Un grand jour de rien

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NOUVEAUTÉ

Cet album met en scène un duo, une mère et son fils… mais aussi, en toile de fond, le grand absent de l’histoire: l’homme, le mari, le père du petit garçon. Face à leurs solitudes respectives, la mère s’enfonce dans l’écriture et l’enfant s’abrutit avec des jeux vidéo. Ils souffrent l’un à côté de l’autre en silence dans leur maison de campagne. Sanctuaire de leur tristesse, la maison sombre et tarabiscotée est à l’image de leur souffrance. La mère encourage alors son fils à sortir, mettre le nez dehors alors que lui passerait bien toute sa journée, tout son temps, toute sa vie à tuer les Martiens de son jeu vidéo. Il finit par se décider… et se traîne à l’extérieur à reculons: « En ouvrant la porte, je sentis que tout l’ennui du monde s’était donné rendez-vous dans ce jardin. Sous la pluie. »

Une nouvelle page se tourne et nous voilà dans le jardin, véritable lieu de tous les possibles. Le jardin prend rapidement des allures de forêt, puis de vaste univers. Beatrice Alemagna, l’auteur illustratrice de l’album, parvient à dépeindre avec délicatesse et force à la fois la façon dont l’enfant prend corps avec la nature petit à petit: « Les gouttes cognaient comme des pierres sur mon dos. J’étais un arbre perdu dans la tempête. » Au sens propre du terme, l’enfant est d’abord comme paralysé ses jambes se mêlant au tronc d’un arbre… Puis, guidé par des escargots géants, il part découvrir ce qui l’entoure. Les éléments caractéristiques de la forêt sont volontairement grossis (escargots, champignons) pour donner une dimension particulière à l’ensemble, la rendre plus accessible au petit garçon et la terre prend littéralement vie… en opposition totale avec le jeu vidéo tombé accidentellement au fond de l’eau. Depuis cet événement « tragique », le réel s’impose à notre petit héros et le voilà propulsé dans un nouveau monde.

Dans ce jeu grandeur nature, l’enfant découvre et affronte les éléments naturels. Les rayons du soleil traversent le ciel et lui tombent sur le dos le réveillant à la vie, il plonge les mains dans la terre découvrant un monde souterrain qui fourmille de microchoses inconnues et il transpose aussi son jeu vidéo lors de sa balade: « Au fond du chemin, j’aperçus un étang pavé de rochers, ronds comme les têtes de mes Martiens. Je voulus les écraser en sautant dessus. » Bref, dans cet album, il y a un véritable mélange des mondes: le virtuel, le réel, le souterrain, à l’envers, à l’endroit, et la combinaison des différents mondes dans un seul. Et au-delà de tout ça, il y a le passé, le présent et l’avenir de cette famille…

Cet album est un livre magnifique. Le texte est subtil, aiguisé et les illustrations sont travaillées dans le moindre détail (même la typographie du titre). La palette de couleurs plutôt sombre (du moins au début de l’histoire) est rehaussée par le fluo de l’imperméable de l’enfant. J’aime particulièrement la bouille pas possible du petit garçon… Petit geek binoclard, il est tellement touchant !  Le lecteur, témoin de son mal-être, l’accompagne dans son cheminement personnel pour se réjouir de son épanouissement à la fin de l’histoire. On redécouvre à ses côtés tous les petits plaisirs de dame Nature ! Grimper dans un arbre, regarder les insectes, ramasser des cailloux ou encore sauter dans une flaque, rien que des plaisirs simples… Être au contact de la nature redonne la force de croire en la vie et ce petit garçon en a bien besoin !

Dans un jeu vidéo mais aussi comme dans la vie, nous évoluons selon différentes étapes. Le dédoublement du personnage est très intéressant dans cette histoire. Sur plusieurs double-pages, Beatrice Alemagna fait évoluer plusieurs figures du petit garçon pour décomposer le mouvement. Le petit garçon ainsi dédoublé donne à voir toute l’étendue de ce qu’il peut faire… De plus, ce procédé donne une énergie particulière qui est à l’image de l’action permanente qui caractérise si bien les enfants. L’enfant tombe, se relève et découvre le monde: le sien, celui qui l’entoure, celui des autres et le monde commun à chacun. Et c’est ainsi qu’il se construit…

Et comme bien souvent dans le genre de littérature qui nous concerne, l’harmonie finale est de mise et l’enfant parvient à faire la paix avec son père désormais absent, il retrouve sa mère et la transmission familiale est assurée. Le message de cet album est simple et beau: promenez-vous et ouvrez les yeux sur le monde !

 

BONUS

Des séances de rencontre + dédicace autour de cet album sont prévues prochainement à Paris:

– 21 janvier à la librairie Chantelivre (6e)

– 28 janvier à la librairie Artazart (10e)

– 25 février à la librairie L’Ouvre-Boîte (10e)

– 11 mars à la librairie Tschann Jeunesse (6e)

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Maison d’édition: Albin Michel Jeunesse

Année de parution: 2016

Prix: 15,90 euros

Âge conseillé: 6 ans

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