Un ours à l’école

cover Un ours a? l'e?cole

NOUVEAUTÉ

Après Premier matin de Fleur Oury (éd. Les fourmis rouges), je poursuis ma thématique des ours à l’école avec le dernier album de Jean-Luc Englebert. Au lieu d’entamer l’hibernation automnale avec sa mère, un ourson préfère se promener dans la forêt tel un enfant qui ferait tout pour retarder l’heure du coucher… Le petit ours découvre alors un objet étrange et inconnu: un bonnet ! Sa nouvelle découverte sur la tête, il poursuit sa promenade et se retrouve bientôt à la frontière entre la forêt et la ville. C’est la première fois qu’il va aussi loin, mais va-t-il vraiment franchir la limite ?

Après tout, pourquoi ne le ferait-il pas puisqu’il aperçoit au loin des petits compagnons portant exactement le même bonnet que lui ? Il est vrai qu’une école se trouve en bordure de la forêt… Ces enfants ont la même taille que lui et voudront peut-être jouer. Une fois à l’école, l’ourson est immédiatement adopté par les enfants qui l’accueillent comme un nouvel élève et reconnaissent en lui un semblable. Le bonnet est donc bien le passeport, le laissez-passer, l’uniforme de cette école. Et même si l’ours ne comprend pas tout de ce nouveau monde, il trouve les enfants bienveillants y compris un petit malin, plus suspicieux que les autres, qui va jusqu’à lui demander : « Pourquoi mets-tu un manteau de fourrure ? »

Au diable les questions (que ce soit celles des élèves ou celles que l’ours se pose à lui-même), il y a Juliette pour le guider. Telle sa Boucle d’or, elle s’occupe de ce petit ours qui lui ressemble par bien des aspects… Mais, le rêve (ou la comédie) a assez duré, il est temps de revenir à la réalité et c’est la maîtresse (celle-qui-sait-tout-avec-ses-lunettes-sur-le-nez) qui ramène l’ours à sa véritable identité. Et qui décide aussi d’interrompre sa leçon de calcul pour ramener l’élève d’un jour à sa mère dans son milieu naturel (les dessins d’arbres affichés dans la classe étaient là depuis le début de l’album tels un signe annonciateur faisant entrer la forêt dans la classe).  Voilà donc les dix enfants, la maîtresse et l’ourson en route pour la forêt !

Précisons que les enfants ne sont, à aucun moment, apeurés mais juste très surpris. Et à partir du moment où la maîtresse explique que l’ourson doit être rendu à  sa mère, les enfants le voient comme un petit (tout comme eux) loin de chez lui. Chacun se projette sur l’éventualité (terrible) d’être séparé de sa maman et rassure le petit ours du mieux possible: « Elle va venir très vite, c’est sûr ! » Ce semi-abandon dans la forêt fait flotter une atmosphère de conte dans l’album l’espace de quelques instants. L’auteur joue avec les codes du genre et comme dans tout conte qui se respecte, la fin est heureuse puisque le petit ours retrouve évidement sa mère. Soulagé, mais un poil déçu d’avoir quitté ses nouveaux camarades…

S’il a découvert l’amitié, cet ourson a aussi appris à calculer et bien au chaud contre sa mère, il se met à compter les flocons qui tombent du ciel. Jean-Luc Englebert ou l’art de glisser de la poésie dans les additions… Si la neige arrive, avec elle il y a l’urgence d’aller se mettre à l’abri pour l’hiver. Et oui, c’est l’heure pour les ours d’aller hiberner…

La dernière double page est magnifique. Le bonnet reste accroché à une branche, l’ours redevient ours (mais, a-t-il vraiment cessé de l’être ?) et s’enfonce dans la forêt. Ce bonnet sera récupéré par un enfant, recouvert par la neige ou trouvé par un autre animal… Stop les divagations, je ne suis pas en train de vous annoncer la suite de cet album ! Revenons plutôt au bonnet. Cet objet ouvre, ponctue et conclut l’histoire. L’histoire bascule à la moitié de l’album quand la maîtresse (qui incarne le savoir ultime) identifie l’ours et à ce moment-là précis, son bonnet a glissé et il ne l’a plus sur la tête. Ce bout de tissu est bien le passeport d’entrée dans le monde des humains, un signe de reconnaissance: avant la révélation, les enfants ne voient pas un ours car il a le bonnet, pas un bonnet mais LE bonnet de l’école.

Oui, je vous ai raconté l’histoire de A à Z mais cela ne gâchera en rien votre plaisir de la lire tellement elle regorge de qualités. Avec cet album, J-L Englebert utilise le procédé classique de la confrontation du monde animal avec celui des humains. La rencontre provoque son lot de situations décalées, drôles et tendres; l’anthropomorphisme a réellement fait ses preuves auprès des jeunes lecteurs. Et le message pour les enfants, c’est de voir à quel point ils peuvent vivre des expériences enrichissantes loin de leurs parents et notamment à l’école qui leur apprend à grandir. Vive l’autonomie !

Comment ne pas parler des illustrations de Jean-Luc Englebert ? À l’encre de Chine et à l’aquarelle, avec un trait très fin, ce dessinateur impose son univers graphique d’une manière si simple que le texte n’est finalement presque qu’accessoire.Oui, cet auteur illustrateur adhère vraiment à l’idée défendue par L’école des loisirs: les livres pour enfants sont avant tout des livres d’images.

Au-delà d’une histoire à l’apparence assez simple, les notions de cycle des saisons, d’hibernation mais aussi d’apprentissage du calcul et d’autonomie sont abordées. Ainsi que la notion de limite (géographique mais pas seulement), la frontière entre les animaux et les humains, ce qui semble vrai et ce qui ne l’est finalement pas. Avec cet album, l’enfant teste les notions du vrai-faux, possible-pas possible.

Mais je suis un ours de Frank Tashlin (datant de 1975 et publié aussi à L’école des loisirs) a été la référence de J-L Englebert pour son dernier album. Voici le résumé de la maison d’édition: « Là où un ours s’était endormi au début de l’hiver, une usine est construite au printemps suivant. On prend l’ours pour un ouvrier récalcitrant et on le traite comme tel. Réussira-t-il à faire admettre qu’il est un ours ? Invraisemblable, direz-vous ? Et pourtant, dans toute société organisée, combien d’hommes sont traités en intrus ? On ne leur accorde le droit d’exister qu’à la condition qu’ils tiennent le rôle qu’on leur attribue à la place qu’on leur assigne. »

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© Frank Tashlin pour L’école des loisirs

Pour en revenir à Un ours à l’école de Jean-Luc Englebert, c’est un album tendre et délicat que je vous recommande particulièrement.

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Maison d’édition: L’école des loisirs (Pastel)

Année de publication: 2015

Prix: 11,50 euros

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Un livre en amène un autre…

Après les additions dans Un ours à l’école, retrouvez les multiplications chez Stephanie Blake. Autre nouveauté de la rentrée publiée à L’école des loisirs et dernier ouvrage de  la série des Simon: NULtiplications.

nultiplications

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