Des livres originaux, partie 2

A comme Baleine

J’apprécie particulièrement les abécédaires qui sortent de l’ordinaire. Ici, l’idée de base est la suivante: à chaque double-page, l’enfant cherche le mot qui ne commence pas par la lettre présentée. Et comme l’indique le titre A comme Baleine, l’intrus à trouver commence par la lettre qui suit l’ordre de l’alphabet. Les enfants se prennent vite au jeu et le principe est très clair: sur chaque double-page, la page de gauche annonce la lettre (en majuscule et en minuscule) avec un exemple dessiné et sur celle de droite, une joyeuse farandole d’animaux, d’objets, de personnes, de vêtements, de nourriture ou encore des fleurs qui commencent par la lettre annoncée. Mais, où est l’intrus ?

Les illustrations très graphiques de Delphine Chedru sont superbes avec (comme à son habitude) un mélange subtil de mystère et d’humour. Vous retrouvez, à la fin du livre, un index avec tous les mots rencontrés dans le livre. C’est donc un livre très pédago, mais aussi très ludique. C’est une réussite car A comme Baleine est un parfait mélange entre l’abécédaire et le livre-jeu.

Bonus: à la fin du livre, une grande frise de l’alphabet à colorier où des figures du livre accompagnent les lettres de l’alphabet. De quoi prolonger le plaisir de lecture de cet excellent livre !

A comme Baleine de Delphine Chedru, Nathan, 2015, 14,90 euros (à partir de 4 ans)

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Méchant méchant

 

Méchant-Méchant est un livre qui annonce la couleur dès la couverture ! Une horrible créature s’empare des doudous/jouets des enfants dans leur sommeil… C’est terrible et tous les enfants seront d’accord sur ce point. Encore sur la couverture, on peut lire (en tournant légèrement la tête) les noms de Niki de Saint-Phalle et Laurent Condominas. Si le travail de la première est plus connu que celui du deuxième (photographe), c’est bien ensemble qu’ils ont élaboré cette histoire pour les enfants; une grande première pour chacun de ces artistes.

Bien entendu, les illustrations de Niki de Saint-Phalle sont tout à fait reconnaissables: un univers tout en rondeur aux crayons de couleur qui ressemblent à des dessins enfantins avec une naïveté plus complexe qu’il n’y paraît. C’est un monde de couleurs qui parle immédiatement aux enfants; Méchant-Méchant peut donc être une initiation à l’art contemporain… La liste est trop longue pour énumérer toutes les œuvres de Niki de Saint-Phalle à travers le monde (et ce n’est pas le propos du blog) mais je ne cite qu’une création ludique et parisienne: la fontaine Stravinsky !

Revenons au livre… et au texte qui s’offre une grande liberté de placement. Il se glisse et ondule tel un serpent ou orne les illustrations comme des fleurs grimpantes. D’ailleurs, c’est un aspect qui séduit les enfants car il faut parfois tourner le livre pour réussir à lire le texte dans son intégralité. À lui-même, le texte constitue un élément illustré (mélange de lettres minuscules, majuscules, dessinées) et semble vivant; idée renforcée par la typographie manuscrite qui instaure immédiatement une complicité avec les enfants. Et l’histoire dans tout ça ? Il est donc question d’un monde idéal bouleversé par l’arrivée du voleur Méchant-Méchant. Un valeureux trio d’enfants décide de partir à la recherche des jouets perdus: Lita, Joe et le chien Bluke. Y parviendront-ils ?

La force de cet album est la très grande simplicité qui est parfois poussée à l’extrême (n’est-ce pas le propre des enfants, d’ailleurs ?). Les gentils sont uniquement gentils et le méchant est très méchant (si l’on dit deux fois « méchant », c’est qu’il doit vraiment être cruel, non ?), les enfants versent des rivières de larmes et les personnages adultes du livre sont nommés par rapport à la fonction qu’ils occupent: Agent-Agent, Caisse-Caisse, Travail-Travail, Pêche-Pêche ou encore Discours-Discours, l’identification est complète et le procédé de personnification est très efficace auprès d’un lectorat enfantin.

En résumé, Méchant-Méchant est un livre tendre, atypique et drôle. Il fait vibrer les enfants grâce à ses multiples rebondissements et fait passer un message essentiel: l’importance de l’amitié.

Méchant-Méchant de Niki de Saint-Phalle et Laurent Condominas, Éditions courtes et longues, 2013, 22 euros (à partir de 3 ans)

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oiseau d'or

Tout d’abord, on est attiré par ce grand et bel oiseau tout en or sur la couverture. Le résultat est beaucoup plus beau, doré et brillant en réalité… À cette splendide couverture vient s’ajouter un format à l’italienne qui montre l’envie marquée du duo Solenne et Thomas (et de la maison d’édition Gautier-Languereau) d’offrir un album original.

Dans ce livre, il s’agit d’un oiseau vivant dans un monde tout de noir et d’or. Un jour, LA couleur passe furtivement sous ses yeux et disparaît ensuite dans la forêt. Alors, il quitte son arbre pour suivre cet éclat coloré. À partir de là, un long voyage va débuter et notre oiseau va faire la connaissance de beaucoup d’animaux. En guides plus ou moins sympathiques, les animaux de la terre et de la mer montrent la voie à notre oiseau d’or. Va-t-il retrouver la couleur ? Mais, sous quelle apparence et à quel endroit ? Vous serez surpris à la fin de l’histoire…

Derrière une grande simplicité de récit, se dessine une fable philosophique traitée avec poésie. Le texte est très beau, il y a tout un jeu de rimes et certaines phrases reviennent sonnant comme un refrain; tous ces éléments donnent une musicalité à l’ensemble. La technique de linogravure donne un relief tout à fait particulier à cet album. Le travail sur le personnage de l’oiseau d’or est si beau que les enfants le touchent à chaque page… De plus, on sent l’influence de Jean Cocteau pour l’esthétique de l’oiseau. Bref, L’Oiseau d’or est un album élégant sur tous les plans.

L’Oiseau d’or de Solenne et Thomas, Gautier-Languereau, 2015, 14,95 euros (à partir de 3 ans)

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Au galop

Je vous préviens, ce livre subjugue les enfants ! Et pour cause, comme le dit le sous-titre, c’est « le premier livre qui bouge ». On voit les animaux marcher, courir, voler, nager ou encore galoper grâce au système de scanimation. Voir du mouvement sur une page blanche est toujours une grande source d’excitation pour les plus jeunes.

Le livre a tout pour plaire aux enfants: ils peuvent le tenir eux-mêmes (format 13×19 cm), reconnaissent facilement les animaux (cheval, chat, chien, coq, singe, papillon, etc.), il y a beaucoup de couleurs et je le redis, ça bouge là-dedans ! Du côté des adultes, ils doivent lire la question posée par l’auteur Rufus Butler Seder « Sais-tu galoper comme le cheval ? » par exemple et sous l’image en mouvement, il y a le bruit émis par l’animal en action: « cataclop ! cataclop ! » Comme vous vous en doutez, il y a aussi le son quand un animal ne fait pas un bruit spécifique en se déplaçant comme le coq avec son « cocoricôôôô ! » Pour prolonger la lecture, les enfants (et pourquoi pas les parents…) peuvent aussi reproduire ce qu’ils voient en se mettant à bondir comme le chat ou nager comme la tortue. Avec ce livre, on s’amuse et au passage, les petits enfants apprennent le vocabulaire concernant les animaux.

Grâce au travail sur la mise en page, la typographie et la couleur, ce livre très harmonieux est hors du commun. Et les enfants ne se lassent pas de tourner les pages, encore et encore, pour voir s’animer les animaux !

Au galop ! de Rufus Butler Seder, 2008, éditions PlayBac,  (à partir de 2 ans)

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Dans-les-poches

© Isabelle Simler

Ce livre est une petite merveille et c’est l’un de nos derniers coups de cœur à la maison (toute la famille est unanime). Sa force réside dans son originalité, Isabelle Simler a eu l’excellente idée de rendre hommage à tous ces contes qui ont marqué et marquent encore petits & grands. Sous forme d’inventaire, les plus grandes figures des contes (ainsi que d’autres moins connues, ce qui permet aussi quelques découvertes) sont à deviner d’après quelques éléments. « Vide tes poches et je te dirai qui tu es ! »

Isabelle Simler nous offre un livre généreux (une bonne quarantaine de personnages à retrouver) avec un équilibre parfait: les indices des personnages à trouver ne sont ni trop évidents ni réservés aux incollables de littérature jeunesse. Des objets, des tissus, de la nourriture, des fleurs, des clins d’œil, des animaux, des outils, de la végétation, bref une foule de petites choses afin de découvrir l’identité du mystérieux propriétaire. De plus, les illustrations qui accompagnent ces devinettes sont raffinées et porteuses de nombreux symboles…

Bien entendu, afin d’avoir un intérêt pour les lecteurs, ce livre nécessite une petite connaissance des contes… mais pas seulement puisqu’il y a aussi les personnages imaginaires chers aux enfants (la petite souris, le marchand de sable, le Père Noël, etc.). Alors, que ce soit en classe, à la médiathèque ou en famille, ce livre unique fait revivre autant d’histoires que de souvenirs… et tout le monde s’offre une enquête unique au pays de l’enfance !

Dans les poches d’Alice, Pinocchio, Cendrillon et les autres… d’Isabelle Simler, 2015, Éditions courtes et longues, 22 euros (à partir de 4 ans)

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