Tu t’appelles qui ?

9782364749375

NOUVEAUTÉ

Il y a tout d’abord cette couverture incroyable qui moi, personnellement, me fascine. Quel est donc ce personnage ? Un garçon, un lapin, un enfant déguisé en lapin ? Le dédoublement laisse le champ des possibles tout à fait ouvert… Et le titre interrogatif et dans une forme fautive finit de complètement nous intriguer. Tu t’appelles qui ? possède une structure syntaxique qui s’inscrit dans une logique de langage enfantin. Mais, quelle est la volonté de l’auteur d’avoir choisi ce titre qui sonne réellement comme une question d’enfant ? À la vue de la couverture, on ne sait absolument pas vers quoi l’on s’embarque mais, déterminé et attiré, on ouvre le livre…

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© C. Galea et F. Pétrovitch pour les Éditions Thierry Magnier

Voici le début de l’album: « L’enfant habitait un endroit sans enfants. Un pays peuplé d’êtres vivants, mais aucun qui lui ressemble. Il n’avait pas de nom. » Tout est posé dans ces trois premières lignes. L’histoire se dessine donc rapidement et l’enjeu de la quête d’identité aussi… Le jeune lecteur est immédiatement happé par ce début pour le moins mystérieux: comment imaginer un enfant vivre sans nom et sans autres enfants ? Tout au long de l’album, l’auteur Claudine Galea joue avec les notions de flou et de précision en nous offrant un texte tour à tour énigmatique, onirique et malgré tout très précis. Il y a une vraie structure du récit, les éléments sont progressivement dévoilés et l’on avance dans l’histoire comme enveloppé dans une atmosphère intrigante (mais pas angoissante).

Pour accompagner ce texte poétique, il fallait des illustrations puissantes et habitées. Il est important de préciser que c’est le premier livre pour enfants de Françoise Pétrovitch, la grande artiste contemporaine. Et on peut convenir que c’est un genre qui lui sied à merveille ! Peut-être que cette notion de genre ou de public ne lui plaît pas, comme Claudine Galea qui a dit: « Je n’écris pas des romans ou des pièces de théâtre, je n’écris pas pour les enfants ou pour les adultes, j’écris des livres. » Tu t’appelles qui ? est un livre pour tous et les adultes ne s’ennuieront pas en le lisant…

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© C. Galea et F. Pétrovitch pour les Éditions Thierry Magnier

Pour en revenir aux illustrations, elles sont libres, très fortes visuellement et ont un pouvoir sur l’imaginaire assez incroyable. Des mélanges de techniques pour un résultat hypnotique: des taches de peinture diluées avec de l’eau, de l’encre de Chine et des couleurs vives, des éléments superposés, etc. Il en résulte une singularité propre aux éditions Thierry Magnier, et plus particulièrement à la collection « Les Décadrés ».

Sur presque cinquante pages, l’enfant cherche à savoir qui il est en questionnant les animaux et la nature qui l’entourent. Lors d’une conversation avec un écureuil, l’enfant pense aussi en être un puisqu’il est roux, qu’il adore les noisettes et que son écharpe pourrait bien se transformer en queue en panache. Circonspect, l’écureuil suggère qu’il est peut-être un « Écureuil-en-devenir » et la réponse du petit garçon est la suivante: « Je ne veux pas être en devenir, je veux être quelqu’un maintenant, protesta l’enfant. » Cette phrase fait passer un message important, les enfants ne sont pas que des futurs adultes mais bien des personnes en tant que telles à chaque âge de leur vie. Le « quand tu seras grand » est balayé par le « maintenant ».

Désespéré, l’enfant va finir par quitter la nature pour la ville en continuant de chercher ce qu’il est, qui il est… Sans repères, désorienté, il erre dans les rues jusqu’à sa rencontre avec un semblable. Enfin, plutôt une semblable… Une petite fille va le guider sur le chemin de la rencontre avec soi-même: à son contact, il va faire connaissance avec lui-même. « Tu es un peu comme moi, tu as des cheveux, tu as un corps, une bouche qui parle. Tu n’as pas d’ailes, pas de feuilles. Et puis soudain il sursauta: dans les yeux de l’Autre il se voyait. Tu n’es pourtant pas un Lac, pensa-t-il. » Je vous laisse découvrir l’histoire qui va se tisser entre ces deux-là…

L’objet livre est beau, grand, imprimé sur du papier Munken (la rolls des papiers pour les livres illustrés) et, surtout, il sent bon la liberté. Info bonus: il fait partie de la sélection « Album » des Pépites du Salon de Montreuil. Verdict annoncé le 30 novembre, en attendant à lire absolument !

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Maison d’édition: Thierry Magnier

Année de publication: 2016

Prix: 19,50 euros

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