Les Trois Petits Cochons +++

C’est une chronique un peu spéciale aujourd’hui, car je vais vous parler d’un grand classique de la littérature enfantine: Les Trois Petits Cochons. Nous allons partir de l’adaptation de Disney en 1933 qui a vraiment fait connaître ce conte puis parler de l’histoire de base (assez méconnue du public et datant du XVIIIe siècle) et faire un tour d’horizon des nombreuses adaptations…

Dans l’histoire que nous connaissons, il est question de trois petits cochons qui quittent la maison familiale. Chacun se construit une maison: le premier se fait rapidement une maison en paille, le deuxième se fabrique une maison en bois et le dernier, à force de travail, se construit une solide maison en briques.

Un loup rôde dans les environs et veut manger les cochons. Déterminé, il va jusqu’à détruire la première maison, puis la deuxième pour attraper les deux plus jeunes cochons mais ces derniers parviennent à s’échapper pour se réfugier chez leur frère. Le loup ne parvient pas à venir à bout de la dernière et incassable maison en briques du cochon le plus raisonnable et pragmatique. Voilà donc les trois frères réunis à l’abri mais le loup, vorace, grimpe sur le toit et se pense malin en descendant par la cheminée. C’est sans compter sur la ruse de l’aîné des cochons qui a glissé sur le feu une énorme marmite d’eau bouillante. Le loup se brûle et s’enfuit tout en ayant bien compris la leçon… Voilà donc l’histoire que je lisais enfant:

cochons 2

Dans celle que je lis à mes enfants (l’album du père Castor), c’est la même version que celle de mon enfance à l’exception de deux détails: les cochons quittent leur ferme parce qu’ils s’ennuient et le loup meurt à la fin, brûlé dans l’eau bouillante de la marmite.

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Mais, la version d’origine du XVIIIe siècle de Leslie Brooke est beaucoup plus dure: le loup mange les deux premiers cochons, puis tente par la gourmandise (navets, carottes, pommes) de faire sortir le dernier cochon de sa « forteresse » et essaie de le tenter par l’amusement (« Allons à la foire ! » propose le loup). Mais, l’aîné des cochons n’est pas crédule et déjoue les pièges du loup avant que ce dernier ne tombe dans la fameuse marmite de soupe bouillante ! Et le loup meurt, puis se fait manger à la fin de l’histoire par le cochon qui reste… Beaucoup d’enfants ont été épargnés de la cruelle vérité ! Et vous, connaissez-vous la version la plus ancienne ? Laquelle lisez-vous à vos enfants ?

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Il y a eu tellement d’ adaptations que je ne peux pas vous en faire la liste complète, mais en voici quelques-unes qui ont retenu mon attention:

cochons pastel    cochons 3    cochons kimiko igor cochons       unemaisonpourlestroiscochons          petits cochons kimiko

Les Trois Petits Cochons de Rascal, Pastel, 2012.

La Maison des Trois Petits Cochons de Bénédicte Guettier, Casterman, 2009.

Le Grand Méchant Loup et les Trois Petits Cochons de Kimiko et Margaux Duroux, l’école des loisirs, 2014.

Igor et les trois petits cochons de Geoffroy de Pennart, l’école des loisirs, 2008.

Une maison pour trois cochons de Sabine De Greef, Pastel, 2006.

Les trois petits cochons de Kimiko, l’école des loisirs, 2001.

Et comme toutes les histoires très connues, elle a fait l’objet de nombreux détournements. Je vous en ai sélectionné quelques-uns:

bouh           Maman Chonchon   troispetitescochonnes

véritéaffairecochons     les trois petits loups et le grand méchant cochon     maisoùestlamaisondes3petitscochons

Bouh ! de François Soutif, éditions Kaléidoscope, 2012.

Maman Chonchon de Christine Naumann-Villemin et Marianne Barcilon, éditions Kaléidoscope, 2015.

Les Trois Petits Cochonnes de Frédéric Stehr, l’école des loisirs, 1999.

La Vérité sur l’affaire des Trois Petits Cochons de Jon Scieszka et Lane Smith, Nathan, 19971.

Les Trois Petits Loups et le Grand Méchant Cochon d’Eugène Trivizas et Helen Oxenbury, Bayard, 1993.

Mais, où est la maison des trois petits cochons ? de Pierrick Bisinski, l’école des loisirs, 2009.

L’un de mes préférés est le livre Les très petits cochons de Martine Camillieri et Angélique Villeneuve (publié au Seuil jeunesse en 2013):

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C’est un livre très drôle. Les trois petits cochons s’appellent désormais Jambon, Rillette et Lardon… L’histoire ponctuée de détails hilarants fait un mélange de l’histoire de base et de celle plus connue de Walt Disney. Aucun cochon ne meurt, mais le loup finit mangé par les trois frères. Mais, pas de n’importe quelle façon, je vous laisse découvrir la fin…

Pas d’illustration dans ce livre, mais des compositions photographiques avec des jouets (figurines, Lego, etc.), de la nourriture et autres objets du quotidien détournés. Les enfants tombent immédiatement sous le charme de ce livre original très coloré qui bouscule un peu leurs repères, mais dont l’histoire est pourtant familière. D’ailleurs, mieux vaut le lire à des enfants ayant bien l’histoire de base en tête et qui auront le recul nécessaire pour apprécier l’humour qui se dégage de ce livre. Petits exemples: le premier cochon se fait une maison avec des pailles (à boire) et le dernier avec des carrés de sucre (comme l’indique la couverture). Le loup s’imagine l’un des cochons pris entre deux tranches de pain, normal quand on s’appelle Rillette !

Bref, vous l’aurez compris, des livres à propos des trois petits cochons, il en existe beaucoup mais pourquoi ? On peut vraiment se demander quelle est la force de cette histoire si simple… Quels sont les éléments qui séduisent autant les tout-petits ? Et pourquoi cette histoire est-elle utilisée en support de travail dans les classes de maternelle ?

D’après Bruno Bettelheim, dans son livre Psychanalyse des contes de fées, tout réside dans l’affrontement du principe de plaisir contre celui de réalité. Les cochons « feignants » sont punis en étant poursuivis par le loup alors que l’aîné (symbole de droiture et de sagesse) est récompensé de son labeur. L’évolution est représentée sous plusieurs formes dans ce conte: tout d’abord, il y a l’évolution des maisons qui représentent symboliquement le progrès de l’homme au cours de l’histoire (d’abord une hutte précaire, puis une cabane en bois et, pour finir, une maison faite de solides briques). Cette progression est aussi tout à fait visible chez les cochons: les deux premiers (avec tout de même une petite nuance à propos du deuxième cochon pour bien montrer l’évolution) préfèrent s’amuser ou se reposer plutôt que de se construire une vraie maison. Ils sont encore jeunes alors que l’aîné, grâce à son expérience, a conscience du devoir à accomplir. En réalité, c’est comme s’il n’y avait qu’un seul cochon avec ses différents stades d’évolution de la jeunesse insouciante à la maturité.

L’enfant comprend, à travers le conte, que l’on gagne en sagesse en grandissant et que, dans un schéma idéal, il faut apprendre à travailler avant de s’amuser. En maternelle, ce conte peut être utilisé car il a une structure simple et répétitive. De plus, la thématique de la maison plaît beaucoup aux petits et c’est aussi un bon support pour apprendre les noms des différents matériaux de fabrication des maisons des cochons. D’une manière générale, les valeurs véhiculées dans ce conte parlent beaucoup aux enfants: le méchant loup est bien puni (personnage dont les jeunes enfants ont très peur au même titre que la sorcière et l’ogre). Ils constatent aussi avec plaisir qu’un personnage, grâce à sa vivacité d’esprit, peut vaincre un plus costaud. Et les enfants reconnaissent aussi le discours tenu par les adultes: on attend d’eux qu’ils apprennent à être plus autonomes et raisonnables en grandissant.

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J’ai eu la chance de voir récemment le spectacle Les Trois Petits Cochons au théâtre Essaïon avec ma fille de presque 4 ans. J’ai pu noter différents comportements chez les enfants: il y a ceux qui sont effrayés par le loup, ceux qui encouragent les cochons et ceux qui veulent aider le loup à trouver les cochons… Soyons honnêtes, une seule enfant s’est définitivement rangée du côté du loup sous le regard mi-amusé mi-inquiet de ses parents ! Mais, il y a deux moments-clés à retenir dans le spectacle: quand le loup souffle sur les maisons, les enfants aiment avoir un peu peur et ils jubilent tous quand le troisième cochon prend le dessus !

Je fais la pub pour ce spectacle, car il le mérite vraiment: humour et chansons complètent l’histoire de base. De plus, les comédiens font participer les enfants (pour construire les maisons sur scène) et se prêtent à une séance de bisous après le spectacle.

Encore merci au concours des éditions Flammarion grâce à qui nous avons pu voir ce spectacle !

Théâtre Essaïon

6, rue Pierre au Lard

75 004 Paris

http://www.essaion-theatre.com/rubrique-sp-79.html

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