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Hortense et son Ombre

NOUVEAUTÉ

Les sœurs Natalia et Lauren O’Hara nous entraînent au cœur d’un univers hivernal, poétique et plutôt mystérieux. L’histoire de l’album Hortense et son Ombre se déroule au-delà d’une forêt épaisse là où la neige est particulièrement blanche et silencieuse. C’est là que vit Hortense, une petite fille qui déteste son ombre: elle a l’impression d’être suivie en permanence et elle n’aime pas voir son ombre se déformer…

Après des stratagèmes maladroits pour s’en débarrasser, elle finit par lui tendre un piège et parvient à l’enfermer dans une pièce. Hortense se sent enfin libre, quelle joie ! Elle a l’impression de revivre…  L’ombre réussit à s’échapper mais, comprenant qu’elle dérange réellement la petite fille, décide de partir. Cependant, lorsque Hortense sera en grand danger, son ombre se précipitera pour l’aider et saura déployer des trésors d’ingéniosité. Oui, l’ombre n’était pas partie très loin et, tapie, elle surveillait sa moitié…

« Oh ! L’ombre ! Pardon, je me suis trompée. Dans l’obscurité, si tu t’allongeais, c’était pour me rendre plus grande. Si les jours blancs éblouissants, tu t’étirais, c’était pour mieux me montrer le chemin. Que serait une page sans encre, un faon sans taches ou une Lune sans nuit ? Tu fais partie de moi, l’ombre. S’il te plaît, reviens ! » dit Hortense à son ombre. Les retrouvailles peuvent enfin avoir lieu !

Après tous ses déboires, la petite fille fera enfin la paix avec cette partie d’elle-même et fera même de son double sa meilleure amie. Tout est bien qui finit bien… J’ai beaucoup aimé cet album car je trouve que le thème de l’ombre est particulièrement intéressant à exploiter. Cette forme hybride soulève bien des interrogations chez les enfants et certains ont des attitudes très tranchées: l’amusement, la peur, l’agacement… ou alors un détachement complet. Mais, tous les petits posent un jour ou l’autre des questions sur leur ombre ou sur celle des autres. Vous trouverez une certaine quantité de livres sur le sujet, c’est un thème largement exploité en littérature jeunesse et adulte.

Hortense et son Ombre est une histoire riche superbement illustrée. On s’attache au personnage de la petite Hortense, déterminée dans tout ce qu’elle entreprend ! La luminosité qui se dégage du livre est tout simplement magnifique, les paysages avec leurs nombreux détails sont à couper le souffle et l’ensemble est très harmonieux.

Le site Internet des sœurs O’Hara, c’est ICI.

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© Natalia et Lauren O’ Hara pour Gautier-Languereau

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Maison d’édition: Gautier-Languereau (édition originale Hortense and the shadow, publié par Penguin Random House en 2017)

Année de publication: 2017

Prix: 14,95 euros

Âge conseillé: à partir de 6 ans

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Un vrai livre

« Comment on fait un livre ? » Alors, pour répondre à cette question posée par un enfant et s’attacher à la forme, enfin l’objet livre, il faut partir de la base. Les enfants sont souvent déroutés lorsqu’on leur explique que le papier vient des arbres. En scrutant d’un air circonspect les troncs d’arbre, on sent bien que les connexions sont difficiles à se mettre en place… Heureusement, il existe désormais un livre expliquant les choses de A à Z et Un vrai livre est un excellent support pour décortiquer les étapes de la transformation.

Le livre s’ouvre sur le personnage principal (Jom Tanne alias le jeune homme des sapins – Tanne signifie « sapin » en allemand) qui vit dans une cabane en pleine forêt. Dès la deuxième page, on bascule dans le passé en apprenant la chose suivante: « Avant, au cœur de cette forêt, il y avait un grand sapin. Et dans ce grand sapin vivait un petit oiseau. » Le sapin représente l’enfance tandis que le petit oiseau gris symbolise alors le cœur de l’enfance, celle qui résonne dans le personnage de Jom Tanne devenu adulte.

À l’arrivée du bûcheron Stan, l’oiseau prend peur et s’éloigne de l’arbre, son refuge. L’arbre est abattu, l’enfance disparaît et on comprendra que l’essence même de l’enfance n’a pas beaucoup de chance de survivre (ou alors s’éloigne-t-elle juste…) en devenant adulte. Trop occupé à grandir, à devenir adulte, l’homme rompt son lien avec l’enfance. Ensuite viennent Max Holz (Holz signifie « bois » en allemand) et Gus Blatt (Blatt signifie « feuille » en allemand) qui se chargent de mettre le sapin dans une grosse machine qui le découpe alors en morceaux de bois qui seront eux-mêmes passés à la moulinette pour prendre la forme de feuilles de papier.

Ces trois hommes sont des adultes qui ont oublié leur enfance contrairement à Jom Tanne qui refuse que l’enfance soit terminée, qu’il n’a plus le droit de rêver. Stan, Max et Gus sont trois hommes virils, assez âgés qui utilisent des machines/outils dangereux contrairement à Jom qui est un jeune homme. Dans cette chaîne mécanique à l’image du monde des adultes, Jom Tanne fait figure de résistant, de doux rêveur. Le seul outil qu’il possède, lui, est le papier… Vous allez comprendre pourquoi en revenant aux feuilles de papier provenant de l’arbre abattu au début de l’histoire.

Ces feuilles sont livrées à Jom Tanne et pour lutter contre l’oubli de l’enfance, ce monde si précieux, Jom Tanne décide d’écrire une histoire. Et pas n’importe quelle histoire puisqu’il s’agit de sa propre histoire, celle que nous sommes en train de lire ! Oui, le prétexte est tout trouvé: un concours d’histoires a lieu dans la ville voisine et notre héros/auteur tente sa chance: « Le gagnant verra son histoire devenir un livre, disait-on. »

Jom Tanne se met alors au travail: le petit oiseau gris du début de l’histoire refait son apparition sur la feuille de papier, Jom Tanne le dessine et c’est comme s’il livrait le plus intime de son enfance… Il écrit SON histoire, l’envoie à « Une très grande maison d’édition » (pas de « vrai » nom pour ne pas faire de jaloux) et l’enfant qui est toujours en lui l’accompagne dans le processus de l’écriture. On sait bien que c’est le cas pour beaucoup d’auteurs de littérature jeunesse… Pour terminer ce livre, retour au lieu de départ, c’est-à-dire la forêt, et Jom Tanne s’immerge dans son enfance: « Puis je suis allé me promener au cœur de la forêt. En rêvant qu’un jour cette histoire devienne un jour un livre. Un vrai livre. »

Écrire, c’est rêver, imaginer… En accordant une place importante au rêve, Jom Tanne cultive sa part d’enfance et, en parvenant à la mettre sur papier, il s’affranchit du monde des adultes. Et parfois le rêve devient réalité ! Le véritable auteur-illustrateur Édouard Manceau est allé au bout de son idée en offrant à son personnage la paternité de ce « vrai livre », puisque le nom de l’auteur sur la couverture est Jom Tanne.

L’auteur a pensé son livre de la manière suivante: en partant du sapin trônant dans son jardin d’enfance, il a voulu emmener ses lecteurs faire une promenade dans la forêt. Cependant, si cet ouvrage n’était qu’un manuel qui aurait pu s’intituler « De l’arbre au livre », il ne serait pas un magnifique livre dont j’aurais eu tellement envie de vous parler.. et c’est pourtant le cas puisque la poésie se mêle au didactique !

Et je voudrais terminer par ces mots qu’Édouard Manceau m’a confiés: « Finalement je me dis que Jom Tanne est le petit garçon que j’étais, qui est resté tout entier en moi et qui continue à se battre pour faire des livres d’enfant. Et pas seulement des livres POUR enfants. »

Au premier abord, ce livre est bien plus profond qu’il n’y paraît et c’est une véritable allégorie de l’enfance qui est présentée. Il parle de la part d’enfance cultivée chez les auteurs dits « jeunesse » et des petits arrangements faits avec le monde des adultes pour y vivre sans trahir sa nature profonde. Les thèmes du rêve, de la réalité et de la frontière délicate entre les deux mondes sont traités de manière très intéressante. De plus, la construction de l’album avec son double niveau de lecture très subtil relève de l’orfèvrerie.

Selon moi, Un vrai livre est un album essentiel. À lire absolument !

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Maison d’édition: Milan

Année de parution: 2017

Âge conseillé: à partir de 3/4 ans

Prix: 9,90 euros

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Les Voisins

NOUVEAUTÉ

Une couverture rouge et animée, une ambiance mystérieuse et tout un monde à découvrir… Ouvrez absolument la porte de ce livre, c’est une merveille !

Qui ne s’est jamais posé la question de ce qui se cachait derrière la porte des appartements de nos voisins ? Dans sa petite mythologie personnelle, chacun y va de ses théories… Ici, notre curiosité est complètement satisfaite puisque toutes les portes s’ouvrent ! La visite guidée est organisée par une petite fille souriante et dynamique qui détient toutes les clefs.

Bien décidée à nous faire visiter son immeuble, nous la suivons avec délice jusqu’en haut du septième étage… Une chose est sûre, du premier au dernier étage, on voyage !

 

 

 

 

 

 

Avant de pénétrer dans chaque appartement, on peut faire des pronostics en voyant les paliers, sentir l’ambiance (ou les odeurs) et les indices distillés un peu partout autour de la porte… Comme un détective, on cherche à poser l’identité du propriétaire !

La structure du livre est très bien pensée puisqu’une double-page laissant une grande part au blanc est présentée avant de plonger dans des univers très fournis et colorés. C’est comme une profonde inspiration avant de plonger dans le grand bain des magnifiques illustrations d’Einat Tsarfati !

Parfois, les images sont plus parlantes que de grandes explications alors je vous laisse découvrir l’univers doré des brigands, l’appartement sens dessus dessous de la famille acrobate, la fête en musique au 6e étage ou encore l’appartement du corsaire et de la sirène où l’on nage en plein bonheur…

© Einat Tsarfati pour les Éditions Cambourakis

Quant à l’appartement et la vie de famille de la fillette-guide, je vous laisse les découvrir… Les Voisins offre à ses lecteurs une belle diversité d’univers foisonnants et vitaminés. Très bel album sur l’habitat abordé de manière originale ! Et au-delà du thème de l’habitation, c’est un beau livre sur la famille et ses représentations.

En bonus, il y a un petit personnage (digne de l’univers de Miyazaki) à retrouver dans chaque appartement. Ouvrez bien l’oeil !

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Maison d’édition: Cambourakis

Année de parution: 2017

Prix: 14 euros

Âge conseillé: à partir de 4/5 ans

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Le grand frisson

C’est l’histoire d’un élan qui passe son temps à regarder ses amis s’amuser et profiter de la vie… Lui a toujours trop peur pour entreprendre quoi que ce soit ! Pourtant, un beau jour, ce grand élan a une révélation: « Parfois, l’élan a l’impression de passer à côté de quelque chose. Mais de quoi, au juste ? […] S’il veut trouver ce qui lui manque, il doit saisir la vie à bras le corps. »

Tel un présage, il saute dans le premier bateau qui se présente devant lui et direction l’aventure ! Comme dans un roman d’apprentissage, notre héros va devoir affronter un certain nombre d’épreuves… Un requin qui rôde, une tempête et se retrouver échoué sur une île déserte ! Après une phase de léger effroi, l’élan (ne pouvant compter que sur lui-même) se met au travail et se transforme en véritable Robinson Crusoé. Il relève beaucoup de défis et affronte, ou plutôt dompte, la Nature. Comme un bon naufragé, il se trouve aussi un allié, un compagnon en la personne d’une tortue nommée… Mardi. Tous les deux, ils profitent pleinement de la vie !

Alors que l’élan s’est parfaitement adapté à son nouveau milieu, il a l’opportunité de quitter l’île déserte pour retrouver son chez-lui ainsi que ses amis l’ours et le castor. Gros changement de décor pour notre élan qui se retrouve sur un paquebot en pleine croisière… Place à l’opulence et aux nombreux loisirs ! Là encore, après des débuts hésitants, il se fait vite à ce nouveau mode de vie. Après cette riche expérience, l’élan va (enfin) retrouver son chez-lui et ses amis… L’histoire se termine tout de même sur une petite touche de futur voyage !

Le grand frisson est un album très drôle et attachant. Tout d’abord, le personnage de l’élan a un fort capital sympathie: quel bonheur de voir ce grand « nigaud » s’affirmer et devenir un super élan ultra-positif ! On suit ses aventures avec plaisir… et ce livre délivre un message important aux enfants: dans la vie, il faut savoir affronter ses peurs pour se dépasser. C’est difficile, mais cela peut vraiment valoir le coup… La faculté d’adaptation est une grande qualité et une aide précieuse pour avancer dans la vie. Si cette histoire, et plus particulièrement la voix de l’élan, peut résonner dans la tête (ou le cœur) d’un enfant lorsqu’il se retrouve dans une situation délicate où il doit faire face à la nouveauté, c’est une excellente raison pour lui lire ce livre !

L’album nous parle aussi d’amitié et de l’importance d’être bien entouré. Il y a les amis de longue date que l’on est toujours content de retrouver mais aussi les nouvelles rencontres… qui peuvent donner des ailes.

Nicholas Oldland, l’auteur-illustrateur, a intitulé son livre Le grand frisson: ce frisson peut aussi bien être celui de l’inquiétude face à la nouveauté, celui que l’on éprouve lorsque l’on fait une rencontre déterminante ou encore celui de la satisfaction (tant recherchée) d’être en accord avec qui l’on est…

Plus d’informations sur Nicholas Oldland et ses autres ouvrages ICI.

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Maison d’édition: Bayard jeunesse

Date de parution: avril 2017

Âge conseillé: à partir de 3 ans

Prix; 10,90 euros

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Le jour de l’âge de raison

Une semaine avant ses 7 ans, Georges s’interroge sur cet âge particulier. Enfin… surtout particulier aux yeux des adultes, puisque ce nouvel âge a le mérite d’avoir une appellation spéciale: « l’âge de raison ». Histoire de mieux appréhender les choses, le petit garçon pousse la réflexion mais finit pourtant par s’inquiéter… Est-ce qu’on s’amuse encore quand on a 7 ans ? « Peut-être qu’on a juste envie de ranger sa chambre et d’apprendre le dictionnaire par cœur. » Bref, Georges n’a pas envie de devenir un petit monsieur sérieux… Lui, il a décidé que 7 ans était l’âge du carambolage ! Il aime jouer avec ses petites voitures, les fracasser et créer des accidents.

Il a peur que cet âge « trop sérieux » ne le pousse définitivement hors de l’enfance. Comment faire pour arrêter le temps ? Aux grands maux, les grands remèdes ! Un tube de crème anti-âge qui traîne dans la salle de bains fera sûrement l’affaire… Il s’en peinturlure façon commando et le voilà armé ! Mais, les jours passent et le jour fatidique se rapproche… Mieux vaut affronter la réalité en face et Georges pense alors à quand il était dans le ventre de sa mère, puis sa petite enfance et il s’imagine même très vieux !  Tout ce cheminement l’amène au fameux septième jour de la semaine, le jour de ses 7 ans et la boucle est bouclée: il franchit le cap de l’âge de raison.

« Et l’heure exacte de sa naissance: 15 heures 35. Georges regarde la pendule: 15 heures 33. Son cœur bat très fort. 15 heures 34. Georges ferme les yeux. 35. 36. Georges les rouvre. RIEN. Il ne s’est rien passé. Ni à l’intérieur de Georges ni à l’extérieur. Zéro changement. Que dalle. Un peu soulagé, un peu déçu, Georges ressort de la salle de bains. »

© D. Lévy et T. Baas pour Sarbacane

Une fois la date butoir passée, Georges se débarrasse de ses craintes et il redevient un petit garçon pressé de profiter de sa fête d’anniversaire ! Tel un vieux sage, il accepte les règles du jeu de la vie et se rend bien compte qu’il n’a pas vieilli d’un seul coup…

Le découpage du récit en jours de la semaine et le rythme donnent une véritable énergie à l’ensemble. Les phrases sont courtes et le style quasi-journalistique. On plonge dans l’esprit de Georges et on se délecte de ses réflexions: « Georges examine les photos sur le mur de liège, dans la chambre de ses parents. […] La photo de son papa quand il avait 7 ans. Tout le monde dit que Georges est le portrait craché de son père. Georges, lui, ne sait pas trop. Il sait juste qu’il n’a pas envie d’être un portrait craché. »

La plume de Didier Lévy est, comme d’habitude, exquise. Il a su parfaitement trouver les mots justes pour traiter le sujet et ce livre parle aussi bien aux adultes qu’aux enfants. Il est question, bien évidemment, du temps qui passe, des étapes à franchir dans la vie et aussi de l’importance que l’on veut bien lui donner (ou non) aux chiffres et à leur valeur. Une bonne dose d’humour et de sensibilité figure aussi dans cet album qui aborde un thème qui peut être délicat. Au-delà de l’âge de raison, ce livre parle de la famille au sens large, de la place de chacun et de la construction de soi-même.

Les illustrations de Thomas Baas sont vraiment très belles, avec une réelle dimension graphique.  Savamment dosés, les dessins mettent Georges au cœur des actions et le petit garçon (en couleur) se détache des pages aux teintes claires. L’accent est clairement mis sur lui et on suit ce personnage très attachant dans son aventure intérieure…

La morale du livre, s’il y en a vraiment une (?), est de laisser les enfants profiter de leur enfance le plus tard possible. Ni tendre, ni bête, ni raisonnable, l’enfance ne devrait avoir qu’un seul âge: celui de l’âge heureux.

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Maison d’édition: Sarbacane

Date de parution: 03/05/2017

Prix: 15,50 euros

Âge conseillé: à partir de 6 ans

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Une sieste et un bon bain !

Voici une chronique vous conseillant des livres de la collection « Loulou & Cie » qui s’adressent aux tout-petits: À la sieste ! et Au bain, les monstres ! sous le trait et la plume de la talentueuse Iris de Moüy. Ces deux albums mettent en scène des activités quotidiennes des enfants (dormir et se laver), thèmes largement abordés dans les livres pour enfants, me direz-vous… Alors, quel est le petit plus de ces livres ? Un traitement original & décalé, un univers graphique envoûtant et un grain de folie qui séduit autant les petits que les grands !

 

L’histoire de ce livre cartonné se situe en pleine jungle… Elle commence dès la couverture (petite originalité) avec un appel général lancé par une petite fille, telle la maman de la savane. Le livre s’ouvre alors sur un zèbre fâché qui nous dit « Je ne veux pas faire la sieste. » Et, tour à tour, les animaux disent fermement à quel point ils ne veulent pas dormir. Je suis sûre que ce petit refrain vous fera penser à quelqu’un que vous connaissez bien…

Dans cet album, la belle galerie d’animaux de la savane donne toutes les excuses possibles et imaginables pour ne pas se reposer: certains tentent l’intimidation, d’autres essaient la ruse et quelques-uns se frottent même à l’humour ! Cependant, la malicieuse petite fille parvient à ce que tout ce petit monde tombe dans les bras de Morphée. Intelligence, magie ou véritable tour de force ? Je vous laisse découvrir la technique de l’enfant qui murmurait à l’oreille des animaux – la pirouette finale – qui semble simple comme bonjour. Beaucoup de parents aimeraient avoir la même force de conviction !

Les petits lecteurs jubilent en constatant le pouvoir de la petite fille immergée en pleine jungle. Nullement impressionnée, elle affronte une hyène, un hippopotame et même le lion ! Dans cet univers très coloré, l’enfant représentée en noir et blanc se détache des autres personnages de l’histoire et du décor: figure contrastée, elle impose sa force.

À la sieste ! est un livre au plus près des préoccupations enfantines. L’auteur-illustratrice offre un récit court et très efficace porté par des illustrations vitaminées qui enchante les tout-petits. Et, que cela fait du bien de lire un livre à propos de la sieste n’utilisant pas le quotidien des enfants ou mettant en scène les doudous, les peluches, etc. ! Iris de Moüy donne le pouvoir à une petite fille (joie des petits lecteurs qui se reconnaissent dans cette semblable) plus forte que tous les animaux réunis.

La plus grande qualité de cet album, plus fin qu’il n’y paraît, est de réussir à désacraliser la sieste. Sujet parfois sensible, il est bon de pouvoir en rire avec son enfant le temps d’une bonne histoire…

 

 

Un frère, une sœur et l’heure du bain. Tout un programme, non ?

Les petits diables s’échappent se complaisant dans leur crasse et se cachent dans leur chambre « dégoûtante ». À l’image de la saleté des enfants, la chambre est sens dessus dessous !

Qui se ressemble s’assemble alors de vrais monstres débarquent dans la chambre des enfants devenue l’antre de la puanteur. Les petits sont ravis, les monstres aussi et la fête bat son plein: « on était monstrueusement bien dans cette chambre ». Les très grands monstres remplissent peu à peu les pages du livre jusqu’au point de bascule: la fille et le garçon se transforment aussi en monstres ! Si, si, des vrais avec des poils et des verrues. Les petits lecteurs sont tour à tour amusés de voir des enfants désobéissants, effrayés de les voir se transformer en monstres et rassurés de voir tout redevenir à la normale.

Dans cette histoire rigolote, le message de l’importance de la propreté est passé de manière intelligente et originale: oui, c’est plus agréable pour tout le monde de se faire un câlin lorsque l’on sent bon…

À la lecture, on se régale avec ces monstres originaux, tenaces et colorés, ils sont vraiment très réussis… Et la complicité entre le frère et la sœur est parfaitement rendue et très attachante. On sait à quel point les enfants s’entendent pour faire des bêtises ! À la fin de l’histoire, ce sont les enfants contre les monstres et ils parviendront à les battre à coup de « jet suprasonique propreté » et « gel douche décrassant » !

Avec Au bain, les monstres !, on fait un grand saut dans l’absurde et c’est tout simplement génial… On rit et on en redemande, encore des enfants cracras et vive la baignoire qui galope !

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Maison d’édition: L’école des loisirs (Loulou & Cie)

Année de parution: 2013 pour À la sieste ! et 2017 pour Au bain, les monstres !

Prix: 12,50 euros (À la sieste !) et 9 euros (Au bain, les monstres !)

Âge conseillé: 3 ans

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Au-delà de la forêt

NOUVEAUTÉ

Arthur est un jeune lapin qui vit avec son père et leur chien dans une petite ferme. La famille est entourée par la forêt et pas n’importe laquelle… elle est très dense et très sombre. « On raconte que la forêt est habitée par des loups, des ogres et des blaireaux géants. Personne ne s’y aventure jamais ! »

Le décor est donc rapidement posé et l’ambiance aussi… Qui mieux qu’un courageux papa pourra relever le défi ? Mais plus que courageux, le père d’Arthur est surtout ingénieux et va se lancer dans une entreprise plus grande que lui: la construction d’une tour permettant de voir au-delà de la forêt. Et tout ça avec l’aide de son fils, bien entendu ! Afin de récolter suffisamment de pierres pour construire son édifice, le père a l’idée d’échanger du pain contre des pierres aux villageois. Il se met donc aux fourneaux, la bonne odeur des petits pains attire bientôt beaucoup d’autres lapins et le troc se met vite en place: « un pain contre quatre pierres ».

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© N. Robert et G. Dubois pour le Seuil jeunesse

Les pierres s’accumulent, la tour prend forme et la construction avance vite. Mais, coup du sort, une terrible tempête a lieu durant la nuit et la tour (faite à moitié) s’effondre ! Il faut tout refaire… Heureusement, Arthur et son père seront rapidement aidés par leur entourage. Un véritable relais se met en place pour soulager Arthur et son père qui ont affronté les éléments toute la nuit ! Pendant que père & fils dorment, tous les voisins retroussent leurs manches et se mettent au travail. À leur réveil, la tour est deux fois plus haute qu’avant l’orage !

Puis, l’élan se poursuit et les villageois continuent d’aider Arthur et son père. L’apprenti boulanger leur offre de bons petits pains en échange de leur travail… Le chantier de la tour progresse rapidement et, sur une double-page, on voit l’évolution faisant penser à la tour Eiffel en travaux. On suit avec plaisir cette quête ponctuée de solidarité, de péripéties et de suspense.

Le récit, signé Nadine Robert, est placé sous le signe de l’esprit d’entreprise. Il véhicule beaucoup de valeurs extrêmement positives sur fond de persévérance et d’entraide. Il montre aux enfants à quel point il est important de se donner les moyens de réussir, d’aller jusqu’au bout de ses rêves et qu’à plusieurs, on est plus fort que tout seul. Le texte de cet album est fort, simple sans pour autant être moralisateur.

Pour donner vie à cette belle histoire, il fallait des illustrations tout aussi belles. Et c’est le moins que l’on puisse dire du travail de Gérard Dubois (dont je vous ai souvent parlé), ses planches sont à couper le souffle ! L’ambiance du livre est à la fois rétro et intemporelle. On rentre dans cette histoire comme dans un conte et l’univers est dense, matiéré et très travaillé. La composition des double-pages est remarquable, mention spéciale à celle de la construction de la tour, celle de la tempête, celle de la fête du village et les dernières du livre.  Les tonalités plutôt sombres imposées par l’histoire (la forêt, les pierres de la tour, la ferme, le bois, etc.) parviennent à ne pas écraser l’ensemble et l’ensemble est rehaussé par les touches de couleur des tenues des lapins. Et je dois dire que la petite communauté de lapins de Gérard Dubois est particulièrement réussie !

Une fois la tour construite, les lecteurs sont aussi impatients qu’Arthur et son père de découvrir ce qu’il y a au-delà de la forêt. Je vous encourage à demander à vos enfants ce qu’ils pensent découvrir avant de tourner la dernière page. Mon fils a dit « une maman », c’est vrai qu’il n’y en a pas dans le livre et j’ai trouvé cette idée assez belle… Mais, c’est une tout autre fin que Nadine Robert et Gérard Dubois ont imaginée et la chute est vraiment magistrale. Cet album est une véritable splendeur, à découvrir d’urgence !

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Maison d’édition: Seuil jeunesse (réédition de Comme des géants, 2016)

Année de parution: 2017

Prix: 13,90 euros

Âge recommandé: 5 ans

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Bob L’Artiste

NOUVEAUTÉ

« Quelle merveilleuse journée ! Idéale pour me promener les pattes à l’air », se dit Bob, un bel oiseau noir. Le voilà donc parti… mais sa balade se trouve vite gâchée par des moqueries. Le chat, le hibou et les autres oiseaux trouvent les pattes de Bob trop grandes et trop maigres. Notre pauvre Bob décide alors de tout faire pour changer son allure: gym pour se muscler, régime grossissant pour étoffer ses jambes ou habits pour se camoufler. Aucune solution ne se révèle idéale ! Que faire alors ?

Le hasard de sa promenade le mène dans un musée d’art et, devant une galerie de tableaux très différents les uns des autres, une idée de génie lui vient à l’esprit. Dès le lendemain, Bob décore son bec à la manière des célèbres peintres qu’il a admirés la veille: un jour les motifs de Matisse, un autre les éclaboussures de Pollock et la semaine se poursuit de cette manière. L’entourage de Bob est enthousiaste de ces petites touches d’originalité et finit même par oublier… ses pattes. Et encore mieux, les autres finiront par accepter Bob comme il est ! Ce dernier aura eu l’intelligence de détourner l’attention des critiques sans pour autant (trop) se transformer pour satisfaire le regard d’autrui.

Cette démarche est très positive pour les jeunes lecteurs qui interceptent le message qu’il ne faut pas absolument chercher à coller aux attentes des autres. En se trouvant soi-même, les autres vous acceptent plus facilement… Bob L’Artiste est le premier album pour enfants de Marion Deuchars et j’espère sincèrement qu’il y en aura d’autres… L’auteur-illustratrice nous offre un livre très esthétique et élégant. Les illustrations sont splendides et le pari est relevé haut la main: développer le goût de l’art chez les enfants et faire connaître certains grands noms de la peinture (Matisse, Pollock, Picasso, Mondrian, Miró, etc.).

Regardez bien et vous verrez (quasiment) sur chaque page le petit compagnon de Bob, une chauve-souris. Les enfants aiment particulièrement relire le livre en la cherchant sur les illustrations…

BONUS

Voici la couverture de la version originale, Bob the artist publiée l’année dernière par Laurence King Publishing. Je ne sais pas vous mais moi, j’aime autant l’une que l’autre… Il y a deux approches, l’une plus mystérieuse que l’autre, le choix de différentes couleurs et le détail opposé à l’ensemble.

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Maison d’édition: Seuil jeunesse

Année de parution: 2017

Prix: 12,90 euros

Âge conseillé: 3 ans

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Le tigre qui s’invita pour le thé

NOUVEAUTÉ / RÉÉDITION

L’histoire s’ouvre sur une scène du quotidien (« Il était une fois une petite fille qui s’appelait Sophie, et qui prenait le thé avec sa maman dans la cuisine ») avant de basculer dans l’extraordinaire: « Soudain, on sonna à la porte. […] Il y avait là un grand tigre velu et rayé. » Et comme le dit clairement le titre, cet animal franchit la porte de la maison puis débarque dans la famille de Sophie sans y avoir été invité au préalable. Comme vous le verrez par la suite, la nuance est particulièrement importante…

La magie de l’histoire opère dès lors que la petite Sophie et sa mère accueillent cet étrange invité comme un être tout à fait ordinaire. Très souriant et poli, le tigre est surtout affamé… alors il ne se contente pas que de thé et de petits gâteaux. Il lui en faut beaucoup plus ! Le vorace vide les placards de la cuisine et le frigo. Il mange même le dîner familial qui mijotait ! La petite fille de la maison n’est nullement effrayée, elle est à la fois attendrie par cette « peluche géante » (elle caresse le tigre) et est impressionnée par son appétit d’ogre qui est poussé à son paroxysme: « … et il but tout le lait, et tout le jus d’orange, et toutes les bières de papa, et toute l’eau du robinet. » Vous verrez, à la lecture, cette exagération amuse tout autant qu’elle fascine les enfants ! Une fois rassasié, le tigre s’éclipse en prenant bien soin de remercier ses charmantes hôtesses. Passé l’épisode de la tornade gourmande, la mère de Sophie réalise qu’il n’y a vraiment plus rien à manger pour sa famille. Alors, que faire ?

Heureusement, le père rentre du travail et propose d’aller au restaurant. Quelle excellente idée ! La petite famille se met donc en route pour une sortie imprévue et, donc, délicieuse. Évidemment, les enfants lecteurs approuvent aussi cette solution et adhérent au menu « idéal » énoncé dans le récit (saucisses, frites et glace). Le lendemain de cette étrange journée, les choses rentrent dans l’ordre… Sophie et sa mère font le plein de courses et achètent « encore plus de choses à manger ». Mieux vaut être préparées à recevoir des visites !

Les illustrations datant de 1968 ont un côté vintage pour nous, lecteurs d’aujourd’hui, et les amateurs de rétro apprécieront… D’ailleurs, Le tigre qui s’invita pour le thé de Judith Kerr est un grand classique de la littérature jeunesse en Angleterre et, personnellement, j’attendais sa parution en français avec impatience.

La force de cet album réside dans le propos atypique, mystérieux. C’est l’intrusion de l’exceptionnel dans le quotidien… Un animal envahissant dans une maison lambda et confortable. Le décalage fonctionne très bien auprès des enfants qui trouvent ça fou de voir un tigre en dehors de son milieu naturel, entrer dans une maison de ville et outrepasser beaucoup de règles de politesse tout en restant pourtant très courtois. Il a faim, il se sert donc le tigre pille, mais avec grâce ! Le personnage du tigre est déroutant car il possède une attitude humaine tout en conservant son animalité (taille monumentale et appétit débordant), cette double facette fait de lui un être énigmatique qui ne laisse personne indifférent. On sait à quel point les histoires « étranges », bien ficelées et avec beaucoup de liberté entre les lignes plaisent aux jeunes lecteurs…

 

L’Histoire dans l’histoire

Depuis sa parution, il y a eu de nombreuses interprétations sur ce livre et particulièrement sur la figure du tigre. Qui se cache derrière cet animal ? Pourquoi écrire une histoire si particulière à propos de la nourriture, de la faim et de la peur de manquer ? Certains s’accordent à dire qu’il est question de la Seconde Guerre mondiale. Le tigre, cette grosse bête qui symbolise la puissance, représenterait le nazisme. Dans le premier niveau de lecture de l’histoire Le tigre qui s’invita pour le thé, le tigre saccage beaucoup de choses, puise dans les réserves et ne laisse plus rien à manger, le tigre représenterait donc tout simplement la guerre. Dans ce cas-là, pourquoi souhaiter son retour à la fin de l’histoire (même s’il est clairement dit que le tigre ne revint jamais) ? C’est bien là toute l’ambivalence de ce livre… L’auteur-illustratrice Judith Kerr a été contrainte de fuir son pays lorsqu’elle était enfant et le choix d’écrire une histoire sur une figure intrusive n’est sûrement pas anodin. Rien n’est dit de manière très explicite mais malgré la politesse du tigre, n’oublions pas qu’un tigre reste un tigre avec tout le danger que cela peut comporter. Ensuite, chacun peut en faire sa propre lecture…

Je vous conseille de regarder le formidable documentaire sur Judith Kerr intitulé Hitler, the tiger and me (diffusé sur la BBC fin 2013), voici la bande-annonce ci-dessous:

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Maison d’édition: Albin Michel Jeunesse

Année de publication: 2017 (réédition de 1968)

Prix: 14,90 euros

Âge conseillé: 4 ans

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Petit Pois

NOUVEAUTÉ

Petit Pois porte bien son nom, il est minuscule ! Sa maman lui coud ses habits, il est obligé d’emprunter ses chaussures à des poupées et dort dans une boîte d’allumettes. En grandissant… enfin en prenant de l’âge, il fait son apprentissage de la vie et devient même aventurier ! Mais, la plus grande épreuve restera son entrée à l’école et la confrontation avec un monde fait pour les enfants, les grands enfants ! Comment Petit Pois va-t-il trouver sa place dans ce vaste monde ? Tout simplement, en développant son petit truc en plus… On suit avec plaisir le parcours attachant de ce petit bonhomme pas comme les autres.

 

© D. Cali et S. Mourrain pour Actes Sud junior

Dans Petit Pois, il est bien entendu question de différence et de confiance en soi. Le vieil adage « Ce n’est pas la taille qui compte » est mis en lumière avec originalité. Tout l’univers miniature est admirablement représenté et le texte dit beaucoup avec peu de mots… Les enfants accrochent beaucoup à la lecture de cette histoire tant ils se sentent en parfaite adéquation avec Petit Pois, eux qui sont petits comme lui et se sentent encore trop petits, enfin pas assez armés pour faire certaines choses. Dans la lignée de Tom Pouce ou Poucette, Petit Pois est un petit héros au destin hors du commun qui fera s’évader les plus jeunes !

Une fois de plus, le duo Davide Cali (texte) et Sébastien Mourrain (illustrations) nous offre un magnifique album. Je vous avais déjà parlé de Chez moi (Actes Sud junior, mai 2016) et je vous conseille aussi de découvrir Bronto mégalo saure (Sarbacane, janvier 2017). Drôle et sensible, Petit Pois est une petite merveille d’histoire. Comme d’habitude, je ne vous dévoile pas la fin mais elle est vraiment à la hauteur de l’ensemble du récit. Elle est même absolument irrésistible ! Bref, lisez ce beau livre aux enfants pour les faire rêver et aussi pour leur donner confiance en eux !

Sinon, ouvrez bien l’œil et vous verrez des pois/points à chaque page…

BONUS

Voici la couverture de la version originale de Petit Pois publiée l’année dernière par l’excellente maison d’édition québécoise Comme des géants. La France a misé sur la tendresse de Petit Pois endormi sur son chat tandis que le Québec a joué la carte « aventurier du jardin » !

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Maison d’édition: Actes Sud Junior (réédition Comme des géants, 2016)

Année de parution: 2017

Prix: 13,50 euros

Âge conseillé: 3/4 ans

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Le Chat le plus mignon du monde

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NOUVEAUTÉ

Le Chat le plus mignon du monde est un album mettant en scène le rêve de beaucoup d’enfants: avoir un animal de compagnie. À la sempiternelle question « Est-ce qu’on peut avoir un petit chat ? », la petite fille de l’histoire se voit enfin répondre un « oui » de la part de ses parents. La famille se met alors en quête d’un chaton…

Le livre au titre archi-conventionnel et au thème très classique réserve bien des surprises à ses lecteurs… De manière très habile, l’auteur Vincent Pianina va garder le fil rouge de son récit tout en donnant une tout autre orientation à l’histoire que l’on pense découvrir.

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© Vincent Pianina pour les Éditions Thierry Magnier

Le temps de faire le tour de l’animalerie et LA rencontre a lieu: « Et puis on est tombés sur le plus mignon des mignons alors c’est lui qu’on a voulu ramener à la maison. » L’originalité de cet album pointe le bout de nez quand la nouvelle famille du petit chat réalise qu’il n’a pas encore vu le visage de l’animal, que personne ne parvient pas à le voir de face… Tous les subterfuges sont alors mis en place pour arriver à leur but, voici mon préféré: « On l’a appâté avec un bol de thon… mais il savait marcher à reculons ! »

Qui est donc cette créature mystérieuse qui se cache ? La question de l’identité est aussi abordée par le choix du prénom de l’animal. Mais, comment va s’appeler ce petit chat ? Colette, Mich-Mich, Gribouille, Saucisse, Savate, Fougasse ou bien Josette… Peut-être qu’avec le bon nom, « ce coquinou de chat » (comme l’appelle l’auteur) va enfin se retourner ! Mais, l’animal est rusé et le mystère est bien gardé jusqu’à la chute finale qui vaut vraiment le détour… Si vous aimez les gros retournements de situation, vous allez être servis !

Le travail graphique faussement naïf de Vincent Pianina est plus fin qu’il n’y paraît et une grande énergie se dégage de l’ensemble.  De la couleur, des jeux sur la typographie et une vraie liberté de mise en page… De plus, l’écriture manuscrite est facilement déchiffrable pour les jeunes lecteurs autonomes.

La principale qualité de cet album est l’humour aussi bien dans le texte hilarant que dans les illustrations bourrées de clins d’œil, on rit beaucoup en lisant Le Chat le plus mignon du monde ! On trouve plus de dix fois le mot « mignon » dans le récit et je vous affirme que ce livre est plus que « juste » mignon, il est très réussi.

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Maison d’édition: Éditions Thierry Magnier

Année de parution: 2016

Prix: 12,50 euros

Âge conseillé: 5 ans

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Sur mon fil

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NOUVEAUTÉ

Sur mon fil nous raconte la vie d’une petite fille dont les parents sont séparés. Une parmi tant d’autres… Oui, mais, comment se passent concrètement ses semaines ? Quelle est la vie au quotidien d’une enfant en garde alternée ? De quelle façon s’organise une vie entre deux maisons ? « Entre la maison de Maman et celle de Papa, il y a un monde. Un monde qui dure… une semaine », nous dit la jeune héroïne du livre dès les premières lignes. Parce qu’il faut bien trouver un moyen d’accepter les choses comme elles sont, une astuce pour affronter le terrible constat, l’enfant explique: « Pour aider le temps à passer plus vite, j’ai tendu un fil entre mes deux vies ».

Véritable fil rouge (au sens propre comme au sens figuré) de l’histoire, ce pont entre deux rives nous permet de suivre la vie de la petite fille et de matérialiser la séparation de ses parents. Le fil est comme un prolongement d’elle-même, car n’oublions pas que l’enfant est l’élément qui relie ces deux adultes. Elle est leur fil, leur fille. Dans cette histoire à hauteur d’enfant, aucun des deux parents n’a évidemment le mauvais rôle et chaque membre de ce trio tente de s’arranger avec ce nouvel équilibre. J’ai apprécié que les sentiments des adultes (et pas seulement ceux de l’enfant) soient évoqués, comme la gêne et la tristesse. Comme d’habitude chez Séverine Vidal, il y a une justesse dans le ton et une écriture qui touche en plein cœur. Tout le travail sur le champ lexical de l’équilibre est remarquable… L’exploration des sentiments est toujours respectueuse et en adéquation avec le ressenti des enfants. L’analyse sur l’ambivalence des sentiments est très riche: au moment de l’échange du samedi, il y a la joie de retrouver l’un et la peine de quitter l’autre. Cette confrontation des sentiments est particulièrement intéressante et je pense que la lecture de cet album pourrait aider beaucoup d’enfants concernés à mettre des mots sur une situation aussi particulière.

Pour ce sujet délicat, il fallait les illustrations joyeuses et réconfortantes de Louis Thomas. Des aquarelles sensibles qui collent parfaitement au sujet accompagnent ce si beau texte. L’utilisation du fil rouge du texte qui parcourt les illustrations est faite avec intelligence et c’est un parti pris graphique très intéressant. De plus, je trouve que la couverture est particulièrement réussie: sobre mais évocatrice.

Cependant, n’allez pas croire que cet album est un tire-larmes ! Il fait preuve aussi d’humour en développant les fameux (maigres) avantages à avoir des parents divorcés: les deux maisons, les deux chambres, les règles plus souples des parents, des repas différents et autres privilèges. Les petits lecteurs apprécieront le caractère enjoué de la jeune héroïne de l’album et les fantaisies des parents, ainsi que les pirouettes pour faciliter la séparation.

Plus qu’un énième livre sur le sujet, ce récit très ancré dans le quotidien pourrait bien devenir une référence en la matière tant il est juste et bien pensé. Sur mon fil est un album absolument magnifique fait avec intelligence et sensibilité. À lire à tous les petits équilibristes !

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Maison d’édition: Milan

Année de parution: 2016

Prix: 13,90 euros

Âge conseillé: 5/6 ans

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Des livres qui aiment les livres…

Voici 6 albums ayant pour thèmes les bienfaits de la lecture, l’amour des livres et l’évasion par les mots. Des histoires très différentes les unes des autres ayant pourtant beaucoup en commun… À lire aux enfants qui boudent un peu la lecture et aussi à ceux qui l’apprécient !

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Dans cet album, il est question d’un ours qui refuse sa condition d’animal qui ne fait que se gaver de miel, roupiller, jouer et se gratter le dos contre les troncs d’arbre. Il s’interroge sur la vie: « La vie est charmante, pense-t-il. Youpi tralala et tout ça. Mais quoi d’autre ? Est-ce que c’est vraiment tout ? » Au hasard d’une promenade en forêt, il trouve un livre où il est question d’un ours. Hasard incroyable ! Son existence semble s’éclairer à ce moment précis: lui, ce qu’il veut, c’est apprendre à lire ! Ses semblables ne comprennent absolument pas cet intérêt soudain… Qu’importe ! Notre ours George décide de partir en ville à la recherche de quelqu’un susceptible de lui apprendre à lire. Malheureusement, les humains qu’il croise sont absolument effrayés en le voyant… sauf la petite Clémentine qui le reconnaît comme étant l’ours de son livre. Le fameux livre que George a trouvé dans la forêt est celui de la petite fille ! Parce qu’elle a une super maman très ouverte d’esprit, Clémentine a le droit d’emmener George chez elle. La suite, vous la devinez… L’apprentissage de la lecture se met en place. Les petits lecteurs se laissent emporter avec plaisir par cette histoire où la petite fille endosse le rôle de la maîtresse. Et parce que la lecture peut être le début de beaucoup de choses, George s’initie aussi à la peinture et à la poésie. Les illustrations d’Emma Chichester Clark sont douces et chaleureuses, j’ai particulièrement aimé son travail sur la matière de la végétation: les troncs des arbres sont décorés de fleurs et les motifs des feuilles, papillons et fleurs sont peints et/ou découpés dans du tissu. Les ours ne lisent pas est une belle histoire et qu’il est beau de voir quelqu’un s’éveiller au plaisir de la lecture avec tous les enjeux que cela comporte: « Avant de dormir, il ouvre le livre encore une fois et regarde les mots. Il lui semble déjà que la vie est plus intéressante qu’avant. »

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Maison d’édition: Albin Michel Jeunesse

Année de parution: 2015

Prix: 13,50 euros

Âge conseillé: 5 ans

Arrête de lire

Horatio est un vrai petit rat de bibliothèque ! Toujours le museau plongé un bouquin, il est passionné par les livres contrairement à ses parents… qui voudraient que leur fils ne lise pas autant. Et même qu’il arrête de lire ! D’où le titre… qui décontenancera et amusera les enfants. On est à la rencontre des préceptes des parents et des adultes en général. D’ailleurs, ce contre-point aura peut-être plus de poids auprès des lecteurs en devenir que de leur répéter en boucle: « Il faut lire ! » Revenons à Horatio… Sa maîtresse le trouvant trop rêveur, les parents du jeune rat décident de lui confisquer tous ses livres. Tous les moyens vont être bons pour renouer avec la lecture par le biais de la bibliothèque, l’écriture et un concours qui va changer sa vie. En participant à une émission littéraire à la télévision, il parvient à regagner l’estime de ses parents en leur prouvant sa véritable passion pour les livres. Claire Gratias nous offre une histoire très complète et originale. Elle décrit si bien les sensations éprouvées au moment de la lecture: « Dès qu’il se plongeait dans un livre, il voyait au contraire une multitude de paysages, d’êtres, de lieux, d’objets et de couleurs. Il entendait une infinité de sons, de musiques et de voix. Et surtout, au fil des pages, son cœur battait si fort ! » Et les illustrations de Sylvie Serprix sont de véritables tableaux !  La peinture aux tons chauds apporte une dimension chaleureuse à l’ensemble. J’ai aussi aimé le jeu avec les lettres et les croquis en noir et blanc. Pour information, sachez que cet album a été lauréat « niveau CE1 » du 25e prix des Incorruptibles (2013/2014) et qu’il y a une suite à cet album: T’es plus mon amoureux ?

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Maison d’édition: Belin jeunesse

Année de parution: 2012

Prix: 12,70 euros

Age conseillé: 6 ans

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Le titre Jamais sans mon livre ! est un vrai cri du cœur. Et tous les grands lecteurs se reconnaîtront là-dedans ! Dans cet album, les enfants n’ont pas des doudous mais des livres dans les mains ou alors bien serrés contre eux… Ils lisent seuls, à plusieurs ou pour quelqu’un d’autre. Bref, toutes les options sont envisageables et c’est bien là le message de Barney Saltzberg (auteur) et de Fred Benaglia (illustrateur): avec un livre, tout devient possible ! Puisque c’est l’occasion d’un voyage (dans l’imagination), le duo choisit de faire se balader les petits personnages du livre dans des décors aussi différents les uns des autres: la mer, à bord d’une montgolfière, dans la ville, à dos d’oiseau ou encore bien confortablement installé(e) sur son canapé.  Et tous ces autres endroits qu’il vaut mieux découvrir au fil de la lecture plutôt que de les nommer… Graphiquement, l’album est très beau et il en ressort une grande liberté. Les illustrations colorées et loufoques apportent une touche très gaie. En plus d’être un hommage à la lecture, l’objet livre est détourné avec intelligence et humour. Le désacraliser est là une véritable preuve d’amour !

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Maison d’édition: Phaidon

Année de parution: 2016

Prix: 14,95 euros

Age conseillé: 4 ans

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Voilà un ouvrage absolument fascinant ! Le titre sobre et clair annonce la couleur, Les livres, et contrebalance avec la couverture plus énigmatique qui pourrait laisser perplexe le lecteur. Disons plutôt intrigué… de quoi avoir forcément envie d’ouvrir le livre ! L’histoire se passe dans une bibliothèque, c’est la première fois que maman chat emmène son petit Vladimir dans un tel endroit. Est-ce qu’il va vraiment s’amuser ? Sa mère lui a raconté que les livres étaient « magiques ». Avec son format à l’italienne et un traitement graphique vraiment original, Lili Chemin nous propose un univers singulier et puissant. Le texte de Christos prend toute son ampleur à côté des illustrations innovantes de sa collaboratrice. D’abord réfractaire, le chaton noir va finalement se laisser prendre au jeu en se frottant aux livres et la « magie » va opérer: « Vladimir a les yeux grands ouverts. Il regarde le livre, écoute sa maman et soudain, dans sa tête, il voit tout ce qu’elle raconte… » L’intelligence de ce livre réside dans l’utilisation matérielle des livres qui est parfaitement exploitée grâce au point de vue aérien, on survole la bibliothèque et tout un (nouveau) monde prend vie ! Cet album est une expérience de lecture unique.

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Maison d’édition: Motus

Année de parution: 2016

Prix: 13 euros

Age conseillé: 4 ans

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L’album Une nuit à la bibliothèque commence de la manière la plus classique qu’il soit: une classe va à la bibliothèque et chaque enfant a eu le droit d’apporter son doudou. Une bibliothécaire leur fait la lecture et puis… quelque chose de pas banal va se produire: les enfants vont laisser leurs doudous à la bibliothèque pour la nuit ! C’est compliqué pour la plupart des enfants, certains pleurent mais promis, ils les retrouveront le lendemain. Après un petit repos et une fois la nuit tombée, les peluches prennent vie ! Et, très en forme, tous les doudous sont bien décidés à s’amuser en faisant un peu n’importe quoi… Puis, les gentils bibliothécaires se mettent à jouer avec les doudous et même leur apprendre des choses: comment ranger les livres, faire des origamis et, bien sûr, leur lisent des histoires. Puis, chaque doudou (animal) choisit un livre où l’animal qu’il est y figure et il est temps d’aller, enfin de retourner, au lit ! Chacun dort bien tranquillement avec son livre près de lui, comme un doudou… La boucle est bouclée ! Le lendemain, les enfants ravis retrouvent leurs chers doudous redevenus des peluches. J’ai particulièrement aimé que la question de la « magie » ne soit pas abordée: pas de confrontation du réel et de l’imaginaire, les doudous sont devenus vivants le temps d’une nuit et c’est comme ça. Est-ce la bibliothèque qui a permis cette transformation ? Est-ce le fait que tous les doudous soient réunis sans les enfants ? Aucune explication ne sera donnée et la magie opère réellement à la lecture de cet album, c’est un vrai trésor ! On retrouve toute la délicatesse et la poésie des auteurs/ illustrateurs japonais. Dans Une nuit à la bibliothèque, il y a des personnages tendres et expressifs, une bienveillance toute particulière et une approche intelligente du plaisir de la lecture. Et le message est, à mes yeux, très important: fréquentez les bibliothèques avec vos enfants !

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Maison d’édition: Seuil jeunesse

Année de parution: 2016

Prix: 13,50 euros

Age conseillé: 4 ans

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Et je termine cette chronique avec une merveille absolue: L’Enfant des livres. Embarquez pour un voyage hors du commun au fil des mots et des histoires ! Nous suivons donc l’enfant des livres, une petite fille, qui se promène au gré de ses histoires préférées en entraînant un petit garçon avec elle. Cet enfant qui l’accompagne symbolise l’enfant lecteur qu’elle emmène dans son imagination débordante et dans celle contenue dans les livres…. Cet album au texte simple, profond et poétique est accompagné d’illustrations pour le moins incroyables. Les livres en eux-mêmes et les mots deviennent des éléments de décor: des lettres, des phrases, des paragraphes et des passages des livres les plus célèbres sont en arrière-plan des dessins. Ils complètent le récit initial de manière originale et subtile. Véritable prouesse graphique, L’Enfant des livres est un vibrant hommage à la lecture. Impossible de ne pas y être sensible ! D’ailleurs, L’Enfant des livres vient de remporter le prix Fiction à la Foire du livre de Bologne.

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Maison d’édition: Kaléidoscope

Année de parution: 2016

Prix: 14,50 euros

Age conseillé: 5 ans

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Il était une fois Lily

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NOUVEAUTÉ

Je le dis haut et fort, ce livre est une véritable pépite ! Lily a une imagination aussi débordante que celle contenue dans les histoires qu’elle préfère… Le livre commence à un moment que l’on imagine être un matin de week-end, Lily s’affaire à fabriquer une cabane ou un bateau dans sa chambre alors que ses parents dorment encore. C’est le début d’un long voyage au pays de l’imagination ! Cette enfant oscille entre sa vie de petite fille bien à elle et un univers rêvé, fantasmé où, par exemple, voler devient possible. L’espoir et la fantaisie des différents rêves de Lily feront rêver à coup sûr aussi les petits lecteurs ! L’alternance des différents mondes est équilibrée, très bien menée et apporte une dimension charmante à l’histoire.

Tout en menant son propre récit, cet album rend donc un hommage aux plus grands contes de l’enfance: Lily se retrouve à prendre le thé avec cette chère Alice, se voit pousser une queue de sirène pour mieux plonger dans l’océan et devient même un petit garçon élevé par des loups. Saurez-vous reconnaître les contes classiques, fondateurs et marquants de votre enfance ? Pour les plus hésitants, pas de panique, la liste est à la fin du livre… Le monde merveilleux des contes est donc célébré et les enfants reconnaîtront avec plaisir les histoires les plus célèbres. Ce livre offre un hommage fidèle aux versions originales tout en y apportant une vraie touche personnelle avec la présence discrète de Lily. Bref, un hommage tout en retenue et de bon goût…

De toute manière, tout est de bon goût dans ce livre ! L’auteur Sara O’Leary nous livre un texte tout en finesse: un style direct qui parle directement aux enfants, une économie de mots qui va droit à l’essentiel, au cœur des émotions et le personnage de la petite Lily est absolument irrésistible. Sensible, une idée à la seconde et pleine d’entrain, Lily ne peut que vous séduire ! Cependant, cet album n’est pas à classer dans la catégorie « album mignon pour fifilles », c’est bien plus que ça. C’est une belle histoire qui veut transmettre son héritage des textes classiques, faire passer un vibrant message d’amour pour la lecture, démontrer le pouvoir de l’imagination et célébrer ce temps béni de l’enfance où les petits sont capables de voir un palais dans une montagne de coussins. De plus, Lily aime autant bricoler que se choisir une belle robe, elle aime vibrer et recherche l’aventure; c’est pourquoi ce livre peut rassembler autant de petits garçons que de petites filles.

Ce texte poétique est superbement mis en lumière par des illustrations délicates et raffinées. Julie Morstad possède un grand talent de dessinatrice et nous plonge dans un univers bien particulier à chaque double-page. L’aspect intemporel renforce la puissance des illustrations. La mise en abyme de la littérature est retranscrite avec tant de grâce et d’intelligence… Les décors, la végétation et les détails de la chambre de Lily sont particulièrement travaillés. À la lecture du livre, une simplicité naturelle ressort des dessins mais derrière laquelle on devine rigueur et précision. Des images fortes comme celles d’un rêve… Les illustrations de Julie Morstad montrent à quel point l’essence même du texte de Sara O’Leary est parfaitement retranscrit en images; il existe une véritable symbiose entre le texte et les illustrations.

Le livre débute et s’achève avec Lily dans un carton, le message est bien clair: avec de l’imagination et pas grand-chose, on peut s’évader ! Il était une fois Lily est un véritable condensé de poésie et de mignonnerie ! Vous pouvez l’acheter et l’offrir les yeux fermés à un(e) enfant à partir de 5 ans, succès garanti…

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JEU-CONCOURS

J’aime tellement cet album que, grâce à Belin Jeunesse, je vous offre un exemplaire. Laissez-moi un commentaire sur le blog ou sur ma page Facebook Delphine Monteil pour me dire que vous êtes intéressé(e) et réponse le 2 février… Bonne chance !

BONUS

Voici quelques DIY autour de l’album à faire avec des enfants:

https://tundrabooks.files.wordpress.com/2013/04/thisissadieactivitykit.pdf

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Maison d’édition: Belin Jeunesse

Année de parution: 2016

Prix: 12,90 euros

Âge conseillé: 5 ans

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Un grand jour de rien

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NOUVEAUTÉ

Cet album met en scène un duo, une mère et son fils… mais aussi, en toile de fond, le grand absent de l’histoire: l’homme, le mari, le père du petit garçon. Face à leurs solitudes respectives, la mère s’enfonce dans l’écriture et l’enfant s’abrutit avec des jeux vidéo. Ils souffrent l’un à côté de l’autre en silence dans leur maison de campagne. Sanctuaire de leur tristesse, la maison sombre et tarabiscotée est à l’image de leur souffrance. La mère encourage alors son fils à sortir, mettre le nez dehors alors que lui passerait bien toute sa journée, tout son temps, toute sa vie à tuer les Martiens de son jeu vidéo. Il finit par se décider… et se traîne à l’extérieur à reculons: « En ouvrant la porte, je sentis que tout l’ennui du monde s’était donné rendez-vous dans ce jardin. Sous la pluie. »

Une nouvelle page se tourne et nous voilà dans le jardin, véritable lieu de tous les possibles. Le jardin prend rapidement des allures de forêt, puis de vaste univers. Beatrice Alemagna, l’auteur illustratrice de l’album, parvient à dépeindre avec délicatesse et force à la fois la façon dont l’enfant prend corps avec la nature petit à petit: « Les gouttes cognaient comme des pierres sur mon dos. J’étais un arbre perdu dans la tempête. » Au sens propre du terme, l’enfant est d’abord comme paralysé ses jambes se mêlant au tronc d’un arbre… Puis, guidé par des escargots géants, il part découvrir ce qui l’entoure. Les éléments caractéristiques de la forêt sont volontairement grossis (escargots, champignons) pour donner une dimension particulière à l’ensemble, la rendre plus accessible au petit garçon et la terre prend littéralement vie… en opposition totale avec le jeu vidéo tombé accidentellement au fond de l’eau. Depuis cet événement « tragique », le réel s’impose à notre petit héros et le voilà propulsé dans un nouveau monde.

Dans ce jeu grandeur nature, l’enfant découvre et affronte les éléments naturels. Les rayons du soleil traversent le ciel et lui tombent sur le dos le réveillant à la vie, il plonge les mains dans la terre découvrant un monde souterrain qui fourmille de microchoses inconnues et il transpose aussi son jeu vidéo lors de sa balade: « Au fond du chemin, j’aperçus un étang pavé de rochers, ronds comme les têtes de mes Martiens. Je voulus les écraser en sautant dessus. » Bref, dans cet album, il y a un véritable mélange des mondes: le virtuel, le réel, le souterrain, à l’envers, à l’endroit, et la combinaison des différents mondes dans un seul. Et au-delà de tout ça, il y a le passé, le présent et l’avenir de cette famille…

Cet album est un livre magnifique. Le texte est subtil, aiguisé et les illustrations sont travaillées dans le moindre détail (même la typographie du titre). La palette de couleurs plutôt sombre (du moins au début de l’histoire) est rehaussée par le fluo de l’imperméable de l’enfant. J’aime particulièrement la bouille pas possible du petit garçon… Petit geek binoclard, il est tellement touchant !  Le lecteur, témoin de son mal-être, l’accompagne dans son cheminement personnel pour se réjouir de son épanouissement à la fin de l’histoire. On redécouvre à ses côtés tous les petits plaisirs de dame Nature ! Grimper dans un arbre, regarder les insectes, ramasser des cailloux ou encore sauter dans une flaque, rien que des plaisirs simples… Être au contact de la nature redonne la force de croire en la vie et ce petit garçon en a bien besoin !

Dans un jeu vidéo mais aussi comme dans la vie, nous évoluons selon différentes étapes. Le dédoublement du personnage est très intéressant dans cette histoire. Sur plusieurs double-pages, Beatrice Alemagna fait évoluer plusieurs figures du petit garçon pour décomposer le mouvement. Le petit garçon ainsi dédoublé donne à voir toute l’étendue de ce qu’il peut faire… De plus, ce procédé donne une énergie particulière qui est à l’image de l’action permanente qui caractérise si bien les enfants. L’enfant tombe, se relève et découvre le monde: le sien, celui qui l’entoure, celui des autres et le monde commun à chacun. Et c’est ainsi qu’il se construit…

Et comme bien souvent dans le genre de littérature qui nous concerne, l’harmonie finale est de mise et l’enfant parvient à faire la paix avec son père désormais absent, il retrouve sa mère et la transmission familiale est assurée. Le message de cet album est simple et beau: promenez-vous et ouvrez les yeux sur le monde !

 

BONUS

Des séances de rencontre + dédicace autour de cet album sont prévues prochainement à Paris:

– 21 janvier à la librairie Chantelivre (6e)

– 28 janvier à la librairie Artazart (10e)

– 25 février à la librairie L’Ouvre-Boîte (10e)

– 11 mars à la librairie Tschann Jeunesse (6e)

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Maison d’édition: Albin Michel Jeunesse

Année de parution: 2016

Prix: 15,90 euros

Âge conseillé: 6 ans

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Des livres à mettre sous le sapin !

Comme l’année dernière et encore à la dernière minute, je vous ai concocté une petite sélection de livres (surtout des nouveautés) à offrir aux enfants pour Noël. À titre indicatif, j’ai fait une sélection allant de 2 à 7 ans. À vous de piocher et de glisser quelques livres au milieu des jouets !

2 ANS

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Ça n’existe pas ! fait partie des histoires de Matthieu Maudet que j’ai beaucoup lues à mes enfants quand ils étaient petits. Et pour cause, c’est un livre super… Drôle, coloré et rythmé: le trio gagnant pour séduire les tout-petits. En bonus, les parents ne s’ennuient pas à la lecture. À un âge où les enfants s’intéressent à tout et questionnent le monde, c’est très intéressant de savoir démêler le vrai du faux en testant les limites de la réalité. Oui, qu’on se le dise, « une baleine naine, ça n’existe pas ! » pas plus qu' »une biquette qui joue au basket » ! Et la fin bouscule les lecteurs et fait gentiment peur… Votre enfant va en redemander !

Maison d’édition: L’école des loisirs / Prix: 8,70 euros

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Dans cet album de Shirô Fujimoto, il est question de deux classes de petits animaux (souris et taupes) qui partent en excursion. Les deux groupes prennent le même chemin, mais voient les choses de différentes façons: sur et sous terre. Ce point de vue offre énormément de possibilités sur le plan graphique mais aussi au niveau du récit… Il y a beaucoup de petites aventures, de l’entraide, des trouvailles, de la frousse et la fameuse rencontre des deux groupes ! D’autres animaux, des éléments de la nature, des fruits et des légumes ponctuent le chemin de cette agréable promenade. Dans une esthétique japonaise attendrissante et délicate, cette histoire permet aux petits d’appréhender l’espace et de voir les situations en parallèle.

Maison d’édition: Yoaké / Prix: 12,90 euros

3 ANS

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La veille de Noël, une bande de copains chiens attend avec impatience le passage du Père Noël. Dans cet album, l’épisode Noël est décortiqué: l’attente, les espoirs, la crainte d’avoir été oublié puis la joie ultime avec une fin extrêmement réjouissante et au-delà de toute espérance ! Le Plus Gros Cadeau du Monde est vraiment LE livre à offrir ! Bien sûr, on est en plein dans le thème puisqu’il parle de Noël et de ce qui intéresse le plus les enfants: les cadeaux… On le savait depuis longtemps mais Dorothée de Monfreid sait parfaitement s’adresser aux plus jeunes grâce à son ton direct, drôle et au plus près des émotions. Les habitués retrouveront avec plaisir les personnages de prédilection de l’auteur illustratrice: des toutous. Des petits, des gros, des tachetés, tous plus mignons les uns que les autres…

Maison d’édition: L’école des loisirs / Prix: 12,80 euros

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Le petit Louis va au zoo. Il a une étrange cagoule sur la tête… Que cache-t-il là-dessous ? Ce joli petit album, soutenu par Amnesty International, traite des différences, des complexes, de la tolérance et de l’amitié. Pour bien aborder ces thèmes profonds, Anne-Caroline Pandolfo a choisi un traitement léger avec un endroit qui plaît particulièrement aux enfants (le zoo), des couleurs gaies et une bonne dose d’humour.

Maison d’édition: Talents Hauts / Prix: 12,50 euros

4 ANS

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Papa et Moi est un joli livre sur une petite fille et son père qui déménagent régulièrement. Les différentes maisons s’accumulent au fur et à mesure que le lien se renforce entre ces deux-là… De belles illustrations poétiques et pleines d’énergie, des maisons et des constructions plus étonnantes les unes que les autres et un texte simple, rigolo et adapté aux plus jeunes. Voilà la recette réussie de ce petit album !

Maison d’édition: Gautier-Languereau / Prix: 9,90 euros

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Dans cette histoire, on s’amuse à se faire peur… Francesco Pittau offre à ses petits lecteurs le grand frisson et une fin réjouissante pour rassurer tout le monde. Quoi de mieux qu’une bande de copains, un récit énergique, une véritable tension dramatique et un monstre très très spécial… Au secours un monstre ! propose un texte vif et percutant, des illustrations expressives et un rythme endiablé. À lire vite !

Maison d’édition: Gallimard Jeunesse Giboulées / Prix: 12 euros

5 ANS

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Dans L’Incroyable Famille Zapato, Julie Brouant nous dresse un véritable portrait de famille avec au centre la petite dernière qui se sent comme le vilain petit canard… Dans sa famille, tout le monde a du talent et fait un numéro de cirque. Grâce à un système de planche, les illustrations s’animent créant un mouvement. Effet assuré de la magie du livre qui bouge ! Revenons à notre petite fille… Mais, que pourrait-elle bien présenter, elle qui ne sait rien faire de grandiose ? Au-delà d’un livre sur le cirque, c’est un ouvrage sur la connaissance de soi-même et de l’affirmation de la personnalité au sein de sa propre famille.

Maison d’édition: L’Agrume / Prix: 18 euros

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Il y a un tigre dans le jardin est comme une parenthèse enchantée. Une enfant, en visite chez sa grand-mère, décide d’aller tromper son ennui dans le jardin… Plongée dans une jungle imaginaire, la petite Nora va faire la connaissance d’un tigre. Réel ou inventé ? On s’en moque… Ce qui compte, c’est la relation qui se met en place entre la petite fille et le tigre. Dans ce jardin, il y a aussi des libellules géantes, des plantes carnivores et un ours polaire grincheux. Bref, ici, l’imagination est poussée très très loin et on en veut encore… Le style d’illustrations de Lizzy Stewart est vraiment ravissant, c’est très poétique et coloré. On plonge dans ce jardin aux mille possibilités avec délice !

Maison d’édition: Gautier-Languereau / Prix: 14,90 euros

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Maëlle et Margot ou l’histoire d’une amitié… Dans le train de tous les possibles, au gré d’un voyage, les liens se tissent… La blonde et la brune se découvrent, jouent, se chamaillent, se retrouvent et repartent vers de nouvelles aventures. Une histoire malicieuse tout en finesse de Danny Parker qui sait aller au plus proche des émotions de ses personnages. Le texte est délicatement accompagné par des illustrations douces et délicates de Freya Blackwood. Au fil des pages, un véritable univers poétique se met en place. Beaucoup de détails subtils sont contenus dans les dessins… Partez à la rencontre de ces deux petites filles espiègles, vous ne le regretterez pas !

Maison d’édition: Grasset Jeunesse / Prix: 14,90 euros

6 ANS

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Presque toute la vérité sur les lutins est aussi un livre de circonstances. La géniale Clothilde Delacroix fait le ménage dans les idées reçues à propos des lutins et met les pieds dans le plat ! Pourquoi sont-ils aussi petits ? Pourquoi les lutins portent la barbe ? Ou encore, pourquoi sont-ils habillés en vert et rouge ? Bref, autant de questions qu’il y a de réponses, un grain de folie ainsi que des illustrations généreuses et détaillées, Presque toute la vérité sur les lutins est un ouvrage dense de presque cent pages. Et surtout irrésistible de drôlerie et d’intelligence ! Bref, ce livre très original fera l’unanimité après des petits et des grands…

Maison d’édition: Seuil jeunesse / Prix: 18 euros

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La Fabuleuse Histoire de la poire géante est un incroyable livre d’aventures. Lors d’une partie de pêche, les deux copains Mitcho et Sebastian (le chat et l’éléphant) trouvent un message mystérieux et une graine dans une bouteille. C’est le début de l’aventure ! Cet album possède un univers visuel fourmillant de détails, un texte riche et des personnages attachants et travaillés. Impossible de ne pas penser à James et la grosse pêche de Roald Dahl en lisant l’ouvrage du Danois Jakob Martin Strid ! L’ensemble est tout aussi divertissant, joyeux, très rythmé et nous emmène très très loin…

Maison d’édition: Pocket Jeunesse / Prix: 19,90 euros

7 ANS

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La Grande Forêt d’Anne Brouillard nous entraîne dans un monde à part, Chintia. D’ailleurs, le livre s’ouvre sur une carte qui annonce immédiatement un univers particulier avec onze pays ayant des noms très évocateurs et poétiques comme le Pays disparu, le Pays des Montagnes bleues, le Pays des châteaux, le Pays désert ou encore le Pays noyé… Les humains, les animaux et autres drôles de créatures se mêlent de manière harmonieuse. Killiok cherche son ami disparu et grâce à cette quête, un voyage et des rencontres vont avoir lieu. Je ne vous en dis pas plus… et vous laisse découvrir la fabuleuse galerie de personnages. La construction formelle alternant mise en page classique d’album et cases de BD apporte une force particulière au récit. Équilibrée, bien détaillée et très riche, l’histoire fera rêver les petits lecteurs. Pour reprendre la formule d’un(e) libraire, La Grande Forêt est véritablement un « livre-monde » que je vous encourage vraiment à découvrir. Et c’est le premier tome d’une trilogie ! On attend déjà la suite avec impatience…

Maison d’édition: Pastel / Prix: 18 euros

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Passion et Patience est un livre magnifique. À tous les points de vue… Il y a une réelle beauté du texte et des images. Toutes les pages sont superbement composées. Qu’on se le dise, Rémi Courgeon est un véritable poète ! C’est l’histoire de deux sœurs jumelles aux caractères opposés mais complémentaires, la tempérée Patience et l’énergique Passion; elles sont les voisines, amoureuses et inspiratrices de leur voisin, Gus. Derrière ce diminutif rigolo, se cache le talentueux Gustave Eiffel dont on découvrira l’identité plus tard… La force de ce grand album réside dans l’histoire subtile et les différents registres de compréhension. Ce récit hors du commun initie les enfants à des notions dont ils n’ont pas forcément l’habitude dans les albums: le triangle amoureux, l’évolution des personnages jusqu’à l’âge adulte et la personnification des sentiments. Ce livre parfaitement abouti est un véritable coup de cœur, succombez vous aussi à Passion et Patience !

Maison d’édition: Milan / Prix: 16,95 euros

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Outroupistache

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NOUVEAUTÉ

Aujourd’hui, j’ai eu envie de vous parler d’une histoire qui est un fort souvenir d’enfance… Il s’agit d’Outroupistache des frères Grimm, je l’ai beaucoup lue dans un recueil de contes (aujourd’hui disparu, hélas) et cette histoire était restée dans un coin de ma tête… J’ai pu redécouvrir cette histoire avec délice grâce à Elsa Oriol et aux éditions Kaléidoscope. Et je suis ravie de voir à quel point mes enfants l’aiment aussi !

Pour ceux qui ne connaîtraient pas, voici l’histoire d’Outroupistache: une jeune et jolie meunière se retrouve au cœur d’un mensonge qui la dépasse complètement. Son père s’est vanté auprès du roi que sa fille savait filer la paille et en tirer de l’or. Ce qui est, bien entendu, absolument faux ! La voici donc prisonnière du château royal et contrainte de réaliser les prouesses vantées par son père au péril de sa vie… « À présent, au travail ! Et si demain matin tu n’as pas filé toute cette paille en or, tu mourras ! » Désespérée, la malheureuse se pense perdue jusqu’à l’apparition d’un lutin qui se propose de filer la paille en or à sa place. Cependant, il veut quelque chose en échange… Le scénario se répétera plusieurs fois et la fille du meunier lui donnera tous les bijoux qu’elle possède. Cupide, le roi lui demande une dernière fois de changer la paille en or puis il l’épousera. N’ayant plus rien à offrir au petit homme, la jeune femme se voit contrainte d’accepter l’étrange et terrible marché du lutin: il filera la paille une dernière fois en échange de son premier enfant à naître lorsqu’elle sera reine ! Ne voyant pas d’échappatoire et comptant sur le temps pour faire oublier cette sordide proposition, elle finit par accepter.

Le temps passe, le mariage a lieu et, ce qui devait arriver arriva, la reine met au monde un beau garçon. Mais, son bonheur est de courte durée puisque le lutin fait son apparition réclamant son dû. Désormais à la tête du royaume, la jeune mère lui propose bien des richesses mais il n’y a rien à faire… « Non, répondit-il, un être vivant m’est infiniment plus précieux que tous les trésors du monde. » Horrifiée, la jeune femme ne peut se résoudre à lui donner son bébé et, toujours aussi joueur, le lutin lui propose un nouveau marché: si la reine devine son nom, elle pourra garder son enfant. Pendant trois jours (le délai imparti), elle cherche, propose et propose à nouveau tous les prénoms masculins qu’elle connaît. Elle envoie même un messager courir le pays à la découverte de tous les noms qui existent, la quête est laborieuse. Le passage avec les propositions de noms est un régal de lecture… La reine est désespérée, le lutin jubile et l’enfant lecteur est totalement dans l’histoire. Quel est donc le nom de cette étrange créature ? Comment la reine va-t-elle mettre fin à cet odieux chantage ? Y arrivera-t-elle vraiment ?

Voilà, je n’ai pas résisté à vous raconter (presque) toute l’histoire ! Il ne vous reste plus que la fin à découvrir… qui est grandiose et à la hauteur du dicton « Tel est pris qui croyait prendre ». Pour cette histoire à la fois légèrement datée et intemporelle, il fallait des illustrations fortes et très expressives…

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L’une des spécialités d’Elsa Oriol est de se réapproprier des contes traditionnels. Elle remanie, dépoussière, bref rend plus accessible le texte (sans en enlever l’essence et la beauté) aux jeunes lecteurs d’aujourd’hui. Je comprends et partage le choix d’Outroupistache car tout est bien pensé dans cette histoire: le nom improbable du personnage éponyme, la cruauté du conte, la détresse de la belle jeune femme, l’énigme, la tension dramatique, les notions de magie et de lutin, la fin jubilatoire, etc. Tous les ingrédients sont réunis pour en faire une excellente histoire qui parle aux enfants ! Grâce à ses illustrations, Elsa Oriol parvient à amener une dimension aussi bien énigmatique que féerique. Il y a un univers bien particulier qui se dégage de ses dessins et qui se prête particulièrement bien aux contes… La lumière, les ombres et les visages sont particulièrement bien travaillés. C’est un très bel album !

Le mensonge du père au début du récit n’est qu’un prétexte narratif pour que la jeune femme se retrouve sous la coupe du roi après avoir été sous celle de son père qui n’hésite pas à sacrifier son propre enfant, puis sous celle du lutin. Ah, la condition de la femme ! Bref… Ce schéma narratif du conte nous montre comment un personnage que tout accable va pouvoir se relever et surmonter les obstacles. Je vous encourage à lire des contes à vos enfants… Ils se délectent de ces histoires terribles certes, mais qui sont très riches et finissent presque toujours bien. Ils frissonnent, accompagnent le héros ou la héroïne dans ses épreuves et vibrent véritablement ! Au passage, cela leur permet de distinguer le bien du mal, d’accompagner leur envie de magique et d’histoire de grande envergure, de cultiver le pouvoir de l’imagination et de se confronter à certaines aspérités de la vie.

Bon à savoir, il y a d’autres contes illustrés par Elsa Oriol aux éditions Kaléidoscope: La Barbe bleue, Cendrillon, Déméter et Perséphone ainsi que Les six frères cygnes.

BONUS

Il y a une exposition des originaux d’Outroupistache à Paris en ce moment. Le vernissage a lieu aujourd’hui (jeudi 1er décembre) avec une séance de dédicaces de l’album.

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Maison d’édition: Kaléidoscope

Année de parution: 2016

Prix: 15 euros

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Les Mous / Gouniche

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Pour une raison que je ne parviens toujours pas à m’expliquer, je suis passée à côté du livre Les Mous au printemps 2015. Mais, comme il n’est jamais trop tard, je viens de le découvrir à l’occasion de la parution de la « suite » dont je vous parle plus bas. Dans Les Mous, Delphine Durand, auteur et illustratrice, nous présente d’étranges créatures mais qui dit « mous » ne dit pas fades ou ennuyeux. Au-delà du titre énigmatique, la gaieté loufoque qui se dégage de la couverture pique au vif la curiosité des lecteurs ! Partons donc à la rencontre des mous…

Delphine Durand a choisi le biais de l’encyclopédie pour présenter aux lecteurs le peuple des mous. À travers leurs caractéristiques physiques, leurs modes de vie, leurs goûts, ces étranges créatures sont mises à l’honneur. Leur particularité ? Ils sont tout à fait irrésistibles… de drôlerie. Avec son humour absurde, Delphine Durand séduit petits et grands ! Les mous sont de mignons bêtas qui parviennent tout de même à être cool. Comme le précise le sous-titre, les mous vivent effectivement des fabuleuses aventures comme prendre un café entre amis, faire des blagues pourries, se regrouper au crépuscule et autres activités réjouissantes. Vous l’aurez compris, la grande qualité de ce livre hors norme est le décalage… Il s’agit de petits riens traités avec ironie, mais le tout est absolument accessible aux enfants.

Le succès de ce livre tient aussi à sa grande précision formelle: des illustrations aux multiples techniques remplissent cet univers foisonnant. Des dessins, schémas et légendes dans tous les sens, je précise que chaque détail a son importance… Ouvrez bien les yeux et plongez dans ce livre tout simplement génial !

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NOUVEAUTÉ
Voici Gouniche ! Avec un titre drôle et l’air d’imbécile heureux du personnage éponyme, Delphine Durand attire immédiatement les lecteurs. Qui est Gouniche, cette créature jaune et dodue ? Un mou parmi les mous ? Et non, erreur… même s’ils possèdent un ancêtre commun, Gouniche appartient à la famille des gous. Il figurait déjà dans le livre Ma maison de D. Durand publié aussi au Rouergue en 2000.
Maintenant que les présentations sont faites, laissez-moi vous dire que Gouniche est super rigolo, aime les oiseaux, a peur des mouches et est amoureux d’une fleur. Charmant portrait, n’est-ce pas ? L’auteur illustratrice explore les multiples vies fantasmées de son personnage unique en son genre. Tout comme les mous, Gouniche fait assez souvent n’importe quoi… pour le plus grand plaisir des enfants. Bourré d’imagination ou ne réfléchissant pas plus loin que le bout de son nez, Gouniche est disons… spécial. Il aime faire des expériences, a pour voisine Bérénice la saucisse et met parfois des perruques.
Entouré de sa bande de copains tous plus sympas les uns que les autres, ils jouent au « Mounopoli » et regardent leur émission préférée « La vie pas facile de Caca ». Et j’en passe… Le ton de Delphine Durand est un régal: des blagues dans tous les sens, un humour fin et efficace, les quelques clins d’œil aux adultes seront aussi appréciés ! On attend déjà la suite…
Les illustrations de Gouniche sont très réussies: tout comme dans Les Mous, il y a une quantité impressionnante d’illustrations aussi diverses que variées. Sous forme d’album, de BD, de croquis dessinés sur des feuilles d’écolier, de photo-montages et de listes faites sur des morceaux de papier déchiré, l’ensemble est très vivant et ludique. Ma préférence va pour le côté crayonné et les montagnes ayant des yeux…
Gouniche est un album hilarant, lisez-le ! Découvrez-le sur cette vidéo:
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Maison d’édition: Le Rouergue
Année de publication: 2015 (Les Mous), 2016 (Gouniche)
Prix: 15 euros
À partir de 6 ans
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NATCHA

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NOUVEAUTÉ

Attention, gros coup de cœur ! Les éditions Marcel & Joachim offrent aux enfants (et aux parents) un très bel album. NATCHA est l’histoire d’un jeune chacal en plein apprentissage de la vie. Fils du soleil, ce dernier lui dit: « Le moment est venu de quitter ce rocher. La Nature t’attend. » Avant de plonger dans la nature profonde, Natchalak pénètre dans le château voisin et y fait une rencontre déterminante.

La jeune Helga, aussi rousse que la fourrure dorée de Natcha, est immédiatement attirée par cette créature. »Ils passèrent en secret un moment merveilleux. Natcha découvrait les plaisirs  de la vie de château et ronronnait comme un chat. Mais, le soleil, furieux de voir son fils se perdre dans les plaisirs des hommes, déchaîna le ciel: le tonnerre et les éclairs s’abattirent sur le château qui prit feu. » Le duo se forme vite et l’ennemi est aussi vite pointé du doigt: le père d’Helga est un chasseur qui tuera Natchalak sur-le-champ s’il le voit. L’enjeu dramatique est posé, Helga se retrouve ainsi tiraillée entre son père et son nouvel ami. Entre la vie de château et l’inconnu… La jeune fille décide de tout quitter et de fuir avec Natchalak. Une véritable traque se met en place (la Jeep, les chevaux, les fusils, les chiens et les chasseurs sont autant d’éléments angoissants) tandis que la Nature accueille à bras ouverts nos deux fugitifs. Elle leur parle même… et les guide.

 

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© M. Baschet pour les éditions Marcel & Joachim

Il y a la poésie des feuilles mortes (« C’est comme ça chez les feuilles caduques, quand on a atteint l’âge d’être grand-mère, on quitte sa branche pour suivre le vent là où il nous emporte… C’est le temps de la liberté et du voyage entre vieilles copines ! »), les bons conseils du club des cucurbitacées dans le potager et un allié de choc, le fromage ! Des éléments délirants qui apportent une certaine légèreté à l’ensemble…

C’est la sagesse incarnée qui ramènera le calme entre le père et la fille. Je vous laisse découvrir cette intervention quasi divine qui permet à Helga et son ami de poursuivre ensemble leur chemin. Natchalak, Natcha puis Nat… son nom raccourcit comme pour parvenir à l’essence même de l’animal, du personnage. Car, le message du livre est bien le suivant comme dit la Terre à nos deux compagnons: « Mes enfants, ne cherchez pas plus loin, restez comme vous êtes et vous serez bien. » Ensuite, je pense qu’il y a beaucoup d’autres messages et significations qu’il faut (ou non) chercher dans NATCHA. Mais, si tout ça n’était qu’une histoire inventée par une petite fille qui joue avec ses figurines ?

Cette histoire contient beaucoup d’éléments propres au genre du conte mais aussi à la mythologie: la présence du merveilleux, le pouvoir de la nature, la place du père tout-puissant, le mélange du monde des humains et de celui des animaux, le schéma narratif de la quête, la question de l’identité, l’imaginaire, la destinée, les symboles, bref Mélodie Baschet a élaboré un univers très riche. NATCHA est un grand (24×34 cm) et beau livre avec des illustrations saisissantes de beauté et de précision. Il s’en dégage une étrangeté qui fascine et qui donne envie de les regarder encore et encore…

BONUS

Atelier/dédicace de Mélodie Baschet le samedi 5 novembre à la librairie Comme un roman (39 rue de Bretagne dans le 3e) à 15h.

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Maison d’édition: Marcel & Joachim

Année de parution: 2016

Prix: 16 euros

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On aurait dit

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Le tandem André Marois/Gérard DuBois revient pour notre plus grand plaisir avec On aurait dit, un livre absolument charmant et très drôle. Jean-François vient jouer chez Martin et dès que la mère de ce dernier a le dos tourné, les deux garçons à l’imagination débordante (qui avaient pourtant promis d’être sages) se lancent dans un jeu risqué…

« – Et si on s’inventait une histoire ?

– On aurait dit qu’on était deux guerriers solitaires…

– Et qu’on n’avait peur de rien !

– On serait sur une île déserte…

– Et de méchants ennemis nous attaqueraient. »

Cela pourrait simplement être un petit jeu de rôles mais avec le postulat au conditionnel « on aurait dit », tout devient possible et les enfants se prennent vraiment au jeu ! La maison devient un véritable champ de bataille, le lit de Martin se transforme en bateau et les objets commencent à voler… Bref, un tourbillon de folie souffle sur la chambre du petit garçon, puis sur toute la maison ! Entre deux assauts, les aventuriers pillent la cuisine pour un petit encas et le chien de la famille devient un gros monstre poilu qu’il faut absolument faire prisonnier…

Déguisés avec des habits étranges et une casserole sur la tête, le duo infernal continue à se déchaîner et la baignoire prend des allures de rivière (aïe !). Heureusement, Martin précise: « On n’aurait pas peur des crocodiles. » Tel un leitmotiv, les garçons se répètent « On n’aurait jamais peur » pour s’encourager et dépasser les dangers qui se présentent à eux. Ce procédé apporte une tension dramatique au récit…

Avec une escalade de péripéties plus folles les unes que les autres, l’enfant lecteur prend beaucoup de plaisir à constater la bravoure de Jean-François et Martin. L’identification à ces héros du quotidien est facilement envisagée. Cela dit, le duo d’aventuriers parviendra-t-il à affronter son dernier adversaire ? Et si la gardienne des lieux était l’ennemie la plus redoutable ?

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© A. Marois et G. DuBois pour le Seuil jeunesse

On sait bien que les enfants se construisent dans le jeu, que l’imagination n’a pas de limites et que les enfants ont une véritable capacité à s’auto-convaincre. Oui, ce sont d’excellents comédiens ! Ce livre met donc à l’honneur la force du jeu qui permet absolument tout et le pouvoir de l’imagination emmenant très loin les enfants… On aurait dit est un livre jubilatoire car il autorise tout ce que les enfants rêveraient de faire. Au diable les interdits et, le temps d’un livre, ça fait du bien !

Les illustrations de Gérard DuBois ont, comme d’habitude, un aspect rétro qui sert à merveille l’histoire. Les deux enfants en culottes courtes ont des têtes d’ange (ce qui ne laisse pas présager de la suite) et leur mise en scène de jeu d’aventuriers a un aspect tout à fait intemporel. L’ensemble est très joyeux et déborde d’énergie. Je tiens à souligner l’adéquation entre le texte et les dessins, l’équilibre est parfait. Il y a assez peu de texte à côté des illustrations très fortes visuellement, mais le travail d’André Marois mérite d’être souligné: avec des phrases simples, l’auteur parvient à dire beaucoup tout en suggérant encore plus… Avec intelligence et humour, André Marois nous emmène très loin.

Je vous conseille vivement ce livre irrésistible pour tous les enfants dès 3 ans !

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Maison d’édition: Seuil Jeunesse (première édition chez Comme des géants en 2015)

Année de parution: 2016

Prix: 13,50 euros

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Mon ami Fred

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NOUVEAUTÉ

Mon ami Fred est un album magnifique. Commençons par la couverture très douce avec ce joli bleu ciel rehaussé par les dorures poétiques qui nous invite à rentrer dans un univers imaginaire… Oui, l’imaginaire tient le rôle principal dans cette histoire. Et il prend vie sous les traits de Fred, l’ami imaginaire, qui est descendu de son nuage pour devenir le meilleur ami du petit Sam.

Ensemble, les deux garçons aiment lire, essayer de comprendre comment fonctionnent les toilettes, écouter de la musique, écrire et jouer des pièces de théâtre devant les parents de Sam, fabriquer des masques japonais et ont très envie de se lancer dans l’écriture d’une BD… Bref, c’est une amitié aussi réciproque que passionnée ! Néanmoins, Fred ne peut s’empêcher d’être inquiet car il connaît bien les enfants réels qui finissent par se lasser de lui et préférer un « vrai » copain… Il craint que l’histoire ne se répète avec Sam, l’ami idéal.

« Lorsque cela se produisait, ce qui était toujours le cas, Fred sentait qu’il s’effaçait. […] il ne restait plus de lui qu’une petite ombre que le vent attrapait et emportait dans le ciel… où Fred restait jusqu’à ce que quelqu’un d’autre ait envie de le voir apparaître. » Oui, si Sam ne veut plus de Fred, ce dernier remontera dans le ciel ou dans les rêves du petit garçon… Le récit s’articule autour de l’idée d’ami imaginaire et c’est un thème qui fascine autant qu’il déconcerte, que ce soit chez les enfants et les adultes. Mais au-delà de ça, dans Mon ami Fred, il s’agit d’amitié. Qu’elle soit imaginaire ou bien réelle n’est pas le plus important, ce livre parle davantage de la joie ou de la difficulté de conjuguer plusieurs amitiés. Comment faire de la place aux autres sans froisser son meilleur ami ?

 

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© Eoin Colfer et Oliver Jeffers pour Kaléidoscope/Gallimard Jeunesse

Car, les craintes de Fred vont finir par se confirmer. Sam fait la connaissance d’un (autre) alter ego: une petite fille, Sammi. Au fur et à mesure que leur amitié se développe, Fred commence à s’effacer… Mais grâce à une pirouette finale, le trio impossible se transforme en quatuor épanoui ! L’arrivée de Frida, l’amie imaginaire de Sammi, apporte un nouvel équilibre au groupe. Afin de ne pas tout vous dire, je vous laisse découvrir l’évolution subtile de ces multiples amitiés…

La force de cet album réside dans sa poésie et sa justesse. Et le fait que le récit soit abordé du point de vue de l’ami imaginaire apporte un vrai plus… Le lecteur accompagne Fred dans sa destinée de personnage hybride, un pied dans la réalité et un autre dans l’imagination enfantine. Ce petit être séduit quiconque avec ses envies et ses doutes. Il est terriblement humain !

Le trait fin et délicat d’Oliver Jeffers nous offre des illustrations épurées, très élégantes. Peu de couleurs mais l’ensemble reste joyeux notamment grâce aux pointes d’humour distillées savamment dans les détails des dessins et les différentes visions des personnages… Ouvrez l’œil ! Quant à l’auteur Eoin Colfer, il a écrit une histoire originale et sensible. Sur presque 50 pages, les choses ont le temps de s’installer et le texte, très mesuré, détaille avec finesse les sentiments amicaux. Je vous recommande ce livre pour tous les enfants à partir de 5 ans. Bonne lecture !

BONUS

Pour les plus grands sur thème de l’amitié imaginaire, vous pouvez leur proposer le classique Calvin et Hobbes de Bill Watterson (éd. Presses de la Cité).

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Maison d’édition: Kaléidoscope en coédition avec Gallimard Jeunesse

Année de parution: 2016

Prix: 15,90 euros

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L’animagier

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Camille Louzon et les éditions de L’Agrume nous proposent L’animagier, un très bel ouvrage. Dès la couverture au titre hybride (sur le fond et sur la forme), on sent que l’on a affaire à un livre singulier… La tête dans les nuages, partons à la rencontre des animaux sous un angle particulier ! L’auteur illustratrice a dressé le portrait d’une vingtaine d’animaux en s’appuyant sur la particularité physique qui les caractérise.

« Dans la jungle ou le terrier, les animaux ont leurs secrets. Qu’ils soient discrets ou bien rebelles, l’animagier vous les révèle », comme le dit le résumé au dos du livre. Bien entendu, dans ce bestiaire, on n’évite pas les grands classiques du dromadaire qui est bosseur (l’animal, avec des lunettes et entouré de livres, étudie dans le désert) ou que l’adjectif qui caractérise le singe soit « malin ». Le texte nous dit: « Sur son île paradisiaque, le singe a plus d’un tour dans son sac. » Qu’importe les idées reçues, on est même heureux de les retrouver (et les enfants aussi) puisque le traitement est réussi…

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© Camille Louzon pour L’Agrume

Camille Louzon fait aussi (et surtout !) preuve d’originalité avec cet imagier loufoque qui ose mettre un aspirateur au bout de la trompe de l’éléphant ou qui présente le serpent comme un être attachant qui a besoin de câlins et de tendresse (d’où son envie de s’entortiller autour de n’importe quoi). Bref, c’est toujours amusant de voir les animaux sous un œil nouveau et de laisser libre cours à son imagination ! Les enfants raffolent de ce genre de situations surréalistes…

Ce grand livre (27 x 36 cm) à l’édition soignée séduira les amoureux des bêtes mais pas seulement, il comblera aussi ceux qui apprécient les belles illustrations colorées (gouache sur papier) au style faussement naïf. De plus, le texte n’est pas délaissé et il y a un vrai travail d’écriture, de rythme et de rime pour chaque description de l’animal: sous forme de haïku, chaque animal est décrit de façon très synthétique. Prenons l’exemple de l’hippocampe dont il est dit qu’il est « chevaleresque »: « En garde, sacripants ! Contre l’ennemi, l’hippocampe se défend. »

En bonus, trois belles planches (mes préférées) de l’illustratrice pour L’animagier. Saurez-vous deviner les adjectifs qui correspondent à la chauve-souris, le lapin et la baleine ?

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Maison d’édition: L’Agrume

Année de parution: 2016

Prix: 20 euros

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DOUDOU cherche bébé

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Voilà un petit album absolument délicieux ! Pour son premier album pour les tout-petits (1-3 ans), Magali Le Huche a eu l’intelligence de faire un livre sensible et drôle en adoptant un point de vue original: elle donne la parole à une peluche qui veut devenir le doudou d’un bébé. Ici, il s’agit d’un petit hibou très chic ! Il rêve de rencontrer l’Élu, l’enfant qui l’aimera et qu’il pourra aimer en retour…

L’auteur illustratrice nous parle de l’attente, du désir d’être choisi, des autres prétendants bref d’une rencontre qui relève de l’histoire d’amour. Oui, entre un enfant et son doudou, il s’agit bien d’amour, n’est-ce pas ? Mais, Doudou a de la concurrence car Bébé est bien gâté et est entouré de beaucoup d’autres peluches. Alors, l’aimera ou l’aimera pas ? Est-ce que l’alchimie va fonctionner ? Pour ce faire, partons à l’exploration des cinq sens ! Bien entendu, un bébé doit trouver son doudou beau, mais il doit aussi aimer sa matière ou son tissu, son odeur, le contact contre sa peau… et son goût ! N’oublions pas que les tout-petits découvrent le monde par la bouche et que le doudou est souvent mâchouillé… Certains doudous font aussi un bruit particulier. Bref… Revenons à notre histoire: est-ce que Doudou va remporter tous les critères souhaités par Bébé ?

 

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© Magali Le Huche pour Actes Sud junior

Choisir le thème du doudou est un très bon point pour séduire les plus jeunes. Je ne rentre pas dans les discours sur l’objet transitionnel mais Avec DOUDOU cherche bébé, les petits lecteurs sont immédiatement sous le charme de cette histoire proche d’eux, tendre et qui va droit au but. Oui, le texte est parfaitement adapté (ton, longueur des phrases, progression du récit) aux plus jeunes qui se réjouissent aussi du petit suspense de l’histoire et de la fin jubilatoire.

Le livre au format carré, tout-carton avec une découpe sur la couverture et d’un bel orange vif est parfait pour les petites mains. De plus, les illustrations de Magali Le Huche sont colorées, joyeuses et de bon goût. Le personnage du doudou est original et très expressif. Les enfants lecteurs sont ravis de suivre la rencontre et le début de la grande histoire de Doudou et Bébé ! Il est fort à parier qu’ils vous (re)demanderont encore et encore de leur lire cette histoire, le livre dans une main et leur doudou dans l’autre…

 

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© Magali Le Huche pour Actes Sud junior

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Maison d’édition: Actes Sud junior

Année de publication: 2016

Prix: 11,90 euros

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Tu t’appelles qui ?

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NOUVEAUTÉ

Il y a tout d’abord cette couverture incroyable qui moi, personnellement, me fascine. Quel est donc ce personnage ? Un garçon, un lapin, un enfant déguisé en lapin ? Le dédoublement laisse le champ des possibles tout à fait ouvert… Et le titre interrogatif et dans une forme fautive finit de complètement nous intriguer. Tu t’appelles qui ? possède une structure syntaxique qui s’inscrit dans une logique de langage enfantin. Mais, quelle est la volonté de l’auteur d’avoir choisi ce titre qui sonne réellement comme une question d’enfant ? À la vue de la couverture, on ne sait absolument pas vers quoi l’on s’embarque mais, déterminé et attiré, on ouvre le livre…

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© C. Galea et F. Pétrovitch pour les Éditions Thierry Magnier

Voici le début de l’album: « L’enfant habitait un endroit sans enfants. Un pays peuplé d’êtres vivants, mais aucun qui lui ressemble. Il n’avait pas de nom. » Tout est posé dans ces trois premières lignes. L’histoire se dessine donc rapidement et l’enjeu de la quête d’identité aussi… Le jeune lecteur est immédiatement happé par ce début pour le moins mystérieux: comment imaginer un enfant vivre sans nom et sans autres enfants ? Tout au long de l’album, l’auteur Claudine Galea joue avec les notions de flou et de précision en nous offrant un texte tour à tour énigmatique, onirique et malgré tout très précis. Il y a une vraie structure du récit, les éléments sont progressivement dévoilés et l’on avance dans l’histoire comme enveloppé dans une atmosphère intrigante (mais pas angoissante).

Pour accompagner ce texte poétique, il fallait des illustrations puissantes et habitées. Il est important de préciser que c’est le premier livre pour enfants de Françoise Pétrovitch, la grande artiste contemporaine. Et on peut convenir que c’est un genre qui lui sied à merveille ! Peut-être que cette notion de genre ou de public ne lui plaît pas, comme Claudine Galea qui a dit: « Je n’écris pas des romans ou des pièces de théâtre, je n’écris pas pour les enfants ou pour les adultes, j’écris des livres. » Tu t’appelles qui ? est un livre pour tous et les adultes ne s’ennuieront pas en le lisant…

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© C. Galea et F. Pétrovitch pour les Éditions Thierry Magnier

Pour en revenir aux illustrations, elles sont libres, très fortes visuellement et ont un pouvoir sur l’imaginaire assez incroyable. Des mélanges de techniques pour un résultat hypnotique: des taches de peinture diluées avec de l’eau, de l’encre de Chine et des couleurs vives, des éléments superposés, etc. Il en résulte une singularité propre aux éditions Thierry Magnier, et plus particulièrement à la collection « Les Décadrés ».

Sur presque cinquante pages, l’enfant cherche à savoir qui il est en questionnant les animaux et la nature qui l’entourent. Lors d’une conversation avec un écureuil, l’enfant pense aussi en être un puisqu’il est roux, qu’il adore les noisettes et que son écharpe pourrait bien se transformer en queue en panache. Circonspect, l’écureuil suggère qu’il est peut-être un « Écureuil-en-devenir » et la réponse du petit garçon est la suivante: « Je ne veux pas être en devenir, je veux être quelqu’un maintenant, protesta l’enfant. » Cette phrase fait passer un message important, les enfants ne sont pas que des futurs adultes mais bien des personnes en tant que telles à chaque âge de leur vie. Le « quand tu seras grand » est balayé par le « maintenant ».

Désespéré, l’enfant va finir par quitter la nature pour la ville en continuant de chercher ce qu’il est, qui il est… Sans repères, désorienté, il erre dans les rues jusqu’à sa rencontre avec un semblable. Enfin, plutôt une semblable… Une petite fille va le guider sur le chemin de la rencontre avec soi-même: à son contact, il va faire connaissance avec lui-même. « Tu es un peu comme moi, tu as des cheveux, tu as un corps, une bouche qui parle. Tu n’as pas d’ailes, pas de feuilles. Et puis soudain il sursauta: dans les yeux de l’Autre il se voyait. Tu n’es pourtant pas un Lac, pensa-t-il. » Je vous laisse découvrir l’histoire qui va se tisser entre ces deux-là…

L’objet livre est beau, grand, imprimé sur du papier Munken (la rolls des papiers pour les livres illustrés) et, surtout, il sent bon la liberté. Info bonus: il fait partie de la sélection « Album » des Pépites du Salon de Montreuil. Verdict annoncé le 30 novembre, en attendant à lire absolument !

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Maison d’édition: Thierry Magnier

Année de publication: 2016

Prix: 19,50 euros

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Le Monde des Pacpacs

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Partez à la rencontre des Pacpacs ! Ce sont des drôles de petits personnages tout ronds et très chaleureux… Raphaël Fejtö les a rencontrés lors d’un voyage comme il l’explique aux lecteurs dans une lettre en préambule de l’histoire: « Les Pacpacs m’autorisèrent à rester quelque temps sur leur île avec eux, et j’ai noté sur un carnet tout ce que j’ai pu observer de leur vie. C’est le livre que tu vas lire. »

Grâce à cette idée astucieuse, les enfants ont un rôle actif de « découvreur » pendant la lecture et sont immédiatement propulsés dans un monde à part, singulier et qui ne ressemble à rien d’autre. Au fur et à mesure du livre, les petits lecteurs font connaissance avec les Pacpacs qui, je suis prête à prendre les paris, vont vite faire l’unanimité ! On apprend qu’ils aiment beaucoup de choses comme les enfants: manger des frites et des crêpes, se baigner dans la mer, faire des colliers, se déguiser, se grimper dessus, dessiner, faire des câlins, cueillir des fleurs et essayer d’attraper la lune !

Ces similitudes créent la sympathie et l’identification chez les tout-petits. De plus, il y a toutes sortes de Pacpacs: différentes couleurs et tailles (« Il existe un seul Pacpac aux longues jambes »), certains ont même des particularités comme briller dans la nuit et un seul Pacpac est chevelu ! Bref, une joyeuse galerie de petits personnages… Au-delà du physique, les Pacpacs ont aussi des attitudes pour le moins surprenantes comme s’enrouler avec de la ficelle, faire des portes dans les arbres et porter des lunettes de pluie.

© Raphaël Fejtö pour Loulou et Cie

L’auteur, dans un style sobre et efficace, établit les règles de vie des Pacpacs par le biais de phrases courtes et simples: « Les Pacpacs avec un ballon sont toujours devant » ou encore « Quand les Pacpacs s’aiment, ils se touchent le bout des doigts ». Mais, vous apprendrez aussi que « Les Pacpacs aiment bien embêter un peu les araignées », qu’ils jouent assez bien de la flûte et de la guitare, et qu’ils tricotent des tapis qui leur chatouillent les pieds. La liste est longue alors je vous laisse découvrir le reste…

L’auteur illustrateur s’est amusé sur quelques double-pages à montrer à quel point les Pacpacs peuvent être farfelus. Prenons un exemple: sur la page de gauche, il est fait un constat simple (« Les Pacpacs adorent construire des maisons… ») et sur la page de droite, en prolongation, il y a une pirouette qui dit « mais ils ne les finissent jamais. » Bien entendu, sur l’illustration, la maison étrange et inaboutie va dans le même sens que le propos du texte.

© Raphaël Fejtö pour Loulou et Cie

Les illustrations dépouillées vont à l’essentiel, les Pacpacs sont comme des petites touches de couleurs bondissant sur les pages blanches. De plus, la typographie manuscrite noire est bien mise en valeur et s’inscrit parfaitement dans la thématique du carnet de voyage… Tel un scientifique, Raphaël Fejtö alias le docteur ès Pacpacs recense toutes les caractéristiques de cette étrange peuplade avec humour et poésie. Le Monde des Pacpacs est un album original débordant d’imagination et de vitalité.

Bienvenue les Pacpacs !

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Maison d’édition: L’École des loisirs, collection « Loulou & Cie »

Année de publication: 2016

Prix: 12,50 euros

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Björn

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NOUVEAUTÉ

Delphine Perret nous offre « six histoires d’ours » dans lesquelles nous suivons Björn (ours en suédois). Qu’a-t-il de spécial ? Rien de particulier, ce qui fait tout son charme, me direz-vous… Il vit dans la forêt entouré de ses amis animaux: une belette, un blaireau, un écureuil, un renard, un hibou, un lièvre et une mésange. Une galerie très variée qui offre son lot d’aventures ! Les histoires traitent du quotidien, tantôt des anecdotes plutôt insignifiantes et à d’autres moments, des trucs géniaux ! Bref, du petit et du grand. La vie, quoi…

Avec grâce et talent, Delphine Perret nous propose un livre particulier mettant en scène un ours très attachant. Le personnage de Björn est tout simplement irrésistible et les enfants vont vite l’adorer. Il a une boîte aux lettres abritée dans la souche d’un arbre, il est entouré d’amis, il aime s’amuser et aussi ne rien faire, il est très gourmand et correspond avec une petite fille nommée Ramona.

Je vous laisse découvrir les six histoires en tant que telles, mais je vous dévoile juste les titres: Le canapé – Carnaval – Rien – Le cadeau – Lunettes – C’est l’heure. Au-delà des histoires, j’ai envie de vous dire à quel point l’écriture de l’auteur est remarquable: elle est aussi directe que retenue et aussi tendre que drôle. Mais, le secret de réussite de Delphine Perret est qu’elle sait parfaitement s’adresser aux enfants et trouver les points d’accroche pour captiver leur attention. Dans certaines histoires, l’idée de base est complètement absurde et elle parvient à organiser et mener les choses pour arriver à une fin « plus classique ». Dans d’autres histoires, elle ose une narration calme (mais pas vide) et affronte le silence, le minimalisme avec une justesse qui lui est propre.

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© Delphine Perret pour Les Fourmis rouges

La grande qualité de Delphine Perret est de parvenir à élaborer une galerie de personnages animaux qui ont des attitudes humaines sans pour autant gommer leur animalité. Il y a très souvent des animaux dans les livres pour enfants et dans la plupart des cas, ils sont soit complètement humanisés soit seulement réduits à leur fonction d’animal. L’équilibre entre les deux est un savant mélange que peu réussissent aussi bien que l’auteur illustratrice Delphine Perret. Björn aime autant regarder les catalogues de vêtements pour humains (chacun ses loisirs…) que se gratter le dos ou manger du miel. Le personnage de l’ours est une figure appréciée par les auteurs et/ou illustrateurs de littérature jeunesse et je pense très sincèrement que Björn peut figurer dans le panthéon des histoires d’ours qui comptent, de celles qu’il faut retenir.

Quant aux illustrations, elles sont délicates, disent beaucoup avec peu et s’associent de façon très libre avec le texte. Soyez attentifs, il y a souvent de la poésie et/ou de l’humour dans les petits détails des dessins. Les différents animaux sont très expressifs et Björn est réussi sous les coutures ! On sent aussi l’amour de Delphine Perret pour la nature qu’elle dessine avec beaucoup de sentiments…

Pour finir, je voudrais vous parler de l’objet en lui-même. Le travail d’édition de ce livre est particulièrement soigné et réussi: les couleurs (jaune et un pantone vert d’eau), la typographie (une écriture claire et en accord avec le ton du livre) et la mise en page aérée offrant un équilibre parfait entre le texte et les illustrations. Le tout en fait un album très agréable à la lecture.

Lisez Björn !

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Maison d’édition: Les Fourmis rouges

Année de publication: 2016

Prix: 12,50 euros

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Vive la danse !

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NOUVEAUTÉ

Décollez avec cet album absolument délirant ! Ici, il est question d’un petit garçon, Hector, très remuant enfin beaucoup trop au goût de ses parents… qui se passionne pour la danse. Oui, dans les cours de madame Ivanova, il peut tourner, sauter et bien d’autres choses encore ! Contrairement à ses parents, il n’a pas peur du regard des autres et danse partout, tout le temps.

Les enfants sont immédiatement sous le charme de ce livre autant les filles (la grande thématique chérie de la danse) que les garçons (Hector, libre et bondissant, est un personnage très attachant). Et inversement… De plus, l’humour met vite tout le monde d’accord. Même pour les adultes qui ont à lire ce livre ! Au-delà de l’histoire, il y a une volonté de combattre les stéréotypes et les clichés: oui, un petit garçon peut faire de la danse et oui, ses parents peuvent bien le vivre… C’est très rafraîchissant de voir ce petit rouquin sautillant au milieu des petites filles en tutu et chignon tiré à quatre épingles.

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© D. Lévy et M. Le Huche pour Sarbacane

Mais, seulement voilà, les idées reçues ont la peau dure et les parents d’Hector finissent par lui interdire les cours de danse par peur du qu’en-dira-t-on. Hector ne se démonte pas et lors de son « dernier » cours, il offre une véritable apothéose à ses parents, madame Ivanova et les petites danseuses. Refusant que ses parents lui gâchent son envie de danser, il prend de la hauteur… Oui, il s’envole ! « Pendant le cours, Hector danse comme d’habitude. Mais son cœur bat plus fort. Il prend son élan, court, saute et là, incroyable !!! … au lieu de retomber, Hector reste suspendu dans les airs, à quatre mètres au-dessus du sol, souriant, aussi léger qu’une plume. »

Le clou du spectacle fait sourire la prof de danse, les parents sont furieux et exigent le retour d’Hector sur le plancher, et donc à la réalité. Mais si les rêves du fils ramenaient un peu de gaieté dans cette famille ? Je ne vous dévoile rien du grand final mais il va planer un vent de folie douce pour chacun, même pour Pistache, le chien de la famille…

Le côté noir/blanc/gris/bleu apporte une touche élégante à l’album sans pour autant le rendre tristounet ou trop graphique pour les enfants… Grâce au talent de Magali Le Huche, la légèreté tutoie le bon goût et les illustrations de l’album sont absolument magnifiques. Quant au texte de Didier Lévy, il est (comme d’habitude) bien senti, habile et nous emmène loin, enfin plus haut que les discours habituels à propos de la danse. Tout en finesse, l’auteur fait passer des messages importants sur le regard que l’on peut porter sur les autres, même au sein de sa famille, de son couple.

Vive la danse ! est un album qui sent bon la liberté et on en redemande… Et bien, dansez maintenant !

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Maison d’édition: Sarbacane

Année de parution: 2016

Prix: 14,90 euros

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La fille en bleu

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En cette période de rentrée scolaire, j’ai eu envie de vous parler de l’album La fille en bleu d’Elsa Oriol. Dans cet album, c’est aussi la rentrée et les enfants s’observent, les nouveaux élèves sont passés au crible. Manon a un véritable coup de foudre amical pour « la fille en bleu ». Pourquoi elle et pas une autre ? Manon ne la connaît pas encore, néanmoins la fille en bleu a des airs d’amie idéale: « Son air lui est étrangement familier: elle est trait pour trait l’amie dont elle a toujours rêvé. » On pense immédiatement au poème de Verlaine « Mon rêve familier »:

Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant

D’une femme inconnue, et que j’aime, et qui m’aime

Et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même

Ni tout à fait une autre, et m’aime et me comprend.

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© Elsa Oriol pour Kaléidoscope

La fille en bleu est celle à qui Manon a toujours voulu ressembler et avec qui elle a toujours envie d’être. Malheureusement, cette dernière ne lui accorde pas tellement d’attention alors Manon tente de « séduire » la fille en bleu avec différents cadeaux. Aucun ne fonctionne, Manon se fait donc petit à petit une raison en passant par plusieurs stades: l’incompréhension, la souffrance, la colère… puis la résignation. L’arrivée de la fille en jaune lui fera sûrement oublier cette déception… et passer à autre chose.

Le récit est très simple avec un trio de personnages (Manon, la fille en bleu et la fille en jaune) qui s’attirent et se repoussent. Dans cet album, Elsa Oriol parvient à initier les jeunes lecteurs au triangle amoureux. Derrière les jeux et les cadeaux, elle nous parle bien de sentiments. Pourquoi est-on attiré(e) plus par quelqu’un que par quelqu’un d’autre ? À quoi cela tient-il ? Comment accepter de ne pas plaire ?

Avec beaucoup de finesse et d’intelligence, l’auteur illustratrice aborde les promesses d’amitié mais aussi les désillusions. Oui, la vie est faite de rencontres; des bonnes et des moins bonnes. Dans cet album, les illustrations sont des peintures d’Elsa Oriol. Avec son style si reconnaissable, elle nous offre des grandes illustrations très douces mais expressives qui inscrivent l’histoire dans une réalité fantasmée.

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Maison d’édition: Kaléidoscope

Année de publication: 2015

Prix: 13 euros

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Rose à petits pois

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NOUVEAUTÉ

Si je devais résumer l’album d’Amélie Callot et de Geneviève Godbout, je dirais que Rose à petits pois est un livre qui fait du bien ! Véritable condensé de bonne humeur, de joie de vivre et du bonheur d’être ensemble. La jolie jeune femme en couverture s’appelle Adèle et fleur parmi les fleurs, notre mademoiselle soleil tient un café qui s’appelle « Le Tablier à pois ». Véritable lieu de rassemblement pour la population isolée du hameau où il se trouve, ce café a rapidement trouvé ses habitués: « Pour tous ceux-là, le café fait office de refuge, petite lanterne toujours allumée. C’est ici que l’on se retrouve. Ici on pleure, on rit, on crie, on s’esclaffe, on se défie et on s’aime. Le café, c’est à la fois le cœur, les poumons et les tripes de la région. » Adèle sourit, sifflote, chante à tue-tête et sa gaieté charme tout le monde. Elle est aidée de Lucas qui ravitaille son café et qui sait à peu près tout faire…

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© A. Callot et G. Godbout pour la Pastèque

Mais, tout n’est pas si rose… Dès qu’il pleut, Adèle perd tout entrain ! Elle fonctionne comme un crocus ou encore une grenouille en charge de la météo: quand il fait beau, elle rayonne et s’ouvre à la vie mais quand il pleut, elle se renferme sur elle-même en refusant de sortir. « Vous aurez alors beau dire tout ce que vous voulez, argumenter tant que vous pourrez, ce n’est pas la peine de discuter, Adèle ne mettra pas une mèche de cheveux dehors ! Et même souvent, elle ferme carrément le café, va se rouler sous la couette et attend que les nuages cèdent la place au soleil. »

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© A. Callot et G. Godbout pour la Pastèque

Ce serait vraiment dommage de dévoiler trop de choses sur la suite, mais je peux vous dire qu’il va  y avoir une chasse au trésor amoureuse. Si, si, c’est vrai et absolument adorable (il n’y a pas d’autre mot !). Des bottes, un imperméable et un parapluie roses vont être déposés de façon anonyme et mystérieuse au café d’Adèle. Ainsi parée, elle décide d’affronter la pluie: « Finalement, ce n’est pas si mal. D’abord, ça sent bon l’herbe mouillée et la pluie fait une jolie mélodie en tombant sur le parapluie. » L’optimiste d’Adèle reprend le dessus et elle se laisse même aller à apprécier les gouttes qui glissent sur les feuilles ainsi que la compagnie des escargots !

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© A. Callot et G. Godbout pour la Pastèque

L’auteur Amélie Callot signe ici son premier album et le récit est parfaitement mené. Authenticité et poésie sont au rendez-vous. Les éléments sont savamment distillés au fur et à mesure de l’histoire et l’on progresse vite pour connaître la fin ! Les personnages sont positifs et l’histoire d’amour est traitée de manière intelligente, fine et à hauteur d’enfant. L’auteur parvient à faire passer beaucoup de choses… En plus d’être une belle histoire, ce livre est un très bel objet avec son grand format généreux (80 pages) et ses magnifiques illustrations. C’est exactement le genre de livre qui séduit aussi bien les enfants que les parents… Les dessins sont signés Geneviève Godbout, une talentueuse illustratrice québécoise que j’apprécie beaucoup (lire une interview réalisée pour le blog ICI). Pour Rose à petits pois, elle a réalisé un travail conséquent et l’ensemble est lumineux, bravo pour toutes les nuances de rose ! La délicatesse des tons pastel et le style rétro sont absolument charmants… comme d’habitude.

Et je termine avec cette jolie citation de l’écrivain Martin Page qui ouvre l’album: « La pluie tombe comme nous tombons amoureux, en déjouant les prévisions. »

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Adèle vue par Alice (5 ans)

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Maison d’édition: La Pastèque

Année de parution: 2016

Prix: 19 euros

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Nos grandes vacances (sous une petite tente)

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Nos grandes vacances (sous une petite tente), voilà un programme qui sent bon les vacances ! Et pour moi qui n’ai jamais fait de camping, ce livre est très exotique… Très franchement, cet album parlera à tous les petits campeurs et donnera envie aux autres d’en faire. Ici, nous suivons les préparatifs, les vacances et la fin inéluctable des festivités.

Reprenons dès le début de l’histoire avec le lancer de cartable. Youpi, l’école est finie ! Nous suivons Tim, un petit garçon qui part camper avec ses parents et son petit frère. On s’amuse à la lecture du détail des valises… Chacun sait que c’est une étape cruciale. L’auteur Philip Waechter a décidé de jouer avec tous les « clichés » du départ en vacances comme les oublis sur la route, le voyage forcément toujours trop long et l’arrivée tant attendue. Une fois au camping, notre petite famille s’attaque au montage pas si simple de la tente avant de retrouver avec joie les amis des années précédentes fidèles au rendez-vous. Amitié et entraide seront le fil conducteur de tout l’album !

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© Philip Waechter pour Milan

Nos grandes vacances (sous une petite tente) est un album tendre et rafraîchissant où la bonne humeur règne du début à la fin ! Les vacances au camping sont l’occasion de resserrer les liens familiaux tout en permettant aux enfants de goûter à la liberté en vivant en plein air. Les enfants lecteurs apprécieront ce petit monde aux règles si différentes de celles du quotidien. La plage, la nature, mais aussi les moustiques et la promiscuité… Comme le précise son éditeur Milan, Nos grandes vacances (sous une petite tente) offre un inventaire très amusant des bonheurs et petites misères du camping ! Une atmosphère faite de découvertes, de dépassement de soi et d’amitiés précieuses.

Au-delà du récit profondément optimiste, la force de ce livre est sa forme particulière. L’auteur illustrateur a choisi d’alterner de belles pleines pages avec des cases, des vignettes et des bulles pour initier les jeunes lecteurs à la bande dessinée au sein d’un album; ce procédé donne une grande énergie à l’ensemble.

Avec Nos grandes vacances (sous une petite tente), profitez de la dernière ligne droite des vacances avant la rentrée !

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Maison d’édition: Milan

Année de publication: 2016

Prix: 12,90 euros

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L’Étagère du bas devient (aussi) une maison d’édition

Bonjour,

Je tiens à informer ceux qui ne seraient pas encore au courant que j’ai monté ma maison d’édition pour enfants. Oui, à force de lire et de parler de littérature jeunesse, l’envie de publier s’est fait sentir ! Dans l’attente du site Internet des Éditions de L’Étagère du bas, vous pouvez retrouver toutes les informations sur la page Facebook qui se trouve ICI.

Quelques informations:

  • Je vais aussi garder mon blog pour conseiller des livres d’autres maisons d’édition que la mienne;
  • Le premier livre de la maison d’édition nous vient de Suède et la parution est prévue pour le 5 octobre. Il s’agit de Plupp construit sa maison d’Inga Borg;
  • D’autres titres venant de France (mais aussi d’autres pays) sont prévus pour l’année 2017.

Merci et à très bientôt !

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Santa Fruta

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Amateurs d’histoires singulières, vous allez être ravis ! Comme nous l’indique le sous-titre, Santa Fruta raconte l’histoire d’un cactus et d’un chat. Il y a de quoi être intrigués, n’est-ce pas ? Avant leur « amitié », un long parcours empreint de solitude et d’incompréhension pour chacun de nos deux anti-héros… Le premier mène une vie absolument traditionnelle de cactus, c’est-à-dire isolé dans le désert aride du Colorado. Quant au deuxième, notre chat, il est incompris par ses maîtres (un couple moderne et très occupé). Ils s’inquiètent de la maigreur de leur animal domestique et de son unique désir: roupiller près de la chaleur du radiateur… Grands baroudeurs, ils décident de l’emmener avec eux en vacances afin de lui redonner le goût de vivre.

Pour donner vie à cette histoire aussi barrée que sensible, il fallait la plume efficace de Delphine Perret et le talent de Sébastien Mourrain. Travaillant dans le même atelier, ces deux artistes ont une grande qualité en commun: dire les choses avec simplicité que ce soit avec les mots ou par le biais des images. Bien entendu, simplicité ne rime pas avec pauvreté: l’enjeu du livre n’est pas décelable dès le début (comme cela peut souvent être le cas en littérature jeunesse) et l’on avance dans un univers atypique à travers différents décors. Chaque endroit porteur d’un grand symbolisme est mis en miroir par rapport aux autres: la vaste étendue anonyme du désert et sa lenteur en opposition avec la concentration et la spirale citadine. Le fort contraste permet de dire beaucoup et de faire passer bien des messages…

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© D. Perret et S. Mourrain pour Les Fourmis rouges

Sous couvert d’une histoire de cactus et de chat, il y a aussi (comme souvent chez Delphine Perret) une double lecture. Il faut savoir que Santa Fruta est un juste reflet de notre époque mettant en lumière le rythme de vie des habitants des grandes villes où tout va à mille à l’heure. De plus, les pratiques (la psychanalyse pour animaux, par exemple) et les modes (la dérive des photos de chats sur Internet) de notre époque sont abordées voire gentiment tournées en dérision. Santa Fruta en dit vraiment long sur la nature humaine, le personnage du cactus représente la délicatesse, la contemplation et la lenteur: « La nouvelle saison arrivait. Le cactus aimait la lourdeur du ciel à ce moment-là. L’humidité écrasante et la gravité des couleurs le rendaient mélancolique. C’était une émotion agréable, avant la joie toute simple des premières pluies épaisses. » Cette passivité forcée est à l’opposé des deux humains du livre qui sont en mouvement perpétuel et qui découvrent le monde entier.

Le cactus et le chat finissent par se trouver et se reconnaître, car ils possèdent le même état d’esprit: « avoir envie de regarder, plutôt que de faire ». Même si l’album ne compte pas de dialogues, il y a un vrai rythme dans l’histoire et le personnage du chat est très expressif. On perçoit même une certaine humanité chez le cactus: bravo à l’illustrateur Sébastien Mourrain ! Comme à son habitude, les décors et les détails sont très soignés. Santa Fruta est un album qu’il faut prendre le temps de découvrir et dont l’histoire prend aussi le temps de se construire petit à petit. Et le principal message du livre est de profiter du moment présent et du « simple bonheur d’être là ».

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Maison d’édition: Les Fourmis rouges

Année de parution: 2016

Prix: 13,80 euros

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ALBERTUS l’ours du grand large

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Si je devais résumer ce livre en trois mots, je dirais: tendresse, dépaysement et gros baraqués. J’espère que cette association vous donnera envie d’en savoir plus… L’histoire d’ALBERTUS l’ours du grand large nous emmène sur le navire du capitaine Balthazar Babkine chargé de transporter des marchandises entre la France et l’Inde. Ce dernier trouve un ours en peluche très usé et rafistolé. Très surpris, il ne comprend pas comment cette peluche a pu atterrir sur son bateau alors qu’il n’y a aucun enfant à bord… Bien décidé à élucider ce mystère, Balthazar Babkine interroge et passe en revue tout son équipage. Ses marins costauds et tatoués n’ont pas vraiment le profil de propriétaire de nounours !

Puisqu’il ne semble appartenir à personne, le capitaine Balthazar Babkine décide de le garder jusqu’à sa prochaine escale en Inde puis de confier le petit ours aux bons soins de sa sœur, directrice d’orphelinat à Calcutta. Cette dernière le baptise Albertus en hommage au navire du même nom où il a été trouvé et choisit de le donner à Amolika, une petite fille orpheline qui n’a pas un seul jouet… Avant d’atterrir dans les bras de l’enfant, on finira par apprendre les véritables origines du petit ours et le pourquoi du comment de sa présence sur le navire. Je ne vous en dis pas plus, si ce n’est que la petite enquête du capitaine est rigolote et bien menée mais sans résultat ! Le propriétaire viendra se présenter seul et livrer aux lecteurs l’histoire du petit ours et par extension sa propre vie; tout comme le capitaine raconte aussi un souvenir d’enfance très précis avec son propre nounours. Les différentes histoires se mêlent et s’entremêlent avec une grande habileté pour nous proposer un récit bien construit.

Le texte de Laurence Gillot est sensible, original et très agréable à la lecture. De plus, elle nous offre une galerie de personnages très touchants. L’illustrateur Thibaut Rassat a su dessiner un univers rond et chaleureux peuplé de personnages expressifs. Le tout dans un style coloré et moderne ! ALBERTUS l’ours du grand large est un livre étonnant qui nous emmène loin en abordant des thématiques dures avec tendresse, légèreté et intelligence. Cet album détient plusieurs messages: les apparences sont souvent trompeuses, les marins ne sont pas que des caricatures de marins et les peluches peuvent avoir plusieurs vies !

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Maison d’édition: Milan

Année de parution: 2016

Prix: 11,90 euros

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Les Bacon Brothers

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En cette période estivale, laissez-moi vous emmener sur les routes des États-Unis avec Les Bacon Brothers ! Wolf, agent de stars, nous raconte l’histoire de trois cochons musiciens, Smokey, Angus et Pinky. Plus qu’une simple histoire, il s’agit de leur incroyable destinée… Après un succès datant de plus de vingt ans et une seconde vie de leur musique sur Internet, le trio devenu un peu pépère et pantouflard décide de repartir en tournée. Par amour de la musique, pour retrouver leurs fans et aussi un certain Colonel Chipman… Mais, qui cela peut-il bien être ?

Impossible de passer à côté des clins d’œil musicaux (et culinaires) dans les noms choisis par l’auteur Davide Cali. « Smokey » pour Smokey Robinson, une des stars de la Motown (smoked ham); « Angus » pour Angus Young, guitariste et star d’AC/DC (viande de bœuf angus) et concernant « Pinky », on peut y voir peut-être une référence à Pink Floyd (ainsi que la couleur rose du jambon). Quant au nom « Les Bacon Brothers », il fait évidemment référence au groupe Les Blues Brothers et au bacon ! Les petits et grands lecteurs sont donc bien servis en jeux de mots… On peut même s’aventurer à penser que le fameux Colonel Chipman pourrait renvoyer à l’impresario d’Elvis, le Colonel Parker… Et j’en passe !

Revenons à l’histoire. Nos quatre compères (n’oublions pas le loup !) sont donc en route pour les States et que ce soit à la Nouvelle-Orléans, patrie du jazz ou à Nashville, temple de la country, le groupe se produit. Entre les concerts, les amis se détendent avec les loisirs typiques américains: beach-volley, rodéo, base-ball et machines à sous ! Sans oublier les must des visites culturelles: balade dans la Grande Pomme, contemplation du Grand Canyon, escale à Hollywood Boulevard et son célèbre Walk of Fame sans oublier le Golden Gate Bridge. Toutes ses activités sont dépeintes avec justesse et humour !

 

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© Davide Cali et Ronan Badel pour ABC Melody

On ne peut pas passer à côté du clin d’œil à l’histoire des trois petits cochons au début de l’album. Tous les éléments sont là: le loup, les cochons bien entendu, les maisons en paille, bois et briques ainsi que l’idée d’indépendance en partant sur la route. Mais, l’auteur se détache bien vite de la version traditionnelle: ici, le loup est bienveillant et après avoir chacun quitté leur maison, les cochons musiciens vivent leur vie.

L’humour, l’énergie et l’enjeu de ce livre en font un formidable outil de découverte de la musique et des États-Unis. La forme de l’album avec ses allures (parfois) de bd et des photos glissées ici et là en font un objet ludique. Un grand rythme narratif pour une lecture dynamique, des illustrations remplies de détails dans tous les sens et des personnages irrésistibles… Comme à son habitude, Ronan Badel nous livre un univers absolument génial, délirant et avec une touche rétro.

La fin qui laisse présager une suite (oui, s’il vous plaît !) avec une tournée en Russie serait un peu à l’inverse du film Leningrad cowboys Go America de Aki Kaurismäki (1989) qui avaient fait une tournée aux États-Unis. Je vous recommande l’album Les Bacon Brothers pour un road trip made in USA qui vaut vraiment le détour !

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Maison d’édition: ABC Melody

Année de publication: 2016

Prix: 14 euros

 

BONUS

Sachez que ce livre est aussi disponible en version anglaise pour les petits anglophones.

L’aventure des Bacon Brothers ne s’arrête pas au livre puisqu’il y a aussi le clip, la chanson à télécharger gratuitement sur le site d’ABC Melody et le duo Cali/Badel a même concocté une playlist. De quoi prolonger le plaisir de la lecture en musique !

 

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Chez moi

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L’album Chez moi est une très belle réflexion sur l’endroit d’où l’on vient et les voyages qui forgent notre identité. Dans un récit à la première personne, un homme nous raconte son enfance paisible au bord de la mer: « Je suis né dans un petit village et j’ai passé mon enfance dans une petite maison de pêcheurs. Pas grand-chose. Un petit rien du tout au goût salé, juste en face de la mer. »

Au fil des années, l’envie de découvrir de nouveaux horizons et de vivre en ville se fait sentir alors notre personnage gagne la capitale. Après la ville, il y a le désir de découvrir le vaste monde et les voyages s’enchaînent… Ce livre retrace donc l’itinéraire d’un homme que l’on suit du début à la fin de sa vie par le prisme de ses habitations. Derrière cette quête, la grande question est de savoir: où se sent-on vraiment chez soi ?

Dans ce livre, il n’est pas uniquement question de voyages. L’âme d’artiste de notre personnage est le fil rouge de l’histoire. Les endroits, les villes, les pays changent mais son envie de dessiner est immuable. Son carton à dessin, véritable point d’ancrage, est un élément qui le suit invariablement dans ses pérégrinations. Comme dans un livre-jeu, les enfants peuvent s’amuser à le retrouver au fil de la lecture…

 

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© Davide Cali et Sébastien Mourrain pour Actes sud junior

Chez moi est un album poétique, intelligent et qui dit beaucoup avec peu de choses. Le texte de Davide Cali est absolument magnifique de sincérité et de simplicité. Un petit exemple: « Alors que tout me souriait, que la ville m’avait pris dans ses bras, me traitant comme un prince, j’en ai eu assez. Je ne saurais pas dire pourquoi. J’avais l’impression que ma vie était figée comme dans une photo. Toujours les mêmes cafés, les mêmes gens, les mêmes fêtes. Je sentis que j’avais besoin d’aller voir ailleurs. » Cet auteur parvient à aborder des thèmes dits d’adulte à hauteur d’enfant. Les petits sont aussi séduits par ce parcours atypique fait de (petites) aventures et comme je l’ai déjà dit dans plusieurs chroniques antérieures, la thématique de la maison parle beaucoup aux enfants. De plus, le récit narratif est parfaitement mené et la boucle finale est très bien ficelée.

J’aime beaucoup le style de Sébastien Mourrain, la dominance du gris/blanc/bleu et ses nuages si reconnaissables ! Il y a une sobriété et une élégance dans ses dessins ainsi qu’un aspect intemporel qui charment les grands comme les petits. Les différents paysages sont tous aussi bien rendus les uns que les autres… et grâce à cet album, les enfants font un véritable tour du monde en 40 pages ! Ses illustrations tantôt en grandes bulles tantôt en double-pages sont servies par un beau et grand format.

À la lecture de ce livre, on peut entendre résonner les paroles de Francis Cabrel: « Il voulait vivre d’autres manières dans un autre milieu. Il rêvait sur son chemin de pierres: Je partirai demain, si je veux. J’ai la force qu’il faut pour le faire et j’irai trouver mieux. Il voulait trouver mieux que son lopin de terre, que son vieil arbre tordu au milieu, trouver mieux que la douce lumière du soir près du feu qui réchauffait son père et la troupe entière de ses aïeux. Le soleil sur les murs de poussière, il voulait trouver mieux. […] Il a dit: Je retourne en arrière. Je n’ai pas trouvé ce que je veux. » (« Les Murs de poussière », 1977)

Je conseille ce livre pour tous les enfants à partir de 5 ans. Bonne lecture !

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Maison d’édition: Actes Sud junior

Année de publication: 2016

Prix: 16 euros

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La Vie d’une Reine

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La Vie d’une Reine est un ouvrage qui se situe entre l’album, le documentaire et le livre d’art. Mettons-nous au ras du sol et partons même sous terre à la rencontre des fourmis afin de mieux comprendre l’organisation incroyable qui règne dans une fourmilière. On sait depuis longtemps que les fourmis sont un sujet d’étude et de fascination pour un grand nombre de personnes. Ce livre est donc l’occasion de les présenter aux enfants qui n’imaginent peut-être pas tout ce qui peut se cacher derrière de si petits insectes…

Pour la petite histoire, l’auteur et illustratrice Colette Portal a d’abord présenté son travail sur les fourmis dans le magazine « Marie-Claire » en 1960 et La Vie d’une Reine a été publié en Allemagne en 1962; ensuite en 1964 chez Hatier. Aujourd’hui, il resurgit avec une nouvelle édition quelque peu rajeunie pour notre plus grand plaisir. C’est un livre intemporel et magnifique à faire découvrir aux petits et grands enfants…

Ici, il est question de suivre le parcours d’une fourmi avant, pendant et après son règne. Cet axe permet de voir à quel point la Reine des fourmis est à l’origine de cette micro-société et comment tout, absolument tout, s’organise autour d’elle. Notre reine est une fourmi bleue et le livre s’ouvre sur le vol nuptial avec le choix du mâle, le Roi élu, qui la féconde pour la première et la dernière fois. Ensuite, ce dernier meurt… Voici la description de leur union: « Plus petit que la Reine, le mâle s’agrippe sur le dos de celle-ci. Et comme toutes les histoires d’amour, l’union commence par un baiser. Ainsi accouplés, ils s’éloignent de la petite nuée. Puis, la Reine, pleine des promesses de l’avenir, revient sur le sol. Elle se sépare du mâle devenu encombrant et inutile. » Les mâles sont vraiment mis à mal chez les fourmis mais ils sont contraints d’accepter leur fonction uniquement reproductrice et leur destin tragique. Il en va de la survie de l’espèce… sans négliger tout de même la fierté d’avoir été l’élu.

Après avoir creusé un trou (qui deviendra la première chambre de la fourmilière), la Reine arrache ses ailes, se repose et débute la ponte de ses œufs (comme vous pouvez le voir sur l’illustration ci-dessous). Colette Portal a su mettre beaucoup d’humanité dans ce quotidien animalier et c’est précisément ce qui fait de ce livre documentaire un véritable album avec des personnages auxquels les enfants peuvent s’attacher. L’auteur le dit elle-même: « De cette histoire du monde animal où la tendresse ne semble pas apparente, j’en fis une histoire humaine, où les rites les plus ordinaires ressemblent à ceux des humains. »

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© Colette Portal pour les éditions Michel Lagarde

Et puis, un jour, les petits œufs sont devenus des ouvrières capables de nourrir et de s’occuper de leur Reine (toute l’évolution est très bien expliquée de manière synthétique). Cette dernière n’a plus qu’un seul devoir: pondre et faire prospérer la colonie. La cité se met doucement en place avec une organisation quasi militaire, mais somme toute naturelle pour les ouvrières de plus en plus fortes et de plus en plus nombreuses. Les chantiers s’enchaînent et la petite cité devient royaume. Ouvrières architectes, ouvrières ménagères, ouvrières nourricières, ouvrières allant à la chasse, ouvrières agricultrices et les ouvrières travailleuses; chacune a une fonction bien précise.

Jusque-là, le livre remplit son rôle informatif en donnant une excellente bonne base de connaissances des fourmis aux enfants… Mais, le livre La Vie d’une Reine apprendra aussi des choses aux plus grands: saviez-vous que les fourmis sont expertes en culture de champignons ? Qu’il existe des fourmis pot-de-miel ? Qu’elles recherchent un précieux nectar fabriqué par les pucerons bleus ? Qu’elles peuvent vivre sans tête pendant plusieurs jours ? J’apprécie le parti pris plutôt classique du début du livre puis au fur et à mesure de la lecture, on bascule dans l’inédit, le déraisonnable et l’histoire devient un vrai feuilleton à rebondissements ! Cette histoire est remarquablement portée par des illustrations qui sont à tomber à la renverse. La délicatesse du trait de Colette Portal sublime les fourmis et elle parvient à renforcer la beauté naturelle de ces insectes frêles et graciles. Quelle élégance, quelle mesure et quel travail dans les détails !

C’est drôle parce qu’on dirait que le monde des fourmis possède les éléments d’une bonne histoire pour enfants: les notions de roi et reine, les galeries souterraines, l’importance du groupe, les provisions à faire, la guerre, etc. Bref, cet univers leur parle et grâce à son style vif, Colette Portal va droit au but sans fioritures. Avec des phrases simples et courtes mais souvent teintées de poésie, Colette Portal nous dit tout ce qu’il y a à savoir sur les fourmis. Je termine avec ses propres mots qui font une parfaite conclusion: « Dans le monde du tout petit peut vivre un royaume… »

Bonus

À la fondation Folon (qui est partie prenante dans la réédition de ce livre) se tient une exposition sur le travail de Colette Portal. Retrouvez toutes les informations ICI.

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Maison d’édition: éditions Michel Lagarde

Année de publication: 1964 (Hatier) puis réédition en 2016

Prix: 16 euros

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Même plus peur

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NOUVEAUTÉ

Selon moi, Même plus peur, le deuxième album de Fleur Oury (le premier est Premier matin, publié chez Les Fourmis rouges et chroniqué ICI) possède avant toute chose une couverture parfaitement réussie. Toutes griffes dehors, l’ours est terrifiant avec ses crocs bien visibles, son attitude menaçante et occupe tout l’espace de la couverture. Il y a des chances que les enfants, tels des petits zombies, soient attirés par cette illustration saisissante et véritablement accrocheuse. Tout comme les adultes d’ailleurs… mais après tout, et si cet ours bâillait en s’étirant ? Les apparences peuvent parfois être trompeuses.

Passons maintenant au titre en lettres capitales et bien marquées (voire gravées) qui appuient véritablement le propos ! Fleur Oury, auteur et illustratrice, s’amuse avec l’expression enfantine « Même pas peur » et joue sur l’ambivalence… Et ça marche, puisque l’on n’a plus qu’une envie quand on a ce livre entre les mains: l’ouvrir et lire l’histoire !

Ours aime terroriser les enfants. Mais seulement voilà, il ne leur fait plus peur depuis quelque temps. Comment régler ce problème ? Ours décide d’aller voir ses confrères effrayants et de les interroger sur leurs techniques pour flanquer la trouille aux enfants. Au programme: le grand méchant loup, l’araignée poilue, le crocodile avec ses trop nombreuses dents, le serpent aussi discret qu’efficace et le puissant, féroce et diabolique tigre. Rien que ça !

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© Fleur Oury pour le Seuil jeunesse

Même plus peur est un livre sur la peur bien entendu, mais aussi sur les idées reçues que tout le monde possède à propos de certains animaux (et d’autant plus les jeunes enfants). Fleur Oury utilise ces codes connus de tous sur les animaux effrayants tout en jouant sur le décalage. Écoutez donc cette étrange confession du grand méchant loup: « Malheureusement, je ne vais pas pouvoir t’aider, dit le loup. Après avoir été découpé vivant par le Petit Chaperon rouge, cuit à la marmite par les trois petits cochons et rempli de cailloux par les sept chevreaux, moi non plus je ne fais plus peur à personne. » Plutôt déroutant, non ? Quant à l’araignée, elle n’a plus le temps de faire peur à quiconque car son plus redoutable ennemi est l’aspirateur !

La grande qualité de cet album est l’équilibre entre la peur et le réconfort ressentis par les enfants à la lecture. On se promène entre les pages mettant en scène les plus redoutables animaux dans des attitudes et des positions qui font « vraiment » peur (les enfants adorent !) et l’instant d’après, cet effet est contrebalancé par un aveu touchant ou drôle de l’animal en question qui ne paraît plus si terrifiant… Les enfants passent donc par une palette assez large d’émotions avec des hauts et des bas au cours de la lecture de Même plus peur, bref ils vibrent et c’est donc un excellent moyen de dédramatiser la peur de certains animaux !

Avec ce deuxième album, Fleur Oury confirme ses nombreux talents: une narration parfaitement menée, des illustrations douces faites aux crayons de couleur avec de très beaux dégradés et la représentation de la nature dans toute sa splendeur. À noter aussi la très jolie fin qui fait preuve de beaucoup de tendresse… Bonne lecture !

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Maison d’édition: Seuil jeunesse

Année de publication: 2016

Prix: 12,90 euros

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Je suis la méduse

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NOUVEAUTÉ

Amateurs de beaux livres atypiques, ce livre est fait pour vous !

Un grand format pour mettre en valeur les superbes illustrations d’Alexandra Huard faisant une large place au fluo et un texte intelligent, sensible et singulier de la prolifique Béatrice Fontanel. Je suis la méduse donne la parole à cet étrange animal aussi fascinant que terrifiant: « Je vogue, je flotte, m’évase et dérive, évitant de m’envaser. Je ricoche et j’effiloche mes froufrous au fil des flots. […] Je gonfle ma cloche, puis la rétracte. C’est ainsi que se meuvent les méduses. J’ébouriffe de temps en temps ma traîne de dentelles. »

Oui, la jeune méduse nous raconte ses premiers pas: ses danses sous-marine et les gros baisers brûlants qu’elle fait discrètement aux nageurs… Ce récit désarmant de sincérité prend le contre-pied en nous livrant les états d’âme de mademoiselle Méduse: « Comment voulez-vous avoir la moindre idée quand vous êtes composée de quatre-vingt-dix-huit pour cent d’eau. De toute manière, je n’ai pas de cerveau. Ni de cœur. »

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© B. Fontanel et A. Huard pour les Fourmis rouges

Un jour, la méduse heurte une petite fille qui se baigne. Mais, sans raison ni sentiments, comment comprendre qu’elle peut blesser ? L’enfant pleure et notre ondulée est plus désolée que jamais: « Ne pleure pas, petite fille ! Ne pleure pas ! Je ne l’ai pas fait exprès. Mais je ne peux pas m’en empêcher. Je ne suis qu’une méduse rose, une guimauve marine, marshmallow des mers, champignon de gélatine. »

Pour la punir de sa piqûre, le père de la petite fille sort la méduse de l’eau et l’abandonne sur le sable. Malgré la peur et la douleur, c’est sa petite victime qui va remettre la jeune méduse à la mer ! Elle a compris son désarroi: « Que j’ai chaud ! Le temps passe et je me dessèche. Un crabe minuscule me monte dessus. Ça me chatouille. Puis il glisse, tombe sur le sable et disparaît derrière un galet. Si j’avais des yeux, je crois bien que je pleurerais. Je le vois, je le sens, la marée descend. La mer s’éloigne de moi. Adieu ma vie, mon berceau d’océan, mes draps d’écume… » La méduse, tout à sa joie de retrouver son élément, nage et nage encore vers le grand large. C’est l’occasion de rencontrer beaucoup d’autres animaux marins et, malheureusement aussi, des bouteilles en plastique et autres détritus.

« Et puis le temps a passé. Je ne sais pas combien exactement, car il n’y a pas d’horloge au fond des mers. » Une fois adulte, la méduse retrouvera l’enfant devenue jeune fille nageant en combinaison de plongée et la reconnaîtra grâce à la cicatrice laissée sur son poignet par la piqûre. Sans yeux, on ne sait pas comment elle fait mais c’est la force des livres pour enfants, tout est possible ! Bref… Ces retrouvailles sont l’occasion pour la méduse de se faire « pardonner » et de remercier la jeune fille en lui offrant une magnifique danse sous-marine rien que pour elle: « Sans me lasser, j’ai continué de valser et de gonfler mon tutu de gelée. » Et il y a même une petite surprise qui sublime ce grand final ! Je vous laisse la surprise…

Entre documentaire et fiction, Béatrice Fontanel nous offre un conte écologique et poétique écrit dans une langue de grande qualité. Pour ce très beau texte, il fallait des illustrations à la hauteur et le talent graphique d’Alexandra Huard. De la grâce, de la minutie et une énergie qui apportent une vraie lumière à l’héroïne peu commune de cet album. Je suis la méduse est un très beau livre pour enfants que les adultes seront aussi fiers de mettre dans leur bibliothèque…

BONUS

Un petit dessin animé de présentation de l’album Je suis une méduse (réalisé par Alexandra Huard et Julien Thomas):

Et je vous recommande aussi la visite du site Internet très fourni de l’illustratrice, Alexandra Huard.

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Maison d’édition: Les Fourmis rouges

Année de publication: 2016

Prix: 17,90 euros

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Le capitaine étoile-de-mer

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NOUVEAUTÉ

Le capitaine étoile-de-mer est une merveille absolue de tendresse, d’inventivité et de poésie ! Excellent album venant d’Australie (les éditions Penguin), Sarbacane a eu la bonne idée de vouloir le présenter aux jeunes lecteurs français.

Nathan a peur de l’échec et du regard des autres. Pourtant, il a envie de faire beaucoup de choses comme participer à une course, se déguiser pour un anniversaire ou encore défiler à l’école. Cependant, le petit garçon finit toujours par se décourager et fait machine arrière. Oui, de trop grands projets pour de si petites épaules !

Il a de la chance d’être entouré et soutenu par ses parents (ainsi que son lapin en peluche) qui l’accompagnent sur le chemin de la confiance et de l’estime de soi. Quel que soit le temps que ça prendra… Nathan n’a plus envie d’être le capitaine étoile-de-mer pour le concours de déguisements à l’école, qu’à cela ne tienne, sa mère l’emmène à l’aquarium pour une visite particulière qui va résonner profondément chez le petit garçon !

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© Davina Bell et Allison Colpoys pour Sarbacane

Ce bel album est inspiré, sensible et délicat. Le texte de Davina Bell est mesuré et va à l’essentiel touchant au cœur des sentiments. Elle décrit très bien le malaise que tant d’enfants ressentent au moment de se déguiser ou de se dépasser:  » Cette impression, Nathan la connaît bien, et il ne l’aime pas du tout. » Le personnage du petit garçon timide et à la tête baissée est très attachant et relève la tête au fur et à mesure de l’histoire. C’est un vrai plaisir de faire ce cheminement avec lui… Surtout avec de si belles illustrations ! Les dessins de l’illustratrice Allison Colpoys sont saisissants de délicatesse et d’harmonie. Avec cinq couleurs et un style très évocateur, on se laisse emporter par son univers très créatif et élégant.

J’apprécie particulièrement l’alternance entre les pages avec une grande place faite au blanc et d’autres très colorées, remplies et fourmillant de détails. C’est surtout le cas pour l’exploration du monde sous-marin où les enfants peuvent (re)découvrir requin, poisson, méduse, hippocampe, étoile de mer et bien d’autres choses encore !

Dans la chambre de Nathan, pas de toile de Jouy sur les murs, mais on trouve des cow-boys vigoureux et en pleine action. Contrairement à lui, ils représentent le courage et la virilité. Témoins silencieux des états d’âme de Nathan, ils font d’excellents confidents auprès de qui Nathan puise de la force et leur raconte ses rêves, ses envies, ses espoirs…

Sur fond de déguisements et d’animaux (thèmes chers aux enfants), cet album leur parle aussi d’estime de soi et de soutien familial. Le capitaine étoile-de-mer est une très belle histoire qui séduit aussi bien les grands que les petits. Plongez dans l’univers de Davina Bell et Allison Colpoys, deux artistes australiennes à suivre de près !

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Maison d’édition: Sarbacane

Année de publication: 2016

Prix: 14,90 euros

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La Reine des truites

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À PARAÎTRE le 15/06

La Reine des truites est à glisser dans la valise juste avant le départ pour les grandes vacances, c’est vraiment le livre d’été par excellence ! Et vous pouvez même le lire avant pour le plus grand plaisir des enfants en leur parlant de chaleur, de baignade, de rencontres, de liberté et autres réjouissances de l’été… Étant donné notre météo actuelle, on a bien besoin d’un peu de soleil même si c’est (juste) dans un livre !

Sandrine Bonini et Alice Bohl nous emmènent faire une virée du côté d’un endroit sacré: le territoire d’une petite fille, Florie, plus connue sous le nom de la Reine des truites. Un frère et une sœur en vacances, Ismaël et Suzie, font faire sa connaissance et découvrir les règles que cette dernière a établies ainsi que les sbires sous les ordres de la fillette. Mais, quelle est donc cette étrange enfant coiffée d’une grande couronne de feuilles qui a décidé que personne ne devait se baigner dans la rivière ? Et surtout, pourquoi ? Il fait une telle chaleur… Ismaël et Suzie, eux, n’ont qu’une idée en tête: une bonne baignade. Arriveront-ils à transformer leur rivalité en amitié, à dépasser leurs différences, pour enfin jouer ensemble et profiter de l’été ?

Le texte de Sandrine Bonini est très vivant car entièrement constitué de dialogues et au plus près des préoccupations enfantines. Dans ce livre illustré où il y a une grande liberté de forme, les enfants lecteurs sont séduits par l’aspect ludique et coloré (il y a différentes couleurs de texte ainsi qu’une police manuscrite). L’auteur a très bien su retranscrire les échanges que les enfants peuvent avoir entre eux. Cette vérité dans les rapports, que ce soit dans la tendresse ou la rivalité, est l’un des points forts du livre. De plus, son format assez généreux permet d’aller au fond des choses et de comprendre les enjeux des relations au sein de cette bande d’enfants.

Dans une forme originale mêlant saynètes et pleines pages illustrées, Alice Bohl nous offre des très jolies illustrations délicates et rendant grâce à la nature dans toute sa splendeur. Les enfants du livre, respectivement la bande des Truites et celle des Capricornes, sont crédibles et attachants. On suit avec joie leurs aventures sur fond d’affrontement, de rire, de peur, de jeux et de secret, des thématiques chères aux enfants. Les plus grands lecteurs (7 à 9 ans) pourront lire seuls La Reine des truites et pour les plus jeunes (4 à 7 ans), les adultes se plongeront avec plaisir dans ce livre pour une lecture partagée qui les renverra peut-être à des souvenirs d’enfance de vie à la campagne…

N’hésitez pas à faire la connaissance de La Reine des truites !

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Maison d’édition: Grasset Jeunesse

Année de publication: 2016

Prix: 15,20 euros

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Enfants cherchent parents trop bien (pas sérieux s’abstenir !)

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Il y a quelque temps, l’excellente librairie La Sardine à lire (4, rue Collette dans le 17e) a mis en avant Enfants cherchent parents trop bien (pas sérieux s’abstenir !) paru en 2014 et c’est à cette occasion que j’ai découvert ce livre. Elisabeth Brami, psychologue et auteur prolixe pour enfants, et Loïc Froissart (dessinateur génial et loufoque) ont su allier leur talent pour nous donner un livre drôle et singulier.

Sous forme de recueil contenant une quarantaine de petites annonces, des enfants (filles et garçons) entre 2 ans et 13 ans et demi expliquent ce qu’ils recherchent avec la franchise qui les caractérise… Tous les enfants ont envie, un jour ou l’autre, de changer de parents. Oui, trouver une maman ou un papa idéal(e) ou tout simplement mieux adapté(e) à leur petite personne: « Fille, 6 ans, ayant trop peur de l’eau, cherche maman ou papa nageur mais très patient, pour l’emmener en douceur à la piscine. Profs de sport exigeants et frustrés olympiques s’abstenir » ou encore « Garçon, 8 ans, nul en maths, cherche père non matheux et non violent. Âge, profession et origines indifférents. Papa chinois avec boulier accepté. »

Le format court et très rythmé séduira même les récalcitrants à la lecture: une ou deux annonces par double-page et un style télégraphique percutant. Les connaisseurs d’Elisabeth Brami reconnaîtront sa plume directe et bien sentie, voilà une auteur qui s’adresse aux enfants avec une grande justesse et une liberté de ton qui séduit le plus grand nombre…

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© E. Brami et L. Froissart pour le Seuil jeunesse

Chaque annonce est donc accompagnée d’une seule illustration qui doit tout dire ! Le défi est relevé avec brio par l’illustrateur Loïc Froissart: dans un style moderne et nuancé, il nous offre des tranches de vie qui donnent sens au texte de l’annonce. Sa plus grande qualité réside, selon moi, dans la force des détails qui plongent vraiment les lecteurs dans un quotidien très marqué et réaliste.

L’humour est au centre de ce livre et permet de faire passer des messages importants comme dans l’annonce suivante: « Fille, 9 ans, sans frères, cherche papa gâteau n’ayant que des gars et en manque de fille. Attention: pas pour faire la bonniche. Machos profiteurs s’abstenir ! » Il met aussi le doigt sur des sujets sensibles avec un garçon aimant la danse à la recherche de parents qui comprendraient que ce n’est pas « que un truc pour les filles » et qui accepteraient de l’inscrire à un cours sans se moquer. Et dans quelques cas, il est question de sujets graves comme la séparation des parents, ceux qui s’éloignent de la vie de leur enfant et les adultes qui refont leur vie… ainsi que la violence à la maison. Bref, autant de situations légères ou compliquées dans lesquelles les enfants peuvent se retrouver. Ce livre permet d’aiguiser l’esprit critique du lecteur, le soutenir dans son combat quotidien d’enfant (arrêter de sucer son pouce, faire accepter à ses parents qu’il est végétarien), l’aider à se questionner sur le comportement des adultes et même celui de ses propres parents, voire sur le parent qu’il deviendra plus tard.

Information importante: je vous recommande de ne pas lire ce livre aux enfants de moins de 7 ans car la lecture peut secouer un peu (thème de la maltraitance) et il est aussi question de dévoiler qui se cache derrière les cadeaux de Noël ! Mon Dieu, moi aussi, j’ai du mal à l’écrire noir sur blanc… Mais, bon, vous voyez bien de qui je parle, non ?!

Enfants cherchent parents trop bien (pas sérieux s’abstenir !) est un album drôle, sérieux et tendre, qui ne mâche pas ses mots, pour favoriser les débats en famille dans la bonne humeur.

Si vous voulez en savoir plus sur le travail de l’illustrateur Loïc Froissart, n’hésitez pas à aller voir son SITE !

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Maison d’édition: Seuil jeunesse

Année de parution: 2014

Prix: 13,50 euros

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Au bureau des objets trouvés

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NOUVEAUTÉ

Au bureau des objets trouvés est un très bon livre à lire et/ou à offrir aux enfants entre 3 et 5 ans. Pourquoi ? Parce que l’auteur et illustratrice japonaise Junko Shibuya a su rassembler tous les éléments qui plaisent aux enfants (filles et garçons) de cette tranche d’âge. Tout d’abord, l’histoire est assez originale pour retenir leur attention: il s’agit de Monsieur le Chien qui travaille au bureau des objets trouvés de son village. Vous imaginez bien qu’un tel lieu est un terrain de jeu incroyable pour un album jeunesse ! Quels genres d’objets y a-t-il ? À qui peuvent-ils bien appartenir ? Est-ce que leurs propriétaires vont retrouver leurs affaires ? Et, enfin, quel rôle va tenir Monsieur le Chien ?

Le livre s’ouvre sur la récolte matinale de Monsieur le Chien: « Chaque matin, c’est lui qui ramasse les objets abandonnés sur la route, dans le parc, au bord de la rivière ou dans la forêt. » Une fois toutes les affaires disposées sur les étagères de sa petite cabane bleue, il attend…

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© Junko Shibuya pour Actes Sud junior

Monsieur le Chien ne va pas tarder à recevoir de la visite. Différents animaux complètement désemparés se présentent à son bureau à la recherche de quelque chose voire d’une partie d’eux-mêmes. Les enfants à qui l’on raconte cette histoire sont sous le charme de cette mise en scène qui pourrait ressembler à l’un de leurs jeux. De plus, on le sait tous, les enfants a-d-o-r-e-n-t les animaux surtout ceux tout tristes qu’il faut aider à aller mieux. Heureusement que Monsieur le Chien est là et il a plus d’un tour dans son sac… enfin sur ses étagères plutôt !

Quelle joie donc pour cette limace de retrouver sa maison ronde comme un tourbillon, de la mettre sur son dos afin de redevenir un escargot ! Un gros chat orange se transforme immédiatement en lion en enfilant sa grosse écharpe (crinière) et un chevreau avec un bon gros pull se métamorphose en véritable mouton.

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© Junko Shibuya pour Actes Sud junior

Le principe avant/après fonctionne très bien auprès des enfants: de nus et tristes, les animaux se retrouvent habillés et ravis ! Les enfants qui aiment tellement se déguiser (sauf certains irréductibles) se régalent des évolutions des personnages et la palme du meilleur costume est attribué à l’ours blanc ! Oui, avec son cache-oreilles noir, ses lunettes noires, son gilet noir et ses bottes noires, il devient un… panda. Totalement jubilatoire, les enfants en redemandent ! À la maison ou en classe, rien ne vous empêche de prolonger la lecture en dessinant les animaux du livre avec ou sans leur pelage (ou autre accessoire) et d’imaginer d’autres cas: par exemple, un zèbre sans ses rayures ressemble à un petit cheval…

Le livre pourrait s’en tenir là, mais Junko Shibuya nous réserve une surprise à la fin de l’album. Et s’il se cachait quelqu’un d’autre derrière Monsieur le Chien ? Qui est-il réellement et pourquoi travaille-t-il au bureau des objets trouvés ? Cette fin inattendue et très originale donnera forcément aux enfants de lire à nouveau Au bureau des objets trouvés avec un nouveau regard sur le récit. Oui, c’est un album ludique où les petits lecteurs s’amusent à deviner quel animal en cache un autre.

Retrouvez le travail de Junko Shibuya sur son SITE Internet !

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Maison d’édition: Actes Sud Junior

Année de publication: 2016

Prix: 13,80 euros

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Sans ailes

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Tout d’abord, il y a eu l’annonce de la publication de Sans ailes au mois de mars, puis ma première lecture de ce livre et les autres qui ont suivi. Je suis tombée sous le charme dès le début et pourtant, j’ai repoussé plusieurs fois le moment d’en parler… Pourquoi ? Parce que ce livre fait partie des livres qu’on aime mais dont il est difficile de dire pourquoi et comment. Oui, parler de Sans ailes n’est pas évident alors je vais faire de mon mieux en essayant de vous donner envie de le découvrir…

Sans ailes est un album mystérieux. Tout d’abord, son titre évocateur et neutre à la fois appuyé par une belle couverture minimaliste donne immédiatement envie d’en savoir plus. Ici, il est question d’un petit personnage qui mène sa vie avec ses anges gardiens au-dessus de sa tête: trois étoiles alignées. Malheureusement, un cyclone les emporte et le voilà désemparé. Tout son équilibre est remis en cause… Mais sans ailes, comment partir à leur recherche ?

Il part tout de même, à pied, et la quête commence: « Je ne suis pas grand, pas costaud, mais il fallait que je les retrouve. À petits pas, sans savoir où. Je savais bien que je les chercherais longtemps. »

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© Thomas Scotto et Csil pour les éditions À pas de loups

Bien entendu, ce long cheminement permet à notre petit héros de découvrir de nouveaux endroits ainsi que des personnes aux conseils plus ou moins avisés. Il connaît l’espoir, le découragement et la colère jusqu’aux retrouvailles finales. Le très beau texte de Thomas Scotto est empreint de subtilité et de sous-entendus que le lecteur voudra ou pourra bien voir. À la lecture de Sans ailes, le champ des possibles s’ouvre et l’on glisse dans une histoire vraiment particulière. On pense forcément à l’homonymie de « sans ailes » et on ne finit pas de se demander qui pourrait bien se cacher (ou non) derrière « elles »… Faut-il voir plus que de simples étoiles ? Les avis divergent et la meilleure des réponses est que, selon moi, la question reste ouverte.

Bien entendu, je vous encourage à lire cet album pour la beauté du texte écrit par le poète (si, si…) Thomas Scotto. Mais, pas seulement… Ses mots sont formidablement accompagnés par les dessins de Csil qui est une illustratrice au talent rare. Tout est si personnel et délicat dans son trait: ses personnages qui ne ressemblent à aucun autre, ses maisons ultrabasiques mais très esthétiques et sa représentation gracile de la nature. J’apprécie beaucoup son travail fait de nuance et de précision jusqu’à sa façon d’occuper l’espace dans la page et de si bien gérer la place du blanc… Lisez ce livre qui vous donnera des ailes !

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Maison d’édition: À pas de loups

Année de parution: 2016

Prix: 16 euros

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Petit manuel pour aller au lit

Petit manuel pour aller au lit

NOUVEAUTÉ

Après l’excellent Petit manuel pour aller sur le pot (chroniqué ICI), Paule Battault et Anouk Ricard nous proposent un nouvel album décalé, très drôle et bien fait qui aborde une thématique importante pour les tout-petits (et leurs parents): l’heure du coucher.

Prenant le ton didactique du manuel mais faussement autoritaire, l’auteur utilise des codes bien précis pour faire comprendre à l’enfant qu’il est temps de dormir. On passe par le circuit classique brossage de dents-pipi-histoire-bisous et maintenant, au lit ! Mais l’angle, lui, est tout sauf classique: l’humour et l’ironie sont de la partie.

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© Paule Battault et Anouk Ricard pour le Seuil Jeunesse

Lorsque les deux mots fatidiques tombent « AU LIT ! », l’enfant fait des pieds et des mains pour échapper à ses parents. Bien des parents y verront une scène familière de leur quotidien où non, ils n’ont pas du tout mais vraiment pas du tout envie de faire une partie de cache-cache à 20 heures ! Parce que les enfants aiment tester leurs parents (sans blague) et vérifier les limites, ils tentent le tout pour le tout en sachant pertinemment qu’ils vont finir au lit… Et si la crise du soir faisait partie intégrante du rituel du coucher au même titre que l’histoire ?

Dans Petit manuel pour aller au lit, les parents rentrent dans le jeu de leur fils pour mieux asseoir leur autorité et décident de faire passer le message avec humour en forçant le trait. Alors, comme vous pouvez le voir sur la double-page ci-dessous, il est question de transformation en oignon, de prison et de dragon. C’est terrible, non ? Mais, tellement terrible que ça en devient drôle et je vous rassure, aucun enfant lecteur n’y croira vraiment… Comme me l’a très justement dit ma fille de presque 5 ans: « Un doudou, c’est pas une vraie personne, ça peut pas aller en prison ! » Ici, le principe de l’exagération est utilisé (on pourra aussi noter le travail poétique avec les rimes pour alléger l’ensemble) et les enfants (et les adultes) se régalent !

Pour appuyer mon propos, je cite le grand Tomi Ungerer, véritable référence de la littérature jeunesse: « Il faut traumatiser les enfants. » (Cette phrase est tirée d’un article de Télérama à retrouver ICI). Bien entendu, le terme « traumatiser » est à comprendre dans le sens de « marquer », donner des histoires et des images fortes pour aider les enfants à se construire en accord ou en opposition avec ce qu’ils lisent.

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© Paule Battault et Anouk Ricard pour le Seuil Jeunesse

Une fois le cirque terminé et que l’enfant a compris qu’il devait aller dormir, tout n’est que joie & plaisir ! Le passage par la salle de bains et les toilettes peut être un moment drôle et l’enfant peut aussi s’amuser à dire au revoir, bonne nuit aux objets de la maison et même à son pipi dans le pot ! Voici un petit extrait du texte: « Tu peux rejoindre ta chambre en rampant comme un serpent, à pas de géant, à reculons ou à petits bonds… Il y a plusieurs façons d’aller au lit ! »

Et le meilleur pour la fin, l’histoire et les bisous ! Même s’il y a beaucoup d’humour dans ce petit album, la tendresse tient aussi une place essentielle… C’est un aspect important, car n’oublions pas que ce livre s’adresse aux jeunes enfants (2-5 ans). On sent que l’auteur Paule Battault connaît très bien les petits enfants et sait parfaitement quels mots employer pour s’adresser à eux. Entre deux blagues, elle encourage leur autonomie avec des phrases comme « C’est le moment de s’endormir tout seul comme un grand. »

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© Paule Battault et Anouk Ricard pour le Seuil Jeunesse

Pour accompagner ce texte bourré d’humour, il fallait le talent incomparable d’Anouk Ricard. Quel bonheur de retrouver sa famille de chiens ! Les personnages sont irrésistibles de drôlerie et sont uniques en leur genre. L’illustratrice possède un style très visuel, parlant et coloré qui séduit aussi bien les grands que les petits… La page ci-dessous est ma préférée de l’album ! L’alliance du texte et du dessin est parfaite.

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© Paule Battault et Anouk Ricard pour le Seuil Jeunesse

Je ne vous dévoile pas complètement la fin, mais je ne résiste pas à l’envie de vous dire que les lecteurs vont plonger dans le rêve psychédélique du jeune chien ! Et je peux vous affirmer que chaque enfant parviendra à se projeter avec délice…

Selon moi, Petit manuel pour aller sur le pot est un livre vraiment réussi car il parvient à lier l’aspect « éducatif », un humour de qualité et les adultes rient autant que les enfants. Bref, de quoi satisfaire tout le monde sur tous les plans ! Pourquoi s’en priver ? Je ne sais pas vous mais moi, j’attends avec impatience un troisième manuel du duo Battault/Ricard…

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Maison d’édition: Seuil Jeunesse

Année de parution: 2016

Prix: 9,90 euros

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Actualité brûlante !

Sur les réseaux sociaux, un petit groupe de détracteurs sous couvert d’être des « mamans bienveillantes » a décidé que Petit manuel pour aller au lit était un livre dangereux qui devrait être interdit, que le Seuil Jeunesse avait complètement perdu la tête en publiant pareil ouvrage et que l’auteur Paule Battault avait sûrement un esprit dérangé voire malade… On pourrait rire de cette polémique complètement délirante si les accusateurs n’étaient pas aussi agressifs, à côté de la plaque et totalement dénués d’humour. Selon eux, les enfants ne comprendraient pas le décalage présent dans l’album et pourraient, à la lecture de ce petit livre, être complètement traumatisés… Que répondre à tant de bêtise ? Par solidarité avec le Seuil Jeunesse, Paule Battault et Anouk Ricard, j’ai acheté Petit manuel pour aller au lit au lieu de demander à le recevoir en service de presse par la maison d’édition. Et je ne peux que vous encourager à acheter, offrir, lire et conseiller cet album !

CONCOURS

Avec le Seuil Jeunesse, nous avons décidé de vous offrir Petit manuel pour aller au lit ainsi que Petit manuel pour aller sur le pot. C’est pas une bonne nouvelle, ça ? Pour cela, il vous suffit de répondre à la question suivante: « Quelle est la pire excuse de votre enfant pour ne pas aller se coucher ? » Vous avez jusqu’au 25/05 à minuit. Vous pouvez répondre sur le blog en commentaire ainsi que sur ma page perso Facebook ou sur la page Facebook du blog. Bref, vous avez le choix mais petite précision: aucune restriction dans les réponses et humour allant du premier au quatorzième degré bienvenu !

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Le Bureau des poids et des mesures

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NOUVEAUTÉ

Pour leur première collaboration, Anne-Gaëlle Balpe et Vincent Mahé nous offrent un livre tendre et élégant. Dans cet album, le fils de Marcel Gramme nous raconte le travail de son père. Ingénieur prédestiné au bureau des poids et des mesures, monsieur Gramme est chargé de vérifier qu’une minute dure bien une minute, qu’un mètre mesure bien un mètre et que trois plus trois est toujours égal à six…

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© A-G Balpe et V. Mahé pour Milan

Mais quand les sentiments rentrent dans l’équation, tout se complique ! Le jour où le fils de monsieur Gramme rentre avec le sourire à l’envers, notre scientifique est perdu voire désemparé. Comment mesurer les sentiments ? C’est donc le nouveau défi que se lance l’ingénieur avec l’aide de son fils… Grâce à un compas mesurant les sourires, le pleuromesureur pour mesurer le chagrin et même un instrument pour quantifier l’amour, père et fils progressent sur le chemin de la découverte. Cependant, il reste encore des sentiments flous comme la peur, la jalousie ou la gourmandise. Vous pouvez compter sur le travail et l’imagination débordante du duo pour mettre au point toutes sortes de machines pour leur propre utilisation, puis pour toute la ville !

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© A-G Balpe et V. Mahé pour Milan

Dans ce livre, l’auteur Anne-Gaëlle Balpe a créé un univers aussi drôle que poétique et les jeux sur le langage sont très réussis. Je vous laisse découvrir tous les noms et particularités des machines plus incroyables les unes que les autres ! Au-delà d’une belle histoire, ce livre est aussi une bonne façon de mettre en pratique les notions de quantité et de mesure. Mais, à trop mesurer les choses, les problèmes éclatent chez tout le monde… Chacun passe son temps à étudier et à mesurer les sentiments des autres, les reproches se mettent à pleuvoir et les gens passent plus de temps à se mesurer qu’à se parler ! Marcel Gramme et son petit assistant rectifient le tir et le grand final offre aux lecteurs une belle surprise…

Des illustrations aussi belles que l’image de couverture, Vincent Mahé nous réjouit avec son style très années 60 et nous plonge dans l’univers burlesque de Jacques Tati. Oui, Le Bureau des poids et des mesures est un superbe ouvrage vintage très coloré, lumineux avec des illustrations très travaillées (jusqu’au moindre détail, ouvrez bien les yeux !) desquelles il se dégage une grande gaieté. Et le tout dans un grand format qui sert à merveille le travail de Vincent Mahé !

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© A-G Balpe et V. Mahé pour Milan

Voilà typiquement le genre de livre qui rassemble petits et grands: les adultes apprécient l’esthétique soignée ainsi que l’aspect éducatif et les enfants s’amusent de tant d’inventivité et tombent sous le charme de ce grand papa bricoleur et loufoque. Bref, je vous conseille cette histoire qui parle de sentiments aux enfants (à partir de 6/7 ans) d’une façon très originale.

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Maison d’édition: Milan

Année de parution: 2016

Prix: 14,90 euros

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Buffalo Belle

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NOUVEAUTÉ

Buffalo Belle d’Olivier Douzou est un ouvrage singulier et fort. Disons-le tout de suite, c’est un album qui s’adresse aux grands enfants et adolescents pouvant comprendre et apprécier les jeux de mots ainsi que la thématique abordée. Voici l’histoire: il s’agit d’Annabelle, une jeune fille, qui (depuis toujours) ne se sent pas à l’aise dans sa peau de fille. Au-delà de l’histoire, l’auteur et illustrateur Olivier Douzou livre un véritable exercice de style puisqu’il s’est amusé à interchanger il et elle dans le texte pour donner plus de force à son propos.

«On m’appelait Annabil

Je m’appelais Buffalo Belle»

On se prend vite au jeu et la lecture reste fluide. Par le biais de ce système, Olivier Douzou va interroger la question du genre sur le fond et sur la forme. Se sentir différent commence souvent, pour les enfants, par une attirance pour certains jeux réservés à l’autre sexe: « Petite, j’avais un vrai penchant pour les lassos les colts et les fuselles ». De l’enfance jusqu’à l’adolescence, on suit le parcours, les hésitations puis on assiste à l’affirmation d’Annabelle. Les illustrations en noir et blanc sont magnifiques et très puissantes. De plus, les croquis avec leur aspect crayonné donnent un vrai sens esthétique à l’album et offrent aux lecteurs une originalité de traitement.

Au dos du livre, une phrase simple et forte d’Annabelle/Buffalo Bill à l’image de l’album: «Je suis ce que je suis, je serai ce que je veux.» L’album Buffalo Belle est un ouvrage dans lequel réside une grande liberté. Et c’est très émouvant de voir une enfant, puis une jeune fille se chercher et se trouver. L’ambiguïté, difficile à traiter, est mise en lumière par des mots et des images simples. Le tout est élégant et très sobre.

Je vous joins l’interview passionnante d’Olivier Auzou (à retrouver sur le site du Rouergue):

Un exercice de style fascinant sur les ambiguïtés du genre

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Maison d’édition: Le Rouergue

Année de publication: 2016

Prix: 12 euros

 

LECTURE CROISÉE

À la lecture de Buffalo Belle, j’ai immédiatement pensé à Histoire de Julie qui avait une ombre de garçon de Christian Bruel et Anne Bozellec datant de 1975 et réédité plusieurs fois (chez Thierry Magnier pour la dernière en date). Cet album met en scène une petite fille «garçon manqué». Non, elle ne correspond pas à l’image standard de la petite fille au grand dam de ses parents…

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Julie est impolie, déterminée et pas très douce… Et ses parents lui reprochent en permanence: «Tu es insupportable ! Toujours à dire de vilains mots, toujours en train de tomber, toujours prête à faire une bêtise.» À force d’être traitée de «garçon manqué», voilà que Julie se réveille un beau matin avec une ombre de garçon ! Cette nouvelle ombre ne plaît pas à l’enfant, néanmoins cette différence va l’amener à s’affirmer et à revendiquer sa personnalité. Pas forcément être une fille à tout prix, mais marquer sa propre identité: être elle-même, Julie. En parallèle, Julie va faire la rencontre d’un (vrai) garçon qui va se révéler être son double au masculin. Oui, lui, c’est une «fille manquée»… Ils vont unir leur colère et leur réflexion. Voici leur échange dans lequel il y a un jeu sur le langage comme dans Buffalo Belle d’Olivier Douzou :

– Tu sais, moi, tout le monde me dit que je suis un vrai garçon manqué. Les gens disent que les filles, ça doit faire comme les filles, les garçons, ça doit faire comme les garçons. On n’a pas le droit de faire un geste de travers. Tiens, c’est comme si on était chacun dans son bocal.

– Comme pour les cornichons ?

– Oui, comme pour les cornichons. Les cornifilles dans un bocal, les cornigarçons dans un autre, et les garfilles, on ne sait pas où les mettre. Moi, je crois qu’on peut être fille et garçon, les deux à la fois si on veut. Tant pis pour les étiquettes. On a le droit !

– Tu crois ?

– Bien sûr qu’on a le droit.

Cet album a marqué la littérature jeunesse au moment de sa parution, car le thème du genre était moins abordé que de nos jours. Il est plus que jamais d’actualité et je vous conseille de lire Histoire de Julie qui avait une ombre de garçon si vous ne le connaissez pas déjà… Au-delà du genre sexuel, ce livre parle d’une enfant qui ne correspond pas aux attentes de ses parents et qui se sent incomprise au sein de sa famille. Avec trois couleurs (blanc, noir et rouge) et des illustrations travaillées se rapprochant du roman graphique, cet album unique parle à plusieurs générations avec l’idée de ne pas se sentir à sa place. Ici, on accède véritablement aux sentiments profonds de Julie avec un texte vrai et poétique osant beaucoup de choses…

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GROS mensonges

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NOUVEAUTÉ

Le dernier album de Clothilde Delacroix a pour thème les mensonges d’enfant. Enfin… Ici, il est question d’une petite lapine et la première chose à dire, c’est que l’on craque immédiatement sur cette lapinette penaude avec ses oreilles tombantes et son air gêné ! Animal fétiche de l’illustratrice (et auteur), la lapine peut représenter n’importe quel enfant… et l’identification ne pose aucun problème aux jeunes lecteurs.

Prenant au pied de la lettre le vieil adage « Faute avouée est à moitié pardonnée », la petite lapine est bien décidée à avouer ses nombreux mensonges à sa mère. Et la liste est longue… Dès le lever, la voilà prête à soulager sa conscience ! Mais, est-ce que la mère est aussi prête à recueillir toutes les confidences de sa fille ? Pas si sûr…

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Extrait 2 Gros mensonges

 

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© Clothilde Delacroix pour Talents hauts

Ce petit album enchaîne différentes scènettes sur le même modèle: à chaque double-page, la petite lapine avoue un nouveau mensonge à sa mère. D’abord petit puis de plus en plus gros, c’est une vraie escalade… et le principe du crescendo fonctionne très bien. On passe de « Et aussi la fois où j’ai dit que j’adorais ton gratin de brocolis… Ben… C’était pas vrai non plus » à « Et même qu’une fois, j’ai dit à la maîtresse qu’en fait t’étais pas ma maman… » ! On rit beaucoup à la lecture de cette confession. Quant à la mère de la lapine, elle passe par une large palette d’émotions: l’amusement, le dépit et… le quasi-désespoir ! Chaque parent a été confronté, un jour ou l’autre, au(x) mensonge(s) de son enfant et se reconnaîtra dans ces scènes du quotidien.

Grâce à une bonne dose d’humour qui dédramatise les petits tout comme les gros mensonges et la pirouette de fin tout aussi géniale que mignonne, on se régale à la lecture de cet album. Rythmé, drôle et très juste, cette histoire est bien servie par les illustrations très parlantes et colorées de Clothilde Delacroix. J’ai particulièrement aimé les clins d’œil faits à la carotte, la présence du rouge dans les illustrations et le jeu sur les différentes expressions qui se répondent des deux lapines.

Pour consulter le blog « Dialogues en cours » de Clothilde Delacroix, c’est ICI.

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Maison d’édition: Talents hauts

Année de parution: 2016

Prix: 12 euros

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Doudou où es-tu ?

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NOUVEAUTÉ

Pour débuter la nouvelle collection « Les Maisons de Léon », Marcel & Joachim a choisi Doudou où es-tu ? C’est un très joli petit livre cartonné imaginé par Lorea De Vos, architecte, qui met en scène un petit garçon à la recherche de son doudou perdu. Bien décidé à le retrouver, il va explorer sa maison de fond en comble…

Cette petite enquête est alors le moyen de visiter toutes les pièces de la maison. Comme ce livre s’adresse aux tout-petits (à partir de 2 ans jusqu’à 4 ans), il s’agit donc de nommer chaque pièce, d’en revoir l’utilité pour certaines et les commentaires de Léon sont à la fois tendres et drôles. Un petit exemple: « À la cave ? En bas ? Tout en bas ? Mais il fait noir ici… DOUDOU ? DOUUUUUDOUUUUU ? Quel est ce bruit ? Oh je ne reste pas là, moi ! » Au passage, des messages importants sont adressés comme « les placards de la cuisine sont interdits » et les règles/habitudes de la maison sont glissées ici et là dans le récit.

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© Lorea De Vos pour Marcel & Joachim

Laissez-moi maintenant vous parler de la forme de ce livre…  Sur dix doubles-pages découpées, la maison se construit au fur et à mesure. À droite, une multitude de détails à observer dans la maison et à gauche, une illustration plus simple où l’on voit Léon en situation. Le travail de fabrication est remarquable ce qui en fait un livre délicat, néanmoins le tout est très maniable et résistant aux manipulations pas toujours tendres des petites mains. Il y a une vraie démarche esthétique derrière cet ouvrage, d’ailleurs les adultes amateurs de décoration et de design seront conquis par les décors soignés et le beau mobilier de la maison.

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© Lorea De Vos pour Marcel & Joachim

Pour capter l’attention des plus jeunes, le doudou et la maison sont deux thématiques qui marchent à tous les coups. Ce livre est donc une vraie réussite ! Il se distingue des (nombreux) autres livres sur le même sujet par son originalité, sa beauté et sa finition parfaite. Sans dévoiler un suspense insoutenable, sachez que le petit Léon retrouvera son fidèle compagnon à la toute dernière page et que tout finira bien…

Pour information, vous pourrez retrouver Léon au mois de septembre dans L’École de Léon où il s’agira des chiffres et des couleurs !

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Maison d’édition: Marcel & Joachim

Année de parution: 2016

Prix: 12 euros

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Timide

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NOUVEAUTÉ

Timide est le premier album d’Élodie Perrotin, auteur et illustratrice. Avec un titre pour le moins évocateur, ce livre met en scène une petite fille qui s’interroge: pourquoi a-t-elle souvent honte d’elle-même au point de se sentir ridicule ? D’où vient-sa timidité ? Pourquoi craint-elle autant le regard des autres ? Cette enfant nous livre ses états d’âme avec une sincérité désarmante: « J’admire ceux qui paraissent grands, ceux qu’on entend rire et chanter, ceux qui crient la vie. Et pourtant je suis tout le contraire. » Tous les timides comprendront ce discours… et ce que vit au quotidien la petite fille se cachant sans cesse derrière ses cheveux.

En couverture, en 4e de couverture et dans tout l’album, il y a un magnifique jeu avec la chevelure de l’enfant qui prend des airs de bouclier ou, au fur et à mesure que l’histoire progresse, devient le symbole du véritable envol vers la liberté. Celle de ne plus se cacher, de lever la tête, de s’assumer et d’aller vers les autres…

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© Élodie Perrotin pour la Palissade

Avec une grande finesse et un choix de mots simples, Élodie Perrotin parvient à décrire le sentiment troublant et mystérieux qu’est la timidité. La peur de parler, le rouge aux joues, la voix qui tremble et les hésitations permanentes sont mises en lumière avec intelligence. Le propos de l’auteur est merveilleusement servi par ses illustrations très personnelles et hautement significatives. Il se dégage de ce graphisme épuré une douceur et une poésie qui en font un ouvrage singulier que je vous conseille vivement…

À travers la timidité, Élodie Perrotin touche aux thématiques voisines et intimement liées comme le pouvoir des mots, les personnes bavardes et la place de chacun au sein d’un groupe. On s’attache réellement à la petite fille du livre représentée sans bouche, personnification parfaite de la timidité, qui avance s’interrogeant autant sur la réserve qui la caractérise que sur l’attitude des autres par rapport à eux-mêmes et à elle-même: « Peut-être que la timidité  tombe sur toi au hasard. Il faut bien des gens qui parlent, mais aussi des gens qui écoutent car sinon le monde serait vraiment trop bruyant. […] Je les écoute, je ne pose pas trop de questions de peur de les ennuyer. Mais qui se lasserait de parler de lui-même ? »

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© Élodie Perrotin pour la Palissade

Timide est un très bel album pour tous, mais il peut aussi s’avérer utile pour des enfants un peu ou très timides. Élodie Perrotin parvient à parler aux enfants de ce drôle de sentiment en dédramatisant les choses et elle leur livre un message positif: on s’accepte comme l’on est avec le temps, les choses peuvent évoluer et l’on peut aussi transformer ce « défaut » en qualité. Oui, la timidité peut être mise à profit d’une activité qui nécessite une sensibilité particulière sous-entendant que tout le monde n’est pas obligé de s’exprimer avec des mots. Il y a la peinture, la musique et bien d’autres choses encore… À chaque timide de trouver son moyen d’expression !

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© Élodie Perrotin pour la Palissade

Pour voir le site Internet d’Élodie Perrotin, c’est ICI.

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Maison d’édition: la Palissade

Année de publication: 2016

Prix: 13,50 euros

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Émile range ses livres

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NOUVEAUTÉ

Émile range ses livres est un recueil qui regroupe les dix premières histoires du jeune héros éponyme. Oui, Émile est né en 2012 chez Gallimard Jeunesse Giboulées sous la plume de Vincent Cuvellier et le crayon de Ronan Badel. Pour chaque histoire de la collection, le succès est au rendez-vous car Émile est unique en son genre. Déterminé, original et râleur, ce petit garçon loufoque ne laisse personne insensible. Oui, il a une tronche pas possible, sa meilleure amie est une vieille dame et, c’est un comble pour un petit garçon, il n’aime pas la piscine ! Autant de bizarreries qui font rire les enfants tout comme son style improbable des années 70…

Chez moi, c’est le dernier coup de cœur familial et, pour ceux qui ne connaîtraient pas encore Émile, j’espère vraiment vous donner envie de lire ses aventures… Je pourrais, tout comme mon fils de 8 ans; résumer les choses en disant « C’est génial et drôle ! » mais je souhaite vraiment vous parler du décalage et du deuxième niveau de lecture qui se trouve dans les histoires d’Émile. Une affaire de subtilité pour séduire autant les enfants que leurs parents. Voici ce qu’en dit l’auteur Vincent Cuvellier: « Mes livres ont beaucoup de sens cachés. Le second degré est un mode de communication qu’il faut utiliser très tôt. C’est important et ce n’est pas grave si le lecteur ne comprend pas tout de suite. Je ne fais pas mes livres pour tout mâcher, ce que j’aime c’est amener les gens là où ce n’était pas prévu, les embarquer là où ils ne s’attendent pas à l’être. J’essaie de laisser mes livres dans l’attente, de faire des fins ouvertes. Plus que de travailler sur des thèmes, l’essentiel de mon travail consiste à creuser mon style, à chercher une nouvelle forme de narration à chaque livre. Ce que je creuse depuis mon premier livre écrit à 16 ans, c’est «comment faire pour que l’écriture soit aussi vivante que la parole ?». »

Effectivement, le style de V. Cuvellier est direct et son écriture sans détour. C’est cette franchise qui fonctionne avec les jeunes lecteurs et la grande originalité des thèmes abordés, enfin plutôt le traitement, le point de vue. Lorsque Émile décide d’être invisible, il finit tout nu et la nudité est montrée dans son ensemble pour la plus grande joie des enfants ! Un zizi, ça fait toujours rire… Pas de contrainte morale ou de pudeur mal placée, et c’est vraiment une bonne chose selon moi. Prenons un autre exemple: plutôt qu’un chien ou un poisson rouge, c’est une chauve-souris que veut Émile comme animal de compagnie. Je vous avais bien dit que c’était un original…

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© V. Cuvellier et R. Badel pour Gallimard Jeunesse Giboulées

L’auteur sort des sentiers battus, propose un petit personnage atypique ainsi que des histoires qui sortent de l’ordinaire. Ce parti pris tient à la volonté de Vincent Cuvellier de considérer les enfants à leur juste valeur comme il le dit lui-même: « Quand j’invente un personnage comme Émile, forcément, il y a un peu de moi, un peu de mon fils, un peu de ce que j’aime chez les gamins. Et comme j’ai souvent tendance à penser qu’on parle aux enfants comme à des idiots, j’essaie de ne pas le faire dans mes livres… »

Cependant, n’allez pas croire que les livres de la collection Émile ne sont que originalité et décalage, l’auteur mêle avec intelligence des éléments très classiques de l’enfance: les cauchemars, l’envie d’avoir un plâtre, les déguisements et… l’amour ! Oui, Émile a Julie sa chérie. Notre petit héros a aussi ses petites manies, notamment sa phrase fétiche qui sonne comme un refrain dans le récit: « C’est comme ça, et c’est pas autrement ! » Toutes les histoires sont essentiellement axées sur Émile et même si sa mère est présente (le texte est alors en italique quand elle prend la parole), on ne la voit jamais et dans l’ombre, elle encourage son fils à aller vers les autres et à se faire des amis. Cette mise à distance est un procédé bien connu qui a fait ses preuves et qui permet de mieux se concentrer sur un personnage ou de mieux s’identifier au héros pour les enfants.

C’est le moment de vous parler plus en détail des illustrations de Ronan Badel qui a donné vie au personnage de Vincent Cuvellier: elles sont simples, efficaces, ancrées dans le quotidien et absolument pas dans la suggestion ou la recherche de symboles. Quant au personnage d’Émile, il faut reconnaître qu’il est absolument parfait de drôlerie et de perplexité. Dans un mélange de noir et blanc et de couleurs, Ronan Badel nous livre des décors épurés mettant Émile au centre de ses illustrations. La plupart des histoires se passent chez Émile et dans de rares cas, on part dans le décor d’un livre moyenâgeux ou dans la forêt du cauchemar… pour notre plus grand plaisir.

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© V. Cuvellier et R. Badel pour Gallimard Jeunesse Giboulées

Pour résumer, voici les histoires contenues dans cette compilation (que vous pouvez aussi retrouver de manière individuelle à 6 euros le livre): Émile est invisibleÉmile veut un plâtreÉmile se déguiseÉmile veut une chauve-sourisÉmile a froidÉmile et les autresÉmile fait un cauchemarÉmile. Il est 7 heuresÉmile invite une copineÉmile fait la fête. Et je vous informe que d’autres histoires ont vu le jour: Émile descend les poubelles et Émile et la danse de boxe.

Je vous conseille chacune de ces histoires pour les enfants de 4 à 8 ans qui tomberont sous le charme de l’irrésistible Émile !

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Maison d’édition: Gallimard Jeunesse Giboulées

Année de parution: 2016

Prix: 20 euros