Un éléphant à New York & Lili et l’ours

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NOUVEAUTÉS

Une jeune collaboration française d’un côté (Delphine Jacquot et Benoît Broyart) avec un style très contemporain et de l’autre, un ouvrage qui date de 1994 (réédition en 2015) du célèbre auteur britannique Raymond Briggs. Deux très grands formats d’albums pour deux animaux de compagnie bien imposants ! Un ours blanc pour Lili et un éléphant pour John tout droit sortis de leur imagination ou de je ne sais où… Tout les oppose: un garçon se promenant dans les rues animées de New York, une fille évoluant dans le décor chaud et douillet d’une maison avec des parents complices contrairement à ceux de John qui reprochent à leur fils d’être trop dans la lune !

Pourtant, ces deux enfants ont eu la même envie (voire le même besoin) de se créer un ami rien que pour eux. Oui, ce que l’on nomme « un ami imaginaire ». Du côté de Lili, un magnifique ours blanc fait irruption dans sa chambre une nuit et la petite fille s’en occupe du mieux qu’elle peut: elle lui donne à manger, le lave, le couche, etc. mais toutes ses petites actions du quotidien n’ont rien de simple. Ce gros ours donne l’impression de se déplacer dans une maison de poupée et le décalage de taille prête à beaucoup de situations comiques: l’ours est dix fois plus grand que le lit de la petite fille, la baignoire déborde quand il entre dedans, l’ours vide entièrement le pot de miel du petit déjeuner de Papa et il fait ses besoins par terre…

Cependant, même si Lili rencontre quelques difficultés, elle est ravie et se comporte comme une petite maman pour cette grosse bête. Quel enfant n’a pas rêvé de voir son ours en peluche devenir réel ? Raymond Briggs parvient, avec charme et tendresse, à explorer cette relation particulière. Les parents bienveillants rentrent dans le jeu de leur fille et font même référence à l’une des histoires fondatrices de l’enfance: « Ah la la… Quel pays des merveilles, l’imagination d’un enfant ! » et la réconfortent au départ de son ami: « Tu sais bien que les ours ne peuvent pas vivre dans une maison. N’est-ce pas Nounours ? Ça n’arrive que dans les contes de fées. Regarde, mon chou, Nounours est d’accord avec moi. Et il sait tout sur les ours, pas vrai Nounours ? » Le fameux Nounours est un ours en peluche qui accompagne Lili, cependant il s’efface pour laisser la place au vrai ours venu rendre visite à la petite fille. L’histoire s’ouvre avec l’ours en peluche et se termine aussi avec lui, fidèle compagnon de toujours. Le parallèle entre l’ours (le vrai, le grand) et le doudou de la petite fille permet de boucler l’histoire de manière habile.

Les illustrations crayonnées alternent entre force et douceur, leur aspect légèrement daté les rend très chaleureuses. Lili et l’ours est un album magnifique, devenu un classique depuis sa première publication, qui célèbre la magie de l’enfance. C’est un livre qui parvient à traverser les années sans prendre un ride avec un humour et une sensibilité à fleur de peau. Il y a une grande liberté dans la mise en page: des vignettes de BD de tailles différentes et des pleines pages époustouflantes pour un ensemble de presque 50 pages.

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© Raymond Briggs pour Grasset-Jeunesse

Filons ensuite à New York ! John est un enfant rêveur, timide et solitaire qui ne parvient pas à se faire des amis. Les éléments de sa chambre vont dans le sens d’un tempérament lunaire: tout l’infiniment grand est présent avec les étoiles du cosmos sur le papier peint, les nuages sur la couette du lit, un globe astral sur le meuble ainsi que des jumelles… Dès le début du livre, la plongée dans l’imaginaire est annoncée !

Alors, lorsqu’un éléphant se plante devant chez lui, John voit dans ce pachyderme le meilleur compagnon qui soit. Un ami souriant, réconfortant et qui ne parle pas. C’est parfait ! Qu’il soit tombé du ciel ou de son imagination, John l’adopte immédiatement et son entourage ne semble pas voir l’animal ou du moins ne s’en étonne pas plus que cela… Naturellement, une promenade dans la ville s’engage et tout comme dans Lili et l’ours, la question de la taille apporte son lot de mésaventures. Comment un animal aussi gros peut se déplacer dans les rues de la ville ?

Dans un New York fantasmé des années 50, la balade prend des allures de monde idyllique. Le temps d’une matinée de vacances, John et l’éléphant s’offrent une parenthèse enchantée. Aussi enchantées sont les illustrations de Delphine Jacquot qui nous proposent des images absolument splendides. Vous pourrez noter le jeu à propos des différentes représentations de l’éléphant présent sur toutes les pages de l’album. Occupant la double page, dissimulé ou détourné, l’illustratrice s’est amusée avec la figure de l’animal et la notion d’échelle.

Avec un éléphant au centre de l’histoire, les créateurs ont eu l’idée de glisser dans Un éléphant à New York d’autres éléphants qui ont marqué la littérature pour enfants (Babar et Djumbo). Et en parlant de références, le livre lui-même apparaît dans l’une des illustrations de l’album, le trouverez-vous ?

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© D. Jacquot et B. Broyart pour le Seuil jeunesse

Ce livre est une déclaration d’amour à la ville de New York. Et c’est sûrement sur ce point-là que se sont retrouvés l’illustratrice et l’auteur Benoît Broyart dont le texte a été le point de départ du projet. La ville est bien le troisième personnage de cette histoire et Un éléphant à New York offre une prise de contact avec la langue anglaise (dans les illustrations, pas dans le texte), la ville de New York elle-même (l’architecture, les principaux monuments, etc.), les peintres du mouvement pop art des années 60 (Andy Warhol, Keith Haring et Roy Lichtenstein) et les symboles de la culture américaine (Elvis, Marilyn Monroe, Superman). La typographie du titre du livre est d’ailleurs proche de celle du magazine américain The New Yorker et la couverture est dans la même veine avec la mise en scène des gratte-ciel.

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Lili et l’ours et Un éléphant à New York sont deux livres sur la rencontre et l’amitié que je vous recommande. D’ailleurs, à propos de l’amitié, Benoît Broyart écrit à propos de son personnage John: « Concernant l’amitié, le cœur de John était donc grand ouvert, prêt à accueillir celui qui lui témoignerait, pour une fois, de la sympathie. Il avait de la place en lui pour un ami. Cela tombait plutôt bien car un éléphant, cela tient de la place, forcément. » Et Raymond Briggs fait dire à la petite Lili des phrases portant un message très clair à l’intention de son ours: « Je veux que tu restes avec moi pour toujours. […] Je t’aime, tu sais, de tout mon cœur. » Des grosses bêtes qui deviennent des supers copains et qui entraînent les enfants dans des aventures, cela ne peut que plaire aux petits lecteurs…

***

Un éléphant à New York (27,5 x 36 cm)

Maison d’édition: Seuil jeunesse

Année de parution: 2015

Prix: 16 euros

Lili et l’ours (26,8 x 37,3 cm)

Maison d’édition: Grasset-Jeunesse

Année de parution: 1994, puis réédition en 2015

Prix: 20 euros

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