1) Direction le Québec avec les éditions Comme des géants + interview de l’éditrice Nadine Robert

Connaissez-vous le point commun entre ces différents ouvrages ?

Le Vaillant Petit Gorille de Nadine Robert et Gwendal Le Bec publié au Seuil jeunesse (2014).

Ralf de Jean Jullien et Gwendal Le Bec publié au Seuil jeunesse (2015).

Le Grand Livre des petits trésors de Nadine Robert et Aki publié chez Gallimard jeunesse (2015).

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Avant d’être publiés dans des grandes maisons d’édition françaises, ils l’ont été chez Comme des géants au Canada. C’est justement la maison d’édition pour enfants dont je vais vous parler aujourd’hui.

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C’est une toute jeune maison puisqu’elle date de 2014 et possède actuellement dix ouvrages à son catalogue. Avec ces quelques titres, nous pouvons immédiatement sentir la volonté de ses fondateurs (Nadine Robert et Mathieu Lavoie) de publier des ouvrages de grande qualité. Afin de découvrir cette prometteuse maison d’édition d’albums pour la jeunesse, je vous propose un entretien avec Nadine Robert qui a bien voulu répondre à mes questions.

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Crédit photo: ©Gabrielle Robert

Bonjour, une petite question classique pour commencer : quelle place ont tenu les livres dans votre enfance ? Étiez-vous une grande lectrice ? Si oui, quels étaient vos livres de chevet ?

Dans mon enfance, il n’y avait pas beaucoup de livres à la maison, mais je pouvais passer des heures à tous les feuilleter : les dictionnaires (surtout Le Larousse), les collections Time-Life de mes parents sur les grands maîtres ou la biologie, les BD de mon frère aîné, d’autres ouvrages de référence. J’avais aussi une fascination pour les atlas. J’aimais tous les livres et je lisais n’importe quoi. Un peu plus tard, vers 7 ou 8 ans, c’est vraiment la BD qui m’a accrochée, avant le roman. J’ai dévoré Philémon de Fred, les Rubrique-à-brac de Gotlib et les Peanuts de Schultz. Ma première série de romans fut Le Petit Nicolas. Mon livre de chevet, c’était plutôt mon journal intime. Déjà, j’aimais écrire.

Les lecteurs français ne connaissent pas forcément les ouvrages québécois pour enfants, pouvez-vous nous donner quelques noms de classiques, d’ouvrages incontournables ?

Dans les faits, la littérature jeunesse québécoise est très jeune. Avant les années soixante-dix, il y a eu quelques romans, des traductions, des livres français et des ouvrages scolaires qui paraissaient, mais on ne peut pas dire que la littérature jeunesse québécoise était encore née. Elle arriva au milieu des années 70, quand Bertrand Gauthier a fondé les éditions de la Courte Échelle. Monsieur Gauthier comprit que le marché était mûr pour une littérature jeunesse nationale et il débuta avec la publication d’albums originaux pour se lancer ensuite dans le roman jeunesse. Dans les albums classiques, il y a la série Jiji et Pichou de Ginette Anfousse, les albums de Bertrand Gauthier illustrés par Roger Paré et ceux de Marie-Louise Gay. Depuis la fin des années 80 et le début des années 90, l’offre s’est beaucoup diversifiée. Je souligne le travail de Dominique Jolin qui a connu beaucoup de succès et mon incontournable jeunesse est signée par une Québécoise : Nuit d’orage de Michèle Lemieux, paru en 1998.

Pouvez-vous nous raconter votre parcours professionnel ?

Après des études littéraires, j’ai poursuivi jusqu’à avoir une maîtrise en éducation. J’étais convaincue que je finirai par enseigner quelque part. Un contrat pour le ministère de  l’Éducation m’a fait découvrir le multimédia, puis m’a menée à l’animation 3D, la  scénarisation, le jeu vidéo pour enfants, pour finalement aboutir dans l’édition  jeunesse au milieu des années 2000.

Puis, vous avez créé votre maison d’édition Comme des géants en 2014. Pouvez-vous nous expliquer l’origine du nom de la maison et nous présenter votre  collaborateur, Mathieu Lavoie ?

Le nom est arrivé un peu par hasard dans un brainstorming. C’est mon associé Mathieu Lavoie qui l’a proposé. On cherchait un nom qui évoquait la littérature jeunesse et qui pourrait durer dans le temps, quelque chose d’intemporel. J’ai tout de suite accroché sur Comme des géants, sans savoir que c’était aussi le titre d’une chanson d’Henri Dès. Je connaissais plusieurs de ses chansons, mais moins son répertoire plus récent. Lorsque j’ai pris connaissance des paroles de la chanson, j’ai bien aimé l’idée que nous sommes tous le géant d’un être ou d’une créature plus petite que soi. Mathieu et moi, nous nous sommes rencontrés alors que nous travaillions tous les deux aux éditions de la Courte Échelle. Il était le directeur de création et j’étais l’éditrice jeunesse. Nous avons la même vision et la même passion pour les livres jeunesse. Il y a deux ans, motivés par notre amour du livre jeunesse illustré, nous avons décidé de nous lancer.

Sur votre site Internet, il est indiqué que « Comme des géants a pour mission de développer la passion des livres chez les enfants », voilà une grande et noble ambition ! C’est de ce point de vue-là que vous abordez votre métier d’éditrice ?

Oui. Depuis que je suis toute petite, les livres illustrés sont une passion chez moi et avec Comme des géants, nous aimerions pouvoir partager ou développer cette passion chez les enfants et le but ultime, leur transmettre l’amour du livre et de la lecture.

Possédez-vous une ligne éditoriale bien précise au sein de votre maison d’édition ? Comment sélectionnez-vous les manuscrits ?

Oui et non. Nous cherchons des livres illustrés de qualité pour les 0-12 ans. Il est très difficile de dire précisément ce que nous recherchons, parce que c’est assez vaste et en même temps, nous savons exactement ce qui nous plaît moins. Ceci vaut autant pour les manuscrits que pour les illustrations. Nous n’aimons pas trop les approches pédagogiques ou moralistes dans la fiction, ni les manuscrits qui traitent de sujets qui intéressent davantage les adultes ou dont le point de vue est celui d’un adulte. Chaque fois qu’on évalue un manuscrit, on met nos lunettes d’enfants et on pense à eux en premier lieu.

Vous qui êtes aussi auteur (tout comme Mathieu Lavoie), comment gérez-vous cette double fonction au quotidien ?

Nous sommes auteurs, éditeurs, grands lecteurs et consommateurs de livres jeunesse. Être soi-même auteur, c’est être créateur. Ainsi, nous estimons que nous comprenons bien le processus de création d’un livre, mais nous arrivons très bien à avoir un regard critique sur le travail de nos collaborateurs et leur donner des pistes, les guider et les pousser à faire le meilleur travail possible sur leurs œuvres. Cette partie ne nous apparaît pas trop compliquée. Lorsqu’il s’agit de nos propres titres, chacun s’en remet à l’autre et à quelques complices en qui nous avons confiance pour des rapports de lecture critiques. Nous avons confiance dans le jugement de l’un et de l’autre et arrivons à gérer facilement cette double fonction.

Vous faites aussi des animations autour du livre dans des écoles, des bibliothèques. Qu’est-ce que vous apporte le contact direct avec les enfants ?

Oui, nous offrons des animations et des ateliers dans les écoles, bibliothèques et autres centres de la petite enfance. Pour nous, ça fait aussi partie de notre mission. Développer la passion des livres, ça commence tôt et ça se fait via les différents passeurs : parents, familles, éducateurs et enseignants.

Dernièrement, il a été question dans les médias de la baisse de vente des livres au Québec. Votre avis sur le marché du livre jeunesse québécois ?

Au Québec comme en Europe et un peu partout en Occident, l’offre en littérature jeunesse est énorme. En 2014, au Québec, il est paru plus de 750 nouveautés jeunesse d’auteurs canadiens et québécois seulement. Ajoutez à ça les livres français diffusés au Québec. Je ne connais pas le chiffre exact, mais j’ai déjà entendu dire près de 2 000 nouveaux titres jeunesse en français par année pour une population de 7 millions de francophones. Les enjeux sont multiples. Les budgets des écoles ont été coupés par le gouvernement en poste, les ventes en librairies baissent, l’offre augmente. La compétition est énorme, alors il est primordial de publier des livres de qualité pour survivre dans le contexte.

Votre site Internet permet d’acheter vos ouvrages en format papier ou numérique. Plusieurs études ont montré que les Québécois préféraient de loin la version papier en ce qui concerne les livres. Selon vous, quel rôle joue l’édition électronique ?

La place de l’édition numérique a un peu plafonné au cours des deux dernières années au Québec. Peut-être que le système de prêt numérique dans les bibliothèques va changer la donne dans les prochaines années. Dans le cas du livre illustré jeunesse, l’objet-livre occupe encore une place importante dans l’expérience de la lecture. Alors même s’il y a quelques ventes de livres numériques, ça représente encore une très petite part du marché. Par ailleurs, il y a le livre numérique et les applications qui sont autre chose pour nous. Il faudrait s’entendre sur ce qu’est un livre numérique enrichi… Un livre avec des jeux, des effets sonores et des animations, est-ce qu’on peut encore appeler ça un livre ? Pour l’instant, nous observons de près l’évolution de la chose, mais nous ne sommes pas inquiets pour le livre jeunesse papier.

Les droits de vos livres sont vendus à plusieurs pays dans le monde entier. Comment cela se passe-t-il ? On vous sollicite ou vous démarchez ?

Les deux. Parfois les éditeurs nous contactent, parfois notre agent VeroK Agency démarche les éditeurs potentiels pour vendre les droits des titres de notre catalogue.

Auriez-vous un conseil à donner à des jeunes auteurs-illustrateurs ?

Le meilleur conseil que je peux donner à un jeune auteur ou illustrateur c’est de lire et de regarder beaucoup, beaucoup de livres jeunesse pour avoir une bonne idée de l’offre et de ce qui se fait aujourd’hui. Il ou elle pourra ainsi constater qu’il y différentes clientèles visées et que tout ce qui est publié n’a pas la même valeur éditoriale ou artistique. Ceci permettra ensuite de mieux cibler les éditeurs qui sont susceptibles d’être intéressés par leur travail.

Quels sont vos projets, les livres à paraître chez Comme des géants dans les prochains mois ?

  • Toto veut la pomme de Mathieu Lavoie (parution en septembre);

Toto veut la pomme

  • N’aie pas peur d’Andrée Poulin et Véronique Joffre (parution en octobre);

n'aie pas peur

  • Metropolis de Benoit Tardif ;
  • Valentine & Co. de Marianne Dubuc ;
  • On aurait dit qu’on s’inventait une histoire d’André Marois et Gérard DuBois.

Et pour 2016, on va attendre encore un peu avant de dévoiler nos primeurs 😉

Quelque chose d’autre à ajouter ?

http://www.thepicturebook.co/

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Pour découvrir Nadine Robert en tant qu’auteur, je vous invite à consulter sa page Facebook où il est question de ses ouvrages publiés dans sa propre maison d’édition, mais aussi ceux aux éditions de La Pastèque.

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La dernière nouveauté de Comme des géants s’appelle Les Ennuis de Lapinette. C’est un ouvrage de Cathon que j’ai eu la chance de lire et qui devrait (patience…) être prochainement publié en France chez Gallimard.

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C’est donc l’histoire de Lapinette qui aime se promener les jours de pluie, mais la réalité peut sembler trompeuse quand la pluie masque les situations. Pensant ses amis de la forêt en danger ou craignant pour leur sécurité, Lapinette vole au secours de ses compagnons très bravement sauf que ces derniers n’ont absolument pas besoin de son aide. Au contraire, même ! Lapinette ne fait que les déranger et gâche bien des choses…

« Difficile de voir avec toute cette pluie… » est un leitmotiv du livre qui justifie les tentatives avortées de Lapinette d’aider ses amis. Triste et gênée, elle veut se rattraper en partant à la recherche d’un oisillon tombé du nid. Elle le retrouve et en plus, elle va l’empêcher de s’empoisonner ! Sans dévoiler un suspense incroyable, je peux vous dire que tout se termine bien pour Lapinette qui finit sa journée en faisant un bon repas avec tous ses amis de la forêt.

Cet album est tout simplement adorable et séduira les enfants (3-5 ans) car il y a beaucoup d’éléments chers aux plus petits: l’univers de la forêt (magnifiquement dessinée par Cathon), la peur, la gêne (pas si souvent abordée dans les livres pour enfants), le sens de l’amitié et le message sur « les mauvais fruits à ne pas manger dans la forêt ».

Et le principal: l’héroïne Lapinette est une petite lapine très mignonne !

Retrouvez le blog de l’auteur illustratrice Cathon ici.

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Ralf est un album très drôle sur un chien saucisse dont le corps s’allonge ! Cette particularité physique entraîne des situations plus cocasses les unes que les autres: trop encombrant au début, ce maxi corps pourrait bien être finalement très utile…

Avec une identité graphique très forte, Jean Jullien signe son premier album jeunesse et le résultat est un petit bijou (mention à Gwendal Le Bec qui a participé à l’écriture). Des couleurs vives, un côté vintage et les parents prendront autant de plaisir à lire Ralf que les enfants.

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Comme des géants est donc une maison d’édition pour enfants qui gagne vraiment à être connue et je vous encourage à suivre leurs publications, car tous les droits de leurs ouvrages ne sont pas nécessairement vendus à des maisons d’édition françaises (c’est précisé pour chaque livre sur leur site Internet).

Sur le site web de la maison d’édition, vous pourrez découvrir tous les ouvrages et acheter directement les livres (ainsi que des sérigraphies des illustrateurs de la maison), c’est par ici.

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