Capitaine Papy

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NOUVEAUTÉ

Benji Davies, l’auteur illustrateur, nous offre avec son Capitaine papy une histoire touchante et juste. Deux personnages: Tim et son grand-père. Ces deux-là sont très proches et lorsque arrive le dernier tour de piste de Papy, Tim doit affronter sa mort et son absence. Mais, un long et beau voyage va l’aider dans cette entreprise ô combien difficile…

Cet album, sous des allures assez simples, est assez difficile à décrire tant il est affaire de petits détails et d’une poésie qui se glisse entre les lignes, au creux des illustrations. À chaque lecture, je continue de découvrir de nouveaux éléments… Mais, reprenons depuis le début, le grand-père de Tim vit dans une jolie maison colorée peuplée de petites choses maritimes (bouée sur la porte, phare visible derrière une fenêtre, une petite mouette, etc.). Quoi de plus normal pour un ancien capitaine de bateau ! D’ailleurs, nous apprenons vite que ce vieil homme a deux passions: la mer et la peinture. Dans le salon, une toile sur chevalet représente un navire; un départ semble se profiler à l’horizon…

Vous l’aurez compris, Benji Davis s’amuse à disséminer des indices çà et là et fait parler les illustrations. C’est une vieille photo du grand-père à l’âge adulte en tenue de marin qui nous aide à comprendre quelle a été sa profession appuyée de la phrase: « C’est plein de vieilles boîtes et d’objets que Grand-Père a rapportés des quatre coins du monde. » Cet aspect exotique et énigmatique est le tournant de l’histoire: un jour, Tim retrouve son grand-père dans le grenier (lieu mystérieux par excellence) de sa maison et par le biais d’un artifice (porte en acier que Tim n’avait jamais vue auparavant), Tim et son grand-père vont basculer dans un autre monde. Sur un paquebot, ils prennent la mer pour atteindre une île paradisiaque…

Avant de vous en dire plus, parlons de l’approche du genre fantastique avec la fameuse porte qui est bien l’une de celles que l’on peut trouver sur un navire, sauf qu’elle est dans un grenier ! Cette porte a été au cœur d’une longue conversation avec mon fils (7,5 ans) qui voulait comprendre de manière rationnelle ce qu’elle faisait là et comment, après l’avoir franchie, Tim et son grand-père pouvaient se retrouver sur un gros bateau au milieu d’un océan de toits de maisons…

Une fois arrivés, les deux compagnons sont émerveillés par l’île sur laquelle ils accostent… Magnifique, luxuriante, les animaux sont bienveillants et accueillants et, devrais-je dire « miracle », les effets de la vieillesse semblent s’estomper puisque le vieux monsieur n’a plus besoin de sa canne pour se déplacer et parvient à sauter avec son petit-fils dans une cascade ! N’est-ce pas là le paradis ? Et pas seulement au sens figuré, cette île paradisiaque représente bien le paradis du grand-père de Tim où il va désormais rester… Oui, il est bien question de la mort du vieux monsieur et après les adieux (« Tim serre Grand-père dans ses bras une dernière fois. Il va beaucoup lui manquer. »), il faut se quitter et le retour sans son grand-père est bien difficile pour Tim: la traversée chaotique en mer pour regagner la maison désormais déserte représente la période de deuil, les seules pages sombres de tout l’album.

Mais si Tim rentre sans son grand-père, il ramène néanmoins des souvenirs: ceux qui restent en tête et ceux plus matériels (le chapeau du grand-père et la photo du vieux monsieur qui clôt l’album). Et c’est bien là tout le message de Capitaine papy: nos proches sont amenés à disparaître mais restent présents par les souvenirs que l’on veut bien faire vivre… Le retour à la vie quotidienne après la mort est dit avec une grande simplicité: « Rien n’a bougé, c’est toujours comme avant. Sauf que Grand-père n’est plus là. » Et la porte en acier a disparu, comme si elle n’avait jamais existé; un peu comme le grand-père désormais mort. Difficile de se souvenir des disparus, surtout pour les enfants qui les ont connus peu de temps…

Il existe bien deux niveaux de lecture dans cet album: les petits enfants se laisseront prendre par une jolie histoire faisant la part belle à l’imagination et n’y verront qu’un simple (mais splendide) voyage de vacances d’où le grand-père ne revient pas. Attendez-vous à l’étonnement des plus jeunes: « Mais, pourquoi le papy ne revient pas avec Tim, pourquoi reste-t-il tout seul sur l’île ? » De l’autre côté, les adultes (et les plus grands enfants) comprendront la réelle dimension de la mort. Ensuite, libre aux parents de creuser ou non la mort, l’idée de « paradis »… Dans le cas de mon fils, il n’a cessé de me parler de cette porte qu’après lui avoir expliqué qu’elle symbolisait le passage entre les deux mondes, la vie et la mort. Et de relire l’album avec cette idée en tête lui a donné une tout autre vision… et il est très fier de comprendre (plus ou moins, soyons honnête) la démarche de l’auteur.

Cependant, pas une seule fois le mot « mort » n’est dit et cette finesse honore véritablement Benji Davies. Il a su traiter ce thème délicat avec un univers onirique très fort rempli de nuances. Ce beau livre est très réconfortant pour les enfants et pour un petit qui aurait perdu un grand-parent dont il était très proche, il peut imaginer que son papy (ou sa mamie) est dans son paradis avec tout ce qu’il aime. Tout comme Tim qui laisse son grand-père sur une île incroyable, au milieu de la mer (son élément) entouré de ses souvenirs et de tout ce qu’il aime (peinture, lecture, musique, etc.)

Au-delà de la mort, Capitaine papy aborde aussi la mesure du temps (passé-présent-futur), l’idée de transmission (le grand-père a communiqué sa passion de la peinture à son petit-fils) et l’importance de cultiver ses souvenirs des disparus. L’économie de mots est bien sentie et bien dosée s’accordant à merveille avec les illustrations rondes et chaleureuses regorgeant de détails. Je vous invite à trouver tous les éléments maritimes qui peuplent la maison du grand-père et vous reconnaîtrez les animaux de l’île en objets inanimés dans la maison. J’espère que vous me suivez… Par exemple, une théière en forme de tortue se trouve dans le grenier et prend vie sous la forme d’une tortue véritable sur l’île; c’est la superposition des deux mondes qui s’imbriquent l’un dans l’autre tout comme le passé et le présent pour quiconque.

Benji Davies a aussi signé les ouvrages suivants chez Milan (les deux derniers sont des collaborations):

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les-copains-de-la-colline

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Maison d’édition: Milan (adaptation française: Mim)

Année de publication: 2015

Prix: 11,90 euros

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