Buffalo Belle

couv Buffalo Belle

NOUVEAUTÉ

Buffalo Belle d’Olivier Douzou est un ouvrage singulier et fort. Disons-le tout de suite, c’est un album qui s’adresse aux grands enfants et adolescents pouvant comprendre et apprécier les jeux de mots ainsi que la thématique abordée. Voici l’histoire: il s’agit d’Annabelle, une jeune fille, qui (depuis toujours) ne se sent pas à l’aise dans sa peau de fille. Au-delà de l’histoire, l’auteur et illustrateur Olivier Douzou livre un véritable exercice de style puisqu’il s’est amusé à interchanger il et elle dans le texte pour donner plus de force à son propos.

«On m’appelait Annabil

Je m’appelais Buffalo Belle»

On se prend vite au jeu et la lecture reste fluide. Par le biais de ce système, Olivier Douzou va interroger la question du genre sur le fond et sur la forme. Se sentir différent commence souvent, pour les enfants, par une attirance pour certains jeux réservés à l’autre sexe: « Petite, j’avais un vrai penchant pour les lassos les colts et les fuselles ». De l’enfance jusqu’à l’adolescence, on suit le parcours, les hésitations puis on assiste à l’affirmation d’Annabelle. Les illustrations en noir et blanc sont magnifiques et très puissantes. De plus, les croquis avec leur aspect crayonné donnent un vrai sens esthétique à l’album et offrent aux lecteurs une originalité de traitement.

Au dos du livre, une phrase simple et forte d’Annabelle/Buffalo Bill à l’image de l’album: «Je suis ce que je suis, je serai ce que je veux.» L’album Buffalo Belle est un ouvrage dans lequel réside une grande liberté. Et c’est très émouvant de voir une enfant, puis une jeune fille se chercher et se trouver. L’ambiguïté, difficile à traiter, est mise en lumière par des mots et des images simples. Le tout est élégant et très sobre.

Je vous joins l’interview passionnante d’Olivier Auzou (à retrouver sur le site du Rouergue):

Un exercice de style fascinant sur les ambiguïtés du genre

***

Maison d’édition: Le Rouergue

Année de publication: 2016

Prix: 12 euros

 

LECTURE CROISÉE

À la lecture de Buffalo Belle, j’ai immédiatement pensé à Histoire de Julie qui avait une ombre de garçon de Christian Bruel et Anne Bozellec datant de 1975 et réédité plusieurs fois (chez Thierry Magnier pour la dernière en date). Cet album met en scène une petite fille «garçon manqué». Non, elle ne correspond pas à l’image standard de la petite fille au grand dam de ses parents…

julie

Julie est impolie, déterminée et pas très douce… Et ses parents lui reprochent en permanence: «Tu es insupportable ! Toujours à dire de vilains mots, toujours en train de tomber, toujours prête à faire une bêtise.» À force d’être traitée de «garçon manqué», voilà que Julie se réveille un beau matin avec une ombre de garçon ! Cette nouvelle ombre ne plaît pas à l’enfant, néanmoins cette différence va l’amener à s’affirmer et à revendiquer sa personnalité. Pas forcément être une fille à tout prix, mais marquer sa propre identité: être elle-même, Julie. En parallèle, Julie va faire la rencontre d’un (vrai) garçon qui va se révéler être son double au masculin. Oui, lui, c’est une «fille manquée»… Ils vont unir leur colère et leur réflexion. Voici leur échange dans lequel il y a un jeu sur le langage comme dans Buffalo Belle d’Olivier Douzou :

– Tu sais, moi, tout le monde me dit que je suis un vrai garçon manqué. Les gens disent que les filles, ça doit faire comme les filles, les garçons, ça doit faire comme les garçons. On n’a pas le droit de faire un geste de travers. Tiens, c’est comme si on était chacun dans son bocal.

– Comme pour les cornichons ?

– Oui, comme pour les cornichons. Les cornifilles dans un bocal, les cornigarçons dans un autre, et les garfilles, on ne sait pas où les mettre. Moi, je crois qu’on peut être fille et garçon, les deux à la fois si on veut. Tant pis pour les étiquettes. On a le droit !

– Tu crois ?

– Bien sûr qu’on a le droit.

Cet album a marqué la littérature jeunesse au moment de sa parution, car le thème du genre était moins abordé que de nos jours. Il est plus que jamais d’actualité et je vous conseille de lire Histoire de Julie qui avait une ombre de garçon si vous ne le connaissez pas déjà… Au-delà du genre sexuel, ce livre parle d’une enfant qui ne correspond pas aux attentes de ses parents et qui se sent incomprise au sein de sa famille. Avec trois couleurs (blanc, noir et rouge) et des illustrations travaillées se rapprochant du roman graphique, cet album unique parle à plusieurs générations avec l’idée de ne pas se sentir à sa place. Ici, on accède véritablement aux sentiments profonds de Julie avec un texte vrai et poétique osant beaucoup de choses…

Une réflexion sur “Buffalo Belle

  1. Merci pour cette chronique !
    Grâce à toi, je viens de découvrir que l’Histoire de Julie qui avait une ombre de garçon, que je pensais indéfiniment épuisé, a été réédité en 2014 aux éditions Thierry Magnier.
    Je suis bien contente de voir tous ces titres plein d’humanité, de tolérance et de qualité fleurir parmi les éditeurs jeunesse : ils étaient encore très rares et confidentiels il y a quelques années.

    J'aime

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