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Hortense et son Ombre

NOUVEAUTÉ

Les sœurs Natalia et Lauren O’Hara nous entraînent au cœur d’un univers hivernal, poétique et plutôt mystérieux. L’histoire de l’album Hortense et son Ombre se déroule au-delà d’une forêt épaisse là où la neige est particulièrement blanche et silencieuse. C’est là que vit Hortense, une petite fille qui déteste son ombre: elle a l’impression d’être suivie en permanence et elle n’aime pas voir son ombre se déformer…

Après des stratagèmes maladroits pour s’en débarrasser, elle finit par lui tendre un piège et parvient à l’enfermer dans une pièce. Hortense se sent enfin libre, quelle joie ! Elle a l’impression de revivre…  L’ombre réussit à s’échapper mais, comprenant qu’elle dérange réellement la petite fille, décide de partir. Cependant, lorsque Hortense sera en grand danger, son ombre se précipitera pour l’aider et saura déployer des trésors d’ingéniosité. Oui, l’ombre n’était pas partie très loin et, tapie, elle surveillait sa moitié…

« Oh ! L’ombre ! Pardon, je me suis trompée. Dans l’obscurité, si tu t’allongeais, c’était pour me rendre plus grande. Si les jours blancs éblouissants, tu t’étirais, c’était pour mieux me montrer le chemin. Que serait une page sans encre, un faon sans taches ou une Lune sans nuit ? Tu fais partie de moi, l’ombre. S’il te plaît, reviens ! » dit Hortense à son ombre. Les retrouvailles peuvent enfin avoir lieu !

Après tous ses déboires, la petite fille fera enfin la paix avec cette partie d’elle-même et fera même de son double sa meilleure amie. Tout est bien qui finit bien… J’ai beaucoup aimé cet album car je trouve que le thème de l’ombre est particulièrement intéressant à exploiter. Cette forme hybride soulève bien des interrogations chez les enfants et certains ont des attitudes très tranchées: l’amusement, la peur, l’agacement… ou alors un détachement complet. Mais, tous les petits posent un jour ou l’autre des questions sur leur ombre ou sur celle des autres. Vous trouverez une certaine quantité de livres sur le sujet, c’est un thème largement exploité en littérature jeunesse et adulte.

Hortense et son Ombre est une histoire riche superbement illustrée. On s’attache au personnage de la petite Hortense, déterminée dans tout ce qu’elle entreprend ! La luminosité qui se dégage du livre est tout simplement magnifique, les paysages avec leurs nombreux détails sont à couper le souffle et l’ensemble est très harmonieux.

Le site Internet des sœurs O’Hara, c’est ICI.

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© Natalia et Lauren O’ Hara pour Gautier-Languereau

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Maison d’édition: Gautier-Languereau (édition originale Hortense and the shadow, publié par Penguin Random House en 2017)

Année de publication: 2017

Prix: 14,95 euros

Âge conseillé: à partir de 6 ans

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Un vrai livre

« Comment on fait un livre ? » Alors, pour répondre à cette question posée par un enfant et s’attacher à la forme, enfin l’objet livre, il faut partir de la base. Les enfants sont souvent déroutés lorsqu’on leur explique que le papier vient des arbres. En scrutant d’un air circonspect les troncs d’arbre, on sent bien que les connexions sont difficiles à se mettre en place… Heureusement, il existe désormais un livre expliquant les choses de A à Z et Un vrai livre est un excellent support pour décortiquer les étapes de la transformation.

Le livre s’ouvre sur le personnage principal (Jom Tanne alias le jeune homme des sapins – Tanne signifie « sapin » en allemand) qui vit dans une cabane en pleine forêt. Dès la deuxième page, on bascule dans le passé en apprenant la chose suivante: « Avant, au cœur de cette forêt, il y avait un grand sapin. Et dans ce grand sapin vivait un petit oiseau. » Le sapin représente l’enfance tandis que le petit oiseau gris symbolise alors le cœur de l’enfance, celle qui résonne dans le personnage de Jom Tanne devenu adulte.

À l’arrivée du bûcheron Stan, l’oiseau prend peur et s’éloigne de l’arbre, son refuge. L’arbre est abattu, l’enfance disparaît et on comprendra que l’essence même de l’enfance n’a pas beaucoup de chance de survivre (ou alors s’éloigne-t-elle juste…) en devenant adulte. Trop occupé à grandir, à devenir adulte, l’homme rompt son lien avec l’enfance. Ensuite viennent Max Holz (Holz signifie « bois » en allemand) et Gus Blatt (Blatt signifie « feuille » en allemand) qui se chargent de mettre le sapin dans une grosse machine qui le découpe alors en morceaux de bois qui seront eux-mêmes passés à la moulinette pour prendre la forme de feuilles de papier.

Ces trois hommes sont des adultes qui ont oublié leur enfance contrairement à Jom Tanne qui refuse que l’enfance soit terminée, qu’il n’a plus le droit de rêver. Stan, Max et Gus sont trois hommes virils, assez âgés qui utilisent des machines/outils dangereux contrairement à Jom qui est un jeune homme. Dans cette chaîne mécanique à l’image du monde des adultes, Jom Tanne fait figure de résistant, de doux rêveur. Le seul outil qu’il possède, lui, est le papier… Vous allez comprendre pourquoi en revenant aux feuilles de papier provenant de l’arbre abattu au début de l’histoire.

Ces feuilles sont livrées à Jom Tanne et pour lutter contre l’oubli de l’enfance, ce monde si précieux, Jom Tanne décide d’écrire une histoire. Et pas n’importe quelle histoire puisqu’il s’agit de sa propre histoire, celle que nous sommes en train de lire ! Oui, le prétexte est tout trouvé: un concours d’histoires a lieu dans la ville voisine et notre héros/auteur tente sa chance: « Le gagnant verra son histoire devenir un livre, disait-on. »

Jom Tanne se met alors au travail: le petit oiseau gris du début de l’histoire refait son apparition sur la feuille de papier, Jom Tanne le dessine et c’est comme s’il livrait le plus intime de son enfance… Il écrit SON histoire, l’envoie à « Une très grande maison d’édition » (pas de « vrai » nom pour ne pas faire de jaloux) et l’enfant qui est toujours en lui l’accompagne dans le processus de l’écriture. On sait bien que c’est le cas pour beaucoup d’auteurs de littérature jeunesse… Pour terminer ce livre, retour au lieu de départ, c’est-à-dire la forêt, et Jom Tanne s’immerge dans son enfance: « Puis je suis allé me promener au cœur de la forêt. En rêvant qu’un jour cette histoire devienne un jour un livre. Un vrai livre. »

Écrire, c’est rêver, imaginer… En accordant une place importante au rêve, Jom Tanne cultive sa part d’enfance et, en parvenant à la mettre sur papier, il s’affranchit du monde des adultes. Et parfois le rêve devient réalité ! Le véritable auteur-illustrateur Édouard Manceau est allé au bout de son idée en offrant à son personnage la paternité de ce « vrai livre », puisque le nom de l’auteur sur la couverture est Jom Tanne.

L’auteur a pensé son livre de la manière suivante: en partant du sapin trônant dans son jardin d’enfance, il a voulu emmener ses lecteurs faire une promenade dans la forêt. Cependant, si cet ouvrage n’était qu’un manuel qui aurait pu s’intituler « De l’arbre au livre », il ne serait pas un magnifique livre dont j’aurais eu tellement envie de vous parler.. et c’est pourtant le cas puisque la poésie se mêle au didactique !

Et je voudrais terminer par ces mots qu’Édouard Manceau m’a confiés: « Finalement je me dis que Jom Tanne est le petit garçon que j’étais, qui est resté tout entier en moi et qui continue à se battre pour faire des livres d’enfant. Et pas seulement des livres POUR enfants. »

Au premier abord, ce livre est bien plus profond qu’il n’y paraît et c’est une véritable allégorie de l’enfance qui est présentée. Il parle de la part d’enfance cultivée chez les auteurs dits « jeunesse » et des petits arrangements faits avec le monde des adultes pour y vivre sans trahir sa nature profonde. Les thèmes du rêve, de la réalité et de la frontière délicate entre les deux mondes sont traités de manière très intéressante. De plus, la construction de l’album avec son double niveau de lecture très subtil relève de l’orfèvrerie.

Selon moi, Un vrai livre est un album essentiel. À lire absolument !

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Maison d’édition: Milan

Année de parution: 2017

Âge conseillé: à partir de 3/4 ans

Prix: 9,90 euros

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Les Voisins

NOUVEAUTÉ

Une couverture rouge et animée, une ambiance mystérieuse et tout un monde à découvrir… Ouvrez absolument la porte de ce livre, c’est une merveille !

Qui ne s’est jamais posé la question de ce qui se cachait derrière la porte des appartements de nos voisins ? Dans sa petite mythologie personnelle, chacun y va de ses théories… Ici, notre curiosité est complètement satisfaite puisque toutes les portes s’ouvrent ! La visite guidée est organisée par une petite fille souriante et dynamique qui détient toutes les clefs.

Bien décidée à nous faire visiter son immeuble, nous la suivons avec délice jusqu’en haut du septième étage… Une chose est sûre, du premier au dernier étage, on voyage !

 

 

 

 

 

 

Avant de pénétrer dans chaque appartement, on peut faire des pronostics en voyant les paliers, sentir l’ambiance (ou les odeurs) et les indices distillés un peu partout autour de la porte… Comme un détective, on cherche à poser l’identité du propriétaire !

La structure du livre est très bien pensée puisqu’une double-page laissant une grande part au blanc est présentée avant de plonger dans des univers très fournis et colorés. C’est comme une profonde inspiration avant de plonger dans le grand bain des magnifiques illustrations d’Einat Tsarfati !

Parfois, les images sont plus parlantes que de grandes explications alors je vous laisse découvrir l’univers doré des brigands, l’appartement sens dessus dessous de la famille acrobate, la fête en musique au 6e étage ou encore l’appartement du corsaire et de la sirène où l’on nage en plein bonheur…

© Einat Tsarfati pour les Éditions Cambourakis

Quant à l’appartement et la vie de famille de la fillette-guide, je vous laisse les découvrir… Les Voisins offre à ses lecteurs une belle diversité d’univers foisonnants et vitaminés. Très bel album sur l’habitat abordé de manière originale ! Et au-delà du thème de l’habitation, c’est un beau livre sur la famille et ses représentations.

En bonus, il y a un petit personnage (digne de l’univers de Miyazaki) à retrouver dans chaque appartement. Ouvrez bien l’oeil !

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Maison d’édition: Cambourakis

Année de parution: 2017

Prix: 14 euros

Âge conseillé: à partir de 4/5 ans

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Le grand frisson

C’est l’histoire d’un élan qui passe son temps à regarder ses amis s’amuser et profiter de la vie… Lui a toujours trop peur pour entreprendre quoi que ce soit ! Pourtant, un beau jour, ce grand élan a une révélation: « Parfois, l’élan a l’impression de passer à côté de quelque chose. Mais de quoi, au juste ? […] S’il veut trouver ce qui lui manque, il doit saisir la vie à bras le corps. »

Tel un présage, il saute dans le premier bateau qui se présente devant lui et direction l’aventure ! Comme dans un roman d’apprentissage, notre héros va devoir affronter un certain nombre d’épreuves… Un requin qui rôde, une tempête et se retrouver échoué sur une île déserte ! Après une phase de léger effroi, l’élan (ne pouvant compter que sur lui-même) se met au travail et se transforme en véritable Robinson Crusoé. Il relève beaucoup de défis et affronte, ou plutôt dompte, la Nature. Comme un bon naufragé, il se trouve aussi un allié, un compagnon en la personne d’une tortue nommée… Mardi. Tous les deux, ils profitent pleinement de la vie !

Alors que l’élan s’est parfaitement adapté à son nouveau milieu, il a l’opportunité de quitter l’île déserte pour retrouver son chez-lui ainsi que ses amis l’ours et le castor. Gros changement de décor pour notre élan qui se retrouve sur un paquebot en pleine croisière… Place à l’opulence et aux nombreux loisirs ! Là encore, après des débuts hésitants, il se fait vite à ce nouveau mode de vie. Après cette riche expérience, l’élan va (enfin) retrouver son chez-lui et ses amis… L’histoire se termine tout de même sur une petite touche de futur voyage !

Le grand frisson est un album très drôle et attachant. Tout d’abord, le personnage de l’élan a un fort capital sympathie: quel bonheur de voir ce grand « nigaud » s’affirmer et devenir un super élan ultra-positif ! On suit ses aventures avec plaisir… et ce livre délivre un message important aux enfants: dans la vie, il faut savoir affronter ses peurs pour se dépasser. C’est difficile, mais cela peut vraiment valoir le coup… La faculté d’adaptation est une grande qualité et une aide précieuse pour avancer dans la vie. Si cette histoire, et plus particulièrement la voix de l’élan, peut résonner dans la tête (ou le cœur) d’un enfant lorsqu’il se retrouve dans une situation délicate où il doit faire face à la nouveauté, c’est une excellente raison pour lui lire ce livre !

L’album nous parle aussi d’amitié et de l’importance d’être bien entouré. Il y a les amis de longue date que l’on est toujours content de retrouver mais aussi les nouvelles rencontres… qui peuvent donner des ailes.

Nicholas Oldland, l’auteur-illustrateur, a intitulé son livre Le grand frisson: ce frisson peut aussi bien être celui de l’inquiétude face à la nouveauté, celui que l’on éprouve lorsque l’on fait une rencontre déterminante ou encore celui de la satisfaction (tant recherchée) d’être en accord avec qui l’on est…

Plus d’informations sur Nicholas Oldland et ses autres ouvrages ICI.

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Maison d’édition: Bayard jeunesse

Date de parution: avril 2017

Âge conseillé: à partir de 3 ans

Prix; 10,90 euros

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Le jour de l’âge de raison

Une semaine avant ses 7 ans, Georges s’interroge sur cet âge particulier. Enfin… surtout particulier aux yeux des adultes, puisque ce nouvel âge a le mérite d’avoir une appellation spéciale: « l’âge de raison ». Histoire de mieux appréhender les choses, le petit garçon pousse la réflexion mais finit pourtant par s’inquiéter… Est-ce qu’on s’amuse encore quand on a 7 ans ? « Peut-être qu’on a juste envie de ranger sa chambre et d’apprendre le dictionnaire par cœur. » Bref, Georges n’a pas envie de devenir un petit monsieur sérieux… Lui, il a décidé que 7 ans était l’âge du carambolage ! Il aime jouer avec ses petites voitures, les fracasser et créer des accidents.

Il a peur que cet âge « trop sérieux » ne le pousse définitivement hors de l’enfance. Comment faire pour arrêter le temps ? Aux grands maux, les grands remèdes ! Un tube de crème anti-âge qui traîne dans la salle de bains fera sûrement l’affaire… Il s’en peinturlure façon commando et le voilà armé ! Mais, les jours passent et le jour fatidique se rapproche… Mieux vaut affronter la réalité en face et Georges pense alors à quand il était dans le ventre de sa mère, puis sa petite enfance et il s’imagine même très vieux !  Tout ce cheminement l’amène au fameux septième jour de la semaine, le jour de ses 7 ans et la boucle est bouclée: il franchit le cap de l’âge de raison.

« Et l’heure exacte de sa naissance: 15 heures 35. Georges regarde la pendule: 15 heures 33. Son cœur bat très fort. 15 heures 34. Georges ferme les yeux. 35. 36. Georges les rouvre. RIEN. Il ne s’est rien passé. Ni à l’intérieur de Georges ni à l’extérieur. Zéro changement. Que dalle. Un peu soulagé, un peu déçu, Georges ressort de la salle de bains. »

© D. Lévy et T. Baas pour Sarbacane

Une fois la date butoir passée, Georges se débarrasse de ses craintes et il redevient un petit garçon pressé de profiter de sa fête d’anniversaire ! Tel un vieux sage, il accepte les règles du jeu de la vie et se rend bien compte qu’il n’a pas vieilli d’un seul coup…

Le découpage du récit en jours de la semaine et le rythme donnent une véritable énergie à l’ensemble. Les phrases sont courtes et le style quasi-journalistique. On plonge dans l’esprit de Georges et on se délecte de ses réflexions: « Georges examine les photos sur le mur de liège, dans la chambre de ses parents. […] La photo de son papa quand il avait 7 ans. Tout le monde dit que Georges est le portrait craché de son père. Georges, lui, ne sait pas trop. Il sait juste qu’il n’a pas envie d’être un portrait craché. »

La plume de Didier Lévy est, comme d’habitude, exquise. Il a su parfaitement trouver les mots justes pour traiter le sujet et ce livre parle aussi bien aux adultes qu’aux enfants. Il est question, bien évidemment, du temps qui passe, des étapes à franchir dans la vie et aussi de l’importance que l’on veut bien lui donner (ou non) aux chiffres et à leur valeur. Une bonne dose d’humour et de sensibilité figure aussi dans cet album qui aborde un thème qui peut être délicat. Au-delà de l’âge de raison, ce livre parle de la famille au sens large, de la place de chacun et de la construction de soi-même.

Les illustrations de Thomas Baas sont vraiment très belles, avec une réelle dimension graphique.  Savamment dosés, les dessins mettent Georges au cœur des actions et le petit garçon (en couleur) se détache des pages aux teintes claires. L’accent est clairement mis sur lui et on suit ce personnage très attachant dans son aventure intérieure…

La morale du livre, s’il y en a vraiment une (?), est de laisser les enfants profiter de leur enfance le plus tard possible. Ni tendre, ni bête, ni raisonnable, l’enfance ne devrait avoir qu’un seul âge: celui de l’âge heureux.

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Maison d’édition: Sarbacane

Date de parution: 03/05/2017

Prix: 15,50 euros

Âge conseillé: à partir de 6 ans

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Une sieste et un bon bain !

Voici une chronique vous conseillant des livres de la collection « Loulou & Cie » qui s’adressent aux tout-petits: À la sieste ! et Au bain, les monstres ! sous le trait et la plume de la talentueuse Iris de Moüy. Ces deux albums mettent en scène des activités quotidiennes des enfants (dormir et se laver), thèmes largement abordés dans les livres pour enfants, me direz-vous… Alors, quel est le petit plus de ces livres ? Un traitement original & décalé, un univers graphique envoûtant et un grain de folie qui séduit autant les petits que les grands !

 

L’histoire de ce livre cartonné se situe en pleine jungle… Elle commence dès la couverture (petite originalité) avec un appel général lancé par une petite fille, telle la maman de la savane. Le livre s’ouvre alors sur un zèbre fâché qui nous dit « Je ne veux pas faire la sieste. » Et, tour à tour, les animaux disent fermement à quel point ils ne veulent pas dormir. Je suis sûre que ce petit refrain vous fera penser à quelqu’un que vous connaissez bien…

Dans cet album, la belle galerie d’animaux de la savane donne toutes les excuses possibles et imaginables pour ne pas se reposer: certains tentent l’intimidation, d’autres essaient la ruse et quelques-uns se frottent même à l’humour ! Cependant, la malicieuse petite fille parvient à ce que tout ce petit monde tombe dans les bras de Morphée. Intelligence, magie ou véritable tour de force ? Je vous laisse découvrir la technique de l’enfant qui murmurait à l’oreille des animaux – la pirouette finale – qui semble simple comme bonjour. Beaucoup de parents aimeraient avoir la même force de conviction !

Les petits lecteurs jubilent en constatant le pouvoir de la petite fille immergée en pleine jungle. Nullement impressionnée, elle affronte une hyène, un hippopotame et même le lion ! Dans cet univers très coloré, l’enfant représentée en noir et blanc se détache des autres personnages de l’histoire et du décor: figure contrastée, elle impose sa force.

À la sieste ! est un livre au plus près des préoccupations enfantines. L’auteur-illustratrice offre un récit court et très efficace porté par des illustrations vitaminées qui enchante les tout-petits. Et, que cela fait du bien de lire un livre à propos de la sieste n’utilisant pas le quotidien des enfants ou mettant en scène les doudous, les peluches, etc. ! Iris de Moüy donne le pouvoir à une petite fille (joie des petits lecteurs qui se reconnaissent dans cette semblable) plus forte que tous les animaux réunis.

La plus grande qualité de cet album, plus fin qu’il n’y paraît, est de réussir à désacraliser la sieste. Sujet parfois sensible, il est bon de pouvoir en rire avec son enfant le temps d’une bonne histoire…

 

 

Un frère, une sœur et l’heure du bain. Tout un programme, non ?

Les petits diables s’échappent se complaisant dans leur crasse et se cachent dans leur chambre « dégoûtante ». À l’image de la saleté des enfants, la chambre est sens dessus dessous !

Qui se ressemble s’assemble alors de vrais monstres débarquent dans la chambre des enfants devenue l’antre de la puanteur. Les petits sont ravis, les monstres aussi et la fête bat son plein: « on était monstrueusement bien dans cette chambre ». Les très grands monstres remplissent peu à peu les pages du livre jusqu’au point de bascule: la fille et le garçon se transforment aussi en monstres ! Si, si, des vrais avec des poils et des verrues. Les petits lecteurs sont tour à tour amusés de voir des enfants désobéissants, effrayés de les voir se transformer en monstres et rassurés de voir tout redevenir à la normale.

Dans cette histoire rigolote, le message de l’importance de la propreté est passé de manière intelligente et originale: oui, c’est plus agréable pour tout le monde de se faire un câlin lorsque l’on sent bon…

À la lecture, on se régale avec ces monstres originaux, tenaces et colorés, ils sont vraiment très réussis… Et la complicité entre le frère et la sœur est parfaitement rendue et très attachante. On sait à quel point les enfants s’entendent pour faire des bêtises ! À la fin de l’histoire, ce sont les enfants contre les monstres et ils parviendront à les battre à coup de « jet suprasonique propreté » et « gel douche décrassant » !

Avec Au bain, les monstres !, on fait un grand saut dans l’absurde et c’est tout simplement génial… On rit et on en redemande, encore des enfants cracras et vive la baignoire qui galope !

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Maison d’édition: L’école des loisirs (Loulou & Cie)

Année de parution: 2013 pour À la sieste ! et 2017 pour Au bain, les monstres !

Prix: 12,50 euros (À la sieste !) et 9 euros (Au bain, les monstres !)

Âge conseillé: 3 ans

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Au-delà de la forêt

NOUVEAUTÉ

Arthur est un jeune lapin qui vit avec son père et leur chien dans une petite ferme. La famille est entourée par la forêt et pas n’importe laquelle… elle est très dense et très sombre. « On raconte que la forêt est habitée par des loups, des ogres et des blaireaux géants. Personne ne s’y aventure jamais ! »

Le décor est donc rapidement posé et l’ambiance aussi… Qui mieux qu’un courageux papa pourra relever le défi ? Mais plus que courageux, le père d’Arthur est surtout ingénieux et va se lancer dans une entreprise plus grande que lui: la construction d’une tour permettant de voir au-delà de la forêt. Et tout ça avec l’aide de son fils, bien entendu ! Afin de récolter suffisamment de pierres pour construire son édifice, le père a l’idée d’échanger du pain contre des pierres aux villageois. Il se met donc aux fourneaux, la bonne odeur des petits pains attire bientôt beaucoup d’autres lapins et le troc se met vite en place: « un pain contre quatre pierres ».

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© N. Robert et G. Dubois pour le Seuil jeunesse

Les pierres s’accumulent, la tour prend forme et la construction avance vite. Mais, coup du sort, une terrible tempête a lieu durant la nuit et la tour (faite à moitié) s’effondre ! Il faut tout refaire… Heureusement, Arthur et son père seront rapidement aidés par leur entourage. Un véritable relais se met en place pour soulager Arthur et son père qui ont affronté les éléments toute la nuit ! Pendant que père & fils dorment, tous les voisins retroussent leurs manches et se mettent au travail. À leur réveil, la tour est deux fois plus haute qu’avant l’orage !

Puis, l’élan se poursuit et les villageois continuent d’aider Arthur et son père. L’apprenti boulanger leur offre de bons petits pains en échange de leur travail… Le chantier de la tour progresse rapidement et, sur une double-page, on voit l’évolution faisant penser à la tour Eiffel en travaux. On suit avec plaisir cette quête ponctuée de solidarité, de péripéties et de suspense.

Le récit, signé Nadine Robert, est placé sous le signe de l’esprit d’entreprise. Il véhicule beaucoup de valeurs extrêmement positives sur fond de persévérance et d’entraide. Il montre aux enfants à quel point il est important de se donner les moyens de réussir, d’aller jusqu’au bout de ses rêves et qu’à plusieurs, on est plus fort que tout seul. Le texte de cet album est fort, simple sans pour autant être moralisateur.

Pour donner vie à cette belle histoire, il fallait des illustrations tout aussi belles. Et c’est le moins que l’on puisse dire du travail de Gérard Dubois (dont je vous ai souvent parlé), ses planches sont à couper le souffle ! L’ambiance du livre est à la fois rétro et intemporelle. On rentre dans cette histoire comme dans un conte et l’univers est dense, matiéré et très travaillé. La composition des double-pages est remarquable, mention spéciale à celle de la construction de la tour, celle de la tempête, celle de la fête du village et les dernières du livre.  Les tonalités plutôt sombres imposées par l’histoire (la forêt, les pierres de la tour, la ferme, le bois, etc.) parviennent à ne pas écraser l’ensemble et l’ensemble est rehaussé par les touches de couleur des tenues des lapins. Et je dois dire que la petite communauté de lapins de Gérard Dubois est particulièrement réussie !

Une fois la tour construite, les lecteurs sont aussi impatients qu’Arthur et son père de découvrir ce qu’il y a au-delà de la forêt. Je vous encourage à demander à vos enfants ce qu’ils pensent découvrir avant de tourner la dernière page. Mon fils a dit « une maman », c’est vrai qu’il n’y en a pas dans le livre et j’ai trouvé cette idée assez belle… Mais, c’est une tout autre fin que Nadine Robert et Gérard Dubois ont imaginée et la chute est vraiment magistrale. Cet album est une véritable splendeur, à découvrir d’urgence !

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Maison d’édition: Seuil jeunesse (réédition de Comme des géants, 2016)

Année de parution: 2017

Prix: 13,90 euros

Âge recommandé: 5 ans