Santa Fruta

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Amateurs d’histoires singulières, vous allez être ravis ! Comme nous l’indique le sous-titre, Santa Fruta raconte l’histoire d’un cactus et d’un chat. Il y a de quoi être intrigués, n’est-ce pas ? Avant leur « amitié », un long parcours empreint de solitude et d’incompréhension pour chacun de nos deux anti-héros… Le premier mène une vie absolument traditionnelle de cactus, c’est-à-dire isolé dans le désert aride du Colorado. Quant au deuxième, notre chat, il est incompris par ses maîtres (un couple moderne et très occupé). Ils s’inquiètent de la maigreur de leur animal domestique et de son unique désir: roupiller près de la chaleur du radiateur… Grands baroudeurs, ils décident de l’emmener avec eux en vacances afin de lui redonner le goût de vivre.

Pour donner vie à cette histoire aussi barrée que sensible, il fallait la plume efficace de Delphine Perret et le talent de Sébastien Mourrain. Travaillant dans le même atelier, ces deux artistes ont une grande qualité en commun: dire les choses avec simplicité que ce soit avec les mots ou par le biais des images. Bien entendu, simplicité ne rime pas avec pauvreté: l’enjeu du livre n’est pas décelable dès le début (comme cela peut souvent être le cas en littérature jeunesse) et l’on avance dans un univers atypique à travers différents décors. Chaque endroit porteur d’un grand symbolisme est mis en miroir par rapport aux autres: la vaste étendue anonyme du désert et sa lenteur en opposition avec la concentration et la spirale citadine. Le fort contraste permet de dire beaucoup et de faire passer bien des messages…

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© D. Perret et S. Mourrain pour Les Fourmis rouges

Sous couvert d’une histoire de cactus et de chat, il y a aussi (comme souvent chez Delphine Perret) une double lecture. Il faut savoir que Santa Fruta est un juste reflet de notre époque mettant en lumière le rythme de vie des habitants des grandes villes où tout va à mille à l’heure. De plus, les pratiques (la psychanalyse pour animaux, par exemple) et les modes (la dérive des photos de chats sur Internet) de notre époque sont abordées voire gentiment tournées en dérision. Santa Fruta en dit vraiment long sur la nature humaine, le personnage du cactus représente la délicatesse, la contemplation et la lenteur: « La nouvelle saison arrivait. Le cactus aimait la lourdeur du ciel à ce moment-là. L’humidité écrasante et la gravité des couleurs le rendaient mélancolique. C’était une émotion agréable, avant la joie toute simple des premières pluies épaisses. » Cette passivité forcée est à l’opposé des deux humains du livre qui sont en mouvement perpétuel et qui découvrent le monde entier.

Le cactus et le chat finissent par se trouver et se reconnaître, car ils possèdent le même état d’esprit: « avoir envie de regarder, plutôt que de faire ». Même si l’album ne compte pas de dialogues, il y a un vrai rythme dans l’histoire et le personnage du chat est très expressif. On perçoit même une certaine humanité chez le cactus: bravo à l’illustrateur Sébastien Mourrain ! Comme à son habitude, les décors et les détails sont très soignés. Santa Fruta est un album qu’il faut prendre le temps de découvrir et dont l’histoire prend aussi le temps de se construire petit à petit. Et le principal message du livre est de profiter du moment présent et du « simple bonheur d’être là ».

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Maison d’édition: Les Fourmis rouges

Année de parution: 2016

Prix: 13,80 euros

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