 13,50 euros

Age conseillé: 4 ans

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Et je termine cette chronique avec une merveille absolue: L’Enfant des livres. Embarquez pour un voyage hors du commun au fil des mots et des histoires ! Nous suivons donc l’enfant des livres, une petite fille, qui se promène au gré de ses histoires préférées en entraînant un petit garçon avec elle. Cet enfant qui l’accompagne symbolise l’enfant lecteur qu’elle emmène dans son imagination débordante et dans celle contenue dans les livres…. Cet album au texte simple, profond et poétique est accompagné d’illustrations pour le moins incroyables. Les livres en eux-mêmes et les mots deviennent des éléments de décor: des lettres, des phrases, des paragraphes et des passages des livres les plus célèbres sont en arrière-plan des dessins. Ils complètent le récit initial de manière originale et subtile. Véritable prouesse graphique, L’Enfant des livres est un vibrant hommage à la lecture. Impossible de ne pas y être sensible ! D’ailleurs, L’Enfant des livres vient de remporter le prix Fiction à la Foire du livre de Bologne.

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Maison d’édition: Kaléidoscope

Année de parution: 2016

Prix: 14,50 euros

Age conseillé: 5 ans

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Il était une fois Lily

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NOUVEAUTÉ

Je le dis haut et fort, ce livre est une véritable pépite ! Lily a une imagination aussi débordante que celle contenue dans les histoires qu’elle préfère… Le livre commence à un moment que l’on imagine être un matin de week-end, Lily s’affaire à fabriquer une cabane ou un bateau dans sa chambre alors que ses parents dorment encore. C’est le début d’un long voyage au pays de l’imagination ! Cette enfant oscille entre sa vie de petite fille bien à elle et un univers rêvé, fantasmé où, par exemple, voler devient possible. L’espoir et la fantaisie des différents rêves de Lily feront rêver à coup sûr aussi les petits lecteurs ! L’alternance des différents mondes est équilibrée, très bien menée et apporte une dimension charmante à l’histoire.

Tout en menant son propre récit, cet album rend donc un hommage aux plus grands contes de l’enfance: Lily se retrouve à prendre le thé avec cette chère Alice, se voit pousser une queue de sirène pour mieux plonger dans l’océan et devient même un petit garçon élevé par des loups. Saurez-vous reconnaître les contes classiques, fondateurs et marquants de votre enfance ? Pour les plus hésitants, pas de panique, la liste est à la fin du livre… Le monde merveilleux des contes est donc célébré et les enfants reconnaîtront avec plaisir les histoires les plus célèbres. Ce livre offre un hommage fidèle aux versions originales tout en y apportant une vraie touche personnelle avec la présence discrète de Lily. Bref, un hommage tout en retenue et de bon goût…

De toute manière, tout est de bon goût dans ce livre ! L’auteur Sara O’Leary nous livre un texte tout en finesse: un style direct qui parle directement aux enfants, une économie de mots qui va droit à l’essentiel, au cœur des émotions et le personnage de la petite Lily est absolument irrésistible. Sensible, une idée à la seconde et pleine d’entrain, Lily ne peut que vous séduire ! Cependant, cet album n’est pas à classer dans la catégorie « album mignon pour fifilles », c’est bien plus que ça. C’est une belle histoire qui veut transmettre son héritage des textes classiques, faire passer un vibrant message d’amour pour la lecture, démontrer le pouvoir de l’imagination et célébrer ce temps béni de l’enfance où les petits sont capables de voir un palais dans une montagne de coussins. De plus, Lily aime autant bricoler que se choisir une belle robe, elle aime vibrer et recherche l’aventure; c’est pourquoi ce livre peut rassembler autant de petits garçons que de petites filles.

Ce texte poétique est superbement mis en lumière par des illustrations délicates et raffinées. Julie Morstad possède un grand talent de dessinatrice et nous plonge dans un univers bien particulier à chaque double-page. L’aspect intemporel renforce la puissance des illustrations. La mise en abyme de la littérature est retranscrite avec tant de grâce et d’intelligence… Les décors, la végétation et les détails de la chambre de Lily sont particulièrement travaillés. À la lecture du livre, une simplicité naturelle ressort des dessins mais derrière laquelle on devine rigueur et précision. Des images fortes comme celles d’un rêve… Les illustrations de Julie Morstad montrent à quel point l’essence même du texte de Sara O’Leary est parfaitement retranscrit en images; il existe une véritable symbiose entre le texte et les illustrations.

Le livre débute et s’achève avec Lily dans un carton, le message est bien clair: avec de l’imagination et pas grand-chose, on peut s’évader ! Il était une fois Lily est un véritable condensé de poésie et de mignonnerie ! Vous pouvez l’acheter et l’offrir les yeux fermés à un(e) enfant à partir de 5 ans, succès garanti…

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JEU-CONCOURS

J’aime tellement cet album que, grâce à Belin Jeunesse, je vous offre un exemplaire. Laissez-moi un commentaire sur le blog ou sur ma page Facebook Delphine Monteil pour me dire que vous êtes intéressé(e) et réponse le 2 février… Bonne chance !

BONUS

Voici quelques DIY autour de l’album à faire avec des enfants:

https://tundrabooks.files.wordpress.com/2013/04/thisissadieactivitykit.pdf

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Maison d’édition: Belin Jeunesse

Année de parution: 2016

Prix: 12,90 euros

Âge conseillé: 5 ans

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Un grand jour de rien

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NOUVEAUTÉ

Cet album met en scène un duo, une mère et son fils… mais aussi, en toile de fond, le grand absent de l’histoire: l’homme, le mari, le père du petit garçon. Face à leurs solitudes respectives, la mère s’enfonce dans l’écriture et l’enfant s’abrutit avec des jeux vidéo. Ils souffrent l’un à côté de l’autre en silence dans leur maison de campagne. Sanctuaire de leur tristesse, la maison sombre et tarabiscotée est à l’image de leur souffrance. La mère encourage alors son fils à sortir, mettre le nez dehors alors que lui passerait bien toute sa journée, tout son temps, toute sa vie à tuer les Martiens de son jeu vidéo. Il finit par se décider… et se traîne à l’extérieur à reculons: « En ouvrant la porte, je sentis que tout l’ennui du monde s’était donné rendez-vous dans ce jardin. Sous la pluie. »

Une nouvelle page se tourne et nous voilà dans le jardin, véritable lieu de tous les possibles. Le jardin prend rapidement des allures de forêt, puis de vaste univers. Beatrice Alemagna, l’auteur illustratrice de l’album, parvient à dépeindre avec délicatesse et force à la fois la façon dont l’enfant prend corps avec la nature petit à petit: « Les gouttes cognaient comme des pierres sur mon dos. J’étais un arbre perdu dans la tempête. » Au sens propre du terme, l’enfant est d’abord comme paralysé ses jambes se mêlant au tronc d’un arbre… Puis, guidé par des escargots géants, il part découvrir ce qui l’entoure. Les éléments caractéristiques de la forêt sont volontairement grossis (escargots, champignons) pour donner une dimension particulière à l’ensemble, la rendre plus accessible au petit garçon et la terre prend littéralement vie… en opposition totale avec le jeu vidéo tombé accidentellement au fond de l’eau. Depuis cet événement « tragique », le réel s’impose à notre petit héros et le voilà propulsé dans un nouveau monde.

Dans ce jeu grandeur nature, l’enfant découvre et affronte les éléments naturels. Les rayons du soleil traversent le ciel et lui tombent sur le dos le réveillant à la vie, il plonge les mains dans la terre découvrant un monde souterrain qui fourmille de microchoses inconnues et il transpose aussi son jeu vidéo lors de sa balade: « Au fond du chemin, j’aperçus un étang pavé de rochers, ronds comme les têtes de mes Martiens. Je voulus les écraser en sautant dessus. » Bref, dans cet album, il y a un véritable mélange des mondes: le virtuel, le réel, le souterrain, à l’envers, à l’endroit, et la combinaison des différents mondes dans un seul. Et au-delà de tout ça, il y a le passé, le présent et l’avenir de cette famille…

Cet album est un livre magnifique. Le texte est subtil, aiguisé et les illustrations sont travaillées dans le moindre détail (même la typographie du titre). La palette de couleurs plutôt sombre (du moins au début de l’histoire) est rehaussée par le fluo de l’imperméable de l’enfant. J’aime particulièrement la bouille pas possible du petit garçon… Petit geek binoclard, il est tellement touchant !  Le lecteur, témoin de son mal-être, l’accompagne dans son cheminement personnel pour se réjouir de son épanouissement à la fin de l’histoire. On redécouvre à ses côtés tous les petits plaisirs de dame Nature ! Grimper dans un arbre, regarder les insectes, ramasser des cailloux ou encore sauter dans une flaque, rien que des plaisirs simples… Être au contact de la nature redonne la force de croire en la vie et ce petit garçon en a bien besoin !

Dans un jeu vidéo mais aussi comme dans la vie, nous évoluons selon différentes étapes. Le dédoublement du personnage est très intéressant dans cette histoire. Sur plusieurs double-pages, Beatrice Alemagna fait évoluer plusieurs figures du petit garçon pour décomposer le mouvement. Le petit garçon ainsi dédoublé donne à voir toute l’étendue de ce qu’il peut faire… De plus, ce procédé donne une énergie particulière qui est à l’image de l’action permanente qui caractérise si bien les enfants. L’enfant tombe, se relève et découvre le monde: le sien, celui qui l’entoure, celui des autres et le monde commun à chacun. Et c’est ainsi qu’il se construit…

Et comme bien souvent dans le genre de littérature qui nous concerne, l’harmonie finale est de mise et l’enfant parvient à faire la paix avec son père désormais absent, il retrouve sa mère et la transmission familiale est assurée. Le message de cet album est simple et beau: promenez-vous et ouvrez les yeux sur le monde !

 

BONUS

Des séances de rencontre + dédicace autour de cet album sont prévues prochainement à Paris:

– 21 janvier à la librairie Chantelivre (6e)

– 28 janvier à la librairie Artazart (10e)

– 25 février à la librairie L’Ouvre-Boîte (10e)

– 11 mars à la librairie Tschann Jeunesse (6e)

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Maison d’édition: Albin Michel Jeunesse

Année de parution: 2016

Prix: 15,90 euros

Âge conseillé: 6 ans

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Des livres à mettre sous le sapin !

Comme l’année dernière et encore à la dernière minute, je vous ai concocté une petite sélection de livres (surtout des nouveautés) à offrir aux enfants pour Noël. À titre indicatif, j’ai fait une sélection allant de 2 à 7 ans. À vous de piocher et de glisser quelques livres au milieu des jouets !

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Ça n’existe pas ! fait partie des histoires de Matthieu Maudet que j’ai beaucoup lues à mes enfants quand ils étaient petits. Et pour cause, c’est un livre super… Drôle, coloré et rythmé: le trio gagnant pour séduire les tout-petits. En bonus, les parents ne s’ennuient pas à la lecture. À un âge où les enfants s’intéressent à tout et questionnent le monde, c’est très intéressant de savoir démêler le vrai du faux en testant les limites de la réalité. Oui, qu’on se le dise, « une baleine naine, ça n’existe pas ! » pas plus qu' »une biquette qui joue au basket » ! Et la fin bouscule les lecteurs et fait gentiment peur… Votre enfant va en redemander !

Maison d’édition: L’école des loisirs / Prix: 8,70 euros

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Dans cet album de Shirô Fujimoto, il est question de deux classes de petits animaux (souris et taupes) qui partent en excursion. Les deux groupes prennent le même chemin, mais voient les choses de différentes façons: sur et sous terre. Ce point de vue offre énormément de possibilités sur le plan graphique mais aussi au niveau du récit… Il y a beaucoup de petites aventures, de l’entraide, des trouvailles, de la frousse et la fameuse rencontre des deux groupes ! D’autres animaux, des éléments de la nature, des fruits et des légumes ponctuent le chemin de cette agréable promenade. Dans une esthétique japonaise attendrissante et délicate, cette histoire permet aux petits d’appréhender l’espace et de voir les situations en parallèle.

Maison d’édition: Yoaké / Prix: 12,90 euros

3 ANS

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La veille de Noël, une bande de copains chiens attend avec impatience le passage du Père Noël. Dans cet album, l’épisode Noël est décortiqué: l’attente, les espoirs, la crainte d’avoir été oublié puis la joie ultime avec une fin extrêmement réjouissante et au-delà de toute espérance ! Le Plus Gros Cadeau du Monde est vraiment LE livre à offrir ! Bien sûr, on est en plein dans le thème puisqu’il parle de Noël et de ce qui intéresse le plus les enfants: les cadeaux… On le savait depuis longtemps mais Dorothée de Monfreid sait parfaitement s’adresser aux plus jeunes grâce à son ton direct, drôle et au plus près des émotions. Les habitués retrouveront avec plaisir les personnages de prédilection de l’auteur illustratrice: des toutous. Des petits, des gros, des tachetés, tous plus mignons les uns que les autres…

Maison d’édition: L’école des loisirs / Prix: 12,80 euros

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Le petit Louis va au zoo. Il a une étrange cagoule sur la tête… Que cache-t-il là-dessous ? Ce joli petit album, soutenu par Amnesty International, traite des différences, des complexes, de la tolérance et de l’amitié. Pour bien aborder ces thèmes profonds, Anne-Caroline Pandolfo a choisi un traitement léger avec un endroit qui plaît particulièrement aux enfants (le zoo), des couleurs gaies et une bonne dose d’humour.

Maison d’édition: Talents Hauts / Prix: 12,50 euros

4 ANS

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Papa et Moi est un joli livre sur une petite fille et son père qui déménagent régulièrement. Les différentes maisons s’accumulent au fur et à mesure que le lien se renforce entre ces deux-là… De belles illustrations poétiques et pleines d’énergie, des maisons et des constructions plus étonnantes les unes que les autres et un texte simple, rigolo et adapté aux plus jeunes. Voilà la recette réussie de ce petit album !

Maison d’édition: Gautier-Languereau / Prix: 9,90 euros

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Dans cette histoire, on s’amuse à se faire peur… Francesco Pittau offre à ses petits lecteurs le grand frisson et une fin réjouissante pour rassurer tout le monde. Quoi de mieux qu’une bande de copains, un récit énergique, une véritable tension dramatique et un monstre très très spécial… Au secours un monstre ! propose un texte vif et percutant, des illustrations expressives et un rythme endiablé. À lire vite !

Maison d’édition: Gallimard Jeunesse Giboulées / Prix: 12 euros

5 ANS

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Dans L’Incroyable Famille Zapato, Julie Brouant nous dresse un véritable portrait de famille avec au centre la petite dernière qui se sent comme le vilain petit canard… Dans sa famille, tout le monde a du talent et fait un numéro de cirque. Grâce à un système de planche, les illustrations s’animent créant un mouvement. Effet assuré de la magie du livre qui bouge ! Revenons à notre petite fille… Mais, que pourrait-elle bien présenter, elle qui ne sait rien faire de grandiose ? Au-delà d’un livre sur le cirque, c’est un ouvrage sur la connaissance de soi-même et de l’affirmation de la personnalité au sein de sa propre famille.

Maison d’édition: L’Agrume / Prix: 18 euros

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Il y a un tigre dans le jardin est comme une parenthèse enchantée. Une enfant, en visite chez sa grand-mère, décide d’aller tromper son ennui dans le jardin… Plongée dans une jungle imaginaire, la petite Nora va faire la connaissance d’un tigre. Réel ou inventé ? On s’en moque… Ce qui compte, c’est la relation qui se met en place entre la petite fille et le tigre. Dans ce jardin, il y a aussi des libellules géantes, des plantes carnivores et un ours polaire grincheux. Bref, ici, l’imagination est poussée très très loin et on en veut encore… Le style d’illustrations de Lizzy Stewart est vraiment ravissant, c’est très poétique et coloré. On plonge dans ce jardin aux mille possibilités avec délice !

Maison d’édition: Gautier-Languereau / Prix: 14,90 euros

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Maëlle et Margot ou l’histoire d’une amitié… Dans le train de tous les possibles, au gré d’un voyage, les liens se tissent… La blonde et la brune se découvrent, jouent, se chamaillent, se retrouvent et repartent vers de nouvelles aventures. Une histoire malicieuse tout en finesse de Danny Parker qui sait aller au plus proche des émotions de ses personnages. Le texte est délicatement accompagné par des illustrations douces et délicates de Freya Blackwood. Au fil des pages, un véritable univers poétique se met en place. Beaucoup de détails subtils sont contenus dans les dessins… Partez à la rencontre de ces deux petites filles espiègles, vous ne le regretterez pas !

Maison d’édition: Grasset Jeunesse / Prix: 14,90 euros

6 ANS

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Presque toute la vérité sur les lutins est aussi un livre de circonstances. La géniale Clothilde Delacroix fait le ménage dans les idées reçues à propos des lutins et met les pieds dans le plat ! Pourquoi sont-ils aussi petits ? Pourquoi les lutins portent la barbe ? Ou encore, pourquoi sont-ils habillés en vert et rouge ? Bref, autant de questions qu’il y a de réponses, un grain de folie ainsi que des illustrations généreuses et détaillées, Presque toute la vérité sur les lutins est un ouvrage dense de presque cent pages. Et surtout irrésistible de drôlerie et d’intelligence ! Bref, ce livre très original fera l’unanimité après des petits et des grands…

Maison d’édition: Seuil jeunesse / Prix: 18 euros

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La Fabuleuse Histoire de la poire géante est un incroyable livre d’aventures. Lors d’une partie de pêche, les deux copains Mitcho et Sebastian (le chat et l’éléphant) trouvent un message mystérieux et une graine dans une bouteille. C’est le début de l’aventure ! Cet album possède un univers visuel fourmillant de détails, un texte riche et des personnages attachants et travaillés. Impossible de ne pas penser à James et la grosse pêche de Roald Dahl en lisant l’ouvrage du Danois Jakob Martin Strid ! L’ensemble est tout aussi divertissant, joyeux, très rythmé et nous emmène très très loin…

Maison d’édition: Pocket Jeunesse / Prix: 19,90 euros

7 ANS

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La Grande Forêt d’Anne Brouillard nous entraîne dans un monde à part, Chintia. D’ailleurs, le livre s’ouvre sur une carte qui annonce immédiatement un univers particulier avec onze pays ayant des noms très évocateurs et poétiques comme le Pays disparu, le Pays des Montagnes bleues, le Pays des châteaux, le Pays désert ou encore le Pays noyé… Les humains, les animaux et autres drôles de créatures se mêlent de manière harmonieuse. Killiok cherche son ami disparu et grâce à cette quête, un voyage et des rencontres vont avoir lieu. Je ne vous en dis pas plus… et vous laisse découvrir la fabuleuse galerie de personnages. La construction formelle alternant mise en page classique d’album et cases de BD apporte une force particulière au récit. Équilibrée, bien détaillée et très riche, l’histoire fera rêver les petits lecteurs. Pour reprendre la formule d’un(e) libraire, La Grande Forêt est véritablement un « livre-monde » que je vous encourage vraiment à découvrir. Et c’est le premier tome d’une trilogie ! On attend déjà la suite avec impatience…

Maison d’édition: Pastel / Prix: 18 euros

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Passion et Patience est un livre magnifique. À tous les points de vue… Il y a une réelle beauté du texte et des images. Toutes les pages sont superbement composées. Qu’on se le dise, Rémi Courgeon est un véritable poète ! C’est l’histoire de deux sœurs jumelles aux caractères opposés mais complémentaires, la tempérée Patience et l’énergique Passion; elles sont les voisines, amoureuses et inspiratrices de leur voisin, Gus. Derrière ce diminutif rigolo, se cache le talentueux Gustave Eiffel dont on découvrira l’identité plus tard… La force de ce grand album réside dans l’histoire subtile et les différents registres de compréhension. Ce récit hors du commun initie les enfants à des notions dont ils n’ont pas forcément l’habitude dans les albums: le triangle amoureux, l’évolution des personnages jusqu’à l’âge adulte et la personnification des sentiments. Ce livre parfaitement abouti est un véritable coup de cœur, succombez vous aussi à Passion et Patience !

Maison d’édition: Milan / Prix: 16,95 euros

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Outroupistache

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NOUVEAUTÉ

Aujourd’hui, j’ai eu envie de vous parler d’une histoire qui est un fort souvenir d’enfance… Il s’agit d’Outroupistache des frères Grimm, je l’ai beaucoup lue dans un recueil de contes (aujourd’hui disparu, hélas) et cette histoire était restée dans un coin de ma tête… J’ai pu redécouvrir cette histoire avec délice grâce à Elsa Oriol et aux éditions Kaléidoscope. Et je suis ravie de voir à quel point mes enfants l’aiment aussi !

Pour ceux qui ne connaîtraient pas, voici l’histoire d’Outroupistache: une jeune et jolie meunière se retrouve au cœur d’un mensonge qui la dépasse complètement. Son père s’est vanté auprès du roi que sa fille savait filer la paille et en tirer de l’or. Ce qui est, bien entendu, absolument faux ! La voici donc prisonnière du château royal et contrainte de réaliser les prouesses vantées par son père au péril de sa vie… « À présent, au travail ! Et si demain matin tu n’as pas filé toute cette paille en or, tu mourras ! » Désespérée, la malheureuse se pense perdue jusqu’à l’apparition d’un lutin qui se propose de filer la paille en or à sa place. Cependant, il veut quelque chose en échange… Le scénario se répétera plusieurs fois et la fille du meunier lui donnera tous les bijoux qu’elle possède. Cupide, le roi lui demande une dernière fois de changer la paille en or puis il l’épousera. N’ayant plus rien à offrir au petit homme, la jeune femme se voit contrainte d’accepter l’étrange et terrible marché du lutin: il filera la paille une dernière fois en échange de son premier enfant à naître lorsqu’elle sera reine ! Ne voyant pas d’échappatoire et comptant sur le temps pour faire oublier cette sordide proposition, elle finit par accepter.

Le temps passe, le mariage a lieu et, ce qui devait arriver arriva, la reine met au monde un beau garçon. Mais, son bonheur est de courte durée puisque le lutin fait son apparition réclamant son dû. Désormais à la tête du royaume, la jeune mère lui propose bien des richesses mais il n’y a rien à faire… « Non, répondit-il, un être vivant m’est infiniment plus précieux que tous les trésors du monde. » Horrifiée, la jeune femme ne peut se résoudre à lui donner son bébé et, toujours aussi joueur, le lutin lui propose un nouveau marché: si la reine devine son nom, elle pourra garder son enfant. Pendant trois jours (le délai imparti), elle cherche, propose et propose à nouveau tous les prénoms masculins qu’elle connaît. Elle envoie même un messager courir le pays à la découverte de tous les noms qui existent, la quête est laborieuse. Le passage avec les propositions de noms est un régal de lecture… La reine est désespérée, le lutin jubile et l’enfant lecteur est totalement dans l’histoire. Quel est donc le nom de cette étrange créature ? Comment la reine va-t-elle mettre fin à cet odieux chantage ? Y arrivera-t-elle vraiment ?

Voilà, je n’ai pas résisté à vous raconter (presque) toute l’histoire ! Il ne vous reste plus que la fin à découvrir… qui est grandiose et à la hauteur du dicton « Tel est pris qui croyait prendre ». Pour cette histoire à la fois légèrement datée et intemporelle, il fallait des illustrations fortes et très expressives…

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L’une des spécialités d’Elsa Oriol est de se réapproprier des contes traditionnels. Elle remanie, dépoussière, bref rend plus accessible le texte (sans en enlever l’essence et la beauté) aux jeunes lecteurs d’aujourd’hui. Je comprends et partage le choix d’Outroupistache car tout est bien pensé dans cette histoire: le nom improbable du personnage éponyme, la cruauté du conte, la détresse de la belle jeune femme, l’énigme, la tension dramatique, les notions de magie et de lutin, la fin jubilatoire, etc. Tous les ingrédients sont réunis pour en faire une excellente histoire qui parle aux enfants ! Grâce à ses illustrations, Elsa Oriol parvient à amener une dimension aussi bien énigmatique que féerique. Il y a un univers bien particulier qui se dégage de ses dessins et qui se prête particulièrement bien aux contes… La lumière, les ombres et les visages sont particulièrement bien travaillés. C’est un très bel album !

Le mensonge du père au début du récit n’est qu’un prétexte narratif pour que la jeune femme se retrouve sous la coupe du roi après avoir été sous celle de son père qui n’hésite pas à sacrifier son propre enfant, puis sous celle du lutin. Ah, la condition de la femme ! Bref… Ce schéma narratif du conte nous montre comment un personnage que tout accable va pouvoir se relever et surmonter les obstacles. Je vous encourage à lire des contes à vos enfants… Ils se délectent de ces histoires terribles certes, mais qui sont très riches et finissent presque toujours bien. Ils frissonnent, accompagnent le héros ou la héroïne dans ses épreuves et vibrent véritablement ! Au passage, cela leur permet de distinguer le bien du mal, d’accompagner leur envie de magique et d’histoire de grande envergure, de cultiver le pouvoir de l’imagination et de se confronter à certaines aspérités de la vie.

Bon à savoir, il y a d’autres contes illustrés par Elsa Oriol aux éditions Kaléidoscope: La Barbe bleue, Cendrillon, Déméter et Perséphone ainsi que Les six frères cygnes.

BONUS

Il y a une exposition des originaux d’Outroupistache à Paris en ce moment. Le vernissage a lieu aujourd’hui (jeudi 1er décembre) avec une séance de dédicaces de l’album.

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Maison d’édition: Kaléidoscope

Année de parution: 2016

Prix: 15 euros

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Les Mous / Gouniche

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Pour une raison que je ne parviens toujours pas à m’expliquer, je suis passée à côté du livre Les Mous au printemps 2015. Mais, comme il n’est jamais trop tard, je viens de le découvrir à l’occasion de la parution de la « suite » dont je vous parle plus bas. Dans Les Mous, Delphine Durand, auteur et illustratrice, nous présente d’étranges créatures mais qui dit « mous » ne dit pas fades ou ennuyeux. Au-delà du titre énigmatique, la gaieté loufoque qui se dégage de la couverture pique au vif la curiosité des lecteurs ! Partons donc à la rencontre des mous…

Delphine Durand a choisi le biais de l’encyclopédie pour présenter aux lecteurs le peuple des mous. À travers leurs caractéristiques physiques, leurs modes de vie, leurs goûts, ces étranges créatures sont mises à l’honneur. Leur particularité ? Ils sont tout à fait irrésistibles… de drôlerie. Avec son humour absurde, Delphine Durand séduit petits et grands ! Les mous sont de mignons bêtas qui parviennent tout de même à être cool. Comme le précise le sous-titre, les mous vivent effectivement des fabuleuses aventures comme prendre un café entre amis, faire des blagues pourries, se regrouper au crépuscule et autres activités réjouissantes. Vous l’aurez compris, la grande qualité de ce livre hors norme est le décalage… Il s’agit de petits riens traités avec ironie, mais le tout est absolument accessible aux enfants.

Le succès de ce livre tient aussi à sa grande précision formelle: des illustrations aux multiples techniques remplissent cet univers foisonnant. Des dessins, schémas et légendes dans tous les sens, je précise que chaque détail a son importance… Ouvrez bien les yeux et plongez dans ce livre tout simplement génial !

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NOUVEAUTÉ
Voici Gouniche ! Avec un titre drôle et l’air d’imbécile heureux du personnage éponyme, Delphine Durand attire immédiatement les lecteurs. Qui est Gouniche, cette créature jaune et dodue ? Un mou parmi les mous ? Et non, erreur… même s’ils possèdent un ancêtre commun, Gouniche appartient à la famille des gous. Il figurait déjà dans le livre Ma maison de D. Durand publié aussi au Rouergue en 2000.
Maintenant que les présentations sont faites, laissez-moi vous dire que Gouniche est super rigolo, aime les oiseaux, a peur des mouches et est amoureux d’une fleur. Charmant portrait, n’est-ce pas ? L’auteur illustratrice explore les multiples vies fantasmées de son personnage unique en son genre. Tout comme les mous, Gouniche fait assez souvent n’importe quoi… pour le plus grand plaisir des enfants. Bourré d’imagination ou ne réfléchissant pas plus loin que le bout de son nez, Gouniche est disons… spécial. Il aime faire des expériences, a pour voisine Bérénice la saucisse et met parfois des perruques.
Entouré de sa bande de copains tous plus sympas les uns que les autres, ils jouent au « Mounopoli » et regardent leur émission préférée « La vie pas facile de Caca ». Et j’en passe… Le ton de Delphine Durand est un régal: des blagues dans tous les sens, un humour fin et efficace, les quelques clins d’œil aux adultes seront aussi appréciés ! On attend déjà la suite…
Les illustrations de Gouniche sont très réussies: tout comme dans Les Mous, il y a une quantité impressionnante d’illustrations aussi diverses que variées. Sous forme d’album, de BD, de croquis dessinés sur des feuilles d’écolier, de photo-montages et de listes faites sur des morceaux de papier déchiré, l’ensemble est très vivant et ludique. Ma préférence va pour le côté crayonné et les montagnes ayant des yeux…
Gouniche est un album hilarant, lisez-le ! Découvrez-le sur cette vidéo:
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Maison d’édition: Le Rouergue
Année de publication: 2015 (Les Mous), 2016 (Gouniche)
Prix: 15 euros
À partir de 6 ans