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Rose à petits pois

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NOUVEAUTÉ

Si je devais résumer l’album d’Amélie Callot et de Geneviève Godbout, je dirais que Rose à petits pois est un livre qui fait du bien ! Véritable condensé de bonne humeur, de joie de vivre et du bonheur d’être ensemble. La jolie jeune femme en couverture s’appelle Adèle et fleur parmi les fleurs, notre mademoiselle soleil tient un café qui s’appelle « Le Tablier à pois ». Véritable lieu de rassemblement pour la population isolée du hameau où il se trouve, ce café a rapidement trouvé ses habitués: « Pour tous ceux-là, le café fait office de refuge, petite lanterne toujours allumée. C’est ici que l’on se retrouve. Ici on pleure, on rit, on crie, on s’esclaffe, on se défie et on s’aime. Le café, c’est à la fois le cœur, les poumons et les tripes de la région. » Adèle sourit, sifflote, chante à tue-tête et sa gaieté charme tout le monde. Elle est aidée de Lucas qui ravitaille son café et qui sait à peu près tout faire…

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© A. Callot et G. Godbout pour la Pastèque

Mais, tout n’est pas si rose… Dès qu’il pleut, Adèle perd tout entrain ! Elle fonctionne comme un crocus ou encore une grenouille en charge de la météo: quand il fait beau, elle rayonne et s’ouvre à la vie mais quand il pleut, elle se renferme sur elle-même en refusant de sortir. « Vous aurez alors beau dire tout ce que vous voulez, argumenter tant que vous pourrez, ce n’est pas la peine de discuter, Adèle ne mettra pas une mèche de cheveux dehors ! Et même souvent, elle ferme carrément le café, va se rouler sous la couette et attend que les nuages cèdent la place au soleil. »

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© A. Callot et G. Godbout pour la Pastèque

Ce serait vraiment dommage de dévoiler trop de choses sur la suite, mais je peux vous dire qu’il va  y avoir une chasse au trésor amoureuse. Si, si, c’est vrai et absolument adorable (il n’y a pas d’autre mot !). Des bottes, un imperméable et un parapluie roses vont être déposés de façon anonyme et mystérieuse au café d’Adèle. Ainsi parée, elle décide d’affronter la pluie: « Finalement, ce n’est pas si mal. D’abord, ça sent bon l’herbe mouillée et la pluie fait une jolie mélodie en tombant sur le parapluie. » L’optimiste d’Adèle reprend le dessus et elle se laisse même aller à apprécier les gouttes qui glissent sur les feuilles ainsi que la compagnie des escargots !

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© A. Callot et G. Godbout pour la Pastèque

L’auteur Amélie Callot signe ici son premier album et le récit est parfaitement mené. Authenticité et poésie sont au rendez-vous. Les éléments sont savamment distillés au fur et à mesure de l’histoire et l’on progresse vite pour connaître la fin ! Les personnages sont positifs et l’histoire d’amour est traitée de manière intelligente, fine et à hauteur d’enfant. L’auteur parvient à faire passer beaucoup de choses… En plus d’être une belle histoire, ce livre est un très bel objet avec son grand format généreux (80 pages) et ses magnifiques illustrations. C’est exactement le genre de livre qui séduit aussi bien les enfants que les parents… Les dessins sont signés Geneviève Godbout, une talentueuse illustratrice québécoise que j’apprécie beaucoup (lire une interview réalisée pour le blog ICI). Pour Rose à petits pois, elle a réalisé un travail conséquent et l’ensemble est lumineux, bravo pour toutes les nuances de rose ! La délicatesse des tons pastel et le style rétro sont absolument charmants… comme d’habitude.

Et je termine avec cette jolie citation de l’écrivain Martin Page qui ouvre l’album: « La pluie tombe comme nous tombons amoureux, en déjouant les prévisions. »

BONUS

Dessin Alice

Adèle vue par Alice (5 ans)

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Maison d’édition: La Pastèque

Année de parution: 2016

Prix: 19 euros

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Nos grandes vacances (sous une petite tente)

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Nos grandes vacances (sous une petite tente), voilà un programme qui sent bon les vacances ! Et pour moi qui n’ai jamais fait de camping, ce livre est très exotique… Très franchement, cet album parlera à tous les petits campeurs et donnera envie aux autres d’en faire. Ici, nous suivons les préparatifs, les vacances et la fin inéluctable des festivités.

Reprenons dès le début de l’histoire avec le lancer de cartable. Youpi, l’école est finie ! Nous suivons Tim, un petit garçon qui part camper avec ses parents et son petit frère. On s’amuse à la lecture du détail des valises… Chacun sait que c’est une étape cruciale. L’auteur Philip Waechter a décidé de jouer avec tous les « clichés » du départ en vacances comme les oublis sur la route, le voyage forcément toujours trop long et l’arrivée tant attendue. Une fois au camping, notre petite famille s’attaque au montage pas si simple de la tente avant de retrouver avec joie les amis des années précédentes fidèles au rendez-vous. Amitié et entraide seront le fil conducteur de tout l’album !

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© Philip Waechter pour Milan

Nos grandes vacances (sous une petite tente) est un album tendre et rafraîchissant où la bonne humeur règne du début à la fin ! Les vacances au camping sont l’occasion de resserrer les liens familiaux tout en permettant aux enfants de goûter à la liberté en vivant en plein air. Les enfants lecteurs apprécieront ce petit monde aux règles si différentes de celles du quotidien. La plage, la nature, mais aussi les moustiques et la promiscuité… Comme le précise son éditeur Milan, Nos grandes vacances (sous une petite tente) offre un inventaire très amusant des bonheurs et petites misères du camping ! Une atmosphère faite de découvertes, de dépassement de soi et d’amitiés précieuses.

Au-delà du récit profondément optimiste, la force de ce livre est sa forme particulière. L’auteur illustrateur a choisi d’alterner de belles pleines pages avec des cases, des vignettes et des bulles pour initier les jeunes lecteurs à la bande dessinée au sein d’un album; ce procédé donne une grande énergie à l’ensemble.

Avec Nos grandes vacances (sous une petite tente), profitez de la dernière ligne droite des vacances avant la rentrée !

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Maison d’édition: Milan

Année de publication: 2016

Prix: 12,90 euros

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L’Étagère du bas devient (aussi) une maison d’édition

Bonjour,

Je tiens à informer ceux qui ne seraient pas encore au courant que j’ai monté ma maison d’édition pour enfants. Oui, à force de lire et de parler de littérature jeunesse, l’envie de publier s’est fait sentir ! Dans l’attente du site Internet des Éditions de L’Étagère du bas, vous pouvez retrouver toutes les informations sur la page Facebook qui se trouve ICI.

Quelques informations:

  • Je vais aussi garder mon blog pour conseiller des livres d’autres maisons d’édition que la mienne;
  • Le premier livre de la maison d’édition nous vient de Suède et la parution est prévue pour le 5 octobre. Il s’agit de Plupp construit sa maison d’Inga Borg;
  • D’autres titres venant de France (mais aussi d’autres pays) sont prévus pour l’année 2017.

Merci et à très bientôt !

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Santa Fruta

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Amateurs d’histoires singulières, vous allez être ravis ! Comme nous l’indique le sous-titre, Santa Fruta raconte l’histoire d’un cactus et d’un chat. Il y a de quoi être intrigués, n’est-ce pas ? Avant leur « amitié », un long parcours empreint de solitude et d’incompréhension pour chacun de nos deux anti-héros… Le premier mène une vie absolument traditionnelle de cactus, c’est-à-dire isolé dans le désert aride du Colorado. Quant au deuxième, notre chat, il est incompris par ses maîtres (un couple moderne et très occupé). Ils s’inquiètent de la maigreur de leur animal domestique et de son unique désir: roupiller près de la chaleur du radiateur… Grands baroudeurs, ils décident de l’emmener avec eux en vacances afin de lui redonner le goût de vivre.

Pour donner vie à cette histoire aussi barrée que sensible, il fallait la plume efficace de Delphine Perret et le talent de Sébastien Mourrain. Travaillant dans le même atelier, ces deux artistes ont une grande qualité en commun: dire les choses avec simplicité que ce soit avec les mots ou par le biais des images. Bien entendu, simplicité ne rime pas avec pauvreté: l’enjeu du livre n’est pas décelable dès le début (comme cela peut souvent être le cas en littérature jeunesse) et l’on avance dans un univers atypique à travers différents décors. Chaque endroit porteur d’un grand symbolisme est mis en miroir par rapport aux autres: la vaste étendue anonyme du désert et sa lenteur en opposition avec la concentration et la spirale citadine. Le fort contraste permet de dire beaucoup et de faire passer bien des messages…

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© D. Perret et S. Mourrain pour Les Fourmis rouges

Sous couvert d’une histoire de cactus et de chat, il y a aussi (comme souvent chez Delphine Perret) une double lecture. Il faut savoir que Santa Fruta est un juste reflet de notre époque mettant en lumière le rythme de vie des habitants des grandes villes où tout va à mille à l’heure. De plus, les pratiques (la psychanalyse pour animaux, par exemple) et les modes (la dérive des photos de chats sur Internet) de notre époque sont abordées voire gentiment tournées en dérision. Santa Fruta en dit vraiment long sur la nature humaine, le personnage du cactus représente la délicatesse, la contemplation et la lenteur: « La nouvelle saison arrivait. Le cactus aimait la lourdeur du ciel à ce moment-là. L’humidité écrasante et la gravité des couleurs le rendaient mélancolique. C’était une émotion agréable, avant la joie toute simple des premières pluies épaisses. » Cette passivité forcée est à l’opposé des deux humains du livre qui sont en mouvement perpétuel et qui découvrent le monde entier.

Le cactus et le chat finissent par se trouver et se reconnaître, car ils possèdent le même état d’esprit: « avoir envie de regarder, plutôt que de faire ». Même si l’album ne compte pas de dialogues, il y a un vrai rythme dans l’histoire et le personnage du chat est très expressif. On perçoit même une certaine humanité chez le cactus: bravo à l’illustrateur Sébastien Mourrain ! Comme à son habitude, les décors et les détails sont très soignés. Santa Fruta est un album qu’il faut prendre le temps de découvrir et dont l’histoire prend aussi le temps de se construire petit à petit. Et le principal message du livre est de profiter du moment présent et du « simple bonheur d’être là ».

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Maison d’édition: Les Fourmis rouges

Année de parution: 2016

Prix: 13,80 euros

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ALBERTUS l’ours du grand large

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Si je devais résumer ce livre en trois mots, je dirais: tendresse, dépaysement et gros baraqués. J’espère que cette association vous donnera envie d’en savoir plus… L’histoire d’ALBERTUS l’ours du grand large nous emmène sur le navire du capitaine Balthazar Babkine chargé de transporter des marchandises entre la France et l’Inde. Ce dernier trouve un ours en peluche très usé et rafistolé. Très surpris, il ne comprend pas comment cette peluche a pu atterrir sur son bateau alors qu’il n’y a aucun enfant à bord… Bien décidé à élucider ce mystère, Balthazar Babkine interroge et passe en revue tout son équipage. Ses marins costauds et tatoués n’ont pas vraiment le profil de propriétaire de nounours !

Puisqu’il ne semble appartenir à personne, le capitaine Balthazar Babkine décide de le garder jusqu’à sa prochaine escale en Inde puis de confier le petit ours aux bons soins de sa sœur, directrice d’orphelinat à Calcutta. Cette dernière le baptise Albertus en hommage au navire du même nom où il a été trouvé et choisit de le donner à Amolika, une petite fille orpheline qui n’a pas un seul jouet… Avant d’atterrir dans les bras de l’enfant, on finira par apprendre les véritables origines du petit ours et le pourquoi du comment de sa présence sur le navire. Je ne vous en dis pas plus, si ce n’est que la petite enquête du capitaine est rigolote et bien menée mais sans résultat ! Le propriétaire viendra se présenter seul et livrer aux lecteurs l’histoire du petit ours et par extension sa propre vie; tout comme le capitaine raconte aussi un souvenir d’enfance très précis avec son propre nounours. Les différentes histoires se mêlent et s’entremêlent avec une grande habileté pour nous proposer un récit bien construit.

Le texte de Laurence Gillot est sensible, original et très agréable à la lecture. De plus, elle nous offre une galerie de personnages très touchants. L’illustrateur Thibaut Rassat a su dessiner un univers rond et chaleureux peuplé de personnages expressifs. Le tout dans un style coloré et moderne ! ALBERTUS l’ours du grand large est un livre étonnant qui nous emmène loin en abordant des thématiques dures avec tendresse, légèreté et intelligence. Cet album détient plusieurs messages: les apparences sont souvent trompeuses, les marins ne sont pas que des caricatures de marins et les peluches peuvent avoir plusieurs vies !

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Maison d’édition: Milan

Année de parution: 2016

Prix: 11,90 euros

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Les Bacon Brothers

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En cette période estivale, laissez-moi vous emmener sur les routes des États-Unis avec Les Bacon Brothers ! Wolf, agent de stars, nous raconte l’histoire de trois cochons musiciens, Smokey, Angus et Pinky. Plus qu’une simple histoire, il s’agit de leur incroyable destinée… Après un succès datant de plus de vingt ans et une seconde vie de leur musique sur Internet, le trio devenu un peu pépère et pantouflard décide de repartir en tournée. Par amour de la musique, pour retrouver leurs fans et aussi un certain Colonel Chipman… Mais, qui cela peut-il bien être ?

Impossible de passer à côté des clins d’œil musicaux (et culinaires) dans les noms choisis par l’auteur Davide Cali. « Smokey » pour Smokey Robinson, une des stars de la Motown (smoked ham); « Angus » pour Angus Young, guitariste et star d’AC/DC (viande de bœuf angus) et concernant « Pinky », on peut y voir peut-être une référence à Pink Floyd (ainsi que la couleur rose du jambon). Quant au nom « Les Bacon Brothers », il fait évidemment référence au groupe Les Blues Brothers et au bacon ! Les petits et grands lecteurs sont donc bien servis en jeux de mots… On peut même s’aventurer à penser que le fameux Colonel Chipman pourrait renvoyer à l’impresario d’Elvis, le Colonel Parker… Et j’en passe !

Revenons à l’histoire. Nos quatre compères (n’oublions pas le loup !) sont donc en route pour les States et que ce soit à la Nouvelle-Orléans, patrie du jazz ou à Nashville, temple de la country, le groupe se produit. Entre les concerts, les amis se détendent avec les loisirs typiques américains: beach-volley, rodéo, base-ball et machines à sous ! Sans oublier les must des visites culturelles: balade dans la Grande Pomme, contemplation du Grand Canyon, escale à Hollywood Boulevard et son célèbre Walk of Fame sans oublier le Golden Gate Bridge. Toutes ses activités sont dépeintes avec justesse et humour !

 

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© Davide Cali et Ronan Badel pour ABC Melody

On ne peut pas passer à côté du clin d’œil à l’histoire des trois petits cochons au début de l’album. Tous les éléments sont là: le loup, les cochons bien entendu, les maisons en paille, bois et briques ainsi que l’idée d’indépendance en partant sur la route. Mais, l’auteur se détache bien vite de la version traditionnelle: ici, le loup est bienveillant et après avoir chacun quitté leur maison, les cochons musiciens vivent leur vie.

L’humour, l’énergie et l’enjeu de ce livre en font un formidable outil de découverte de la musique et des États-Unis. La forme de l’album avec ses allures (parfois) de bd et des photos glissées ici et là en font un objet ludique. Un grand rythme narratif pour une lecture dynamique, des illustrations remplies de détails dans tous les sens et des personnages irrésistibles… Comme à son habitude, Ronan Badel nous livre un univers absolument génial, délirant et avec une touche rétro.

La fin qui laisse présager une suite (oui, s’il vous plaît !) avec une tournée en Russie serait un peu à l’inverse du film Leningrad cowboys Go America de Aki Kaurismäki (1989) qui avaient fait une tournée aux États-Unis. Je vous recommande l’album Les Bacon Brothers pour un road trip made in USA qui vaut vraiment le détour !

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Maison d’édition: ABC Melody

Année de publication: 2016

Prix: 14 euros

 

BONUS

Sachez que ce livre est aussi disponible en version anglaise pour les petits anglophones.

L’aventure des Bacon Brothers ne s’arrête pas au livre puisqu’il y a aussi le clip, la chanson à télécharger gratuitement sur le site d’ABC Melody et le duo Cali/Badel a même concocté une playlist. De quoi prolonger le plaisir de la lecture en musique !

 

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Chez moi

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L’album Chez moi est une très belle réflexion sur l’endroit d’où l’on vient et les voyages qui forgent notre identité. Dans un récit à la première personne, un homme nous raconte son enfance paisible au bord de la mer: « Je suis né dans un petit village et j’ai passé mon enfance dans une petite maison de pêcheurs. Pas grand-chose. Un petit rien du tout au goût salé, juste en face de la mer. »

Au fil des années, l’envie de découvrir de nouveaux horizons et de vivre en ville se fait sentir alors notre personnage gagne la capitale. Après la ville, il y a le désir de découvrir le vaste monde et les voyages s’enchaînent… Ce livre retrace donc l’itinéraire d’un homme que l’on suit du début à la fin de sa vie par le prisme de ses habitations. Derrière cette quête, la grande question est de savoir: où se sent-on vraiment chez soi ?

Dans ce livre, il n’est pas uniquement question de voyages. L’âme d’artiste de notre personnage est le fil rouge de l’histoire. Les endroits, les villes, les pays changent mais son envie de dessiner est immuable. Son carton à dessin, véritable point d’ancrage, est un élément qui le suit invariablement dans ses pérégrinations. Comme dans un livre-jeu, les enfants peuvent s’amuser à le retrouver au fil de la lecture…

 

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© Davide Cali et Sébastien Mourrain pour Actes sud junior

Chez moi est un album poétique, intelligent et qui dit beaucoup avec peu de choses. Le texte de Davide Cali est absolument magnifique de sincérité et de simplicité. Un petit exemple: « Alors que tout me souriait, que la ville m’avait pris dans ses bras, me traitant comme un prince, j’en ai eu assez. Je ne saurais pas dire pourquoi. J’avais l’impression que ma vie était figée comme dans une photo. Toujours les mêmes cafés, les mêmes gens, les mêmes fêtes. Je sentis que j’avais besoin d’aller voir ailleurs. » Cet auteur parvient à aborder des thèmes dits d’adulte à hauteur d’enfant. Les petits sont aussi séduits par ce parcours atypique fait de (petites) aventures et comme je l’ai déjà dit dans plusieurs chroniques antérieures, la thématique de la maison parle beaucoup aux enfants. De plus, le récit narratif est parfaitement mené et la boucle finale est très bien ficelée.

J’aime beaucoup le style de Sébastien Mourrain, la dominance du gris/blanc/bleu et ses nuages si reconnaissables ! Il y a une sobriété et une élégance dans ses dessins ainsi qu’un aspect intemporel qui charment les grands comme les petits. Les différents paysages sont tous aussi bien rendus les uns que les autres… et grâce à cet album, les enfants font un véritable tour du monde en 40 pages ! Ses illustrations tantôt en grandes bulles tantôt en double-pages sont servies par un beau et grand format.

À la lecture de ce livre, on peut entendre résonner les paroles de Francis Cabrel: « Il voulait vivre d’autres manières dans un autre milieu. Il rêvait sur son chemin de pierres: Je partirai demain, si je veux. J’ai la force qu’il faut pour le faire et j’irai trouver mieux. Il voulait trouver mieux que son lopin de terre, que son vieil arbre tordu au milieu, trouver mieux que la douce lumière du soir près du feu qui réchauffait son père et la troupe entière de ses aïeux. Le soleil sur les murs de poussière, il voulait trouver mieux. […] Il a dit: Je retourne en arrière. Je n’ai pas trouvé ce que je veux. » (« Les Murs de poussière », 1977)

Je conseille ce livre pour tous les enfants à partir de 5 ans. Bonne lecture !

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Maison d’édition: Actes Sud junior

Année de publication: 2016

Prix: 16 euros

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La Vie d’une Reine

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La Vie d’une Reine est un ouvrage qui se situe entre l’album, le documentaire et le livre d’art. Mettons-nous au ras du sol et partons même sous terre à la rencontre des fourmis afin de mieux comprendre l’organisation incroyable qui règne dans une fourmilière. On sait depuis longtemps que les fourmis sont un sujet d’étude et de fascination pour un grand nombre de personnes. Ce livre est donc l’occasion de les présenter aux enfants qui n’imaginent peut-être pas tout ce qui peut se cacher derrière de si petits insectes…

Pour la petite histoire, l’auteur et illustratrice Colette Portal a d’abord présenté son travail sur les fourmis dans le magazine « Marie-Claire » en 1960 et La Vie d’une Reine a été publié en Allemagne en 1962; ensuite en 1964 chez Hatier. Aujourd’hui, il resurgit avec une nouvelle édition quelque peu rajeunie pour notre plus grand plaisir. C’est un livre intemporel et magnifique à faire découvrir aux petits et grands enfants…

Ici, il est question de suivre le parcours d’une fourmi avant, pendant et après son règne. Cet axe permet de voir à quel point la Reine des fourmis est à l’origine de cette micro-société et comment tout, absolument tout, s’organise autour d’elle. Notre reine est une fourmi bleue et le livre s’ouvre sur le vol nuptial avec le choix du mâle, le Roi élu, qui la féconde pour la première et la dernière fois. Ensuite, ce dernier meurt… Voici la description de leur union: « Plus petit que la Reine, le mâle s’agrippe sur le dos de celle-ci. Et comme toutes les histoires d’amour, l’union commence par un baiser. Ainsi accouplés, ils s’éloignent de la petite nuée. Puis, la Reine, pleine des promesses de l’avenir, revient sur le sol. Elle se sépare du mâle devenu encombrant et inutile. » Les mâles sont vraiment mis à mal chez les fourmis mais ils sont contraints d’accepter leur fonction uniquement reproductrice et leur destin tragique. Il en va de la survie de l’espèce… sans négliger tout de même la fierté d’avoir été l’élu.

Après avoir creusé un trou (qui deviendra la première chambre de la fourmilière), la Reine arrache ses ailes, se repose et débute la ponte de ses œufs (comme vous pouvez le voir sur l’illustration ci-dessous). Colette Portal a su mettre beaucoup d’humanité dans ce quotidien animalier et c’est précisément ce qui fait de ce livre documentaire un véritable album avec des personnages auxquels les enfants peuvent s’attacher. L’auteur le dit elle-même: « De cette histoire du monde animal où la tendresse ne semble pas apparente, j’en fis une histoire humaine, où les rites les plus ordinaires ressemblent à ceux des humains. »

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© Colette Portal pour les éditions Michel Lagarde

Et puis, un jour, les petits œufs sont devenus des ouvrières capables de nourrir et de s’occuper de leur Reine (toute l’évolution est très bien expliquée de manière synthétique). Cette dernière n’a plus qu’un seul devoir: pondre et faire prospérer la colonie. La cité se met doucement en place avec une organisation quasi militaire, mais somme toute naturelle pour les ouvrières de plus en plus fortes et de plus en plus nombreuses. Les chantiers s’enchaînent et la petite cité devient royaume. Ouvrières architectes, ouvrières ménagères, ouvrières nourricières, ouvrières allant à la chasse, ouvrières agricultrices et les ouvrières travailleuses; chacune a une fonction bien précise.

Jusque-là, le livre remplit son rôle informatif en donnant une excellente bonne base de connaissances des fourmis aux enfants… Mais, le livre La Vie d’une Reine apprendra aussi des choses aux plus grands: saviez-vous que les fourmis sont expertes en culture de champignons ? Qu’il existe des fourmis pot-de-miel ? Qu’elles recherchent un précieux nectar fabriqué par les pucerons bleus ? Qu’elles peuvent vivre sans tête pendant plusieurs jours ? J’apprécie le parti pris plutôt classique du début du livre puis au fur et à mesure de la lecture, on bascule dans l’inédit, le déraisonnable et l’histoire devient un vrai feuilleton à rebondissements ! Cette histoire est remarquablement portée par des illustrations qui sont à tomber à la renverse. La délicatesse du trait de Colette Portal sublime les fourmis et elle parvient à renforcer la beauté naturelle de ces insectes frêles et graciles. Quelle élégance, quelle mesure et quel travail dans les détails !

C’est drôle parce qu’on dirait que le monde des fourmis possède les éléments d’une bonne histoire pour enfants: les notions de roi et reine, les galeries souterraines, l’importance du groupe, les provisions à faire, la guerre, etc. Bref, cet univers leur parle et grâce à son style vif, Colette Portal va droit au but sans fioritures. Avec des phrases simples et courtes mais souvent teintées de poésie, Colette Portal nous dit tout ce qu’il y a à savoir sur les fourmis. Je termine avec ses propres mots qui font une parfaite conclusion: « Dans le monde du tout petit peut vivre un royaume… »

Bonus

À la fondation Folon (qui est partie prenante dans la réédition de ce livre) se tient une exposition sur le travail de Colette Portal. Retrouvez toutes les informations ICI.

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Maison d’édition: éditions Michel Lagarde

Année de publication: 1964 (Hatier) puis réédition en 2016

Prix: 16 euros

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Même plus peur

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NOUVEAUTÉ

Selon moi, Même plus peur, le deuxième album de Fleur Oury (le premier est Premier matin, publié chez Les Fourmis rouges et chroniqué ICI) possède avant toute chose une couverture parfaitement réussie. Toutes griffes dehors, l’ours est terrifiant avec ses crocs bien visibles, son attitude menaçante et occupe tout l’espace de la couverture. Il y a des chances que les enfants, tels des petits zombies, soient attirés par cette illustration saisissante et véritablement accrocheuse. Tout comme les adultes d’ailleurs… mais après tout, et si cet ours bâillait en s’étirant ? Les apparences peuvent parfois être trompeuses.

Passons maintenant au titre en lettres capitales et bien marquées (voire gravées) qui appuient véritablement le propos ! Fleur Oury, auteur et illustratrice, s’amuse avec l’expression enfantine « Même pas peur » et joue sur l’ambivalence… Et ça marche, puisque l’on n’a plus qu’une envie quand on a ce livre entre les mains: l’ouvrir et lire l’histoire !

Ours aime terroriser les enfants. Mais seulement voilà, il ne leur fait plus peur depuis quelque temps. Comment régler ce problème ? Ours décide d’aller voir ses confrères effrayants et de les interroger sur leurs techniques pour flanquer la trouille aux enfants. Au programme: le grand méchant loup, l’araignée poilue, le crocodile avec ses trop nombreuses dents, le serpent aussi discret qu’efficace et le puissant, féroce et diabolique tigre. Rien que ça !

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© Fleur Oury pour le Seuil jeunesse

Même plus peur est un livre sur la peur bien entendu, mais aussi sur les idées reçues que tout le monde possède à propos de certains animaux (et d’autant plus les jeunes enfants). Fleur Oury utilise ces codes connus de tous sur les animaux effrayants tout en jouant sur le décalage. Écoutez donc cette étrange confession du grand méchant loup: « Malheureusement, je ne vais pas pouvoir t’aider, dit le loup. Après avoir été découpé vivant par le Petit Chaperon rouge, cuit à la marmite par les trois petits cochons et rempli de cailloux par les sept chevreaux, moi non plus je ne fais plus peur à personne. » Plutôt déroutant, non ? Quant à l’araignée, elle n’a plus le temps de faire peur à quiconque car son plus redoutable ennemi est l’aspirateur !

La grande qualité de cet album est l’équilibre entre la peur et le réconfort ressentis par les enfants à la lecture. On se promène entre les pages mettant en scène les plus redoutables animaux dans des attitudes et des positions qui font « vraiment » peur (les enfants adorent !) et l’instant d’après, cet effet est contrebalancé par un aveu touchant ou drôle de l’animal en question qui ne paraît plus si terrifiant… Les enfants passent donc par une palette assez large d’émotions avec des hauts et des bas au cours de la lecture de Même plus peur, bref ils vibrent et c’est donc un excellent moyen de dédramatiser la peur de certains animaux !

Avec ce deuxième album, Fleur Oury confirme ses nombreux talents: une narration parfaitement menée, des illustrations douces faites aux crayons de couleur avec de très beaux dégradés et la représentation de la nature dans toute sa splendeur. À noter aussi la très jolie fin qui fait preuve de beaucoup de tendresse… Bonne lecture !

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Maison d’édition: Seuil jeunesse

Année de publication: 2016

Prix: 12,90 euros

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Je suis la méduse

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NOUVEAUTÉ

Amateurs de beaux livres atypiques, ce livre est fait pour vous !

Un grand format pour mettre en valeur les superbes illustrations d’Alexandra Huard faisant une large place au fluo et un texte intelligent, sensible et singulier de la prolifique Béatrice Fontanel. Je suis la méduse donne la parole à cet étrange animal aussi fascinant que terrifiant: « Je vogue, je flotte, m’évase et dérive, évitant de m’envaser. Je ricoche et j’effiloche mes froufrous au fil des flots. […] Je gonfle ma cloche, puis la rétracte. C’est ainsi que se meuvent les méduses. J’ébouriffe de temps en temps ma traîne de dentelles. »

Oui, la jeune méduse nous raconte ses premiers pas: ses danses sous-marine et les gros baisers brûlants qu’elle fait discrètement aux nageurs… Ce récit désarmant de sincérité prend le contre-pied en nous livrant les états d’âme de mademoiselle Méduse: « Comment voulez-vous avoir la moindre idée quand vous êtes composée de quatre-vingt-dix-huit pour cent d’eau. De toute manière, je n’ai pas de cerveau. Ni de cœur. »

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© B. Fontanel et A. Huard pour les Fourmis rouges

Un jour, la méduse heurte une petite fille qui se baigne. Mais, sans raison ni sentiments, comment comprendre qu’elle peut blesser ? L’enfant pleure et notre ondulée est plus désolée que jamais: « Ne pleure pas, petite fille ! Ne pleure pas ! Je ne l’ai pas fait exprès. Mais je ne peux pas m’en empêcher. Je ne suis qu’une méduse rose, une guimauve marine, marshmallow des mers, champignon de gélatine. »

Pour la punir de sa piqûre, le père de la petite fille sort la méduse de l’eau et l’abandonne sur le sable. Malgré la peur et la douleur, c’est sa petite victime qui va remettre la jeune méduse à la mer ! Elle a compris son désarroi: « Que j’ai chaud ! Le temps passe et je me dessèche. Un crabe minuscule me monte dessus. Ça me chatouille. Puis il glisse, tombe sur le sable et disparaît derrière un galet. Si j’avais des yeux, je crois bien que je pleurerais. Je le vois, je le sens, la marée descend. La mer s’éloigne de moi. Adieu ma vie, mon berceau d’océan, mes draps d’écume… » La méduse, tout à sa joie de retrouver son élément, nage et nage encore vers le grand large. C’est l’occasion de rencontrer beaucoup d’autres animaux marins et, malheureusement aussi, des bouteilles en plastique et autres détritus.

« Et puis le temps a passé. Je ne sais pas combien exactement, car il n’y a pas d’horloge au fond des mers. » Une fois adulte, la méduse retrouvera l’enfant devenue jeune fille nageant en combinaison de plongée et la reconnaîtra grâce à la cicatrice laissée sur son poignet par la piqûre. Sans yeux, on ne sait pas comment elle fait mais c’est la force des livres pour enfants, tout est possible ! Bref… Ces retrouvailles sont l’occasion pour la méduse de se faire « pardonner » et de remercier la jeune fille en lui offrant une magnifique danse sous-marine rien que pour elle: « Sans me lasser, j’ai continué de valser et de gonfler mon tutu de gelée. » Et il y a même une petite surprise qui sublime ce grand final ! Je vous laisse la surprise…

Entre documentaire et fiction, Béatrice Fontanel nous offre un conte écologique et poétique écrit dans une langue de grande qualité. Pour ce très beau texte, il fallait des illustrations à la hauteur et le talent graphique d’Alexandra Huard. De la grâce, de la minutie et une énergie qui apportent une vraie lumière à l’héroïne peu commune de cet album. Je suis la méduse est un très beau livre pour enfants que les adultes seront aussi fiers de mettre dans leur bibliothèque…

BONUS

Un petit dessin animé de présentation de l’album Je suis une méduse (réalisé par Alexandra Huard et Julien Thomas):

Et je vous recommande aussi la visite du site Internet très fourni de l’illustratrice, Alexandra Huard.

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Maison d’édition: Les Fourmis rouges

Année de publication: 2016

Prix: 17,90 euros

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Le capitaine étoile-de-mer

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NOUVEAUTÉ

Le capitaine étoile-de-mer est une merveille absolue de tendresse, d’inventivité et de poésie ! Excellent album venant d’Australie (les éditions Penguin), Sarbacane a eu la bonne idée de vouloir le présenter aux jeunes lecteurs français.

Nathan a peur de l’échec et du regard des autres. Pourtant, il a envie de faire beaucoup de choses comme participer à une course, se déguiser pour un anniversaire ou encore défiler à l’école. Cependant, le petit garçon finit toujours par se décourager et fait machine arrière. Oui, de trop grands projets pour de si petites épaules !

Il a de la chance d’être entouré et soutenu par ses parents (ainsi que son lapin en peluche) qui l’accompagnent sur le chemin de la confiance et de l’estime de soi. Quel que soit le temps que ça prendra… Nathan n’a plus envie d’être le capitaine étoile-de-mer pour le concours de déguisements à l’école, qu’à cela ne tienne, sa mère l’emmène à l’aquarium pour une visite particulière qui va résonner profondément chez le petit garçon !

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© Davina Bell et Allison Colpoys pour Sarbacane

Ce bel album est inspiré, sensible et délicat. Le texte de Davina Bell est mesuré et va à l’essentiel touchant au cœur des sentiments. Elle décrit très bien le malaise que tant d’enfants ressentent au moment de se déguiser ou de se dépasser:  » Cette impression, Nathan la connaît bien, et il ne l’aime pas du tout. » Le personnage du petit garçon timide et à la tête baissée est très attachant et relève la tête au fur et à mesure de l’histoire. C’est un vrai plaisir de faire ce cheminement avec lui… Surtout avec de si belles illustrations ! Les dessins de l’illustratrice Allison Colpoys sont saisissants de délicatesse et d’harmonie. Avec cinq couleurs et un style très évocateur, on se laisse emporter par son univers très créatif et élégant.

J’apprécie particulièrement l’alternance entre les pages avec une grande place faite au blanc et d’autres très colorées, remplies et fourmillant de détails. C’est surtout le cas pour l’exploration du monde sous-marin où les enfants peuvent (re)découvrir requin, poisson, méduse, hippocampe, étoile de mer et bien d’autres choses encore !

Dans la chambre de Nathan, pas de toile de Jouy sur les murs, mais on trouve des cow-boys vigoureux et en pleine action. Contrairement à lui, ils représentent le courage et la virilité. Témoins silencieux des états d’âme de Nathan, ils font d’excellents confidents auprès de qui Nathan puise de la force et leur raconte ses rêves, ses envies, ses espoirs…

Sur fond de déguisements et d’animaux (thèmes chers aux enfants), cet album leur parle aussi d’estime de soi et de soutien familial. Le capitaine étoile-de-mer est une très belle histoire qui séduit aussi bien les grands que les petits. Plongez dans l’univers de Davina Bell et Allison Colpoys, deux artistes australiennes à suivre de près !

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Maison d’édition: Sarbacane

Année de publication: 2016

Prix: 14,90 euros

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La Reine des truites

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À PARAÎTRE le 15/06

La Reine des truites est à glisser dans la valise juste avant le départ pour les grandes vacances, c’est vraiment le livre d’été par excellence ! Et vous pouvez même le lire avant pour le plus grand plaisir des enfants en leur parlant de chaleur, de baignade, de rencontres, de liberté et autres réjouissances de l’été… Étant donné notre météo actuelle, on a bien besoin d’un peu de soleil même si c’est (juste) dans un livre !

Sandrine Bonini et Alice Bohl nous emmènent faire une virée du côté d’un endroit sacré: le territoire d’une petite fille, Florie, plus connue sous le nom de la Reine des truites. Un frère et une sœur en vacances, Ismaël et Suzie, font faire sa connaissance et découvrir les règles que cette dernière a établies ainsi que les sbires sous les ordres de la fillette. Mais, quelle est donc cette étrange enfant coiffée d’une grande couronne de feuilles qui a décidé que personne ne devait se baigner dans la rivière ? Et surtout, pourquoi ? Il fait une telle chaleur… Ismaël et Suzie, eux, n’ont qu’une idée en tête: une bonne baignade. Arriveront-ils à transformer leur rivalité en amitié, à dépasser leurs différences, pour enfin jouer ensemble et profiter de l’été ?

Le texte de Sandrine Bonini est très vivant car entièrement constitué de dialogues et au plus près des préoccupations enfantines. Dans ce livre illustré où il y a une grande liberté de forme, les enfants lecteurs sont séduits par l’aspect ludique et coloré (il y a différentes couleurs de texte ainsi qu’une police manuscrite). L’auteur a très bien su retranscrire les échanges que les enfants peuvent avoir entre eux. Cette vérité dans les rapports, que ce soit dans la tendresse ou la rivalité, est l’un des points forts du livre. De plus, son format assez généreux permet d’aller au fond des choses et de comprendre les enjeux des relations au sein de cette bande d’enfants.

Dans une forme originale mêlant saynètes et pleines pages illustrées, Alice Bohl nous offre des très jolies illustrations délicates et rendant grâce à la nature dans toute sa splendeur. Les enfants du livre, respectivement la bande des Truites et celle des Capricornes, sont crédibles et attachants. On suit avec joie leurs aventures sur fond d’affrontement, de rire, de peur, de jeux et de secret, des thématiques chères aux enfants. Les plus grands lecteurs (7 à 9 ans) pourront lire seuls La Reine des truites et pour les plus jeunes (4 à 7 ans), les adultes se plongeront avec plaisir dans ce livre pour une lecture partagée qui les renverra peut-être à des souvenirs d’enfance de vie à la campagne…

N’hésitez pas à faire la connaissance de La Reine des truites !

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Maison d’édition: Grasset Jeunesse

Année de publication: 2016

Prix: 15,20 euros

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Enfants cherchent parents trop bien (pas sérieux s’abstenir !)

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Il y a quelque temps, l’excellente librairie La Sardine à lire (4, rue Collette dans le 17e) a mis en avant Enfants cherchent parents trop bien (pas sérieux s’abstenir !) paru en 2014 et c’est à cette occasion que j’ai découvert ce livre. Elisabeth Brami, psychologue et auteur prolixe pour enfants, et Loïc Froissart (dessinateur génial et loufoque) ont su allier leur talent pour nous donner un livre drôle et singulier.

Sous forme de recueil contenant une quarantaine de petites annonces, des enfants (filles et garçons) entre 2 ans et 13 ans et demi expliquent ce qu’ils recherchent avec la franchise qui les caractérise… Tous les enfants ont envie, un jour ou l’autre, de changer de parents. Oui, trouver une maman ou un papa idéal(e) ou tout simplement mieux adapté(e) à leur petite personne: « Fille, 6 ans, ayant trop peur de l’eau, cherche maman ou papa nageur mais très patient, pour l’emmener en douceur à la piscine. Profs de sport exigeants et frustrés olympiques s’abstenir » ou encore « Garçon, 8 ans, nul en maths, cherche père non matheux et non violent. Âge, profession et origines indifférents. Papa chinois avec boulier accepté. »

Le format court et très rythmé séduira même les récalcitrants à la lecture: une ou deux annonces par double-page et un style télégraphique percutant. Les connaisseurs d’Elisabeth Brami reconnaîtront sa plume directe et bien sentie, voilà une auteur qui s’adresse aux enfants avec une grande justesse et une liberté de ton qui séduit le plus grand nombre…

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© E. Brami et L. Froissart pour le Seuil jeunesse

Chaque annonce est donc accompagnée d’une seule illustration qui doit tout dire ! Le défi est relevé avec brio par l’illustrateur Loïc Froissart: dans un style moderne et nuancé, il nous offre des tranches de vie qui donnent sens au texte de l’annonce. Sa plus grande qualité réside, selon moi, dans la force des détails qui plongent vraiment les lecteurs dans un quotidien très marqué et réaliste.

L’humour est au centre de ce livre et permet de faire passer des messages importants comme dans l’annonce suivante: « Fille, 9 ans, sans frères, cherche papa gâteau n’ayant que des gars et en manque de fille. Attention: pas pour faire la bonniche. Machos profiteurs s’abstenir ! » Il met aussi le doigt sur des sujets sensibles avec un garçon aimant la danse à la recherche de parents qui comprendraient que ce n’est pas « que un truc pour les filles » et qui accepteraient de l’inscrire à un cours sans se moquer. Et dans quelques cas, il est question de sujets graves comme la séparation des parents, ceux qui s’éloignent de la vie de leur enfant et les adultes qui refont leur vie… ainsi que la violence à la maison. Bref, autant de situations légères ou compliquées dans lesquelles les enfants peuvent se retrouver. Ce livre permet d’aiguiser l’esprit critique du lecteur, le soutenir dans son combat quotidien d’enfant (arrêter de sucer son pouce, faire accepter à ses parents qu’il est végétarien), l’aider à se questionner sur le comportement des adultes et même celui de ses propres parents, voire sur le parent qu’il deviendra plus tard.

Information importante: je vous recommande de ne pas lire ce livre aux enfants de moins de 7 ans car la lecture peut secouer un peu (thème de la maltraitance) et il est aussi question de dévoiler qui se cache derrière les cadeaux de Noël ! Mon Dieu, moi aussi, j’ai du mal à l’écrire noir sur blanc… Mais, bon, vous voyez bien de qui je parle, non ?!

Enfants cherchent parents trop bien (pas sérieux s’abstenir !) est un album drôle, sérieux et tendre, qui ne mâche pas ses mots, pour favoriser les débats en famille dans la bonne humeur.

Si vous voulez en savoir plus sur le travail de l’illustrateur Loïc Froissart, n’hésitez pas à aller voir son SITE !

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Maison d’édition: Seuil jeunesse

Année de parution: 2014

Prix: 13,50 euros

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Au bureau des objets trouvés

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NOUVEAUTÉ

Au bureau des objets trouvés est un très bon livre à lire et/ou à offrir aux enfants entre 3 et 5 ans. Pourquoi ? Parce que l’auteur et illustratrice japonaise Junko Shibuya a su rassembler tous les éléments qui plaisent aux enfants (filles et garçons) de cette tranche d’âge. Tout d’abord, l’histoire est assez originale pour retenir leur attention: il s’agit de Monsieur le Chien qui travaille au bureau des objets trouvés de son village. Vous imaginez bien qu’un tel lieu est un terrain de jeu incroyable pour un album jeunesse ! Quels genres d’objets y a-t-il ? À qui peuvent-ils bien appartenir ? Est-ce que leurs propriétaires vont retrouver leurs affaires ? Et, enfin, quel rôle va tenir Monsieur le Chien ?

Le livre s’ouvre sur la récolte matinale de Monsieur le Chien: « Chaque matin, c’est lui qui ramasse les objets abandonnés sur la route, dans le parc, au bord de la rivière ou dans la forêt. » Une fois toutes les affaires disposées sur les étagères de sa petite cabane bleue, il attend…

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© Junko Shibuya pour Actes Sud junior

Monsieur le Chien ne va pas tarder à recevoir de la visite. Différents animaux complètement désemparés se présentent à son bureau à la recherche de quelque chose voire d’une partie d’eux-mêmes. Les enfants à qui l’on raconte cette histoire sont sous le charme de cette mise en scène qui pourrait ressembler à l’un de leurs jeux. De plus, on le sait tous, les enfants a-d-o-r-e-n-t les animaux surtout ceux tout tristes qu’il faut aider à aller mieux. Heureusement que Monsieur le Chien est là et il a plus d’un tour dans son sac… enfin sur ses étagères plutôt !

Quelle joie donc pour cette limace de retrouver sa maison ronde comme un tourbillon, de la mettre sur son dos afin de redevenir un escargot ! Un gros chat orange se transforme immédiatement en lion en enfilant sa grosse écharpe (crinière) et un chevreau avec un bon gros pull se métamorphose en véritable mouton.

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© Junko Shibuya pour Actes Sud junior

Le principe avant/après fonctionne très bien auprès des enfants: de nus et tristes, les animaux se retrouvent habillés et ravis ! Les enfants qui aiment tellement se déguiser (sauf certains irréductibles) se régalent des évolutions des personnages et la palme du meilleur costume est attribué à l’ours blanc ! Oui, avec son cache-oreilles noir, ses lunettes noires, son gilet noir et ses bottes noires, il devient un… panda. Totalement jubilatoire, les enfants en redemandent ! À la maison ou en classe, rien ne vous empêche de prolonger la lecture en dessinant les animaux du livre avec ou sans leur pelage (ou autre accessoire) et d’imaginer d’autres cas: par exemple, un zèbre sans ses rayures ressemble à un petit cheval…

Le livre pourrait s’en tenir là, mais Junko Shibuya nous réserve une surprise à la fin de l’album. Et s’il se cachait quelqu’un d’autre derrière Monsieur le Chien ? Qui est-il réellement et pourquoi travaille-t-il au bureau des objets trouvés ? Cette fin inattendue et très originale donnera forcément aux enfants de lire à nouveau Au bureau des objets trouvés avec un nouveau regard sur le récit. Oui, c’est un album ludique où les petits lecteurs s’amusent à deviner quel animal en cache un autre.

Retrouvez le travail de Junko Shibuya sur son SITE Internet !

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Maison d’édition: Actes Sud Junior

Année de publication: 2016

Prix: 13,80 euros

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Sans ailes

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Tout d’abord, il y a eu l’annonce de la publication de Sans ailes au mois de mars, puis ma première lecture de ce livre et les autres qui ont suivi. Je suis tombée sous le charme dès le début et pourtant, j’ai repoussé plusieurs fois le moment d’en parler… Pourquoi ? Parce que ce livre fait partie des livres qu’on aime mais dont il est difficile de dire pourquoi et comment. Oui, parler de Sans ailes n’est pas évident alors je vais faire de mon mieux en essayant de vous donner envie de le découvrir…

Sans ailes est un album mystérieux. Tout d’abord, son titre évocateur et neutre à la fois appuyé par une belle couverture minimaliste donne immédiatement envie d’en savoir plus. Ici, il est question d’un petit personnage qui mène sa vie avec ses anges gardiens au-dessus de sa tête: trois étoiles alignées. Malheureusement, un cyclone les emporte et le voilà désemparé. Tout son équilibre est remis en cause… Mais sans ailes, comment partir à leur recherche ?

Il part tout de même, à pied, et la quête commence: « Je ne suis pas grand, pas costaud, mais il fallait que je les retrouve. À petits pas, sans savoir où. Je savais bien que je les chercherais longtemps. »

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© Thomas Scotto et Csil pour les éditions À pas de loups

Bien entendu, ce long cheminement permet à notre petit héros de découvrir de nouveaux endroits ainsi que des personnes aux conseils plus ou moins avisés. Il connaît l’espoir, le découragement et la colère jusqu’aux retrouvailles finales. Le très beau texte de Thomas Scotto est empreint de subtilité et de sous-entendus que le lecteur voudra ou pourra bien voir. À la lecture de Sans ailes, le champ des possibles s’ouvre et l’on glisse dans une histoire vraiment particulière. On pense forcément à l’homonymie de « sans ailes » et on ne finit pas de se demander qui pourrait bien se cacher (ou non) derrière « elles »… Faut-il voir plus que de simples étoiles ? Les avis divergent et la meilleure des réponses est que, selon moi, la question reste ouverte.

Bien entendu, je vous encourage à lire cet album pour la beauté du texte écrit par le poète (si, si…) Thomas Scotto. Mais, pas seulement… Ses mots sont formidablement accompagnés par les dessins de Csil qui est une illustratrice au talent rare. Tout est si personnel et délicat dans son trait: ses personnages qui ne ressemblent à aucun autre, ses maisons ultrabasiques mais très esthétiques et sa représentation gracile de la nature. J’apprécie beaucoup son travail fait de nuance et de précision jusqu’à sa façon d’occuper l’espace dans la page et de si bien gérer la place du blanc… Lisez ce livre qui vous donnera des ailes !

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Maison d’édition: À pas de loups

Année de parution: 2016

Prix: 16 euros

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Petit manuel pour aller au lit

Petit manuel pour aller au lit

NOUVEAUTÉ

Après l’excellent Petit manuel pour aller sur le pot (chroniqué ICI), Paule Battault et Anouk Ricard nous proposent un nouvel album décalé, très drôle et bien fait qui aborde une thématique importante pour les tout-petits (et leurs parents): l’heure du coucher.

Prenant le ton didactique du manuel mais faussement autoritaire, l’auteur utilise des codes bien précis pour faire comprendre à l’enfant qu’il est temps de dormir. On passe par le circuit classique brossage de dents-pipi-histoire-bisous et maintenant, au lit ! Mais l’angle, lui, est tout sauf classique: l’humour et l’ironie sont de la partie.

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© Paule Battault et Anouk Ricard pour le Seuil Jeunesse

Lorsque les deux mots fatidiques tombent « AU LIT ! », l’enfant fait des pieds et des mains pour échapper à ses parents. Bien des parents y verront une scène familière de leur quotidien où non, ils n’ont pas du tout mais vraiment pas du tout envie de faire une partie de cache-cache à 20 heures ! Parce que les enfants aiment tester leurs parents (sans blague) et vérifier les limites, ils tentent le tout pour le tout en sachant pertinemment qu’ils vont finir au lit… Et si la crise du soir faisait partie intégrante du rituel du coucher au même titre que l’histoire ?

Dans Petit manuel pour aller au lit, les parents rentrent dans le jeu de leur fils pour mieux asseoir leur autorité et décident de faire passer le message avec humour en forçant le trait. Alors, comme vous pouvez le voir sur la double-page ci-dessous, il est question de transformation en oignon, de prison et de dragon. C’est terrible, non ? Mais, tellement terrible que ça en devient drôle et je vous rassure, aucun enfant lecteur n’y croira vraiment… Comme me l’a très justement dit ma fille de presque 5 ans: « Un doudou, c’est pas une vraie personne, ça peut pas aller en prison ! » Ici, le principe de l’exagération est utilisé (on pourra aussi noter le travail poétique avec les rimes pour alléger l’ensemble) et les enfants (et les adultes) se régalent !

Pour appuyer mon propos, je cite le grand Tomi Ungerer, véritable référence de la littérature jeunesse: « Il faut traumatiser les enfants. » (Cette phrase est tirée d’un article de Télérama à retrouver ICI). Bien entendu, le terme « traumatiser » est à comprendre dans le sens de « marquer », donner des histoires et des images fortes pour aider les enfants à se construire en accord ou en opposition avec ce qu’ils lisent.

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© Paule Battault et Anouk Ricard pour le Seuil Jeunesse

Une fois le cirque terminé et que l’enfant a compris qu’il devait aller dormir, tout n’est que joie & plaisir ! Le passage par la salle de bains et les toilettes peut être un moment drôle et l’enfant peut aussi s’amuser à dire au revoir, bonne nuit aux objets de la maison et même à son pipi dans le pot ! Voici un petit extrait du texte: « Tu peux rejoindre ta chambre en rampant comme un serpent, à pas de géant, à reculons ou à petits bonds… Il y a plusieurs façons d’aller au lit ! »

Et le meilleur pour la fin, l’histoire et les bisous ! Même s’il y a beaucoup d’humour dans ce petit album, la tendresse tient aussi une place essentielle… C’est un aspect important, car n’oublions pas que ce livre s’adresse aux jeunes enfants (2-5 ans). On sent que l’auteur Paule Battault connaît très bien les petits enfants et sait parfaitement quels mots employer pour s’adresser à eux. Entre deux blagues, elle encourage leur autonomie avec des phrases comme « C’est le moment de s’endormir tout seul comme un grand. »

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© Paule Battault et Anouk Ricard pour le Seuil Jeunesse

Pour accompagner ce texte bourré d’humour, il fallait le talent incomparable d’Anouk Ricard. Quel bonheur de retrouver sa famille de chiens ! Les personnages sont irrésistibles de drôlerie et sont uniques en leur genre. L’illustratrice possède un style très visuel, parlant et coloré qui séduit aussi bien les grands que les petits… La page ci-dessous est ma préférée de l’album ! L’alliance du texte et du dessin est parfaite.

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© Paule Battault et Anouk Ricard pour le Seuil Jeunesse

Je ne vous dévoile pas complètement la fin, mais je ne résiste pas à l’envie de vous dire que les lecteurs vont plonger dans le rêve psychédélique du jeune chien ! Et je peux vous affirmer que chaque enfant parviendra à se projeter avec délice…

Selon moi, Petit manuel pour aller sur le pot est un livre vraiment réussi car il parvient à lier l’aspect « éducatif », un humour de qualité et les adultes rient autant que les enfants. Bref, de quoi satisfaire tout le monde sur tous les plans ! Pourquoi s’en priver ? Je ne sais pas vous mais moi, j’attends avec impatience un troisième manuel du duo Battault/Ricard…

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Maison d’édition: Seuil Jeunesse

Année de parution: 2016

Prix: 9,90 euros

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Actualité brûlante !

Sur les réseaux sociaux, un petit groupe de détracteurs sous couvert d’être des « mamans bienveillantes » a décidé que Petit manuel pour aller au lit était un livre dangereux qui devrait être interdit, que le Seuil Jeunesse avait complètement perdu la tête en publiant pareil ouvrage et que l’auteur Paule Battault avait sûrement un esprit dérangé voire malade… On pourrait rire de cette polémique complètement délirante si les accusateurs n’étaient pas aussi agressifs, à côté de la plaque et totalement dénués d’humour. Selon eux, les enfants ne comprendraient pas le décalage présent dans l’album et pourraient, à la lecture de ce petit livre, être complètement traumatisés… Que répondre à tant de bêtise ? Par solidarité avec le Seuil Jeunesse, Paule Battault et Anouk Ricard, j’ai acheté Petit manuel pour aller au lit au lieu de demander à le recevoir en service de presse par la maison d’édition. Et je ne peux que vous encourager à acheter, offrir, lire et conseiller cet album !

CONCOURS

Avec le Seuil Jeunesse, nous avons décidé de vous offrir Petit manuel pour aller au lit ainsi que Petit manuel pour aller sur le pot. C’est pas une bonne nouvelle, ça ? Pour cela, il vous suffit de répondre à la question suivante: « Quelle est la pire excuse de votre enfant pour ne pas aller se coucher ? » Vous avez jusqu’au 25/05 à minuit. Vous pouvez répondre sur le blog en commentaire ainsi que sur ma page perso Facebook ou sur la page Facebook du blog. Bref, vous avez le choix mais petite précision: aucune restriction dans les réponses et humour allant du premier au quatorzième degré bienvenu !

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Le Bureau des poids et des mesures

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NOUVEAUTÉ

Pour leur première collaboration, Anne-Gaëlle Balpe et Vincent Mahé nous offrent un livre tendre et élégant. Dans cet album, le fils de Marcel Gramme nous raconte le travail de son père. Ingénieur prédestiné au bureau des poids et des mesures, monsieur Gramme est chargé de vérifier qu’une minute dure bien une minute, qu’un mètre mesure bien un mètre et que trois plus trois est toujours égal à six…

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© A-G Balpe et V. Mahé pour Milan

Mais quand les sentiments rentrent dans l’équation, tout se complique ! Le jour où le fils de monsieur Gramme rentre avec le sourire à l’envers, notre scientifique est perdu voire désemparé. Comment mesurer les sentiments ? C’est donc le nouveau défi que se lance l’ingénieur avec l’aide de son fils… Grâce à un compas mesurant les sourires, le pleuromesureur pour mesurer le chagrin et même un instrument pour quantifier l’amour, père et fils progressent sur le chemin de la découverte. Cependant, il reste encore des sentiments flous comme la peur, la jalousie ou la gourmandise. Vous pouvez compter sur le travail et l’imagination débordante du duo pour mettre au point toutes sortes de machines pour leur propre utilisation, puis pour toute la ville !

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© A-G Balpe et V. Mahé pour Milan

Dans ce livre, l’auteur Anne-Gaëlle Balpe a créé un univers aussi drôle que poétique et les jeux sur le langage sont très réussis. Je vous laisse découvrir tous les noms et particularités des machines plus incroyables les unes que les autres ! Au-delà d’une belle histoire, ce livre est aussi une bonne façon de mettre en pratique les notions de quantité et de mesure. Mais, à trop mesurer les choses, les problèmes éclatent chez tout le monde… Chacun passe son temps à étudier et à mesurer les sentiments des autres, les reproches se mettent à pleuvoir et les gens passent plus de temps à se mesurer qu’à se parler ! Marcel Gramme et son petit assistant rectifient le tir et le grand final offre aux lecteurs une belle surprise…

Des illustrations aussi belles que l’image de couverture, Vincent Mahé nous réjouit avec son style très années 60 et nous plonge dans l’univers burlesque de Jacques Tati. Oui, Le Bureau des poids et des mesures est un superbe ouvrage vintage très coloré, lumineux avec des illustrations très travaillées (jusqu’au moindre détail, ouvrez bien les yeux !) desquelles il se dégage une grande gaieté. Et le tout dans un grand format qui sert à merveille le travail de Vincent Mahé !

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© A-G Balpe et V. Mahé pour Milan

Voilà typiquement le genre de livre qui rassemble petits et grands: les adultes apprécient l’esthétique soignée ainsi que l’aspect éducatif et les enfants s’amusent de tant d’inventivité et tombent sous le charme de ce grand papa bricoleur et loufoque. Bref, je vous conseille cette histoire qui parle de sentiments aux enfants (à partir de 6/7 ans) d’une façon très originale.

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Maison d’édition: Milan

Année de parution: 2016

Prix: 14,90 euros

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Buffalo Belle

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NOUVEAUTÉ

Buffalo Belle d’Olivier Douzou est un ouvrage singulier et fort. Disons-le tout de suite, c’est un album qui s’adresse aux grands enfants et adolescents pouvant comprendre et apprécier les jeux de mots ainsi que la thématique abordée. Voici l’histoire: il s’agit d’Annabelle, une jeune fille, qui (depuis toujours) ne se sent pas à l’aise dans sa peau de fille. Au-delà de l’histoire, l’auteur et illustrateur Olivier Douzou livre un véritable exercice de style puisqu’il s’est amusé à interchanger il et elle dans le texte pour donner plus de force à son propos.

«On m’appelait Annabil

Je m’appelais Buffalo Belle»

On se prend vite au jeu et la lecture reste fluide. Par le biais de ce système, Olivier Douzou va interroger la question du genre sur le fond et sur la forme. Se sentir différent commence souvent, pour les enfants, par une attirance pour certains jeux réservés à l’autre sexe: « Petite, j’avais un vrai penchant pour les lassos les colts et les fuselles ». De l’enfance jusqu’à l’adolescence, on suit le parcours, les hésitations puis on assiste à l’affirmation d’Annabelle. Les illustrations en noir et blanc sont magnifiques et très puissantes. De plus, les croquis avec leur aspect crayonné donnent un vrai sens esthétique à l’album et offrent aux lecteurs une originalité de traitement.

Au dos du livre, une phrase simple et forte d’Annabelle/Buffalo Bill à l’image de l’album: «Je suis ce que je suis, je serai ce que je veux.» L’album Buffalo Belle est un ouvrage dans lequel réside une grande liberté. Et c’est très émouvant de voir une enfant, puis une jeune fille se chercher et se trouver. L’ambiguïté, difficile à traiter, est mise en lumière par des mots et des images simples. Le tout est élégant et très sobre.

Je vous joins l’interview passionnante d’Olivier Auzou (à retrouver sur le site du Rouergue):

Un exercice de style fascinant sur les ambiguïtés du genre

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Maison d’édition: Le Rouergue

Année de publication: 2016

Prix: 12 euros

 

LECTURE CROISÉE

À la lecture de Buffalo Belle, j’ai immédiatement pensé à Histoire de Julie qui avait une ombre de garçon de Christian Bruel et Anne Bozellec datant de 1975 et réédité plusieurs fois (chez Thierry Magnier pour la dernière en date). Cet album met en scène une petite fille «garçon manqué». Non, elle ne correspond pas à l’image standard de la petite fille au grand dam de ses parents…

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Julie est impolie, déterminée et pas très douce… Et ses parents lui reprochent en permanence: «Tu es insupportable ! Toujours à dire de vilains mots, toujours en train de tomber, toujours prête à faire une bêtise.» À force d’être traitée de «garçon manqué», voilà que Julie se réveille un beau matin avec une ombre de garçon ! Cette nouvelle ombre ne plaît pas à l’enfant, néanmoins cette différence va l’amener à s’affirmer et à revendiquer sa personnalité. Pas forcément être une fille à tout prix, mais marquer sa propre identité: être elle-même, Julie. En parallèle, Julie va faire la rencontre d’un (vrai) garçon qui va se révéler être son double au masculin. Oui, lui, c’est une «fille manquée»… Ils vont unir leur colère et leur réflexion. Voici leur échange dans lequel il y a un jeu sur le langage comme dans Buffalo Belle d’Olivier Douzou :

– Tu sais, moi, tout le monde me dit que je suis un vrai garçon manqué. Les gens disent que les filles, ça doit faire comme les filles, les garçons, ça doit faire comme les garçons. On n’a pas le droit de faire un geste de travers. Tiens, c’est comme si on était chacun dans son bocal.

– Comme pour les cornichons ?

– Oui, comme pour les cornichons. Les cornifilles dans un bocal, les cornigarçons dans un autre, et les garfilles, on ne sait pas où les mettre. Moi, je crois qu’on peut être fille et garçon, les deux à la fois si on veut. Tant pis pour les étiquettes. On a le droit !

– Tu crois ?

– Bien sûr qu’on a le droit.

Cet album a marqué la littérature jeunesse au moment de sa parution, car le thème du genre était moins abordé que de nos jours. Il est plus que jamais d’actualité et je vous conseille de lire Histoire de Julie qui avait une ombre de garçon si vous ne le connaissez pas déjà… Au-delà du genre sexuel, ce livre parle d’une enfant qui ne correspond pas aux attentes de ses parents et qui se sent incomprise au sein de sa famille. Avec trois couleurs (blanc, noir et rouge) et des illustrations travaillées se rapprochant du roman graphique, cet album unique parle à plusieurs générations avec l’idée de ne pas se sentir à sa place. Ici, on accède véritablement aux sentiments profonds de Julie avec un texte vrai et poétique osant beaucoup de choses…

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GROS mensonges

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NOUVEAUTÉ

Le dernier album de Clothilde Delacroix a pour thème les mensonges d’enfant. Enfin… Ici, il est question d’une petite lapine et la première chose à dire, c’est que l’on craque immédiatement sur cette lapinette penaude avec ses oreilles tombantes et son air gêné ! Animal fétiche de l’illustratrice (et auteur), la lapine peut représenter n’importe quel enfant… et l’identification ne pose aucun problème aux jeunes lecteurs.

Prenant au pied de la lettre le vieil adage « Faute avouée est à moitié pardonnée », la petite lapine est bien décidée à avouer ses nombreux mensonges à sa mère. Et la liste est longue… Dès le lever, la voilà prête à soulager sa conscience ! Mais, est-ce que la mère est aussi prête à recueillir toutes les confidences de sa fille ? Pas si sûr…

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© Clothilde Delacroix pour Talents hauts

Ce petit album enchaîne différentes scènettes sur le même modèle: à chaque double-page, la petite lapine avoue un nouveau mensonge à sa mère. D’abord petit puis de plus en plus gros, c’est une vraie escalade… et le principe du crescendo fonctionne très bien. On passe de « Et aussi la fois où j’ai dit que j’adorais ton gratin de brocolis… Ben… C’était pas vrai non plus » à « Et même qu’une fois, j’ai dit à la maîtresse qu’en fait t’étais pas ma maman… » ! On rit beaucoup à la lecture de cette confession. Quant à la mère de la lapine, elle passe par une large palette d’émotions: l’amusement, le dépit et… le quasi-désespoir ! Chaque parent a été confronté, un jour ou l’autre, au(x) mensonge(s) de son enfant et se reconnaîtra dans ces scènes du quotidien.

Grâce à une bonne dose d’humour qui dédramatise les petits tout comme les gros mensonges et la pirouette de fin tout aussi géniale que mignonne, on se régale à la lecture de cet album. Rythmé, drôle et très juste, cette histoire est bien servie par les illustrations très parlantes et colorées de Clothilde Delacroix. J’ai particulièrement aimé les clins d’œil faits à la carotte, la présence du rouge dans les illustrations et le jeu sur les différentes expressions qui se répondent des deux lapines.

Pour consulter le blog « Dialogues en cours » de Clothilde Delacroix, c’est ICI.

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Maison d’édition: Talents hauts

Année de parution: 2016

Prix: 12 euros

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Doudou où es-tu ?

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NOUVEAUTÉ

Pour débuter la nouvelle collection « Les Maisons de Léon », Marcel & Joachim a choisi Doudou où es-tu ? C’est un très joli petit livre cartonné imaginé par Lorea De Vos, architecte, qui met en scène un petit garçon à la recherche de son doudou perdu. Bien décidé à le retrouver, il va explorer sa maison de fond en comble…

Cette petite enquête est alors le moyen de visiter toutes les pièces de la maison. Comme ce livre s’adresse aux tout-petits (à partir de 2 ans jusqu’à 4 ans), il s’agit donc de nommer chaque pièce, d’en revoir l’utilité pour certaines et les commentaires de Léon sont à la fois tendres et drôles. Un petit exemple: « À la cave ? En bas ? Tout en bas ? Mais il fait noir ici… DOUDOU ? DOUUUUUDOUUUUU ? Quel est ce bruit ? Oh je ne reste pas là, moi ! » Au passage, des messages importants sont adressés comme « les placards de la cuisine sont interdits » et les règles/habitudes de la maison sont glissées ici et là dans le récit.

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© Lorea De Vos pour Marcel & Joachim

Laissez-moi maintenant vous parler de la forme de ce livre…  Sur dix doubles-pages découpées, la maison se construit au fur et à mesure. À droite, une multitude de détails à observer dans la maison et à gauche, une illustration plus simple où l’on voit Léon en situation. Le travail de fabrication est remarquable ce qui en fait un livre délicat, néanmoins le tout est très maniable et résistant aux manipulations pas toujours tendres des petites mains. Il y a une vraie démarche esthétique derrière cet ouvrage, d’ailleurs les adultes amateurs de décoration et de design seront conquis par les décors soignés et le beau mobilier de la maison.

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© Lorea De Vos pour Marcel & Joachim

Pour capter l’attention des plus jeunes, le doudou et la maison sont deux thématiques qui marchent à tous les coups. Ce livre est donc une vraie réussite ! Il se distingue des (nombreux) autres livres sur le même sujet par son originalité, sa beauté et sa finition parfaite. Sans dévoiler un suspense insoutenable, sachez que le petit Léon retrouvera son fidèle compagnon à la toute dernière page et que tout finira bien…

Pour information, vous pourrez retrouver Léon au mois de septembre dans L’École de Léon où il s’agira des chiffres et des couleurs !

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Maison d’édition: Marcel & Joachim

Année de parution: 2016

Prix: 12 euros

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Timide

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NOUVEAUTÉ

Timide est le premier album d’Élodie Perrotin, auteur et illustratrice. Avec un titre pour le moins évocateur, ce livre met en scène une petite fille qui s’interroge: pourquoi a-t-elle souvent honte d’elle-même au point de se sentir ridicule ? D’où vient-sa timidité ? Pourquoi craint-elle autant le regard des autres ? Cette enfant nous livre ses états d’âme avec une sincérité désarmante: « J’admire ceux qui paraissent grands, ceux qu’on entend rire et chanter, ceux qui crient la vie. Et pourtant je suis tout le contraire. » Tous les timides comprendront ce discours… et ce que vit au quotidien la petite fille se cachant sans cesse derrière ses cheveux.

En couverture, en 4e de couverture et dans tout l’album, il y a un magnifique jeu avec la chevelure de l’enfant qui prend des airs de bouclier ou, au fur et à mesure que l’histoire progresse, devient le symbole du véritable envol vers la liberté. Celle de ne plus se cacher, de lever la tête, de s’assumer et d’aller vers les autres…

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© Élodie Perrotin pour la Palissade

Avec une grande finesse et un choix de mots simples, Élodie Perrotin parvient à décrire le sentiment troublant et mystérieux qu’est la timidité. La peur de parler, le rouge aux joues, la voix qui tremble et les hésitations permanentes sont mises en lumière avec intelligence. Le propos de l’auteur est merveilleusement servi par ses illustrations très personnelles et hautement significatives. Il se dégage de ce graphisme épuré une douceur et une poésie qui en font un ouvrage singulier que je vous conseille vivement…

À travers la timidité, Élodie Perrotin touche aux thématiques voisines et intimement liées comme le pouvoir des mots, les personnes bavardes et la place de chacun au sein d’un groupe. On s’attache réellement à la petite fille du livre représentée sans bouche, personnification parfaite de la timidité, qui avance s’interrogeant autant sur la réserve qui la caractérise que sur l’attitude des autres par rapport à eux-mêmes et à elle-même: « Peut-être que la timidité  tombe sur toi au hasard. Il faut bien des gens qui parlent, mais aussi des gens qui écoutent car sinon le monde serait vraiment trop bruyant. […] Je les écoute, je ne pose pas trop de questions de peur de les ennuyer. Mais qui se lasserait de parler de lui-même ? »

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© Élodie Perrotin pour la Palissade

Timide est un très bel album pour tous, mais il peut aussi s’avérer utile pour des enfants un peu ou très timides. Élodie Perrotin parvient à parler aux enfants de ce drôle de sentiment en dédramatisant les choses et elle leur livre un message positif: on s’accepte comme l’on est avec le temps, les choses peuvent évoluer et l’on peut aussi transformer ce « défaut » en qualité. Oui, la timidité peut être mise à profit d’une activité qui nécessite une sensibilité particulière sous-entendant que tout le monde n’est pas obligé de s’exprimer avec des mots. Il y a la peinture, la musique et bien d’autres choses encore… À chaque timide de trouver son moyen d’expression !

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© Élodie Perrotin pour la Palissade

Pour voir le site Internet d’Élodie Perrotin, c’est ICI.

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Maison d’édition: la Palissade

Année de publication: 2016

Prix: 13,50 euros

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Émile range ses livres

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NOUVEAUTÉ

Émile range ses livres est un recueil qui regroupe les dix premières histoires du jeune héros éponyme. Oui, Émile est né en 2012 chez Gallimard Jeunesse Giboulées sous la plume de Vincent Cuvellier et le crayon de Ronan Badel. Pour chaque histoire de la collection, le succès est au rendez-vous car Émile est unique en son genre. Déterminé, original et râleur, ce petit garçon loufoque ne laisse personne insensible. Oui, il a une tronche pas possible, sa meilleure amie est une vieille dame et, c’est un comble pour un petit garçon, il n’aime pas la piscine ! Autant de bizarreries qui font rire les enfants tout comme son style improbable des années 70…

Chez moi, c’est le dernier coup de cœur familial et, pour ceux qui ne connaîtraient pas encore Émile, j’espère vraiment vous donner envie de lire ses aventures… Je pourrais, tout comme mon fils de 8 ans; résumer les choses en disant « C’est génial et drôle ! » mais je souhaite vraiment vous parler du décalage et du deuxième niveau de lecture qui se trouve dans les histoires d’Émile. Une affaire de subtilité pour séduire autant les enfants que leurs parents. Voici ce qu’en dit l’auteur Vincent Cuvellier: « Mes livres ont beaucoup de sens cachés. Le second degré est un mode de communication qu’il faut utiliser très tôt. C’est important et ce n’est pas grave si le lecteur ne comprend pas tout de suite. Je ne fais pas mes livres pour tout mâcher, ce que j’aime c’est amener les gens là où ce n’était pas prévu, les embarquer là où ils ne s’attendent pas à l’être. J’essaie de laisser mes livres dans l’attente, de faire des fins ouvertes. Plus que de travailler sur des thèmes, l’essentiel de mon travail consiste à creuser mon style, à chercher une nouvelle forme de narration à chaque livre. Ce que je creuse depuis mon premier livre écrit à 16 ans, c’est «comment faire pour que l’écriture soit aussi vivante que la parole ?». »

Effectivement, le style de V. Cuvellier est direct et son écriture sans détour. C’est cette franchise qui fonctionne avec les jeunes lecteurs et la grande originalité des thèmes abordés, enfin plutôt le traitement, le point de vue. Lorsque Émile décide d’être invisible, il finit tout nu et la nudité est montrée dans son ensemble pour la plus grande joie des enfants ! Un zizi, ça fait toujours rire… Pas de contrainte morale ou de pudeur mal placée, et c’est vraiment une bonne chose selon moi. Prenons un autre exemple: plutôt qu’un chien ou un poisson rouge, c’est une chauve-souris que veut Émile comme animal de compagnie. Je vous avais bien dit que c’était un original…

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© V. Cuvellier et R. Badel pour Gallimard Jeunesse Giboulées

L’auteur sort des sentiers battus, propose un petit personnage atypique ainsi que des histoires qui sortent de l’ordinaire. Ce parti pris tient à la volonté de Vincent Cuvellier de considérer les enfants à leur juste valeur comme il le dit lui-même: « Quand j’invente un personnage comme Émile, forcément, il y a un peu de moi, un peu de mon fils, un peu de ce que j’aime chez les gamins. Et comme j’ai souvent tendance à penser qu’on parle aux enfants comme à des idiots, j’essaie de ne pas le faire dans mes livres… »

Cependant, n’allez pas croire que les livres de la collection Émile ne sont que originalité et décalage, l’auteur mêle avec intelligence des éléments très classiques de l’enfance: les cauchemars, l’envie d’avoir un plâtre, les déguisements et… l’amour ! Oui, Émile a Julie sa chérie. Notre petit héros a aussi ses petites manies, notamment sa phrase fétiche qui sonne comme un refrain dans le récit: « C’est comme ça, et c’est pas autrement ! » Toutes les histoires sont essentiellement axées sur Émile et même si sa mère est présente (le texte est alors en italique quand elle prend la parole), on ne la voit jamais et dans l’ombre, elle encourage son fils à aller vers les autres et à se faire des amis. Cette mise à distance est un procédé bien connu qui a fait ses preuves et qui permet de mieux se concentrer sur un personnage ou de mieux s’identifier au héros pour les enfants.

C’est le moment de vous parler plus en détail des illustrations de Ronan Badel qui a donné vie au personnage de Vincent Cuvellier: elles sont simples, efficaces, ancrées dans le quotidien et absolument pas dans la suggestion ou la recherche de symboles. Quant au personnage d’Émile, il faut reconnaître qu’il est absolument parfait de drôlerie et de perplexité. Dans un mélange de noir et blanc et de couleurs, Ronan Badel nous livre des décors épurés mettant Émile au centre de ses illustrations. La plupart des histoires se passent chez Émile et dans de rares cas, on part dans le décor d’un livre moyenâgeux ou dans la forêt du cauchemar… pour notre plus grand plaisir.

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© V. Cuvellier et R. Badel pour Gallimard Jeunesse Giboulées

Pour résumer, voici les histoires contenues dans cette compilation (que vous pouvez aussi retrouver de manière individuelle à 6 euros le livre): Émile est invisibleÉmile veut un plâtreÉmile se déguiseÉmile veut une chauve-sourisÉmile a froidÉmile et les autresÉmile fait un cauchemarÉmile. Il est 7 heuresÉmile invite une copineÉmile fait la fête. Et je vous informe que d’autres histoires ont vu le jour: Émile descend les poubelles et Émile et la danse de boxe.

Je vous conseille chacune de ces histoires pour les enfants de 4 à 8 ans qui tomberont sous le charme de l’irrésistible Émile !

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Maison d’édition: Gallimard Jeunesse Giboulées

Année de parution: 2016

Prix: 20 euros

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Jean-Jean à l’envers

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NOUVEAUTÉ

Jean-Jean Fraisier a une triste vie solitaire et bien rangée: boulot, télé, dodo. Un jour, pollué par trop de mauvaises nouvelles, notre petit Monsieur-Tout-le-Monde prend une grande décision: « Puisque le monde était sens dessus dessous, Jean-Jean allait changer du tout au tout. » Adieu la morosité et bonjour la fantaisie ! C’est simple, Jean-Jean fait tout ce qui lui plaît… plus c’est fou-fou et mieux c’est ! Ses habits dans le mauvais sens, il plonge tout habillé dans la baignoire avant d’aller travailler à l’usine de capsules un sourire jusqu’aux oreilles ! Tout devient prétexte à s’amuser comme marcher à reculons, fêter son anniversaire tous les jours ou prendre les repas à l’envers en commençant par le dessert…

La métamorphose de Jean-Jean s’opère sous le regard de sa voisine espionne qui n’en rate pas une miette. Cachée derrière ses jumelles et d’abord très agacée par le manège de son voisin excentrique, Natacha finit par succomber à la gaieté contagieuse de Jean-Jean. De personnage gris et terne, Natacha Rébus (alter ego de l’ancien Jean-Jean) devient lumineuse au contact de ce grand rouquin farfelu… Vous vous en doutez, leur histoire d’amour sera aussi originale que leur rencontre. Dans cette fable, on se réjouit du chemin parcouru par nos deux personnages et on ne boude pas le super happy end ! La fin moderne et décalée est un joli pied de nez aux contes traditionnels, c’est très réjouissant…

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© Émilie Chazerand et Aurélie Guillerey pour Sarbacane

Bravo à l’auteur Émilie Chazerand pour ce petit bijou ! Elle nous offre un texte rempli de bonne humeur, écrit avec poésie et tellement drôle… Et, tenez-vous bien, Jean-Jean à l’envers est un album unique car c’est sûrement le seul livre pour enfants qui parle de Jean-Pierre Pernaut ! Oui, le présentateur du journal de 13 heures himself. Pas banal, non ?

Il se dégage un style léger et très joyeux de cet album, les illustrations d’Aurélie Guillerey sont élégantes et lumineuses. Et le côté rétro lui donne une touche particulière… J’apprécie beaucoup le travail de cette illustratrice dont j’avais déjà parlé ICI. Comme dans Papa à grands pas, on retrouve un grand monsieur plein d’imagination avec les jambes qui sautillent, qui dansent pour nous offrir une histoire pleine de vie.

Jean-Jean à l’envers est vraiment une belle histoire résolument positive que l’on prend beaucoup de plaisir à lire. Un peu d’amour dans ce monde de brutes, c’est toujours bon à prendre !

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Maison d’édition: Sarbacane

Année de parution: 2016

Prix: 14,90 euros

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Maisons-Maison

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NOUVEAUTÉ

Maisons-Maison est un bel et singulier album qui place l’architecture au centre de son récit. On l’a vérifié depuis longtemps, c’est un thème qui intéresse beaucoup les enfants: leur maison, celle des autres, les cabanes, la construction, etc. Sans faire de la grande psychologie, on sait que la maison représente le ventre de la mère, puis la famille au sens large avec les notions de sécurité, de cocon et de protection. Dans bien des histoires, la maison est considérée comme un sanctuaire dans lequel chacun peut se réfugier en cas de danger ou juste pour jouer. Bref, c’est un symbole très fort pour les plus jeunes…

Dans son livre, Élisa Géhin a décidé de raconter l’origine de la maison. Tout comme monsieur Poubelle en eut l’idée un jour, monsieur Maison créa une invention à qui il donna son nom et qui allait révolutionner le quotidien de chacun (surtout les jours de pluie….); il construisit « une invention bien pratique avec des murs, des fenêtres, une porte et un toit. » Les enfants apprécient que chaque élément soit nommé et ils apprécieront aussi de voir de plus en plus de maisons remplir l’espace des pages blanches au fur et à mesure que les pages se tournent…

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© Élisa Géhin pour Thierry Magnier

Cet album nous parle donc de l’invention en tant que telle, mais aussi de l’influence que l’on peut avoir sur les autres… Dans ce livre, tout le monde imite Monsieur Maison et chacun se met à fabriquer sa maison: identique au modèle initial ou complètement différente. Vous verrez, il y en a pour tous les goûts ! Élisa Géhin joue avec l’espace et les multiples habitations se mêlent, s’entremêlent, se défont, s’espacent… Une véritable ville se met en place à tel point que Monsieur Maison est perdu et ne retrouve plus sa maison !

Maisons-Maison est un excellent livre pour parler aux enfants de l’architecture avec simplicité et humour. Et on apprécie aussi le côté un peu décalé et très esthétique du travail d’Élisa Géhin: ses illustrations sont éclatantes, les motifs des différentes maisons sont très beaux et l’ensemble est très coloré. Cet album aborde les notions d’habitat et de ville, puis propose aux enfants une réflexion sur l’ensemble et la place de chacun.

On retrouve avec plaisir l’habitude d’Élisa Géhin de mêler mots et illustrations: ici, « maison » revient encore et encore sur les dessins à l’envers ou à l’endroit, mais toujours là.

Bonus

  • Le site Internet de l’auteur illustratrice: http://mesjeudisamusants.fr/elisa-gehin
  • L’album Maisons-Maison aura son exposition à la galerie-librairie Les Originaux (35 rue Saint-André-des-Arts – 75006 Paris) et le vernissage aura lieu le jour de la sortie du livre, le mercredi 13 avril à partir de 18h30. Vous pourrez voir l’exposition jusqu’au 07/05.
  • Un atelier artistique animé par Élisa Géhin aura lieu le mercredi 27 avril.

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Maison d’édition: Thierry Magnier

Année de parution: 2016

Prix: 15 euros

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Éric Veillé

Éric Veillé est un auteur et illustrateur talentueux dont j’ai envie de parler depuis longtemps. Je vous propose donc de (re)découvrir son travail à travers trois ouvrages: un imagier qu’il a signé seul et deux albums illustrés par Pauline Martin (dont il a déjà été question ICI et ICI sur le blog) publiés par Actes Sud Junior.

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Par imagier, on entend plutôt A comme arrosoir, B comme bateau, C comme crocodile, etc. Mais, ici, rien de classique et c’est plutôt une grande bouffée d’air frais que nous offre Éric Veillé ! Et même plus, car il s’agit d’un imagier après la tempête qui joue sur le principe avant/après décliné à de multiples reprises. Il ne s’agit donc pas d’un imagier pour les tout-petits, mais pour les enfants d’au moins 4 ans ayant le recul nécessaire pour comprendre l’enjeu du livre. Le principe est simple, prenons l’exemple de la première scène qui ouvre le livre: sur la page de gauche, tout va bien, on retrouve les éléments courants de la plage et après la tempête (sur la page de droite donc), rien ne va plus !

Les éléments se sont déchaînés et le résultat est catastrophique: tout est renversé, les fesses sont à l’air, la glace tant convoitée est tombée par terre… Bref, la belle harmonie du début s’écroule et Éric Veillé va au-delà du côté avant/après en mettant en scène des changements très drôles entre les deux images. Les enfants rient de toute cette exagération et ne se lassent pas de faire des va-et-vient entre les deux pages pour constater les dégâts…

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© Eric Veillé pour Actes Sud Junior

Éric Veillé aurait pu s’en tenir à la tempête comme l’indique le titre du livre, mais il a choisi d’explorer d’autres terrains plus drôles les uns que les autres (la cantine, le coiffeur, la bataille, la nuit…). Je vous laisse découvrir le reste qui est bourré d’inventivité et de malice ! Le système de double-page fonctionne très bien et donne une énergie très efficace à l’ensemble. La plus grande qualité de ce livre est l’humour et la capacité à faire rire aussi bien les petits que les grands. L’exemple de la piscine ci-dessous est criant de vérité, non ?

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© Eric Veillé pour Actes Sud Junior

Il n’est jamais trop tôt pour inculquer l’humour aux enfants et Éric Veillé l’a bien compris. Il joue avec ce qui fait le plus rire les enfants, les bouscule un peu au passage et retient donc toute leur attention… Grâce à ce petit livre carré et cartonné, je vous promets une lecture réjouissante. Achetez-le, lisez-le et offrez-le, c’est une valeur sûre ! Et gardez bien les yeux ouverts, vous pourriez revoir prochainement ce petit lion…

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© Éric Veillé pour Actes Sud Junior

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Maison d’édition: Actes Sud Junior

Année de publication: 2014

Prix: 12,50 euros


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J’ai été immédiatement séduite par le titre de cet album, clin d’œil à « la salle des pas perdus » qui, une fois détournée en « bureau des papas perdus »,  devient un incroyable terrain d’exploration pour un album de littérature jeunesse (la référence à l’univers judiciaire s’arrête à ce jeu de mots).

Le livre s’ouvre sur un petit garçon qui a égaré son papa. Heureusement le hasard met sur sa route le directeur du bureau des papas perdus. Dans cet endroit étrange, des papas abandonnés, perdus ou paumés cohabitent en attendant qu’on vienne les chercher. Pour une fois, les enfants ont le pouvoir et les adultes un rôle passif donc nos petits lecteurs jubilent…

À la question du directeur qui veut savoir à quoi ressemble le père perdu, l’enfant se trouve désemparé. L’auteur Éric Veillé a bien su rendre l’incapacité des enfants à décrire leurs parents. Là, nous avons juste droit à « C’est mon papa. » de la part du petit garçon. Et avec tout de même une petite précision, on apprend que c’est lui qui conduit la voiture… Tiens, ça me dit quelque chose !

Avec son idée de base absurde et loufoque, Le Bureau des papas perdus fait l’inventaire non exhaustif (ce serait trop long) de différents pères. Aucun père ne ressemble à un autre et il y en a pour tous les goûts: des petits, des grands, des beaux, des laids, des moustachus, des vieux, des jeunes, des barbus, des danseurs, des mystérieux, des chics, des ploucs, des sportifs, des bizarres qu’on n’a pas envie de connaître et même des papas en pyjama… Le petit garçon de l’histoire se promène dans ce petit monde comme dans un zoo en espérant retrouver son cher papa…

Le bon sens est mis au placard et on lit cette histoire décalée avec plaisir ! Mon préféré, c’est le papa sans noyau qui est vraiment hilarant.

Dans cette histoire, il n’y a aucun personnage féminin pas même la mère du petit garçon. Comme s’il n’avait que son père au monde, il doit absolument aller au bout de sa quête. D’ailleurs, mère ou pas mère, ce n’est pas la question ici. Après tout, c’est juste une histoire sur un fils et son père.

Sur le site d’Actes Sud Junior, n’hésitez pas à regarder la présentation vidéo de l’album Le Bureau des papas perdus: c’est ICI.

Retrouvez l’auteur Éric Veillé et l’illustratrice Pauline Martin pour leur deuxième collaboration: Ma vie en pyjama publié en 2014 à l’école des loisirs.

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Maison d’édition: Actes Sud Junior

Année de publication: 2013

Prix: 13, 90 euros


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Après les papas, Éric Veillé a décidé de s’intéresser aux mamans et signe donc sa troisième collaboration avec Pauline Martin.

Paru au moment de la dernière rentrée des classes, cet album a eu beaucoup de bonnes critiques amplement méritées car il est tout simplement génial. L’entrée en maternelle inquiète beaucoup la petite fille du livre et parce qu’on est dans un livre pour enfants où tout est possible, la maîtresse autorise l’enfant à garder sa maman pour la première journée, un peu comme un doudou géant ! Et oui, c’est un problème de taille car rien à l’école maternelle n’est fait pour une maman…

Elle a besoin de deux chaises, oui, une pour chaque fesse ! Vous savez, ces chaises minuscules sur lesquelles il faut tenir pendant 2 heures de réunion au début de l’année… Et pour le tunnel du parcours de gymnastique et le matelas de la sieste, la maman a encore et toujours le même problème. Mais, il n’y a pas que le mobilier qui pose un souci. La maman n’a pas de copines et la petite fille, elle, commence à s’en faire mais la pauvre enfant est tiraillée entre sa mère et ses nouvelles amies.

Ce livre est donc un excellent support pour un enfant entrant en maternelle (mais pas seulement…), car toutes les thématiques sont abordées: la séparation du matin puis les retrouvailles en fin d’après-midi, le déroulement d’une journée type ainsi que la rencontre avec la maîtresse, l’école en elle-même avec les activités proposées et les nouvelles amitiés qui se forment.

Avec Maman à l’école, Éric Veillé nous offre un livre décalé plein de fantaisie qui parvient tout de même à rester dans un schéma classique. C’est bien là tout le talent de cet auteur !

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Maison d’édition: Actes Sud Junior

Année de publication: 2015

Prix: 13,50 euros

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Les Tourterelles

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NOUVEAUTÉ

Les Tourterelles est l’album parfait pour célébrer l’arrivée du beau temps… C’est l’histoire de Lola, une petite fille, pour qui son jardin est un véritable royaume. Ses compagnons de jeux sont le peuple de l’herbe et tout ce qui porte des plumes. Lola regorge d’imagination et invente toutes sortes d’activités pour les insectes: labyrinthe pour les fourmis, course d’escargots, cabane pour les scarabées, piscine pour les limaces, tunnel pour les vers de terre et j’en passe… De quoi donner des idées aux enfants en manque d’inspiration dans un jardin !

Je vous conseille de vous perdre dans les illustrations de végétation de Maurèen Poignonec qui sont absolument savoureuses. Avec un style tout à fait naturel, elle parvient à nous livrer un jardin tout en couleurs et fourmillant de détails… Ce petit paradis respire la sérénité et la joie de vivre. Si cette illustratrice sait dessiner la nature à merveille, j’ai aussi beaucoup aimé la maison et particulièrement la chambre douillette de Lola. On sent que l’univers de Maurèen Poignonec est très riche et qu’elle maîtrise parfaitement les codes de l’enfance.

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© Karine Guiton et Maurèen Poignonec pour les Éditions La Palissade

Un jour, le père de Lola amène une belle cage avec un couple de tourterelles à l’intérieur. La petite fille est très contente d’avoir de nouvelles compagnes qu’elle peut regarder et caresser, mais la question de leur liberté se pose très vite: « Parfois, elle regarde les tourterelles, là-bas, dans leur cage. Et quelque chose pousse dans son cœur. Elle a envie de pleurer. » Oui, l’auteur Karine Guiton s’adresse à ses lecteurs avec une simplicité touchante.

Pour être complètement honnête, rien de nouveau sous le soleil avec la thématique de ce livre mais Les Tourterelles est rafraîchissant et poétique. C’est une jolie histoire sans prétention aucune que l’on prend beaucoup de plaisir à lire…  Avec ses boucles blondes et ses petites joues rouges, le personnage de Lola est tout simplement adorable. Les enfants apprécieront son ingéniosité et son grand cœur. À la lecture de cet album, on pense forcément à la chanson de Pierre Perret, La Cage aux oiseaux, et on a envie de fredonner « Ouvrez, ouvrez la cage aux oiseaux ! Regardez-les s’envoler, c’est beau ! »

N’hésitez à découvrir le travail de Maurèen Poignonec sur son site: http://maureenpoignonec.ultra-book.com/ et sur son blog: http://www.maureenpoignonec.com/

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Maison d’édition: La Palissade

Année de parution: 2016

Prix: 13,50 euros

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La petite fille aux singes

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Patrick McDonnell a eu l’excellente idée de partir sur les traces de l’enfance de Jane Goodall. Cette femme incroyable, née en 1934, a passé sa vie à étudier les chimpanzés et à travailler auprès d’eux à travers le monde. Passionnée par les animaux et la nature depuis toujours, on apprend qu’enfant, Jane avait une peluche singe nommée Jubilé qu’elle emmenait partout, qu’elle explorait son jardin dans les moindres recoins traquant la moindre vie animale/végétale et qu’elle a créé un club étant enfant: « La société des alligators ».

Grâce à La petite fille aux singes, les petits lecteurs suivent avec plaisir le parcours de vie de la petite Jane, puis celui de la célèbre Jane Goodall avec le même fil conducteur: la passion des chimpanzés. Ce livre délivre un message très positif pour les enfants: il faut se donner les moyens de réaliser ses rêves. Et ici, l’on peut voir un rêve devenir réalité… alors que les conditions de l’époque (ainsi que celles de la famille de Jane) ne poussaient pas vraiment les petites filles à devenir aventurières ! Mais, avec de la détermination et une volonté de fer, le rêve de Jane prend vie: « Cheveux au vent, elle lisait et relisait l’histoire de Tarzan, seigneur de la jungle. Il y était aussi question d’une fille qui s’appelait Jane comme elle, et qui vivait dans les forêts d’Afrique. Jane rêvait elle aussi d’une vie en Afrique… Une vie où elle vivrait parmi les animaux, où elle leur viendrait en aide. »

Ce livre a une dimension particulière car c’est un ensemble de divers supports: il mêle texte et illustrations de Patrick McDonnell ainsi que les dessins d’enfant de Jane Goodall, des croquis, des schémas et des photographies. Grâce aux photos de Jane enfant et adulte, les enfants lecteurs parviennent à comprendre l’évolution de ce personnage qui est en réalité une personne bien vivante. Ils sont très impressionnés par cette vie hors du commun… et c’est une occasion concrète de parler des problèmes liés à l’environnement et de la protection des animaux sauvages. D’ailleurs, les différentes annexes à la fin du livre vont dans ce sens et, grâce à leur mine d’informations, finissent de porter cet album au rang de documentaire.

Le texte sensible et à portée universelle parle à chacun, voici un petit exemple: « Le monde était plein de merveilles et de joies, et Jane eut le sentiment d’en faire profondément partie. » Cet ouvrage singulier fera voyager petits et grands, et plaira à tous les amoureux de la nature et des animaux, mais pas seulement… Tout le monde aime les destins merveilleux !

Bonus:

Comme vous pouvez le voir sur la couverture du livre, La petite fille aux singes de Patrick McDonnell a obtenu la médaille Caldecott & Honor en 2012 pour sa première édition d’origine américaine (publié en 2011 sous le titre Me… Jane par les éditions Little, Brown and Compagny – Hachette Book Group). Cette distinction est le prix de l’association des bibliothécaires américains pour enfants qui récompense, chaque année depuis 1938, les meilleurs livres parus aux États-Unis pendant l’année. Plus d’informations sur le site Internet.

Pour en savoir plus sur Jane Goodall, rendez-vous sur le SITE de l’Institut qui porte son nom et la version française est ICI.

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Maison d’édition: De La Martinière Jeunesse

Année de publication: 2013

Prix: 13,50 euros

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Si j’avais une girafe

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NOUVEAUTÉ

Après On a toujours besoin d’un rhinocéros chez soi (chroniqué ICI), les éditions Grasset-Jeunesse poursuivent leur volonté de mieux faire connaître l’oeuvre de Shel Silverstein. Publié pour la première fois aux États-Unis en 1964, Si j’avais une girafe met en scène une potentielle rencontre entre un petit garçon et une girafe. Le petit mot SI permet à l’enfant d’imaginer tout et n’importe quoi… et il ne s’en prive pas ! Voici le début du livre:

« Si j’avais une girafe…

et si je l’étirais…

j’aurais une girafe et demie.

Si elle portait un rat niché dans un chapeau…

j’aurais une girafe et demie coiffée d’un chapeau-rat.

Et si je l’habillais d’un fort joli costume…

j’aurais une girafe et demie coiffée d’un chapeau-art dans un complet veston. »

Et ainsi de suite sur une vingtaine de pages… Dans cet album, l’auteur illustrateur joue sur le principe d’accumulation très apprécié des enfants qui s’amusent beaucoup des mésaventures du petit garçon et de la girafe. S’il n’est question que de l’habiller au début, le petit garçon débordant d’imagination va accessoiriser sa girafe avec des fleurs et une flûte mais les choses se compliquent avec l’arrivée d’un serpent, d’un putois dans un coffre, d’un dragon à roulettes et d’une baleine à la traîne… Et encore, je ne vous dis pas tout !

Oui, le petit garçon et la girafe sont confrontés à bien des situations loufoques et le duo prend vite l’allure de clowns équilibristes. Tous les animaux (ainsi que les objets que je vous laisse découvrir) et le petit garçon s’accrochent à la girafe. Et même si elle a un grand cou, cela devient difficile de tout porter ! L’absurde teinté de folie douce s’empare du récit pour mettre à l’épreuve nos deux compagnons tour à tour spectateurs et acteurs de tout ce qui leur arrive. Mais, jusqu’où cela va-t-il aller ? Trop, c’est trop alors au milieu de l’histoire, survient le point de rupture qui permet de soulager les deux personnages principaux (enfin… surtout la girafe) et chaque élément (humain ou matériel) se détache pour trouver autre chose à faire. Chaque étape est faite avec humour et/ou poésie grâce au talent de Shel Silverstein. Et l’histoire s’achève, comme elle a débuté, avec uniquement le petit garçon et la girafe. La boucle est bouclée !

Si j’avais une girafe est un album extrêmement bien maîtrisé et Shel Silverstein utilise intelligemment la gestion du blanc dans les doubles-pages. D’abord très présent puisqu’il n’y a que l’enfant et la girafe au début du livre, aucun élément de décor car tout repose sur les personnages et les éléments convoqués par le petit garçon arrivent par la suite… Et c’est le même procédé pour le texte qui reprend un à un chaque personne ou objet qui fait son entrée dans le récit. Petit à petit, les pages se remplissent jusqu’à la quasi-saturation !

À la lecture de Si j’avais une girafe, les enfants se laissent bercer par le rythme et la musicalité du texte qui oscille entre chanson et poème, puis s’amusent à vérifier si tous les éléments sont bien présents au fur et à mesure que l’histoire progresse (ainsi que le petit nouveau qui s’ajoute à chaque page). Hop, un petit exercice de mémoire au passage ! Je vous recommande ce livre car Shel Silverstein nous offre une belle galerie de personnages que l’on voit avec plaisir évoluer dans des situations incongrues et le tout se fait dans une grande gaieté ! Pas de message, pas de morale, pas de portée éducative. Cette histoire n’a aucun sens, et alors ?

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Maison d’édition: Grasset-Jeunesse

Année de parution: 2016

Prix: 16,90 euros

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BOUH !

Bouh

NOUVEAUTÉ

Frissonnez, les enfants, le dernier livre d’Antonin Louchard est sorti et il fait peur… BOUH ! En guise d’introduction, je vous laisse découvrir le résumé: « Si on t’a offert ce livre, c’est sûrement que tu n’as pas été gentil. Alors, c’est bien fait pour toi. T’avais qu’à être gentil. Voilà ! » Avouez que le ton est donné… et vient renforcer le titre (la typographie tremblante est géniale) ainsi que le sous-titre « Le livre qui fait le plus peur du monde ».

C’est donc l’histoire d’un petit fantôme qui n’aspire qu’à une seule chose: effrayer l’enfant qui lit ce livre ! Cris, gestuelle fantomatique, air terrifiant… Il fait de son mieux et demande régulièrement au petit lecteur si ça fonctionne. Avec un jeu d’alternance de pages noires et blanches, l’échange se met en place et le fantôme appréhende les réponses (ou du moins la réaction) de l’enfant devant ses tentatives de lui faire peur. Ce système de narration fonctionne très bien, car le style très direct du fantôme donne une grande énergie à l’ensemble. La mise en page sert le propos: le texte est court, la police utilisée est en gras, noire et assez grande et le jeu (très efficace) sur la typographie donne un ensemble vivant et ludique.

Si, au début du livre, l’enfant peut être (un peu) apeuré, il prend très rapidement le dessus sur le petit fantôme qui le reconnaît lui-même (« Ben dis donc ! T’es coriace, toi ! » et « C’est pas possible ! T’as des superpouvoirs ou quoi ? ») jusqu’à une identification parfaite: la mère fantôme rappelle à son fils qu’il doit venir dîner et ensuite finir ses devoirs. Comme n’importe quel enfant… Dans cet album, l’enfant lecteur est tour à tour effrayé, déstabilisé, amusé, étonné et encore bien d’autres choses encore… Il y a même des (gentils) gros mots qui feront se tordre de rire les plus jeunes. Quant à la chute du livre, elle vous réserve une sacrée surprise entre rire et grand frisson !

En spécialiste de la dérision, l’auteur et illustrateur Antonin Louchard propose aux enfants dès leur plus jeune âge (le livre est à partir de 2 ans) de se familiariser avec les codes de l’humour et de la peur. Bref, c’est un livre à mettre entre toutes les (petites) mains…

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Maison d’édition: Seuil jeunesse

Année de parution: 2016

Prix: 8,90 euros

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Le putois qui m’aimait

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NOUVEAUTÉ

L’auteur Mac Barnett et l’illustrateur Patrick McDonnell sont deux pointures de la littérature jeunesse qui nous offrent le meilleur avec l’album Le putois qui m’aimait. Tout d’abord, l’illustration de couverture et le titre sont très convaincants: la première édition américaine du livre a été publiée sous le titre The Skunk (« Le Putois ») et le clin d’œil de la traduction (adaptation) française est excellent. Le dessin sobre mais évocateur de la couverture nous donne vraiment envie d’en savoir plus… Quel est le lien entre l’homme et le putois ? Pourquoi cet animal aimerait-il particulièrement un humain ? Et enfin, l’un se dissimule tandis que l’autre semble sur ses gardes… que se cache-t-il derrière tout ça ?

L’histoire commence le plus simplement du monde: un jour, un homme trouve un putois devant sa porte. Plutôt perplexe, l’homme feint de l’ignorer et sort de chez lui. Le putois lui emboîte le pas et une poursuite dans la ville va se mettre en place. D’abord surpris puis inquiet, le monsieur tente de le semer et ne comprend absolument pas pourquoi ce drôle d’animal le suit… Et ici, pas d’anthropomorphisme, le putois reste un animal non doué de parole qui ne peut donner aucun élément de réponse à notre personnage principal. Et après tout, s’il n’y avait pas de réponse ? Ce serait comme un chien qui se met à suivre un inconnu qui lui semble sympathique ou du moins digne de confiance sans raison particulière… dans la même lignée que Rantanplan.

Dans Le putois qui m’aimait, c’est le cheminement plus que la véritable raison qui a son importance. On prend beaucoup de plaisir à suivre cette étrange filature: taxi, opéra, cimetière, fête foraine, égouts, l’homme multiplie les tentatives pour échapper au putois… jusqu’à changer complètement de quartier et emménager dans une nouvelle maison. L’histoire pourrait s’arrêter là mais elle ne serait qu’à moitié réussie, alors notre bonhomme s’interroge sur le putois auquel il a fini par s’habituer ! On peut noter la proximité physique entre l’homme et la bête renforcée par l’utilisation de trois couleurs pour la majorité de l’album: noir, blanc et rouge. Il le cherche partout, cela tourne à l’obsession et il finit par le retrouver… D’un côté, la boucle est bouclée mais pas dans le sens où l’on pourrait le croire ! Si vous voulez connaître la fin (géniale et inattendue), il faudra lire ce livre très réussi et absolument maîtrisé.

Les illustrations de Patrick McDonnell entre BD et dessins de presse (d’ailleurs, on y voit du Sempé, The New Yorker ainsi que Calvin et Hobbes ou encore Snoopy) ont un dynamisme très fort. En peu de détails, l’illustrateur arrive à planter le décor et à animer ses personnages. J’ai aimé le choix (curieux) de l’animal pour cette histoire et sans aucune référence à sa mauvaise odeur. Sortons des clichés ! Au-delà de ça, la grande qualité de ce livre est l’énergie et le rythme du récit. C’est très drôle, ça va vite et le style direct, percutant tient le lecteur en haleine… L’écriture de Mac Barnett est précise et si drôle ! C’est une histoire absurde avec un je-ne-sais-quoi d’incompréhensible et de contradictoire. C’est pourquoi l’on ne se lasse pas de lire et relire Le putois qui m’aimait. Je vous le conseille pour des enfants à partir de 4 ans, mais il plaira aussi aux plus grands !

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Maison d’édition: Milan

Année de publication: 2016

Prix: 13,50 euros

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Jeanne et Jean

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On le sait depuis longtemps, Grégoire Solotareff est particulièrement doué pour parler aux enfants et à leur imaginaire. Dans Jeanne et Jean, son dernier album sorti au début de l’année, il est question de deux petits lapins (frère et sœur) qui s’amusent à se faire peur jusqu’au jour où ils ont la trouille de leur vie ! Oui, c’est marrant d’imaginer le chien du voisin en monstre féroce mais se retrouver tout seuls dans la nuit noire en pleine forêt, ça l’est beaucoup moins…

L’auteur illustrateur retrouve tous ses ingrédients préférés: des lapins, des loups et une forêt. Des éléments simples et efficaces qui ouvrent une multitude de possibilités. Surtout lorsque l’on a beaucoup d’imagination… C’est, bien entendu, le cas de Grégoire Solotareff tout comme celui de ses personnages. Surpris par la nuit, Jeanne et Jean se réfugient dans un abri mais comment dormir avec le ventre vide en entendant des bruits sinistres ? Quiconque a déjà été dans une forêt plongée dans l’obscurité connaît les craquements des arbres et autres sons étranges des animaux nocturnes…

Comme si ce décor effrayant ne suffisait pas (ou justement parce qu’il fait si peur), voilà Jean qui se met à raconter une histoire à sa sœur: celle d’Abraham, magicien et grand sorcier de la Lune. Bien sûr, il lui précise qu’Abraham n’habiterait pas loin d’ici… Comme au début du livre, les deux lapins s’amusent à se faire peur mais le contexte n’est plus le même et l’on sait à quel point les conditions ont leur importance dans ce genre de situation. Mais, le plus effrayé n’est pas celui que l’on penserait et c’est Jeanne qui décide de sortir de leur cachette pour aller chercher de la nourriture. Si notre petite lapine est courageuse, elle ne le reste pas longtemps malheureusement… et il va lui arriver bien des aventures entre peur et rire. À vous de vous plonger dans Jeanne et Jean pour connaître la suite !

Jeanne et Jean

© Grégoire Solotareff pour l’école des loisirs

Dans ce livre, il est évidemment question de peur mais aussi de la peur qui fait peur. Et cette dernière peut être aussi dévastatrice et paralysante que la première ! En véritable maître du suspense, Grégoire Solotareff manie le jeu des ombres avec brio et nous offre un album où le traitement de la peur est très soigné. Les illustrations sont tour à tour lumineuses et inquiétantes. Les couleurs sont absolument magnifiques, le contraste des lapins jaunes qui se détachent dans le noir très sombre de la nuit est particulièrement réussi et la suggestion des formes est saisissante. J’aime particulièrement les arbres qui symbolisent l’ennemi, véritable troisième personnage de cette histoire ! Jeanne et Jean est bien une histoire sur le pouvoir de l’imagination dans un sens positif comme négatif. Ces deux lapins ont une imagination débordante quand il s’agit de se faire peur ou d’imaginer des histoires terrifiantes et de voir des monstres là où il n’y en a pas… Les apparences sont parfois (souvent) trompeuses et Grégoire Solotareff parvient à faire un livre qui fait peur (du moins dans l’atmosphère) sans qu’il y ait réellement de méchant ! Ici, ce sont les histoires et à la force de persuasion de la peur qui jouent ce rôle.

Et ce qui me frappe le plus dans ce livre, c’est la dimension cinématographique des illustrations du récit ! Chaque double-page est un tableau, un plan de cinéma, une photographie à elle seule et l’on voit l’histoire, les personnages évoluer sous nos yeux. On sent le scénariste (tout comme le photographe) derrière l’auteur et l’illustrateur qu’est Grégoire Solotareff, car l’album (grand format) est très visuel et la lumière, l’éclairage y joue un rôle très important. Voilà, je vous recommande cet album rempli d’aventures et de mystère pour tous les enfants (à partir de 4/5 ans) qui aiment se faire (un peu) peur.

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Maison d’édition: l’école des loisirs

Année de parution: 2016

Prix: 12,70 euros

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Cher Bill

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Cher Bill est un album que j’aime beaucoup et c’est mon livre préféré d’Alexandra Pichard, une auteur illustratrice absolument géniale. C’est l’histoire de Bill (un poulpe) et Oscar (une fourmi), deux animaux très différents qui apprennent à se connaître via un échange de lettres organisé par l’école et qui finissent par devenir de grands amis. Alexandra Pichard a eu l’intelligence de choisir des personnages diamétralement opposés ce qui permet la confrontation de deux mondes avec toutes les richesses qu’ils comportent. L’un est minuscule et vit sur la terre alors que l’autre est imposant et ne peut survivre que dans la mer. La différence et la complémentarité sont des sources inépuisables de travail pour un livre destiné aux enfants: la taille, le milieu naturel, les habitudes de vie, etc.

Je vais essayer de me retenir et de ne pas être que dans la béate admiration, car j’aime absolument TOUT dans cet album: le choix des prénoms des personnages, l’organisation du livre avec l’alternance des lettres et le parcours du courrier ainsi que le contenu de la correspondance, sans oublier les magnifiques illustrations… Alexandra Pichard a un style épuré, très graphique, résolument moderne et sait laisser une vraie place au blanc dans ses doubles-pages. Néanmoins, je précise que tous ces qualificatifs ne font pas de Cher Bill un album froid. Au contraire, le tout est très chaleureux et… beau, il n’y a pas d’autre mot !

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© Alexandra Pichard pour Gallimard Jeunesse

Leur correspondance s’étale du mois de septembre au mois de juin, soit une année scolaire, et tous les grands événements qui ponctuent l’année sont abordés comme le changement de saison, Noël, mardi gras pour marquer le rythme du récit et faire tenir les enfants jusqu’à la surprise finale ! Au fil des mois, Bill et Oscar (qui mènent une vie similaire à celle des petits garçons) se racontent des anecdotes sur leur vie de famille ou l’école. Il n’y a que des préoccupations enfantines et c’est une des raisons du succès de ce livre… Oui, nous avons vraiment l’impression que deux écoliers se racontent leur petite vie et on ne sent absolument pas la présence d’une adulte derrière tout ça (sauf pour l’humour peut-être et c’est tant mieux, on rit beaucoup à la lecture de cet album).

Nos deux personnages se parlent de pâte à modeler, de sport, de leurs animaux de compagnie, de musique, de lecture mais aussi de petites choses à la fois charmantes et insignifiantes. Par exemple, j’ai apprécié que la télévision et les jeux vidéo (souvent diabolisés ou absents des livres pour enfants) soient présents dans cette histoire car la plupart (tous ?) des petits garçons (enfants) les aiment ! Et c’est comme pour tout, il y a du bon et du mauvais. Bref, je passe… mais c’est vraiment drôle de lire dans un album de grande qualité: « Je peux enfin me consacrer à ma première passion: la télé. » (Bill)

J’ai aussi aimé l’idée que des créatures différentes destinées à ne jamais se rencontrer soient en lien grâce à l’école. Un endroit où tous les enfants vont (ou doivent aller en tout cas) et qui permet des rencontres particulières. On a tous en tête des correspondances avec des écoliers ou collégiens d’autres pays avec échange de photos, etc. Ce genre d »initiative propose une ouverture sur le monde dont les enfants sont généralement friands. « Tiens, j’ai reçu une lettre de ma corres ! » Cher Bill permet aussi aux enfants de se familiariser avec les règles d’écriture d’une lettre (la date, les formules particulières, la signature) et plus généralement le genre épistolaire avec tous ses codes (chaque lettre reprend généralement des éléments de la précédente tout en y incluant de nouvelles choses). Une véritable histoire peut se mettre en place avec des lettres comme support. Pour les plus jeunes, c’est une façon d’aborder le circuit du courrier et le métier de facteur (qui émerveille souvent les enfants).

Je conseille cet album pour tous les enfants à partir de 3/4 ans. Et les jeunes lecteurs autonomes (7/8 ans) sont fiers de pouvoir lire un album tout seuls grâce à l’écriture manuscrite et le texte assez court de chaque lettre. Et vous, les parents ou autres adultes qui lisez des histoires, vous ne vous ennuierez pas un seul instant ! Et mieux encore, vous allez (vous aussi) aimer ce livre et vouloir le relire…

Bonus

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Cher Bill figure dans la sélection CE1 pour le Prix des Incorruptibles 2016 (celle que nous avons à la maison pour Nils qui vient d’avoir 8 ans). Si vous ne connaissez pas les Incos, c’est un prix de littérature jeunesse décerné par des jeunes lecteurs: à suivre en classe ou en famille. De septembre (le moment où vous recevez une sélection de cinq livres de qualité provenant de petites ou grandes maisons d’édition) jusqu’au vote au mois de mai en passant par le concours d’illustrations, le Prix des Incorruptibles propose aux enfants des activités en lien avec les livres sélectionnés. C’est une super initiative que je vous encourage à découvrir… Tout est très bien expliqué sur leur site Internet alors pour plus d’informations: http://www.lesincos.com/

Votez pour Alexandra Pichard et son Cher Bill !

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Maison d’édition: Gallimard Jeunesse Giboulées

Année de parution: 2014

Prix: 14,50 euros

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La bulle

Ce document a été créé et certifié chez IGS-CP, Charente (16)

Depuis cet automne, La bulle est un ouvrage qui fait parler de lui. Effectivement, c’est le premier album jeunesse du célèbre Timothée de Fombelle (auteur à succès de romans pour enfants et adolescents publiés chez Gallimard Jeunesse). Pour cette grande première, il a choisi la jeune illustratrice Éloïse Scherrer pour donner vie à son texte. Pourquoi ce choix ? Pour la simple et bonne raison qu’Éloïse Scherrer est une grande admiratrice du travail de Timothée de Fombelle depuis toujours à tel point qu’elle a choisi l’un de ses ouvrages majeurs (Tobie Lolness) comme sujet de fin d’études. Après la rencontre de cet auteur confirmé et de cette étudiante prometteuse, l’envie de travailler ensemble a été évidente et quelques années plus tard, La bulle nous parvient.

C’est l’histoire de Misha, adorable blondinette, qui a toujours vécu avec une bulle noire au-dessus de sa tête. Pourquoi et comment cette chose s’est installée ? Aucun élément de réponse n’est donné et pire encore, l’entourage de Misha ne la voit pas ! La petite fille apprend donc à vivre avec… tout en rencontrant plusieurs phases (la colère, le rejet, l’agressivité, l’indifférence, etc.) Toujours est-il qu’un jour, Misha décide de passer à l’affrontement, de combattre sa peur (et ses démons) en rentrant par une fissure à l’intérieur de la bulle.

La voilà parachutée dans un monde parallèle avec une dimension fantastique très forte: la nature semble habitée, les rochers ont parfois des visages, il y a aussi des grottes aquatiques et des paysages mystérieux. Misha semble parée à toutes les situations puisque de petite fille, elle devient « chevalière » avec la panoplie complète (casque, armure, épée et cheval). D’ailleurs, ce dernier sera son allié dans sa quête tout comme son fidèle ours en peluche qu’elle a ramené de chez elle. Mais, que cherche-t-elle vraiment ? Elle l’ignore ou le sait au fond d’elle-même… La bulle est une histoire intime et épique mettant en scène une jeune héroïne courageuse qui se laisse guider par ses émotions.

Le texte de Timothée de Fombelle est court, poétique et percutant. Épuré de tous les artifices, on sent le travail et la volonté d’offrir un texte ramassé qui laisse le plus de place possible à l’image. Oui, parlons-en des images ! Les illustrations d’Éloïse Scherrer sont profondes et riches. Passionnée par les histoires à la frontière entre réel et imaginaire, la signature de l’illustratrice est « Rêves en gros, semi-gros, détail ». Cela laisse rêveur, non ? Éloïse Scherrer a su créer un monde très riche fourmillant de détails et peuplé d’animaux. J’ai été frappée par la lumière qui se dégage des illustrations et le traitement du voyage intérieur est très habile. Difficile de ne pas y voir l’influence des illustrations de Tolkien, John Howe et Alan Lee pour les décors de nature et celle de Jill Barklem, Loïc Jouannigot en ce qui concerne les animaux et l’univers douillet de la maison de Misha.

Car si Misha fait un voyage éprouvant jusqu’au bout de ce nouveau royaume, elle finit par affronter un monstre terrible qui la réconciliera avec elle-même. Revenue de ce voyage, Misha est plus forte, armée pour affronter la vie et aussi bien décidée à en profiter ! La bulle est un album sur les peurs, le courage de les dépasser et tous ces petits arrangements que l’on fait avec soi-même pour garder la tête hors de l’eau. Jouant sur les frontières entre le réel et l’imaginaire, Timothée de Fombelle et Éloïse Scherrer proposent un livre rempli d’aventures avec différents niveaux de lecture où chacun verra ce qu’il veut bien y voir…

Bonus:

Je vous propose la vidéo du trailer de La bulle (réalisée par Gallimard Jeunesse)

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Maison d’édition: Gallimard Jeunesse

Année de parution: 2015

Prix: 14,50 euros

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Un amour de petite sœur

Un amour de petite soeur

NOUVEAUTÉ

Après le succès de Mon amour (retrouvez ma chronique ICI), Astrid Desbordes et Pauline Martin reviennent nous donner des nouvelles d’Archibald qui n’est plus le seul enfant de la famille. Il a eu une petite sœur ! Le livre s’ouvre sur un aveu du petit garçon: « Un jour, mes parents m’ont dit que j’allais avoir une petite sœur. C’est drôle, je ne me souvenais pas leur avoir demandé. » Grâce au choix d’écriture de n’avoir que le point de vue du petit garçon, le texte possède une fraîcheur, une naïveté touchante et un humour certain. Bref, il a la justesse des propos d’enfants qui avancent sans détour.

Dans un récit à la première personne, Archibald prend la parole pour nous raconter sa (nouvelle) vie avec une petite sœur. Toutes les étapes et les interrogations sont abordées avec franchise et subtilité. Où est le bébé avant que le ventre de Maman ne soit gros ? À quoi ça ressemble une petite sœur ? Pourquoi un si petit bébé prend autant de place à la maison ? Est-ce que l’amour des parents se partage ? Bref, le petit Archibald se pose exactement les mêmes questions que tous les autres enfants sur la venue d’un(e) petit(e) frère ou sœur !

Généralement, les aînés sont tous d’accord sur un point: ce qui est bien avec les plus petits, c’est quand ils grandissent et peuvent enfin jouer. La petite sœur d’Archibald se révèle un excellent compagnon de jeux sauf lorsqu’elle détruit les constructions de son frère ! Là aussi, tous les aînés sont d’accord sur ce point… Mais, il y a la magie, la complicité et la tendresse de tous les autres moments. Ce nouveau duo permet tant de jeux impossibles à faire tout seul ! Je vous laisse découvrir les situations imaginées pour cet album, elles sont attendrissantes et tellement vraies.

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© Astrid Desbordes et Pauline Martin pour Albin Michel Jeunesse

Les illustrations de Pauline Martin sont toujours soignées et élégantes. J’ai même envie de dire « douillettes »… Oui, on se sent bien devant les dessins de cette illustratrice ! Quant au message du livre, il est très bienveillant et réconfortant. Comme dans Mon amour, le texte d’Astrid Desbordes est direct, bien senti et parle aussi bien aux petits qu’aux grands. Et tellement touchant… Prenons un petit exemple: « Ma petite sœur, elle est vraiment toute petite. Mais parfois, elle prend beaucoup de place. Et même un peu la mienne. Mais maman m’a dit que dans le cœur des parents il n’y a jamais de problème de place. C’est grand comme le ciel. »

On referme le livre sur un Archibald grandi, devenu un très fier grand frère qui veille sur sa sœur en ayant bien conscience de son statut d’aîné: « Car ce que je préfère avec ma petite sœur, c’est être son grand frère. » D’ailleurs, on peut noter l’absence de prénom pour la petite fille: elle est juste la petite sœur ce qui lui confère une importance toute particulière. Comme si son statut familial l’emportait sur son identité propre (du moins au début de son existence) et avec huit occurrences de « ma petite sœur », on devine que le personnage d’Archibald aime bien prononcer ces (nouveaux) mots. De plus, avec l’adjectif possessif « ma », le petit garçon peut évoquer sa sœur en s’incluant !

Je recommande cet album à tous les enfants (à partir de 3 ans) qui vont avoir un petit frère ou une petite sœur bien entendu, mais pas seulement. C’est un livre sur la famille, l’amour, la transmission et c’est tout simplement un bel album tant au niveau du texte que des illustrations. Une vraie réussite à savourer !

Bonus: 3 séances de dédicaces dans les semaines à venir

  • le 12 mars à la Librairie Comme un roman à 15 heures
  • le 19 mars à la Librairie Millepages Jeunesse BD à 11 heures et à la Librairie Les Arpenteurs à 16 heures
  • le 20 mars à la Librairie Le Divan jeunesse

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Maison d’édition: Albin Michel Jeunesse

Année de parution: 2016

Prix: 9,90 euros

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La journée de Nip & Nimp

Couv Nip & Nimp

NOUVEAUTÉ

Nip et Nimp sont voisins, se ressemblent comme des frères jumeaux et font presque tout pareil… Pour résumer, Nip fait les choses comme il faut tandis que Nimp fait tout de travers. Oui, Nimp fait NIMPorte quoi et c’est trop drôle ! Le principe du livre est très simple: sur vingt doubles-pages, on assiste à leur journée et par un jeu de miroir, Nip est sur la page de gauche (avec le pull vert) et Nimp (avec le pull jaune) à droite. Par exemple, quand Nip passe l’aspirateur dans son salon, Nimp passe la tondeuse (dans le salon aussi) ou encore, au moment de se coucher, « Nip cherche son doudou » parallèlement à son voisin: « Nimp cherche le sommeil. » Tous les deux sont à genoux et soulèvent leur couverture pour regarder sous le lit… Bref, on rit de la bêtise de Nimp qui n’est pas très malin ou complètement fou !

Quant au livre, il est très malin ET complètement fou. Il possède deux grandes qualités: son humour et sa force graphique. Les illustrations sont irrésistibles avec leurs couleurs basiques, franches et tranchées qui se détachent des pages blanches. L’esthétique ronde et simple séduit les plus jeunes et l’aspect « jeu vidéo » attire les enfants plus grands… Nip et Nimp ont un petit côté Mario Bros et son acolyte Luigi, vous ne trouvez pas ? Selon moi, La journée de Nip & Nimp est tout d’abord un livre d’images tellement les illustrations sont fortes et pourraient uniquement suffire à la compréhension de l’histoire. Le trait est forcé, les situations sont caricaturales et cette exagération plaît beaucoup aux enfants.

N & N 1

© Lionel Serre pour Les fourmis rouges

Du lever au coucher, Nip et Nimp effectuent tous les gestes quotidiens et c’est le décalage permanent entre Nip et Nimp qui crée un comique de situation (accessible même aux plus petits). Et le texte qui accompagne les illustrations est si drôle et percutant qu’il apparaît comme la cerise sur le gâteau ! Sous des aspects simplistes, il y a un vrai travail d’écriture au niveau du rythme, des sonorités et du contraste des figures. Lionel Serre (auteur et illustrateur) a poussé le principe d’opposition à son paroxysme et l’on sait à quel point les enfants aiment les livres sur les contraires. Nip montre le vrai sens du mot et Nimp s’en amuse. En bons clients de l’absurde, les enfants se régalent des jeux autour des mots/expressions et les verbes d’action polysémiques permettent différents scénarios. « Nip casse des noix / Nimp casse les pieds » ou encore les différents éléments qui peuvent être plantés/lavés comme dans les illustrations ci-dessous:

 

N & N 2

 

N & N 3

© Lionel Serre pour Les fourmis rouges

Avec une esthétique influencée par Keith Haring ou encore les Playmobil, Lionel Serre nous offre des images fixes mettant en scène des personnages loufoques semblant tout droit sortis de notices de sécurité d’avion. Il y a un côté bien/pas bien mis en lumière par la folie de Nimp. Lionel Serre s’est inspiré d’imagiers traditionnels assez basiques en mettant l’accent sur des illustrations simples et ludiques plutôt que la recherche de la perfection à tout prix. Chaque page est un plan de face et les contours très épais permettent une compréhension immédiate pour les enfants. Voici ce que l’auteur illustrateur nous dit de son travail: « Pour ce qui est de la technique d’illustration, il s’agit de dessin vectoriel sur Illustrator. Je ne fais pas de croquis préparatoires. Le dessin vectoriel permet de modifier le tracé directement. J’ai l’habitude des couleurs très basiques (rouge, vert, bleu et jaune primaires) et j’utilise un contour très épais qui m’oblige à un dessin assez « grossier » avec lequel je ne peux pas trop rentrer dans les détails. J’aime le fait de dessiner gros, je trouve qu’on se rapproche plus du symbole que de la réalité et je trouve cela plus évocateur que le dessin réaliste. »

Dans la même veine que l’album Panique au village des crottes de nez (ma chronique est ICI) publié aussi par Les fourmis rouges, je peux vous affirmer que vos enfants vont adorer ce livre (les miens en sont dingues). Alors, avis aux amateurs de livres un peu décalés et rentrez dans l’univers de Nip & Nimp (alias courgette et citron: surnoms – hilarants ! – donnés par ma fille) sans attendre !

Bonus

Voici quelques photos de la fête de lancement du livre dans les locaux (réaménagés pour l’occasion) des éditions Les fourmis rouges. Vous pouvez y voir un Nip et un Nimp plus vrais que nature et des superbes produits dérivés home made. Créés pour l’événement, ils ne sont pas vendus dans le commerce… Mais, on peut croiser les doigts pour que ça le devienne !

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© Les fourmis rouges

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Maison d’édition: Les fourmis rouges

Année de parution: 2016

Prix: 14 euros

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Des livres originaux, partie 2

A comme Baleine

J’apprécie particulièrement les abécédaires qui sortent de l’ordinaire. Ici, l’idée de base est la suivante: à chaque double-page, l’enfant cherche le mot qui ne commence pas par la lettre présentée. Et comme l’indique le titre A comme Baleine, l’intrus à trouver commence par la lettre qui suit l’ordre de l’alphabet. Les enfants se prennent vite au jeu et le principe est très clair: sur chaque double-page, la page de gauche annonce la lettre (en majuscule et en minuscule) avec un exemple dessiné et sur celle de droite, une joyeuse farandole d’animaux, d’objets, de personnes, de vêtements, de nourriture ou encore des fleurs qui commencent par la lettre annoncée. Mais, où est l’intrus ?

Les illustrations très graphiques de Delphine Chedru sont superbes avec (comme à son habitude) un mélange subtil de mystère et d’humour. Vous retrouvez, à la fin du livre, un index avec tous les mots rencontrés dans le livre. C’est donc un livre très pédago, mais aussi très ludique. C’est une réussite car A comme Baleine est un parfait mélange entre l’abécédaire et le livre-jeu.

Bonus: à la fin du livre, une grande frise de l’alphabet à colorier où des figures du livre accompagnent les lettres de l’alphabet. De quoi prolonger le plaisir de lecture de cet excellent livre !

A comme Baleine de Delphine Chedru, Nathan, 2015, 14,90 euros (à partir de 4 ans)

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Méchant méchant

 

Méchant-Méchant est un livre qui annonce la couleur dès la couverture ! Une horrible créature s’empare des doudous/jouets des enfants dans leur sommeil… C’est terrible et tous les enfants seront d’accord sur ce point. Encore sur la couverture, on peut lire (en tournant légèrement la tête) les noms de Niki de Saint-Phalle et Laurent Condominas. Si le travail de la première est plus connu que celui du deuxième (photographe), c’est bien ensemble qu’ils ont élaboré cette histoire pour les enfants; une grande première pour chacun de ces artistes.

Bien entendu, les illustrations de Niki de Saint-Phalle sont tout à fait reconnaissables: un univers tout en rondeur aux crayons de couleur qui ressemblent à des dessins enfantins avec une naïveté plus complexe qu’il n’y paraît. C’est un monde de couleurs qui parle immédiatement aux enfants; Méchant-Méchant peut donc être une initiation à l’art contemporain… La liste est trop longue pour énumérer toutes les œuvres de Niki de Saint-Phalle à travers le monde (et ce n’est pas le propos du blog) mais je ne cite qu’une création ludique et parisienne: la fontaine Stravinsky !

Revenons au livre… et au texte qui s’offre une grande liberté de placement. Il se glisse et ondule tel un serpent ou orne les illustrations comme des fleurs grimpantes. D’ailleurs, c’est un aspect qui séduit les enfants car il faut parfois tourner le livre pour réussir à lire le texte dans son intégralité. À lui-même, le texte constitue un élément illustré (mélange de lettres minuscules, majuscules, dessinées) et semble vivant; idée renforcée par la typographie manuscrite qui instaure immédiatement une complicité avec les enfants. Et l’histoire dans tout ça ? Il est donc question d’un monde idéal bouleversé par l’arrivée du voleur Méchant-Méchant. Un valeureux trio d’enfants décide de partir à la recherche des jouets perdus: Lita, Joe et le chien Bluke. Y parviendront-ils ?

La force de cet album est la très grande simplicité qui est parfois poussée à l’extrême (n’est-ce pas le propre des enfants, d’ailleurs ?). Les gentils sont uniquement gentils et le méchant est très méchant (si l’on dit deux fois « méchant », c’est qu’il doit vraiment être cruel, non ?), les enfants versent des rivières de larmes et les personnages adultes du livre sont nommés par rapport à la fonction qu’ils occupent: Agent-Agent, Caisse-Caisse, Travail-Travail, Pêche-Pêche ou encore Discours-Discours, l’identification est complète et le procédé de personnification est très efficace auprès d’un lectorat enfantin.

En résumé, Méchant-Méchant est un livre tendre, atypique et drôle. Il fait vibrer les enfants grâce à ses multiples rebondissements et fait passer un message essentiel: l’importance de l’amitié.

Méchant-Méchant de Niki de Saint-Phalle et Laurent Condominas, Éditions courtes et longues, 2013, 22 euros (à partir de 3 ans)

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oiseau d'or

Tout d’abord, on est attiré par ce grand et bel oiseau tout en or sur la couverture. Le résultat est beaucoup plus beau, doré et brillant en réalité… À cette splendide couverture vient s’ajouter un format à l’italienne qui montre l’envie marquée du duo Solenne et Thomas (et de la maison d’édition Gautier-Languereau) d’offrir un album original.

Dans ce livre, il s’agit d’un oiseau vivant dans un monde tout de noir et d’or. Un jour, LA couleur passe furtivement sous ses yeux et disparaît ensuite dans la forêt. Alors, il quitte son arbre pour suivre cet éclat coloré. À partir de là, un long voyage va débuter et notre oiseau va faire la connaissance de beaucoup d’animaux. En guides plus ou moins sympathiques, les animaux de la terre et de la mer montrent la voie à notre oiseau d’or. Va-t-il retrouver la couleur ? Mais, sous quelle apparence et à quel endroit ? Vous serez surpris à la fin de l’histoire…

Derrière une grande simplicité de récit, se dessine une fable philosophique traitée avec poésie. Le texte est très beau, il y a tout un jeu de rimes et certaines phrases reviennent sonnant comme un refrain; tous ces éléments donnent une musicalité à l’ensemble. La technique de linogravure donne un relief tout à fait particulier à cet album. Le travail sur le personnage de l’oiseau d’or est si beau que les enfants le touchent à chaque page… De plus, on sent l’influence de Jean Cocteau pour l’esthétique de l’oiseau. Bref, L’Oiseau d’or est un album élégant sur tous les plans.

L’Oiseau d’or de Solenne et Thomas, Gautier-Languereau, 2015, 14,95 euros (à partir de 3 ans)

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Au galop

Je vous préviens, ce livre subjugue les enfants ! Et pour cause, comme le dit le sous-titre, c’est « le premier livre qui bouge ». On voit les animaux marcher, courir, voler, nager ou encore galoper grâce au système de scanimation. Voir du mouvement sur une page blanche est toujours une grande source d’excitation pour les plus jeunes.

Le livre a tout pour plaire aux enfants: ils peuvent le tenir eux-mêmes (format 13×19 cm), reconnaissent facilement les animaux (cheval, chat, chien, coq, singe, papillon, etc.), il y a beaucoup de couleurs et je le redis, ça bouge là-dedans ! Du côté des adultes, ils doivent lire la question posée par l’auteur Rufus Butler Seder « Sais-tu galoper comme le cheval ? » par exemple et sous l’image en mouvement, il y a le bruit émis par l’animal en action: « cataclop ! cataclop ! » Comme vous vous en doutez, il y a aussi le son quand un animal ne fait pas un bruit spécifique en se déplaçant comme le coq avec son « cocoricôôôô ! » Pour prolonger la lecture, les enfants (et pourquoi pas les parents…) peuvent aussi reproduire ce qu’ils voient en se mettant à bondir comme le chat ou nager comme la tortue. Avec ce livre, on s’amuse et au passage, les petits enfants apprennent le vocabulaire concernant les animaux.

Grâce au travail sur la mise en page, la typographie et la couleur, ce livre très harmonieux est hors du commun. Et les enfants ne se lassent pas de tourner les pages, encore et encore, pour voir s’animer les animaux !

Au galop ! de Rufus Butler Seder, 2008, éditions PlayBac,  (à partir de 2 ans)

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Dans-les-poches

© Isabelle Simler

Ce livre est une petite merveille et c’est l’un de nos derniers coups de cœur à la maison (toute la famille est unanime). Sa force réside dans son originalité, Isabelle Simler a eu l’excellente idée de rendre hommage à tous ces contes qui ont marqué et marquent encore petits & grands. Sous forme d’inventaire, les plus grandes figures des contes (ainsi que d’autres moins connues, ce qui permet aussi quelques découvertes) sont à deviner d’après quelques éléments. « Vide tes poches et je te dirai qui tu es ! »

Isabelle Simler nous offre un livre généreux (une bonne quarantaine de personnages à retrouver) avec un équilibre parfait: les indices des personnages à trouver ne sont ni trop évidents ni réservés aux incollables de littérature jeunesse. Des objets, des tissus, de la nourriture, des fleurs, des clins d’œil, des animaux, des outils, de la végétation, bref une foule de petites choses afin de découvrir l’identité du mystérieux propriétaire. De plus, les illustrations qui accompagnent ces devinettes sont raffinées et porteuses de nombreux symboles…

Bien entendu, afin d’avoir un intérêt pour les lecteurs, ce livre nécessite une petite connaissance des contes… mais pas seulement puisqu’il y a aussi les personnages imaginaires chers aux enfants (la petite souris, le marchand de sable, le Père Noël, etc.). Alors, que ce soit en classe, à la médiathèque ou en famille, ce livre unique fait revivre autant d’histoires que de souvenirs… et tout le monde s’offre une enquête unique au pays de l’enfance !

Dans les poches d’Alice, Pinocchio, Cendrillon et les autres… d’Isabelle Simler, 2015, Éditions courtes et longues, 22 euros (à partir de 4 ans)

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Des livres originaux, partie 1

Aujourd’hui, je vous propose une sélection de cinq livres pour enfants un peu particuliers: ils sont originaux que ce soit sur le fond et/ou sur la forme… N’hésitez pas à me dire en commentaire si vous les connaissez déjà ou ceux qui vous tentent !

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Dans Sophie et sa courge, une petite fille se prend d’amitié pour une drôle de cucurbitacée. Et non, Sophie ne veut pas d’un ours en peluche, d’une poupée ou d’un vieux bout de tissu en guise de doudou, mais une courge ! C’est une drôle d’idée, non ? Elle n’a pas besoin de la laver et elle épouse parfaitement la forme de ses bras pour les câlins. Mais, ce sont bien là ses seules qualités car le temps passe et la courge se tache, se ramollit… Mais, pas question de finir sur une note triste car si Bernice (c’est le nom de la courge) n’est pas éternelle, elle est capable de se réinventer grâce à trois ingrédients: « Le grand air, une bonne terre et un peu d’amour. »

Pat Zietlow Miller nous offre une galerie de personnages plus réussis les uns que les autres: les parents de Sophie sont ultra-compréhensifs face à la lubie de leur fille, le caractère enjoué de la petite fille est irrésistible et Bernice est plus vraie que nature ! Et le texte mêle parfaitement humour et tendresse… Quant aux illustrations d’Anne Wilsdorf, elles sont tout simplement joyeuses. Oui, une vraie gaieté communicative s’en dégage et j’ai aussi apprécié l’aspect hors du temps des images, impossible de dater précisément cette histoire.

Le tout est bien orchestré grâce au rythme (alternance de doubles-pages, simples pages et le texte s’insère aussi entre les images) et aux thèmes abordés (l’importance du doudou quel qu’il soit, la séparation ainsi que le cycle de la vie et des saisons). Bref, cet album est un vrai petit bijou de rondeur et de fantaisie à mettre entre toutes les mains et les (parents) amoureux de la nature seront sous le charme…

Sophie et sa courge de Pat Zietlow Miller et Anne Wilsdorf, 2015, Kaléidoscope, 12,80 euros (à partir de 4 ans)

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souffle

Le titre est évident et pas besoin d’explications pour que les enfants comprennent ce qu’ils ont à faire. Ils prennent de grandes inspirations, les joues se gonflent d’air et page après page, ils soufflent ! Et nous aussi avec eux, parce que c’est drôle…

Dans ce livre pop-up (genre très apprécié des plus jeunes), on découvre des décors bien différents les uns des autres pour célébrer chaque saison qui s’anime sous nos yeux. On fait danser les fleurs, les feuilles d’automne ou encore les flocons de neige et le livre prend vie. Les enfants sont ravis de participer et la lecture devient jeu…

Grâce et poésie sont au rendez-vous dans cet ouvrage unique, très bien pensé et avec une finition parfaite.

Souffle ! de Claire Zucchelli-Romer, 2015, Milan, 14,90 euros (à partir de 3 ans)

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Calamar

Valérie Strullu met en scène un petit calamar colérique qui déverse son liquide noir au gré de sa mauvaise humeur ! Une fois grand, Oscar décide de vendre son encre qu’il peut produire en très grande quantité. Mais, toute cette richesse et cette particularité physique lui montent à la tête, le voilà qu’il s’autoproclame roi ! Les autres animaux le craignent et il faudra l’intervention d’un cormoran malin pour déjouer la suprématie d’Oscar. Je vous laisse découvrir la pirouette finale qui est vraiment savoureuse…

C’est un petit livre (10,5 x 15 cm, collection « Mouchoir de poche ») qui va jusqu’au bout de sa proposition: le livre est entièrement en noir et blanc, le papier noir brillant donne toute son épaisseur à l’histoire et on remarque l’utilisation malicieuse de toutes les expressions à propos de la colère et des couleurs… Petit bonus: le sachet d’encre noire au début de l’ouvrage fascinera les enfants. « Quoi, c’est de l’encre du vrai Oscar ? » Pour de vrai, de l’encre de seiche à cuisiner !

Oscar le calamar de Valérie Strullu, 2015, Møtus, 4,60 euros (à partir de 4 ans)

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ECL-couv-Extravagant

C’est l’histoire d’un œil, d’une main et d’un gant qui vivent en parfaire harmonie. Trio improbable, non ? Et pourtant, une véritable histoire va se mettre en place avec un élément déclencheur: une nuit, une petite araignée retire délicatement le gant de la main… Au petit matin, c’est la panique ! L’œil ne reconnaît plus rien et les péripéties s’enchaînent avec l’arrivée d’une oreille, d’une bouche et d’un nez. Voilà que les choses se dessinent…

Un petit extrait du moment où un doigt est mis dans l’œil par accident:

« L’ŒIL eut si mal qu’il en pleura.

Il pleura si fort que la BOUCHE cria.

Elle cria si fort que l’OREILLE sursauta.

Finalement, l’ŒIL reconnut la MAIN.

C’est long à raconter, mais cela se passa en un clin d’œil ! »

À première vue, Extravagant est un livre complètement déjanté ! Mais, pas seulement… En réalité, c’est un support de découverte (ou de travail) incroyable pour les enfants à propos des cinq sens. Oui, il fait appel à nos perceptions sensorielles d’une manière directe et efficace. On se demande bien où Betty Bone a trouvé cette idée d’histoire… Néanmoins, derrière le côté loufoque, il faut aussi souligner la structure de cet ovni dans la littérature jeunesse. J’ai bien conscience que ce n’est pas forcément évident d’adhérer à ce livre sans l’avoir sous les yeux. Oui, il faut le voir, tourner les pages pour constater l’articulation du récit et savourer l’ensemble. De plus, l’édition de ce livre est vraiment soignée ce qui en fait un très bel objet (grand et large format) avec des couleurs explosives et un beau papier épais.

Plus qu’une simple lecture, cet album nous offre une expérience graphique insolite et un voyage dans l’imaginaire. Les enfants, moins déstabilisés que les adultes au début de l’ouvrage, se laissent emporter par cette histoire extravagante à l’ambiance si particulière…

Extravagant de Betty Bone, 2016, Éditions courtes et longues, 22 euros (à partir de 4 ans)

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Le titre, le sépia de la couverture et cette autruche sur son trente et un nous font immédiatement basculer dans une atmosphère pour le moins étrange… Les premières pages nous expliquent le pourquoi du comment: un vicomte ruiné décide de transformer son jardin en zoo afin de conserver son manoir. Le maître des lieux met ses dernières économies dans l’achat d’animaux et bichonne les nouveaux pensionnaires. Au passage, on peut remarquer la similitude physique entre le vicomte et Dedieu, l’auteur et illustrateur du livre…

Devenu l’ami des animaux, le vicomte leur permet de vivre en liberté dans le parc après l’heure de fermeture du zoo… Profitant pleinement de leur liberté, les animaux s’aventurent aussi dans la propriété ce qui laisse lieu à des situations comiques et décalées (l’ours polaire dans la baignoire, la girafe qui mange les fleurs dans le vase ou encore un bébé panda faisant du cheval à bascule) qui ne sont pas du goût de la belle-mère du vicomte. Cette dernière va donc imposer une nouvelle règle: les animaux pourront venir au château mais habillés et usant de bonnes manières. Ici encore, les enfants rient du décalage qui va très loin… Mais, qui dit humanisation dit prise de conscience alors les animaux se révoltent et deviennent prudes au point de ne plus vouloir apparaître nus dans les cages du zoo durant la journée. Comment faire ? Madame la belle-mère, qui a beaucoup d’idées, en trouve une qui semble convenir à tout le monde…

Même si je vous dévoile le subterfuge, cela n’enlèvera rien à votre plaisir de lecture tant cet album est la perfection incarnée ! Et encore, je pèse mes mots… Vous l’avez compris, j’aime énormément ce livre. Reprenons, par souci d’anonymat et de pudeur, les animaux enfilent des masques… d’autres animaux. Vous ferez donc la connaissance du chamodile, du kangours ou encore de l’aiglion. « Ces derniers (les masques) étaient si parfaits que les créatures ainsi créées semblaient tout droit sorties d’un livre pour enfants. » On a tous en tête le procédé de mélange avec la tête d’un animal sur le corps d’un autre, ce qui donne des images très étonnantes qui amusent énormément les enfants.

Le texte est superbe et le travail fait sur les illustrations est tout à fait remarquable. Avec ce livre, les enfants visitent un zoo comme jamais ils n’en ont vu et plongent dans un univers d’une autre époque; le tout est parfaitement maîtrisé par Dedieu. La fiction est poussée jusque dans les moindres détails comme les tickets d’entrée du zoo ou l’album souvenir. À savourer !

L’Étrange Zoo de Lavardens de Dedieu, 2014, Seuil jeunesse, 18 euros (à partir de 4 ans)

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À venir prochainement la deuxième partie avec cinq autres livres tout aussi originaux !

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Léo le fantôme

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NOUVEAUTÉ

Fantôme rime souvent avec solitude… Et c’est bien le cas pour Léo, le petit fantôme de Mac Barnett et Christian Robinson. D’ailleurs, le livre s’ouvre sur ce constat qui, vous l’aurez deviné, va évoluer tout au long de l’histoire.

Voici les premières lignes très accrocheuses de l’album (qui figurent aussi en guise de résumé sur la 4e de couverture) :

« Voici Léo.
La plupart des gens ne peuvent pas le voir.
Mais toi, tu peux : Léo est un fantôme.
Pendant de nombreuses années, Léo a vécu tout seul
dans une maison aux abords de la ville.
Jusqu’à ce jour de printemps, où une famille y emménage… »

Ce début est très efficace et embarque immédiatement le lecteur ! Dans la confidence, l’enfant accompagne (tel un guide) Léo dans ses aventures… Ce fantôme plaît aux enfants car il a l’apparence d’un petit garçon souriant et très chic (il faut le souligner !). Après toutes ces années de solitude, Léo n’aspire qu’à avoir de la compagnie alors il met les petits plats dans les grands pour accueillir comme il se doit les nouveaux habitants de sa maison. Le contexte et le comportement de notre héros ne peut qu’attirer la sympathie: oui, tout comme lui, les enfants se mettent à espérer que Léo puisse enfin avoir une famille… Mais, qui a envie d’avoir un fantôme chez soi ?  Un véritable « SOS Fantômes » est lancé et Léo n’insiste pas. Il préfère quitter les lieux…

Léo famille

© Mac Barnett et Christian Robinson pour hélium

Dans la ville, nous suivons son errance. D’ailleurs, nous pouvons remarquer que la description de la ville pourrait correspondre en tout point à une perception d’enfant (véritable): « Certains endroits étaient merveilleux. D’autres, très effrayants. Partout, c’était extrêmement bruyant. » Après le confort d’une maison qu’il n’a pas quitté depuis longtemps, Léo se retrouve complètement perdu dans ce tourbillon citadin. L’auteur pointe du doigt l’anonymat des grandes villes renforcé par la condition de fantôme de Léo. Comme venu d’un autre temps, il ne reconnaît plus son quartier et n’a plus ses repères…

Léo ville

© Mac Barnett et Christian Robinson pour hélium

La tristesse de Léo prendra fin avec la rencontre d’une petite fille nommée Jeanne. À défaut d’entendre des voix, cette petite Jeanne voit parfaitement Léo et ne remarque absolument pas qu’il est un fantôme. Léo revit à son contact (enfin… c’est une façon de parler) et leur amitié se met en place sous forme d’un jeu: les chevaliers de la Table ronde avec des épées, un butin à dérober et un dragon à abattre (les antisexistes apprécieront beaucoup ce jeu à l’initiative d’une fillette). Comme si le jeu avait été un exercice avant la pratique, Léo parvient à faire arrêter un voleur qui s’était introduit dans la maison de Jeanne… Comme quoi, on peut être un fantôme mais aussi un véritable héros !

On pourrait croire à une réédition des années 50 ou 60, mais Léo le fantôme est bien une création contemporaine et ce parfum vintage tient aux illustrations de Christian Robinson. Juste quelques couleurs (blanc, bleu, gris et noir), de la peinture et des collages pour donner vie à cette histoire tout à fait particulière et intemporelle. Je vous conseille d’aller regarder le SITE de cet illustrateur très imaginatif et talentueux. Et pour information, le travail de Christian Robinson est plutôt très coloré contrairement à Léo le fantôme.

Le texte de Mac Barnett est soigné et détaille avec peu de mots des sentiments ou situations. Un petit exemple: « Quand le petit fantôme fermait les yeux, il pouvait presque voir les pièces d’or et les écailles du dragon. » Il emploie un langage qui parle parfaitement aux enfants… et Mac Barnett, par ce biais-là, aborde un thème qui lui est cher: le pouvoir de l’imagination. L’extrait ci-dessous le montre parfaitement faisant intervenir des petits compagnons de jeux dociles et toujours prêts à jouer, les amis imaginaires.

Léo amis imaginaires

© Mac Barnett et Christian Robinson pour hélium

Fantôme, amis imaginaires… il y a donc tout un jeu sur le caché, le voilé, la présence ou non des amis de Jeanne. Est-ce, parce qu’elle a beaucoup d’imagination, qu’elle parvient à voir Léo ? La question reste ouverte… et comme dans beaucoup de bonnes histoires, les enfants voudront lire et relire ce livre afin de comprendre. Dans cet album, il est aussi question de peur. Est-ce que quelque chose qui ne se voit pas fait peur ? On sait tous que oui. Et particulièrement les enfants avec la peur du noir, du loup, etc. L’imagination peut être encore pire que la réalité… Mais, ici, il s’agit d’utiliser l’imagination à bon escient et de la mettre au service du jeu.

L’auteur et l’illustrateur ont aimé jouer sur les différences entre Léo et Jeanne. Lui, c’est un fantôme aux airs de garçon qui vit seul dans une vieille maison à la campagne alors que Jeanne est une fille de la ville qui vit entourée de sa famille. Et cette nouvelle amie pourrait bien être un début de famille pour Léo… Un lien s’établit et parfois, on a la famille qu’on a bien voulu se créer. C’est une notion qui parlera aux enfants vivant dans des familles recomposées (ou atypiques) mais pas seulement… Ce livre délivre un message d’amour au sens large qu’il soit familial ou autre.

Bref, cet album plaît aux enfants car il parle d’amitié et regorge d’aventures ! D’ailleurs, il a été sélectionné par le New York Times parmi les meilleurs albums illustrés de 2015. Pour ceux que ça intéresse, voici la liste complète.

Deux petites photos du duo Barnett/Robinson pour le lancement du livre Leo a ghost story aux États-Unis.

Mac B. et Christian R. 2  Mac B. et Christian R.

© Jourdan Abel

© Irene Kim Sheperd

BONUS

Je suis littéralement tombée sous le charme de Mac Barnett dans cette vidéo. Vous allez voir qu’il sait aussi bien parler (et raconter des histoires) aux enfants qu’aux adultes ! « Pourquoi une bonne histoire est comme une porte secrète », c’est un quart d’heure d’intelligence et d’humour ! Et une vision passionnante de la littérature, de l’enfance et du rapport aux livres. Que l’on soit passionné ou non de littérature jeunesse…

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Maison d’édition: hélium

Année de publication: 2016

Prix: 14,90 euros

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Poussin vert

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La plupart du temps, les comptines pour enfants sont à prendre au premier degré. Néanmoins, certaines peuvent avoir des connotations sexuelles (Au clair de la lune, Il court le furet, Nous n’irons plus au bois) et d’autres sont complètement absurdes comme Une souris verte. Beaucoup ont cherché une explication à cette dernière dont le titre est pour le moins étrange. La seule chose dont on est sûr, c’est qu’elle remonte à plusieurs siècles et qu’elle possède plusieurs variantes de fin… Je vous épargne tous les détails, mais il y a la justification ésotérique, l’historique et celle qui choisit tout simplement l’absurde. C’est cette dernière version que je préfère retenir !

D’ailleurs, je ne suis pas la seule puisque Marie-Hélène Lafond et Gwenaëlle Doumont ont décidé de jouer avec l’absurdité de cette célèbre chanson enfantine. Dans Poussin vert, un petit malin entonne la comptine devant non pas une souris mais un poussin (vert): « Un poussin vert qui courait dans l’heeeeeerbe ! » Très vexé, le poussin refuse cette association et s’énerve. Le petit garçon, loin d’être impressionné, décide de continuer à l’asticoter (petite parenthèse: ouvrez bien les yeux, les asticots sont très présents dans cet album) en poursuivant la chanson. Mais, comment faire pour attraper par la queue un poussin… qui n’en possède pas ? Et où trouver des messieurs ? Bref, il y a une bonne dose de questions laissées sans réponse pour ce petit rouquin qui prend les paroles d’Une souris verte au pied de la lettre…

Pour l’eau et l’huile, c’est moins compliqué surtout quand une baraque à frites se profile à l’horizon. Ce détail est amusant car quand on suit l’illustratrice Gwenaëlle Doumont sur les réseaux sociaux, on connaît son goût, que dis-je sa passion pour les frites ! Bon, revenons à nos moutons ou plutôt à nos escargots qui s’enfuient aussi vite qu’ils le peuvent… ne souhaitant pas être mêlés à cette drôle d’histoire. Mais, trop tard pour certains…

Si vous voulez savoir si la métamorphose poussin/escargot a bien eu lieu, si une souris verte (LA grande absente) a enfin fait son apparition ou encore autre chose, il faudra lire Poussin vert. Croyez-moi, vous ne le regretterez pas !

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© Marie-Hélène Lafond et Gwenaëlle Doumont pour La Palissade

Le texte est drôle, en décalage permanent avec les comptines de l’enfance tellement entendues… Et l’auteur Marie-Hélène Lafond ne s’arrête pas à Une souris verte, il est aussi question de la chanson Jeu de la barbichette ainsi que Promenons-nous dans les bois (ou Loup y es-tu ?). Tout est amené avec intelligence et les enfants qui connaissent bien ces comptines s’amusent des mises en scène imaginées dans le livre. L’enchaînement narratif est bien pensé et la lecture très fluide: le texte s’entremêle aux images (en haut, au milieu, à l’encre, au crayon) bref il y a une liberté maîtrisée absolument séduisante. Quant à la fin, elle est irrésistible !

Gwenaëlle Doumont nous livre (comme à son habitude) des illustrations d’une fraîcheur incomparable. Des crayons de couleur, un air bucolique, des tons clairs et le tout est enveloppé d’une douceur malicieuse. Beaucoup de détails à regarder partout en plus de l’action principale. De plus, le décor s’étoffe au fur et à mesure que l’on progresse dans l’histoire: d’abord assez épuré avec beaucoup de blanc dans la page, le paysage s’épaissit jusqu’au point culminant de la forêt profonde qui remplit entièrement l’espace. Cette surenchère est utilisée pour montrer comment, après un petit jeu plutôt innocent à la base, l’effronté va se retrouver pris au piège. Dans un monde qui n’est pas le sien, l’enfant va subir la (douce) revanche des animaux qui ne supportent plus d’être tourmentés par ce sale gosse…

CONCOURS

Grâce aux éditions La Palissade, je vous propose de gagner un exemplaire de Poussin vert. Pour jouer, laissez-moi un commentaire suite à cette chronique ou rdv sur ma page Facebook (Delphine Monteil) !

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Maison d’édition: La Palissade

Année de publication: 2016

Prix: 12,90 euros

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La bande à Billy…

Si je vous dis « C’est l’histoire d’un hamster et d’un ver de terre au Far West », avouez que ça ne fait pas forcément rêver sur le papier… et que vous vous sentez un peu déstabilisé. Mais, c’est sans compter sur le talent de Catharina Valckx qui met en scène les aventures de Billy… Oui, Billy est un hamster touchant et courageux entouré d’une galerie de personnages plus sympathiques les uns que les autres (et certains un peu effrayants pour les ressorts dramatiques de l’histoire). Avec cinq albums depuis 2010, l’auteur venant de Hollande a élaboré une série couronnée de succès, traduite dans plusieurs pays et pour cause, chaque livre est une petite merveille…

Les qualités principales de ces histoires sont un grand sens de l’humour mêlé à une poésie du quotidien, le goût de l’absurde et du gag ainsi que des dialogues savoureux. Derrière l’esprit malicieux de l’auteur se trouve la volonté de mettre en scène des histoires qui réconfortent les enfants et qui prônent l’amour au sens large. Elle met l’accent sur la rencontre avec l’autre et la richesse qui en découle. Le chemin de Billy est ponctué de rendez-vous et Catharina Valckx place l’amitié au centre de son oeuvre. Pour Billy qui vit seul avec son père, ses nouveaux amis complètent sa petite famille.

Les illustrations vives (mais douces) donnent à voir un dessin assez simple aux traits délicats. Ne vous méprenez pas, le tout est très expressif ! Les paysages (collines, nuages, montagnes, couchers de soleil) sont particulièrement travaillés et figurent en arrière-plan sur toutes les pages. L’encadrement du décor fait partie intégrante de l’histoire, car les éléments naturels sont autant d’outils pour la narration.

Les nombreux dialogues structurent le récit et font avancer l’histoire sans lourdeur aucune. Les enfants apprécient le rythme des nombreux échanges et en bonne connaisseuse des petits, l’auteur leur offre un rituel de fin d’album. Il s’agit d’un festin de noisettes au chocolat afin que les personnages se remettent de leurs aventures avec, cerise sur le gâteau, les phrases déformées par Jean-Claude le gourmand ! On voit le plaisir des enfants à entendre les adultes lire: « Forchément, dit Jean-Claude, la bouche pleine, Ché le meilleur anniverchaire du meilleur hamchter de la terre. »

On finit la lecture par une douceur et une pirouette, tout pour plaire aux lecteurs et absolument représentatif du style de Catharina Valckx.

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Billy est un hamster élevé par son père cow-boy et gangster. Et schéma familial oblige, le papa a très envie que son fiston marche sur ses pas… Dans le premier livre de la série, Haut les pattes, on assiste à la tentative du gentil Billy de jouer les gros bras et malgré la panoplie parfaite (revolver, ceinture, masque et chapeau), les choses ne vont pas exactement se passer comme son père le souhaiterait ! L’apprenti bandit, avec l’ordre de crier « Haut les pattes ! », va plutôt attirer la sympathie que la terreur jusqu’à devenir un héros. Mais, ce qui compte le plus pour Billy, c’est qu’il s’est fait de nouveaux amis….

Ce premier opus est l’occasion de placer le contexte et les personnages: les rapports de Billy et de son père, Billy fait la connaissance de celui qui va devenir son acolyte, son compagnon, bref son meilleur ami: Jean-Claude, le ver de terre ainsi que deux personnages un peu plus secondaires: Josette la souris et Dédé le lapin.

Revenons sur la couverture qui est, à elle seule, une vraie réussite ! Dire « Haut les pattes ! » à un ver de terre est LE gag burlesque par excellence… Le contraste de taille accentue le comique de situation (Catharina Valckx aime particulièrement jouer sur les différences de taille). Avant même d’avoir ouvert le livre et de commencer à lire l’histoire, on sait (du moins on le sent) que l’auteur a un fort potentiel comique et un univers bien particulier.:

Vérifiez-le par vous-même avec cet extrait lu par l’auteur :

© Catharina Valckx, 2011, l’école des loisirs

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Pour ce deuxième livre, il s’agit d’installer véritablement les personnages et de faire évoluer tout ce petit monde. D’ailleurs, la couverture a des similarités avec le premier livre: la couleur jaune du paysage, Billy le héros et son comparse Jean-Claude. Mais, pour marquer la nouveauté, un autre personnage que l’on devine faute de le voir complètement mais qui est, de toute façon, annoncé par le titre. De plus, on peut constater que Billy n’est définitivement plus du côté des bandits (mais, l’a-t-il vraiment été ?), il a délaissé son revolver (ainsi que son porte-revolver) et son masque.

Le Bison ou comment un simple lasso est le prétexte à l’histoire entière. Il suffit que le père de Billy dise « Le jour où un hamster attrapera un bison au lasso, je mangerai mon chapeau » pour que son fils se lance à lui-même ce défi. Je vous laisse découvrir comment notre petit héros va y parvenir et qui mangera le chapeau de qui à la fin…

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 © Catharina Valckx pour l’école des loisirs

Encore une fois, le jeu sur la taille est de mise. Franchement, quel poids peut avoir un hamster en face d’un bison ? Mais, c’est sans compter sur Josette la souris qui est aussi de la partie et Jean-Claude qui donne vraiment de sa personne pour aider son ami à capturer la grosse bête… On peut saluer l’originalité de l’auteur quant à ses choix d’animaux: un hamster, un verre de terre qu’on penserait de prime abord du côté des faibles. Mais, elle parvient à les faire exister en anti-héros et le duo fonctionne à merveille. Quant à l’affrontement (pas bien méchant) du bison et de Billy, c’est la fameuse opposition grand/petit ! Les enfants s’émerveillent (ou s’inquiètent juste ce qu’il faut) de la force du grand et soutiennent le petit. Bref, un schéma classique qui a fait ses preuves…

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Cheval fou (j’adore le titre) est une percée dans le monde des Indiens: Billy et Jean-Claude quittent le Far West pour découvrir les mystérieux Indiens qui vivent de l’autre côté de la montagne. Après deux livres chez les cow-boys, il fallait se douter que les Indiens pointeraient le bout de leur plume ! Barbichette la chèvre leur sert de guide pour pénétrer dans ce nouveau monde et les enfants retrouvent avec plaisir tous les éléments/codes du genre: les plumes, le tipi, les signaux de fumée, etc.

L’Indien en question dans ce livre est un petit coyote portant le nom de Moineau tranquille. Plutôt pacifique, il va initier Billy, Jean-Claude et Barbichette aux rites indiens. Par ce biais, un jeu se met en place. « On dirait qu’on est des Indiens ! » Une plume en guise de déguisement et une nouvelle identité avec un patronyme indien, il n’en faut pas plus à Jean-Claude pour se transformer en « Cheval fou » ! C’est plutôt une bonne idée pour un ver de terre, non ?

Ce troisième volet apporte un vent de nouveauté grâce au changement de décor et l’amitié de Billy et Jean-Claude est devenue plus solide. Ils peuvent compter l’un sur l’autre et se protègent. Par ailleurs, l’auteur parvient à mettre en scène le très célèbre duo Indiens/cow-boys avec une approche toute personnelle et mention spéciale à la dernière page qui est absolument splendide ! Si je ne devais retenir qu’un ouvrage de la série, ce serait celui-ci…

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La Fête de Billy met l’accent sur un thème cher aux enfants, l’anniversaire. Oui, pour l’occasion, le petit Billy veut un bal costumé. Son ami Jean-Claude est bien sûr le premier invité, suivi de Josette la souris, le bison, Dédé le lapin, le petit coyote, la chèvre ainsi que la petite coccinelle toujours présente (même si elle n’est jamais nommée). La grande surprise de l’album est l’arrivée d’un nouveau personnage: Didier, le petit frère de Jean-Claude. Mais aussitôt présenté, aussitôt disparu ! Il faut le retrouver… Billy et Jean-Claude se mettent à sa recherche et pas de panique, le bébé ver de terre sera retrouvé sain et sauf. Cela aurait été vraiment dommage qu’il rate l’anniversaire, car Didier remporte la palme du meilleur déguisement parmi d’autres tenues improbables ! Je vous laisse les découvrir…

Didier n’est pas le seul petit nouveau, il y a aussi Jack le vautour solitaire. D’abord menaçant, il va s’avérer un allié réconfortant. Encore un message positif que l’auteur veut faire passer aux enfants: les apparences peuvent être trompeuses… Quelqu’un qui est à part ne demande peut-être qu’à être rencontré, qu’on vienne à son contact. Un peu d’entraide et de gentillesse sont toujours les bienvenues ! Par ailleurs, les méchants ne sont jamais très méchants chez Catharina Valckx. Étranges et un peu effrayants, mais cela ne va pas plus loin…

Avec cet album, c’est l’occasion de retrouver tous les personnages croisés depuis le premier album. Oui, ils ont tous répondu présent à l’invitation de Billy ! Et qui dit fête, dit danse ! Alors, voici un petit film (version country) de Billy et ses copains:

© Catharina Valckx et Marko Kovac, 2014, l’école des loisirs

 

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Billy et le gros dur, le petit dernier sorti récemment, met en lumière un nouveau personnage. Et pas des moindres… Moi qui vous ai dit plus haut qu’il n’y avait pas de « vrai méchant » dans cette série, l’arrivée de Bretzel marque un tournant. Le gros dur est un blaireau (on rit de la polysémie du nom, rien n’est laissé au hasard chez Catharina Valckx) qui s’est installé juste à côté de Billy et son père. Et c’est un voleur ! Un de la pire espèce (pas comme le papa de Billy) puisque Bretzel vole les plus pauvres. Effectivement, il va même jusqu’à dérober toute la provision de carottes de la très nombreuse famille lapin !

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 © Catharina Valckx pour l’école des loisirs

Cette scène nous amène à un parallèle avec un grand classique pour enfants : le blaireau Bretzel ressemble au gros loup, le shérif de Nottingham, dans Robin des Bois. Sans pitié, il s’attaque aux plus démunis et seul Robin des bois parvient à le contrer. Tout comme ce sera le cas pour Billy et Bretzel… D’ailleurs, on peut aussi associer Billy à Robin des Bois grâce à la couleur de son pelage et son chapeau vert du point de vue physique. Quant au caractère, ils possèdent tous les deux le goût du risque ainsi qu’une bonté d’âme, une générosité qui les amène à être très appréciés et bien entourés.

Voici un petit extrait du dessin animé Robin des Bois (à défaut du livre):

Bien entendu, dans ce dernier album, on retrouve les frères vers de terre: Jean-Claude et le petit Didier. Mais, il y a aussi Poko le perroquet et un bien étrange fantôme… Partez à la rencontre de tout ce petit monde, vous tomberez sous le charme !

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Pour information, les cinq albums sont disponibles en grand format (à 12,70 euros) et les trois premiers le sont aussi en petit format (Lutin poche à 5 euros).

Billy et sa bande portés par le talent de Catharina Valckx séduiront tous les enfants à partir de 4 ans.

Le site de l’auteur, c’est par ICI.

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CP Ça veut dire quoi ?

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CP. Deux lettres qui font basculer les petits dans le monde des grands. « La grande école », mais qu’est-ce que c’est ? Après l’avoir constatée, Édouard Manceau s’est interrogé sur l’incapacité de la plupart des enfants à dire ce que signifie ces deux lettres. Il a donc eu l’excellente idée d’utiliser comme support de travail le sigle du cours préparatoire, CP, pour imaginer tout et n’importe quoi ! Voilà une idée toute simple à la base d’un livre d’une richesse incroyable.

Au début de l’ouvrage, des petits élèves pingouins se penchent sur la question… et les réponses restent très sages voire terre à terre au début de leur réflexion. CP comme Classes de Pingouins, Cartables de Pingouins ou encore Ciseaux de Pingouins, etc. Mais Édouard Manceau, alias l’homme derrière la bande de pingouins, va plus loin pour notre plus grand plaisir. Celui qui dédicace ce livre « À tous les enfants qui aiment faire danser les mots » prend le contre-pied en faisant valser C & P. Entrez dans la danse de la Chemisette Panthère et du Chien Postier !

Avec humour et poésie, l’auteur illustrateur nous propose toutes les combinaisons possibles pour ces deux lettres et parvient à éviter une longue énumération fastidieuse. Au contraire, le résultat est plus un joyeux florilège, un véritable exercice littéraire et des illustrations d’une grande force graphique pour donner du sens à ce sigle. Tout au long de cet album, il décline ces deux initiales à l’infini sous forme de devinettes, de listes, de suggestions et de clins d’œil. Le tout est très beau et ludique ! On passe de l’absurde poétique (Carabine à Pâquerettes, Clarinette Pipelette) au bizarre (Cornichon en Pendentif, Caddie à Palmier) en passant par l’humour pipi-caca dont les plus jeunes raffolent avec les nombreuses possibilités du grand C (Caca, Crotte, Cabinet). De manière plus générale, les enfants retrouvent tout ce qu’ils aiment: les animaux, la nourriture, les couleurs, les moyens de locomotion et beaucoup d’autres choses encore…

Cependant, cet ouvrage n’est pas que fantaisie et Édouard Manceau glisse très habilement quelques notions d’apprentissage comme les mathématiques (Cercle en Pointillés, le Calcul de patates – il n’y a pas de mauvaise approche pour apprendre à calculer !), les chiffres de 1 à 100, la Conjugaison (au Présent et au Passé), les couleurs (Couleur Pistache, Prune, Paille, etc.), l’espace (Côté de la Page, Coin de la Page, Centre de la Page), le Code Postal ou encore la musique (une portée avec un Concerto pour Pinsons). Apprendre en s’amusant, faire s’envoler l’imagination et découvrir le pouvoir des mots, voilà ce qui ressort de CP Ça veut dire quoi ? L’amour des mots est bien ce qui transpire le plus de cet ouvrage-inventaire. Les élèves du Cours Préparatoire apprennent à lire et à écrire, mais aussi à jouer avec les lettres, les mots et plus tard les idées. Dans son livre, Édouard Manceau se focalise sur deux lettres mais la fin ouvre le champ des possibles avec non plus uniquement le C et le P mais l’alphabet dans son entier, de A à Z. Oui, revenir à la source, aux origines des lettres avant de parvenir à les manier avec brio. Car, on sait bien qu’une fois que l’on a les bases, on peut tout se permettre ensuite… Ode à l’imagination et au tandem écriture/lecture, CP Ça veut dire quoi ? devrait être lu à tous les élèves de Cours Préparatoire !

J’ai apprécié ce livre pour le message passé aux apprentis lecteurs, le mélange savoureux de drôlerie et de sérieux ainsi que l’idée de « contrainte » comme procédé d’écriture: trouver le plus d’associations possibles entre deux lettres. On sent le plaisir de création d’Édouard Manceau à chaque page… N’oublions pas le livre en tant que tel, c’est un bel ouvrage cartonné assez grand (25 x 30 cm) et dense (80 pages) qui donne toute la place nécessaire aux grandes illustrations. Chacune illustre une proposition et certaines ne trouvent leur justification que par l’image comme « Chemin en Prison » qui renvoie à un labyrinthe ou « Chanteur Parti » avec son micro sur un pied mais sans personne derrière. Ce genre d’association pousse les enfants à voir au-delà des mots et tout simplement à réfléchir…

Une petite présentation du livre par les éditions Milan:

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Maison d’édition: Milan

Année de parution: 2015

Prix: 14,90 euros

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Sélection de livres à offrir pour Noël !

Dans moins d’une semaine, c’est Noël ! Alors, si vous faites vos cadeaux à la dernière minute (comme moi), voici des idées de bons livres. La sélection que je vous propose est un mélange de nouveautés et d’ouvrages moins récents mais qui sont, selon moi, des incontournables… Les catégories d’âge sont une indication « relative » selon la présentation de l’éditeur et/ou mon avis. Cela peut être aussi très aléatoire selon chaque enfant. Allez donc faire votre marché, flânez dans les librairies, offrez des livres aux enfants qui vous entourent et lisez ensemble ! C’est mon conseil pour cette fin d’année. Très bonnes lectures et n’hésitez pas à me faire part de vos préférences !

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La collection « Les imagiers sonores » (Gallimard Jeunesse)

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Pour les plus petits, il faut du son, de la matière et/ou du mouvement ! Je vous recommande donc tous les imagiers sonores de Gallimard Jeunesse qui existent depuis 2009 et qui sont devenus une valeur sûre. Plusieurs thèmes sont abordés comme la vie de l’enfant et sa famille, les animaux, la musique, les véhicules, les jouets, etc. Les illustrations de Marion Billet, Elsa Fouquier ou encore Lucie Durbiano sont très jolies, de bon goût et il n’y a aucune couleur criarde… Une scène sur chaque double-page avec une petite puce glissée dans l’image parfaitement à la taille de l’index de l’enfant. Le son n’est pas strident et particulièrement travaillé (notion très importante quand on sait que l’enfant est capable d’appuyer sur la même touche quinze fois de suite): il y a des sons/bruits du quotidien ou des jolies chansons. Bref, c’est le livre idéal pour éveiller les tout-petits ! Bonus important: les livres cartonnés sont (très) résistants.

Depuis l’automne, deux nouveaux imagiers ont fait leur apparition. Légèrement plus grands, ils cumulent le toucher et le son. Ils sont tous les deux illustrés par Marion Billet et mettent en scène ce que les enfants adorent: les animaux !

Observons-les de plus près…

Mes doudous

Ce document a été créé et certifié chez IGS-CP, Charente (16)

Cinq animaux très doux, si doux qu’ils sont les doudous des enfants le temps de la lecture… Ici, on faut connaissance avec le lapin, le mouton, la girafe, la souris et l’ours. Sur chaque double-page, une belle illustration de l’animal peluche, un son et une matière très douce à toucher.
Mes petits animaux

Ce document a été créé et certifié chez IGS-CP, Charente (16)

Des bébés animaux que les enfants reconnaissent (chat, chien, poussin, poisson et grenouille) sont mis en scène dans leur milieu naturel ou domestique. De belles couleurs, des vrais sons et un gros morceau de matière à toucher, gratter ou effleurer pour le plus grand plaisir des petits doigts !

Mes chants de Noël

Ce document a été créé et certifié chez IGS-CP, Charente (16)

Avec ce petit livre sorti pour les fêtes, on est pile dans le thème de l’article ! Car Noël, ce n’est pas que les cadeaux mais aussi la fête et les chansons. Ici, les traditionnels (Petit Papa Noël, Mon beau sapin, Vive le vent, Douce nuit) et d’autres chants à découvrir (Noël russe, Une fleur m’a dit) chantés tour à tour par des adultes ou des enfants. Le tout joliment illustré par Elsa Fouquier, les enfants retrouvent avec plaisir toutes les figures de leur fête préférée (le Père Noël, les lutins, les rennes…) ainsi que le sapin de Noël et la neige. Humains et animaux se côtoient dans ces univers différents et détail pratique, les enfants trouvent et retrouvent très facilement la puce sonore pour enclencher la chanson.

La collection « Bébêtes » de Klaartje Van der Put (Casterman)

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Je vous conseille aussi les livres de la collection « Bébêtes » de Klaartje Van der Put chez Casterman. Depuis 2005, une cinquantaine de petits livres ont vu le jour et ont fait leurs preuves auprès des tout-petits qui se régalent de ces histoires simples… Mais, la grande force de cette collection est la marionnette conteuse qui fait partie intégrante de l’histoire. Le parent lecteur (ou autre) glisse son doigt et donne vie au petit personnage héros et plus tard, c’est l’enfant qui reprendra ce rôle avec fierté. Et ce n’est pas mon neveu Gaspard, fan de ces petites bêtes, qui dira le contraire !

2 ans
Petit manuel pour aller sur le pot de Paule Battault et Anouk Ricard (Seuil jeunesse, 2015)

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Pour un enfant de deux ans (et ses parents), le pot est une affaire très importante alors mieux faut se documenter ! Et cet album cartonné est LE livre idéal sur le sujet. On apprend, on rit, on dédramatise les choses et le message passe… Et je vous assure que vous, adultes, vous allez rire aussi !

Pour plus d’informations, retrouvez ma chronique entière ICI.

Animaux de Ingela P Arrhenius (Éditions Marcel & Joachim, 2015)

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Avec ce livre au format géant (34 x 46 cm), les petits ont le loisir de contempler plus de trente animaux en grand. Un animal par page alors plus que de simples images, ce sont comme des affiches qui mettent parfaitement en valeur le style vintage de l’artiste. Les illustrations sont magnifiques, il y a un vrai travail autour de la typographie et de la mise en page. Un livre qui plaît aux petits et qui charme les plus grands !

3 ans
Chhht ! de Sally Grindley et Peter Utton (L’école des loisirs, 1991)

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Ce livre, avec peu de texte, nous fait entrer dans le château d’un terrible géant et l’enfant participe en soulevant des rabats avec la crainte de réveiller ce monstre. Chaque page représente une pièce du château et, avec une lecture murmurée, l’enfant se prend vite au jeu et la chute est absolument géniale… Parfait pour les petits qui aiment se faire peur !

Dans la rue de Tineke Meirink (Éditions Le diplodocus, 2015)

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Le temps d’une simple promenade, les objets anodins de la rue et de la nature sont détournés afin de prendre vie ! Un tuyau d’arrosage se métamorphose en jolie jeune fille ou encore une fissure dans un mur de briques devient un escalier qu’un petit personnage va s’empresser de monter… Des photos avec quelques détails dessinés, une bonne dose d’imagination et le tour est joué ! Un livre cartonné, créatif et poétique qui invite les enfants à (bien) regarder autour d’eux…

Promenade de la petite fille de Nathalie Lété et mécanismes de Marion Bataille (Les fourmis rouges, 2014)

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Entre Poucette et Alice au pays des merveilles, une très petite fille se promène et on apprend qu’elle n’a peur de rien… Elle traverse la forêt, le potager ou encore un champ de fleurs et aime se cacher. Grâce à un système de tirettes, le lecteur la cherche sur chaque page et découvre, par la même occasion, bien des animaux qui peuplent ce monde miniature. Les mécanismes de Marion Bataille et la peinture de Nathalie Lété en font un livre poétique célébrant la nature et ses occupants.

4 ans
Panique au village des crottes de nez de Mrzyk & Moriceau (Les fourmis rouges, nouveauté 2015)

Ce document a été créé et certifié chez IGS-CP, Charente (16)

Un livre hilarant que vous pouvez acheter sans la moindre hésitation ! On rit beaucoup avec cette famille pas comme les autres. Les enfants adorent le côté gentiment cracra et vous verrez, les parents vont aussi se laisser avoir ! C’est vraiment un ouvrage familial et joyeux à mettre sous le sapin…

Pour plus d’informations, retrouvez ma chronique complète ICI.

Le Livre sans images de B. J. Novak (L’école des loisirs, nouveauté 2015)

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Comment ça un livre sans images pour des enfants qui ne savent pas lire ? Oui, c’est possible et les enfants en redemandent. L’idée de base est la suivante: l’auteur met le petit lecteur dans sa poche en faisant dire à l’adulte qui lit des choses plus improbables les unes que les autres ! Le texte est drôle, absurde, dingo avec des sonorités loufoques et le jeu sur la police (type, taille, couleur, etc.) rend le tout très vivant ! Misez sur ce livre unique…

5 ans
Le Noël blanc de Chloé d’André Marois et Alain Pilon (Grasset-Jeunesse, nouveauté 2015)

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Voilà le livre de l’hiver par excellence. Une petite fille, Chloé, attend désespérément que la neige tombe à Québec pour la nuit de Noël. En vain… alors c’est décidé, si la neige ne vient pas, c’est Chloé qui ira à elle ! Pleine de courage et de malice, la petite fille ne recule devant rien même à s’élever dans le ciel à bord d’une montgolfière. Je n’en dis pas plus, faites le voyage avec elle au pays des ours blancs et découvrez ses précieux compagnons de vol ! Alors, neige ou pas neige ? Lisez ce magnifique conte d’hiver et laissez-vous emporter…

Tempête de Sandrine Bonini et Audrey Spiry (Sarbacane, nouveauté 2015)

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Il s’agit d’un album flamboyant et très original. Mieux vaut ne pas trop en savoir… À la lecture, on est bousculé, sous le charme de cette histoire envoûtante et très bien écrite. De plus, le texte est enrichi par des illustrations saisissantes, hypnotisantes qui vous resteront longtemps en mémoire. Plongez-y, vous ne regretterez pas !

Pour plus d’informations, retrouvez ma chronique complète ICI.

6 ans
Os court ! de Jean-Luc Fromental et Joëlle Jolivet (Hélium, nouveauté 2015)

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Dans le village d’Ostendre, des squelettes mènent une vie tranquille jusqu’au jour où une créature effrayante (et inconnue) se met à leur dérober des os. Heureusement, le fameux détective Sherlos mène l’enquête et la résolution est vraiment inattendue… Os court ! est écrit dans une langue absolument superbe: un vocabulaire riche et des jeux de mots sur les os du corps humain truffent le texte. On se régale devant tant d’esprit et on apprend aussi… D’ailleurs, le livre est enrichi d’un poster de squelette avec les noms de tous les os. Quant aux illustrations, elles sont à couper le souffle ! Un noir profond, des couleurs éclatantes et une mise en mouvement incroyable… mais, je vous en reparlerai plus en détail prochainement !

Raoul de Michel Van Zeveren (L’école des loisirs, collection « Pastel », 2014)

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Un petit loup du nom de Raoul se pose beaucoup de questions et demande donc autant de réponses à ses parents… L’auteur illustrateur précise que ce livre a été fait à partir de mots d’enfants entendus ici et là. Plusieurs thèmes sont abordés comme la conception des bébés, la place de la tablette au quotidien, le sommeil, les relations parents-enfant, la nudité et comment on peut se faire « une cicatriste ». Douze petites scènes dans cette BD à la portée des jeunes lecteurs avec une grande tendresse et un humour décapant.

7 ans
Chien Pourri est amoureux de Colas Gutman et Marc Boutavant (L’école des loisirs, collection « Mouche », nouveauté 2015)

Chien pourri est amoureux

Présente-t-on encore Chien pourri ? Cet antihéros a pris une place de choix dans le cœur des enfants et le dernier opus a pointé le bout de son nez à la fin du mois de novembre. Et là, le sac à puces tombe amoureux de Sanchici, petite chienne pouilleuse et bigleuse. Mais, comment passer de Chien pourri à séducteur ? Je vous laisse découvrir le (long) cheminement…

Le GRAND Antonio d’Élise Gravel (La Pastèque, collection « Pamplemousse », 2014)

Antonio

On le sait, les enfants aiment les hommes forts et avec Antonio, ils vont être servis ! Antonio est une créature absolument incroyable capable de tirer un train ou d’affronter un ours à mains nues. Dans ce récit graphique, Elise Gravel nous raconte la vie d’Antonio de sa naissance jusqu’à sa mort et les enfants découvrent (avec stupéfaction) à la  toute fin du livre qu’Antonio Barichievich (1925-2003) a réellement existé. Oui, c’était un homme fort célèbre au Canada et quand la réalité rejoint la fiction, les enfants sont conquis !

8-10 ans
Drôle de fille d’Iris de Moüy (L’école des loisirs, collection « Mouche », 2015)

Drôle de fille

Lune est une drôle de fille aux yeux des autres. Elle s’arrange avec une famille un peu spéciale et passe d’excellents moments avec sa meilleure amie Victoire. Mais, quand cette dernière l’invite à son anniversaire déguisé, tout se bouscule pour Lune: l’envie d’avoir le meilleur déguisement, la présence d’Alexandre auquel elle n’arrive pas à parler… Amitié, jalousie, premiers émois amoureux et goûters d’anniversaire; tous les ingrédients sont réunis pour séduire les enfants. Le texte juste et bien senti est magnifiquement accompagné des illustrations d’Iris de Moüy. Un trait gracieux qui subjugue !

Peter Pan de J. M. Barrie et illustré par Alexandra Huard (Milan, nouveauté 2015)

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Une histoire forte qui est devenu un grand classique de la littérature pour enfants. Source d’inspiration inépuisable, les illustrateurs de la jeune génération continuent à vouloir revisiter la célèbre histoire de Peter Pan… Ici, c’est la talentueuse Alexandra Huard qui s’y emploie et le résultat est très beau. Ce que je préfère ? La façon dont l’illustratrice travaille le bleu: le ciel et la mer sont particulièrement réussis. Les étoiles, les reflets, les vagues, le scintillement… Mais, il y a aussi tout le reste alors, allez vite découvrir cet album pour les grands enfants !

J’veux pas oublier mon chat de Troubs (L’école des loisirs, collection « Milles bulles », 2015)

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C’est l’histoire d’un chat noir, Skippy, très aimé par les enfants avec qui il vit. Même s’il est épris de liberté et s’absente régulièrement, il revient toujours voir sa « famille ». Puis, un jour, il s’éteint et la famille doit gérer l’absence. Troubs, l’auteur illustrateur, laisse parler ses souvenirs d’enfance et fait revivre son fidèle compagnon le temps d’un livre. Grâce à cette BD en noir et blanc au format moyen et souple, les enfants peuvent s’initier au style de la BD et cette histoire d’amitié ne peut que les toucher. On peut aussi envisager la lecture de cet ouvrage du point de vue de la découverte du mode de fonctionnement du chat (les disparitions, les pulsions du printemps, les bagarres, les offrandes de souris morte, le caractère autonome, etc.) ou pour apprivoiser le deuil de son animal domestique.

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Et pour tout âge, enfin de 3 à 100 ans:

Contes de Grimm de Philip Pullman et illustré par Shaun Tan (Gallimard Jeunesse, collection « Grand format littérature », 2014)

Ce document a été créé et certifié chez IGS-CP, Charente (16)

Avec cet ouvrage, on revient à l’essentiel, aux origines des histoires pour les enfants qui sont sans aucun doute de la grande littérature. Ici, cinquante contes des frères Grimm datant du XIXe siècle sur presque 500 pages. Philip Pullman a choisi de raconter les plus célèbres, bien entendu, mais aussi des plus rares en y apportant son talent de conteur contemporain. Le petit plus: une courte étude du conte après l’histoire avec des renvois à des histoires semblables et la source du conte lui-même. C’est un ouvrage d’une grande richesse ! Et pour donner vie à ces contes (si c’était utile…) pas d’illustrations, mais des sculptures de Shaun Tan dont il émane une grande force mystérieuse qui colle parfaitement à l’univers des contes. Faites confiance à l’intelligence des enfants, n’hésitez pas à lire des histoires sans images aux plus jeunes et (re)lisez les contes de Grimm qui n’ont pas pris une ride !

 

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Un éléphant à New York & Lili et l’ours

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NOUVEAUTÉS

Une jeune collaboration française d’un côté (Delphine Jacquot et Benoît Broyart) avec un style très contemporain et de l’autre, un ouvrage qui date de 1994 (réédition en 2015) du célèbre auteur britannique Raymond Briggs. Deux très grands formats d’albums pour deux animaux de compagnie bien imposants ! Un ours blanc pour Lili et un éléphant pour John tout droit sortis de leur imagination ou de je ne sais où… Tout les oppose: un garçon se promenant dans les rues animées de New York, une fille évoluant dans le décor chaud et douillet d’une maison avec des parents complices contrairement à ceux de John qui reprochent à leur fils d’être trop dans la lune !

Pourtant, ces deux enfants ont eu la même envie (voire le même besoin) de se créer un ami rien que pour eux. Oui, ce que l’on nomme « un ami imaginaire ». Du côté de Lili, un magnifique ours blanc fait irruption dans sa chambre une nuit et la petite fille s’en occupe du mieux qu’elle peut: elle lui donne à manger, le lave, le couche, etc. mais toutes ses petites actions du quotidien n’ont rien de simple. Ce gros ours donne l’impression de se déplacer dans une maison de poupée et le décalage de taille prête à beaucoup de situations comiques: l’ours est dix fois plus grand que le lit de la petite fille, la baignoire déborde quand il entre dedans, l’ours vide entièrement le pot de miel du petit déjeuner de Papa et il fait ses besoins par terre…

Cependant, même si Lili rencontre quelques difficultés, elle est ravie et se comporte comme une petite maman pour cette grosse bête. Quel enfant n’a pas rêvé de voir son ours en peluche devenir réel ? Raymond Briggs parvient, avec charme et tendresse, à explorer cette relation particulière. Les parents bienveillants rentrent dans le jeu de leur fille et font même référence à l’une des histoires fondatrices de l’enfance: « Ah la la… Quel pays des merveilles, l’imagination d’un enfant ! » et la réconfortent au départ de son ami: « Tu sais bien que les ours ne peuvent pas vivre dans une maison. N’est-ce pas Nounours ? Ça n’arrive que dans les contes de fées. Regarde, mon chou, Nounours est d’accord avec moi. Et il sait tout sur les ours, pas vrai Nounours ? » Le fameux Nounours est un ours en peluche qui accompagne Lili, cependant il s’efface pour laisser la place au vrai ours venu rendre visite à la petite fille. L’histoire s’ouvre avec l’ours en peluche et se termine aussi avec lui, fidèle compagnon de toujours. Le parallèle entre l’ours (le vrai, le grand) et le doudou de la petite fille permet de boucler l’histoire de manière habile.

Les illustrations crayonnées alternent entre force et douceur, leur aspect légèrement daté les rend très chaleureuses. Lili et l’ours est un album magnifique, devenu un classique depuis sa première publication, qui célèbre la magie de l’enfance. C’est un livre qui parvient à traverser les années sans prendre un ride avec un humour et une sensibilité à fleur de peau. Il y a une grande liberté dans la mise en page: des vignettes de BD de tailles différentes et des pleines pages époustouflantes pour un ensemble de presque 50 pages.

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© Raymond Briggs pour Grasset-Jeunesse

Filons ensuite à New York ! John est un enfant rêveur, timide et solitaire qui ne parvient pas à se faire des amis. Les éléments de sa chambre vont dans le sens d’un tempérament lunaire: tout l’infiniment grand est présent avec les étoiles du cosmos sur le papier peint, les nuages sur la couette du lit, un globe astral sur le meuble ainsi que des jumelles… Dès le début du livre, la plongée dans l’imaginaire est annoncée !

Alors, lorsqu’un éléphant se plante devant chez lui, John voit dans ce pachyderme le meilleur compagnon qui soit. Un ami souriant, réconfortant et qui ne parle pas. C’est parfait ! Qu’il soit tombé du ciel ou de son imagination, John l’adopte immédiatement et son entourage ne semble pas voir l’animal ou du moins ne s’en étonne pas plus que cela… Naturellement, une promenade dans la ville s’engage et tout comme dans Lili et l’ours, la question de la taille apporte son lot de mésaventures. Comment un animal aussi gros peut se déplacer dans les rues de la ville ?

Dans un New York fantasmé des années 50, la balade prend des allures de monde idyllique. Le temps d’une matinée de vacances, John et l’éléphant s’offrent une parenthèse enchantée. Aussi enchantées sont les illustrations de Delphine Jacquot qui nous proposent des images absolument splendides. Vous pourrez noter le jeu à propos des différentes représentations de l’éléphant présent sur toutes les pages de l’album. Occupant la double page, dissimulé ou détourné, l’illustratrice s’est amusée avec la figure de l’animal et la notion d’échelle.

Avec un éléphant au centre de l’histoire, les créateurs ont eu l’idée de glisser dans Un éléphant à New York d’autres éléphants qui ont marqué la littérature pour enfants (Babar et Djumbo). Et en parlant de références, le livre lui-même apparaît dans l’une des illustrations de l’album, le trouverez-vous ?

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© D. Jacquot et B. Broyart pour le Seuil jeunesse

Ce livre est une déclaration d’amour à la ville de New York. Et c’est sûrement sur ce point-là que se sont retrouvés l’illustratrice et l’auteur Benoît Broyart dont le texte a été le point de départ du projet. La ville est bien le troisième personnage de cette histoire et Un éléphant à New York offre une prise de contact avec la langue anglaise (dans les illustrations, pas dans le texte), la ville de New York elle-même (l’architecture, les principaux monuments, etc.), les peintres du mouvement pop art des années 60 (Andy Warhol, Keith Haring et Roy Lichtenstein) et les symboles de la culture américaine (Elvis, Marilyn Monroe, Superman). La typographie du titre du livre est d’ailleurs proche de celle du magazine américain The New Yorker et la couverture est dans la même veine avec la mise en scène des gratte-ciel.

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Lili et l’ours et Un éléphant à New York sont deux livres sur la rencontre et l’amitié que je vous recommande. D’ailleurs, à propos de l’amitié, Benoît Broyart écrit à propos de son personnage John: « Concernant l’amitié, le cœur de John était donc grand ouvert, prêt à accueillir celui qui lui témoignerait, pour une fois, de la sympathie. Il avait de la place en lui pour un ami. Cela tombait plutôt bien car un éléphant, cela tient de la place, forcément. » Et Raymond Briggs fait dire à la petite Lili des phrases portant un message très clair à l’intention de son ours: « Je veux que tu restes avec moi pour toujours. […] Je t’aime, tu sais, de tout mon cœur. » Des grosses bêtes qui deviennent des supers copains et qui entraînent les enfants dans des aventures, cela ne peut que plaire aux petits lecteurs…

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Un éléphant à New York (27,5 x 36 cm)

Maison d’édition: Seuil jeunesse

Année de parution: 2015

Prix: 16 euros

Lili et l’ours (26,8 x 37,3 cm)

Maison d’édition: Grasset-Jeunesse

Année de parution: 1994, puis réédition en 2015

Prix: 20 euros

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L’Agrume

L’Agrume est une maison d’édition parisienne qui vient de fêter ses trois ans et j’aime beaucoup ses publications pour la jeunesse. Selon ses deux fondateurs, Chloé Marquaire (directrice artistique) et Guillaume Griffon (éditeur), leurs livres sont des « projets ludiques et esthétiques, pensés avec les auteurs comme de véritables œuvres d’art. » Effectivement, chaque ouvrage est un bel objet avant même d’être un livre et l’on ne peut que constater l’importance de la démarche artistique. Les livres interpellent par leurs formes (pop-up, livres d’artistes, livres à trous, etc.) et s’éloignent du conventionnel. C’est plus une proposition artistique qu’une simple lecture. La maison insiste là-dessus: « Nos livres jeunesse proposent aux enfants des expériences de lecture originales, hautes en couleurs et en poésie. Livres objets, à manipuler et à lire dans tous les sens, ils suscitent la curiosité et traversent les générations. »

Pourquoi ce nom ? « Nous voulons éditer des livres qui surprennent, qui passionnent, qui interrogent ; des livres beaux et savoureux comme l’orange, acides et stimulants comme le citron. » Car si les livres sont beaux, esthétiques, ils ont aussi du fond avec de beaux textes soignés. Ce qui prime dans la ligne éditoriale ? Donner la part belle à l’illustration contemporaine et faire de chaque livre un ouvrage spécifique tout en explorant les multiples formes des livres illustrés. L’Agrume le confirme: « Chaque ouvrage est travaillé et accompagné avec exigence : nous voulons trouver la forme la mieux adaptée à chaque projet, choisir la meilleure fabrication et toucher le plus large public. »

Voici la sélection de mes ouvrages préférés (sachant qu’il y a huit livres au catalogue pour la jeunesse):

Avec quelques briques de Vincent Godeau, publié en avril 2014

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Avec quelques briques, c’est tout d’abord une couverture étonnante qui interpelle… et si l’on retourne le livre, on peut lire: « Il était une fois un petit garçon qui ne mangeait que des briques… » À force de manger des briques, une véritable forteresse s’est établie autour de son cœur mais que faire quand les sentiments débordent ? Il est donc question de gros muscles mais aussi d’amour et de poésie. Le tout dans un livre pop-up constitué de rabats, de molettes à tourner, de fils, de pliages, de découpes, de relief… Bref, c’est un ouvrage singulier du non moins singulier Vincent Godeau, un artiste ayant un univers graphique très fort et un vrai sens de la mise en images.

Mon petit frère invisible d’Ana Pez, publié en novembre 2014

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Attention, c’est un livre magique ! On met ses lunettes spéciales et on part à la recherche du fameux petit frère (invisible). Oui, ce dernier s’est caché dans un carton qui devient une machine d’invisibilité. Un long parcours commence alors où il verra des choses plus extraordinaires les unes que les autres… toujours sous la protection de sa grande sœur qui n’est jamais très loin ! Mon petit frère invisible est une véritable plongée dans le fantastique où le réel et l’imaginaire n’ont plus vraiment de frontières.

La Mégalopole de Cléa Dieudonné, publié en avril 2015

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Depuis sa sortie, cet ouvrage a eu d’excellentes critiques et  je ne peux que vous encourager à le (re)découvrir. La Mégalopole pourrait porter le sous-titre de « l’invitation au voyage » tellement l’auteur-illustratrice Cléa Dieudonné nous embarque dans un monde imaginaire incroyable. Impressionnant visuellement, il y a une foule de détails à observer sans que l’aspect narratif ne soit négligé pour autant. Il s’agit donc d’un petit bonhomme vert qui vient visiter la célèbre mégalopole et à visiteur exceptionnel, fête exceptionnelle que je vous laisse découvrir…

Le format leporello (qui se déplie) de ce livre accordéon en fait un objet ludique qui séduit les enfants, mais qui nécessite vraiment la présence d’un adulte pour le guider dans le maniement de l’objet et la compréhension du récit. Déplié, ce livre est comme un grand tableau à la verticale (de trois mètres) de telle sorte que les enfants peuvent apprécier l’ensemble ainsi que les détails d’une scène du livre (un personnage, un animal, une situation bien particulière). L’histoire de La Mégalopole les emporte mêlant intrigue, humour, poésie et exotisme. Grâce à ce genre d’ouvrage, les enfants découvrent un format particulier de livre, côtoient l’art et apprennent aussi bien à regarder l’ensemble d’une œuvre qu’à en saisir des précisions.

J’aime d’Emmanuelle Bastien, publié en septembre 2015

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J’aime, un titre qui parle à tous mais on a envie d’en savoir plus… J’aime quoi ? Des myrtilles, les croûtons dans la soupe, les boules de neige… Bref, que des choses rondes car c’est bien de ça dont il s’agit. Des trous ! Des petits, des gros…  Il est donc aussi question de petits pois, de bulles de savon, de poivre, etc. Des trous qui deviennent tour à tour bien des choses concrètes selon la couleur sur laquelle ils reposent. C’est une forme qui renvoie à tellement de supports que les enfants s’amusent à reconnaître les objets et à mettre leur doigt dans tous les petits trous du livre !

Maman renard d’Amandine Momenceau, publié en octobre 2015

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Une histoire tendre, belle et enveloppante. Une maman renard et ses petits profitent d’une belle journée enneigée. Dans le décor unique mais vaste de la forêt, une partie de cache-cache se met en place… On se cache, on se perd, on se manque, on s’inquiète et on se retrouve. Un thème vieux comme le monde, mais qui a toujours une résonance particulière et parle aux enfants. Maman renard est un ouvrage de grande qualité et la technique de papiers découpés se prête très bien à la dissimulation des animaux pour le plus grand plaisir des petites mains !

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Mais, il n’y a pas que la littérature jeunesse chez l’Agrume, il y aussi des ouvrages graphiques pour adultes et une revue thématique bi-annuelle, « Citrus ».

Pour en savoir plus, rendez-vous sur leur SITE !

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Tempête

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NOUVEAUTÉ

Après une couverture saisissante, bourrée d’énergie et de mystère, la première page signe un pacte avec le lecteur: « Le plus ennuyeux avec les histoires vraies, c’est que personne n’y croit jamais. Surtout les gosses. Rien que pour ça, je m’étais promis de ne jamais raconter celle de la Tempête. Mais celui qui ouvrira ce livre sera, je l’espère, différent des autres. »

Oui, il s’agit ici d’un livre spécial pour lequel il faut avoir l’esprit ouvert et dont la lecture ne laisse pas indifférent. Mais, pourquoi ? Un vent de folie, oui, c’est bien de ça dont il est question dans l’album Tempête. Pourtant, celui-ci s’ouvre sur un quartier résidentiel morne et sans vie. Tout est gris, triste alors comment y vivre en étant heureux ? Et comment une fête d’anniversaire convenue et ennuyeuse peut devenir l’événement de l’année ? On fête les douze ans du jeune narrateur (et personnage principal) de l’histoire. Résigné, il semble aussi être le seul à percevoir la réalité des choses et n’a qu’une idée en tête: préserver sa jeune sœur, Félicie, et lui redonner vie…

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© S. Bonini et A. Spiry pour Sarbacane

« Parmi toute cette foule proprette et ces mouflets endimanchés, personne ne semblait remarquer les signes précurseurs de ce qui approchait. Pourtant, cela avait bel et bien commencé. » Cette phrase annonce le début de la métamorphose, le point de rupture, on bascule dans l’inconnu… Il s’agit de la Tempête sans vent ou pluie, mais avec une majuscule qui lui confère une grande importance. Le gris devient rose, la morale laisse place à la fantaisie et c’est un véritable monde à l’envers qui se met en place. Le gâteau s’effondre et les bougies dégoulinent, la directrice de l’école (symbole de l’autorité suprême) se transforme en star sexy de cinéma, les costumes noirs des messieurs sérieux se parent de pois multicolores et si l’on se réfère au texte puissant de Sandrine Bonini: « Les choses s’accélèrent quand certains invités commencèrent à escalader les arbres ou à détaler à quatre pattes en aboyant. […] Dans une ville aussi morose d’habitude, c’était même un ouragan de fantaisie. Les couleurs arrivaient par rafales, submergeaient la ville. »

L’explication à tout ça ? Il n’y en a pas vraiment… Il faut se plonger dans l’univers incroyablement riche tant au niveau du texte que des illustrations et se jeter à corps perdu dans (la) Tempête ! Selon moi, c’est un album psychédélique avec une dose de magie dans l’ambiance d’Alice au pays des merveilles qui déroute autant qu’il fascine les enfants, car tout n’est pas expliqué. D’où cette envie (et ce besoin) de lire et relire encore… Le texte très riche, soigné est véritablement de la littérature et regorge de subtilités. On sent que Sandrine Bonini fait confiance à l’intelligence des enfants et le résultat fonctionne à merveille.

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© S. Bonini et A. Spiry pour Sarbacane

Dans cet ouragan de fantaisie, les enfants en profitent pour échapper à la surveillance des adultes et une fois l’ahurissement passé, ils décident de s’amuser comme des fous. C’est un véritable vent de liberté pour tous les enfants du voisinage ! Dans un monde aussi coloré et joyeux où tout semble ne plus avoir d’importance, comment ne pas (re)devenir vivants ? L’accent est mis sur la relation du frère et de la petite sœur, toute la tendresse du grand frère protecteur est traitée de manière subtile, jamais niaise.

Alors, si l’on veut creuser un peu et voir un sens caché à ce livre, on peut imaginer derrière cette spirale de folie une petite fête trop arrosée par les adultes. Premier indice: l’allusion aux boissons qui se mettent à pétiller dans leur carafe (première manifestation de la Tempête d’ailleurs) et cette citation: « Le monde semblait devenu fou, mais d’une folie douce et enjouée, toute faite de rêves inavouées. » Et l’on sait bien que l’alcool peut désinhiber et faire ressortir des choses enfouies… Et les enfants préfèrent fuir les adultes les laissant à leurs étranges pratiques ! Mais, j’insiste, ce n’est qu’une interprétation parmi tant d’autres…

Quant aux illustrations, ah, les illustrations d’Audrey Spiry ! Comment bien en parler ? La meilleure des solutions est de les regarder, de les admirer et de s’y perdre. Ce que l’on voit en premier, de la lumière et des couleurs très vives. Ensuite, on remarque que les personnes et les décors sont dessinés très précisément et à l’apparition de la Tempête, les paysages deviennent fluides, les contours s’étalent pour prendre toute la place… La Tempête est peut-être le personnage principal, en réalité ? Dans cet album, la nature semble réellement personnifiée. L’illustratrice parvient à donner un mouvement, un relief incomparable à ses dessins, que dis-je, ses peintures. La moindre page est un tableau ! Moi, j’y ai vu du Chagall pour l’aspect coloré et aérien ainsi que du Braque pour la composition des paysages. Et une façon toute personnelle d’appréhender les taches… Dans Tempête, on sent une grande agitation et chaque élément respire au milieu d’un grand flou bouillonnant. Autant d’éléments qui montrent la finesse et la puissance du trait d’Audrey Spiry.

Tempête est un album décalé, flamboyant et très original que je vous recommande !

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Maison d’édition: Sarbacane

Année de publication: 2015

Prix: 16 euros

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Le premier livre du duo Bonini-Spiry est aussi une réussite qui a eu un très beau succès à sa sortie en 2014. Lotte est l’histoire d’une petite fille pirate, une sauvageonne qui vit en accord avec la nature (la végétation est absolument magnifique dans cet album) et ses amis sont les animaux de la jungle. Tout son équilibre est bouleversé le jour où des voisins viennent s’installer à côté de chez elle. Et ce jeune garçon qui est aussi son voisin, elle aimerait le détester mais il en est tout autrement…

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Couac

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NOUVEAUTÉ

Couac d’Émilie Vast est le résultat d’un vraie collaboration: à la base, il y a le spectacle du même nom créé par Angélique Friant pour la compagnie Succursale 101, puis l’auteur Émilie Vast (qui a inventé l’univers graphique du spectacle) ainsi que la maison d’édition MeMo ont souhaité adapter le spectacle en album pour enfants. Et ce livre est absolument représentatif du travail d’édition (fin, soigné et esthétiquement exigeant) de MeMo et du talent incontesté d’Émilie Vast.

D’abord un œuf qui atterrit au mauvais endroit, puis un animal non identifié et c’est le début d’une histoire. Celle du petit Couac. Pas à sa place et différent, les canards et autres oiseaux le rejettent. Il découvre le monde qui l’entoure et le regard des autres. Un constat sans appel se fait alors: « Couac décida de partir à la recherche de ce qu’il était. » C’est le début d’une longue quête d’identité…

Un avant-goût du livre avec ses premières images:

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© Émilie Vast pour MeMo

Tout au long de son aventure, Couac fait des rencontres et tente de s’identifier à tous ceux qu’il croise sur son chemin. Non, il ne parvient pas à se tenir en équilibre sur une patte alors il n’est pas un flamant rose et s’il ne peut pas mettre autant de poissons dans son bec qu’un pélican, c’est qu’il n’en est pas un non plus… La liste s’allonge jusqu’au jour où Couac comprend qu’il faut laisser faire le temps et il découvrira enfin qui il est vraiment; ce sera alors pour lui une renaissance ainsi que la reconnaissance de ses pairs.

J’ai aimé le choix du titre Couac qui fait penser à la fois au mot « canard » et à son célèbre « coin-coin », onomatopée très présente dans l’univers des enfants. « Couac » est aussi une onomatopée (ainsi qu’un nom masculin) dans la musique ou un faux pas, une maladresse. Et je ne peux m’empêcher de souligner que le petit héros du début du livre n’est rien d’autre qu’un canard boiteux avant d’entonner le chant du cygne à la fin (et sans couac !). Couac est un titre qui a du punch et qui sera facilement retenu par les enfants. Les illustrations d’Émilie Vast sont superbes: un trait gracieux, des images d’où il se dégage une grande pureté et une poésie indéniable. Le texte qui les accompagne est simple, efficace et bien équilibré.

Pour découvrir les autres livres d’Émilie Vast publiés aux éditions MeMo, c’est ICI.

Vous l’avez compris, Couac est librement inspiré du célèbre conte de Hans Christian Andersen, Le Vilain Petit Canard, datant du XIXe siècle. C’est un classique, car l’histoire intemporelle raisonne en chacun de nous. Il s’agit de s’accepter tel que l’on est (différent ou pas des autres). Chacun de nous a eu le sentiment, un jour, d’être différent de son entourage et, à ce titre, rejeté. Qui ne s’est pas senti un jour un vilain petit canard ? Cette idée est tellement inscrite dans la mémoire collective que la locution nominale « vilain petit canard » est devenue une expression que quiconque comprend ayant le conte d’Andersen en tête. Ce petit cygne, avant de réaliser ce qu’il est en réalité et son entourage aussi d’ailleurs, est obligé de fuir car sa différence pose trop de problèmes à ses « congénères ». Il devient donc un exilé et seul contre tous, il fait son apprentissage. Le Vilain Petit Canard est réellement un récit de formation, car nous suivons le cheminement du petit héros de la naissance à son accomplissement à l’âge adulte. Le chemin est long, parfois difficile, et c’est bien là le message du conte aux enfants: il faut apprendre à se connaître et à s’accepter tel que l’on est malgré les réactions négatives qu’il peut y avoir autour d’eux…  Le Vilain Petit Canard est une vraie leçon de tolérance, car il permet aux lecteurs de s’interroger sur la différence et les comportements à adopter en société. Des thèmes comme la famille, la fratrie, l’exclusion et le « gentil qui gagne à la fin et prend sa revanche sur les méchants » sont autant de sujets qui intéressent les enfants. Le Vilain Petit Canard, tout comme Couac, est un livre raconte les premiers pas dans l’existence, la maladresse des débuts, puis la confiance en soi, en se mettant à la portée des tout-petits.

Le Vilain Petit Canard fait partie des contes les plus connus au monde, il a été (et continue de l’être) très souvent adapté et/ou détourné. En voici une petite sélection:

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Le vilain petit canard de Hans Christian Andersen (illustrations de Henri Galeron), Gallimard jeunesse, coll. L’heure des histoires, 2011

Le vilain petit canard, livre-théâtre de Kimiko à L’école des loisirs, coll. Loulou & Cie, 2002

Et nous ? de Dorothée de Monfreid, L’école des loisirs, 2006 (conte d’Andersen détourné)

Le vilain petit canard de Claude Clément et illustré par Eric Battut, Seuil Jeunesse, 2012

Filer droit de Noémi Schipfer, éditions MeMo, 2011 (inspiré du conte d’Andersen mettant en scène un canard ayant un corps fait de lignes horizontales en opposition à ses frères et sœurs tracés à la verticale)

Le vilain petit canard de Dan Kerleroux, Milan, 2009 (une histoire à toucher pour les tout-petits)

***

BONUS

La présentation du spectacle Couac en images:

Et la liste des dates du spectacle à travers la France :

• Les 18 et 19 novembre 2015, La Pléïade, La Riche (37)
• Le 23 novembre 2015, centre culturel La Palène, Rouillac (16)
• Les 25 et 26 novembre 2015, Bocage Bressuirais (79)
• Du 30 novembre 2015 au 3 décembre 2015, Les sept Collines, scène conventionnée de Tulle (19)
• Du 6 au 10 décembre 2015, Théâtre Jean Arp, scène conventionnée de Clamart (92)
• Du 13 au 17 décembre 2015, Théâtre Cinéma Paul Eluard, Choisy le Roi (94)
• Du 7 au 9 janvier 2016, Le Théâtre, scène conventionnée de Laval (53)
• Du 14 au 16 janvier 2016, Espace Albert Camus, Bron (69)
• Les 20 et 21 janvier 2016, La Rampe – La Ponatière, Echirolles (38)
• Les 26 et 27 janvier 2016, Théâtre de Roanne (42)
• Les 3 et 4 février 2016, Espace Lino Ventura, Garges-les-Gonesse (95)
• Les 12 et 13 février 2016, Le Temple, Bruay-la-Buissière (62)
• Les 16 et 17 février 2016, Centre culturel Jean Houdremont, La Courneuve (93)
• Le 19 février 2016, Théâtre de Rungis (94)
• Le 24 février 2016, Théâtre Pierre Fresnay, Ermont (95)
• Du 2 au 5 mars 2016, MA Scène nationale de Montbéliard (25)
• Les 8 et 9 mars 2016, Mairie de la Teste de Buch (33)
• Les 15 et 16 mars 2016, Théâtre des Sablons, Neuilly sur Seine (92)
• Du 20 au 23 mars 2016, Théâtre de Brétigny, scène conventionnée de Brétigny (91)
• Les 24 et 25 mars 2016, Scène Nationale d’Aubusson (23)
• Les 1er et 2 avril 2016, Maison du théâtre et de la danse d’Epinay sur Seine (93)
• Les 8 et 9 avril 2016, ECAM, Kremlin Bicêtre (94)
• Les 14 et 15 avril 2016, Théâtre Romain Rolland, Villejuif (94)
• Les 20 et 21 avril 2016, Centre culturel Jean l’Hôte, Neuves-Maisons (54)
• Les 29 et 30 avril 2016, Maisons des arts et des loisirs, Laon (02)
• Le 4 mai 2016, Théâtre du Garde-chasse, Les Lilas (93)
• Du 11 au 13 mai 2016, Centre culturel Aragon, Oyonnax (01)
• Du 19 au 21 mai 2016, Maison des arts du Leman, Thonon les Bains (74)
• Les 24 et 25 mai 2016, Centre culturel de la Ricamarie (42)
• Du 28 au 31 mai 2016, Théâtre de Vénissieux (69)
• Du 7 au 9 juin 2016, Le Carré, scène nationale, Pays de Château-Gonthier (53)

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Maison d’édition: MeMo

Année de publication: 2015

Prix: 13 euros

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Enfantillages

 

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NOUVEAUTÉ

Ce petit ouvrage rose avec son titre classique et tendre à souhait, Enfantillages, est moins angélique qu’il n’y paraît ! Gérard Dubois a fait le choix de s’amuser avec l’image lisse et bien proprette des enfants et de briser les codes de l’enfance sans malice. Avec Enfantillages, nous avons un pied dans le passé des garçons en culottes courtes mais après réflexion, les enfants du livre pourraient tout à fait être des enfants d’aujourd’hui. Le travail de Gérard Dubois a cette force d’être intemporel et de parler à quiconque…

Il est donc question, sur une petite centaine de pages, d’images très narratives indépendantes les unes des autres qui disent énormément de choses en une seule planche; c’est la deuxième force du travail de Gérard Dubois. On a beau n’avoir qu’une image, c’est comme si l’on avait le début, le milieu et la fin de l’histoire. Et pour les quelques dessins pour lesquels c’est peut-être moins évident, il y a matière à faire fonctionner son imagination… Du coup, les enfants parviennent vraiment à se projeter ! Voici deux exemples à la suite faisant partie de la section « Quelques jeux » (le livre est divisé en huit parties).

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© Gérard Dubois pour les éditions du Rouergue

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© Gérard Dubois pour les éditions du Rouergue

Ici, nous avons une mise en scène concrète de pierre-feuille-ciseaux; ces deux enfants espiègles aux joues roses sont dangereusement imaginatifs ! Quant à la deuxième page, il s’agit d’une scène très cruelle enfin qui s’annonce comme telle… Et vous pouvez noter le décalage entre le dessin et la phrase qui l’accompagne, cela appuie le comique de la situation. Dans cet ouvrage, le texte se pose comme une énigme et interroge l’image et le lecteur. Les images de style classique et qui nous apparaissent comme datées nous montrent à quel point la cruauté des enfants a toujours existé et qu’elle ne l’est pas plus (ou moins) de nos jours. Et ces petits enfants si mignons et apprêtés peuvent se révéler être des terreurs et le décalage est déroutant !

Si la plupart des dessins sont accompagnés de petites phrases, de légendes, certains parlent d’eux-mêmes ou sont laissés à la libre interprétation des lecteurs. Gérard Dubois accorde une place importance au corps humain dans son travail en général et dans Enfantillages, nombre de corps sont coupés, découpés, déplacés et bien d’autres choses encore. Et l’on sait à quel point les enfants peuvent faire des choses étranges avec leurs corps ! Il y a aussi l’idée que pour les enfants, leur corps n’est pas une limite au jeu et Gérard Dubois, lui-même, joue avec cette notion-là ainsi que sur les sensations corporelles. Oui, quand on court, on a parfois l’impression que tous les éléments de notre corps ne suivent pas forcément… L’exemple de la balançoire est aussi très parlant (voir ci-dessous):

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© Gérard Dubois pour les éditions du Rouergue

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© Gérard Dubois pour les éditions du Rouergue

 

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© Gérard Dubois pour les éditions du Rouergue

Pour conclure, je ne peux pas m’empêcher de faire un parallèle entre les dessins de Gérard Dubois et les images d’Épinal. Reprenons la définition: au sens propre, c’est une image coloriée, souvent en forme de devinette, d’énigme, conçue et imprimée à Épinal. Plus tard, au fil du temps, l’expression « une image d’Épinal » est devenue au sens figuré une idée reçue, un cliché avec une vision emphatique, traditionnelle et naïve, qui ne montre que le bon côté des choses.

Dans Enfantillages, Gérard Dubois utilise le sens propre, le sens figuré de l’image d’Épinal et va même au-delà car ses dessins sont des plaisanteries vivantes bourrées d’audace avec des illusions d’optique qui frôlent le fantastique et vont à l’encontre de la bonne morale. En contrepoint, l’esthétique des illustrations, le texte écrit à la main et un vocabulaire soigné apportent à l’ensemble un style naïf et classique (néanmoins très beau). L’association fonctionne très bien et devant tant d’absurdité, les enfants jubilent mais restent muets à la lecture de ce livre laissant juste échapper un « Oh ! là, là ! »…

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© Gérard Dubois pour les éditions du Rouergue

Je précise que le livre Enfantillages s’adresse aux grands enfants (6/7 ans minimum) pouvant avoir le recul nécessaire pour apprécier la démarche et l’humour noir de Gérard Dubois. Bonne lecture !

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Maison d’édition: Le Rouergue

Année de publication: 2015

Prix: 15,90 euros

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Papa à grands pas

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Derrière cette lumineuse couverture se cache un album tendre et original à propos de l’amour réciproque d’un père et de son fils sur fond de séparation (et de retrouvailles) mettant à l’honneur le pouvoir de l’imagination, à découvrir absolument !

Le livre s’ouvre sur le départ matinal du petit Mathieu et de son père dans la (très) vieille voiture verte qui tousse, crache de la fumée et a besoin d’un parapluie sur le toit pour combler les trous. Bref, c’est une voiture en fin de course malgré la super plaque d’immatriculation (PAPA 007). Elle parvient tout de même à démarrer, alors direction la crèche ! Au moment de se quitter, le petit garçon inquiet demande à son père: « Et si, ce soir, la vieille voiture ne démarre pas ? » Bien entendu, le père trouve une réponse qu’il veut drôle mais aussi rassurante pour son fils: « Alors, je viendrai te chercher avec le gros tracteur rouge du voisin » (le fameux tracteur est visible sur la première double page du livre). Mathieu contrecarre sa proposition pour tester son père: « Et si le gros tracteur rouge est trop fatigué ? » Ce dernier ne se laisse pas déstabiliser et laisse son imagination s’envoler en donnant vie au doudou de son fils qui dort au bout de son lit. On voit alors le père sur le dos du gros ours blanc Martin partant à la rencontre de son fils…

Va s’enchaîner ensuite une série de scénettes avec des moyens de transport tous plus originaux les uns que les autres prouvant la volonté farouche du père de retrouver son fils. Mais, Mathieu n’en reste pas là et rentre dans le jeu mis en place par son père en brisant toutes les tentatives paternelles avec des questions biscornues: « Et si… ? » Cependant, à chaque question de son fils, le père (confiant) trouve toujours quoi répondre en commençant par « Alors, je… » et chacune de ses phrases se termine par « jusqu’à toi ». L’un et l’autre font preuve d’une imagination débordante pour le plus grand plaisir des petits lecteurs qui apprécient le mélange de poésie, d’inventivité et d’humour !

Ici, l’accent est mis sur le super papa, un savant mélange de James Bond et de Mary Poppins. Malicieux et tendre, son parapluie noir ne le quitte pas se transformant tour à tour en accessoire et malgré beaucoup de petites mises en scène (ma préférée est celle avec les oiseaux), rien ne pourrait empêcher ce papa de venir chercher son fils. L’avant-dernière double page est le point culminant de l’album qui donne tout son sens au titre Papa à grands pas. Le (grand) papa enjambe littéralement la distance entre la maison familiale et la crèche (qui apparaissent alors comme minuscules) avec la magnifique phrase: « Je prendrai simplement mes deux jambes à mon cou, car pour venir te chercher, mes deux jambes ne seront jamais fatiguées. »

Avec cet album, Nadine Brun-Cosme et Aurélie Guillerey exploitent le rapport de taille adulte-enfant et ont poussé à son paroxysme la force (physique et d’esprit) de la figure paternelle. Et oui, l’amour de ce père pour son petit garçon est bien sans limites ! Papa à grands pas met aussi en lumière l’angoisse de la séparation et l’inquiétude que peuvent ressentir les enfants à l’idée que leurs parents ne puissent pas les récupérer à la fin de la journée… Grâce à ce livre, un enfant qui a des difficultés à appréhender la séparation voit une journée se dérouler avec le schéma séparation-inquiétude-apaisement-retrouvailles et pourra y retrouver ses propres angoisses. De quoi l’aider à se rassurer dans la bonne humeur…

Dans cet album, j’ai apprécié le côté faussement simple. On part d’une base classique « Mon père, ce héros » mais le traitement est tout en finesse: ici, pas de gros muscles et le papa se montre rassurant par d’autres aspects. Il y a une fantaisie, une grande gaieté et une douceur bienveillante qui se dégagent de ce livre (même le dragon est gentil). La couleur noire est présente sur toutes les pages (oui, apprenons aux enfants que le noir n’est pas forcément « sombre ») mais entourée de couleurs claires et le tout dans un style rétro propre à Aurélie Guillerey. Quant au texte de Nadine Brun-Cosme, il est juste et percutant. Bref, c’est un mariage réussi !

Quelques oiseaux noirs (sans être menaçants) sont présents sur toutes les pages et accompagnent l’histoire comme des guides. À la fin de la lecture de cet album, n’hésitez pas à le reprendre dès le début et demandez à votre enfant de tous vous les montrer (ainsi que le parapluie noir d’ailleurs) ! C’est un petit jeu qui fonctionne toujours bien… Je vous conseille aussi d’aller faire un tour sur le site de Nadine Brun-Cosme, auteur de nombreux très bons ouvrages, et d’Aurélie Guillerey, illustratrice de talent.

Et je n’ai pas pour habitude de commenter les prix des livres que je chronique, mais je ne peux m’empêcher de le souligner ici (10 euros) alors que ce n’est pas un petit format et qu’il est signé par deux grands noms de l’édition jeunesse. Vous n’avez donc aucune raison de vous en priver…

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Maison d’édition: Nathan

Année de publication: 2015

Prix: 10 euros

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D’un livre à l’autre:

Lorsque j’ai eu Papa à grands pas dans les mains pour la première fois, j’ai immédiatement pensé à un livre que j’ai lu étant enfant et que j’avais beaucoup apprécié: il s’agit de Papa-Longues-Jambes de Jean Webster. L’histoire est complètement différente et s’adresse à des enfants plus âgés, mais c’est un petit clin d’œil à propos du titre.

Deux couvertures, celle de mon enfance de 1990 (Ah, Castor poche !) et celle d’aujourd’hui (2007). Pour plus d’infos, le site de Gallimard Jeunesse.

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Mobile Circus

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NOUVEAUTÉ

Séverin Millet (dont j’admire beaucoup le travail) a choisi de mêler deux univers a priori diamétralement opposés: les fantômes et le cirque. Le livre Mobile Circus s’ouvre sur une roulotte rouge, il fait nuit: la lune brille et un hibou veille tel un gardien de la nuit… Mais, soudain, des petits fantômes se mettent à monter un chapiteau de cirque. Ici, pas de trapézistes aux gros muscles ou des éléphants aidant à la confection. Les fantômes se multiplient au fur et à mesure que les pages se tournent. « Que le spectacle commence ! »

Qui dit cirque dit animaux, alors une tortue, une girafe, des singes ou encore un ours qui fait de la moto viennent tenir compagnie à nos petits fantômes de la nuit. Et tout ce petit monde enchaîne des numéros qui sont autant de petites histoires à eux tout seuls… Chaque scène est annoncée dans la page précédente au bord de la page, alors ouvrez bien les yeux et ne perdez pas de vue non plus les (très nombreux) fantômes. Qu’ils soient moustachus, à moto ou en tenue à pois de clown, ils sont irrésistibles. Et moi, je suis toujours favorable à un livre mettant en scène des fantômes gentils et drôles. Bref, j’adore les minis fantômes de Séverin Millet !

Les enfants seront contents de retrouver les ingrédients traditionnels du cirque: les jongleurs, les clowns, les équilibristes, le dompteur et le lion… ainsi que l’annonce du spectacle au début et le salut de la fin. Mais, il y a aussi une grande fantaisie dans ce livre caractéristique du travail de Séverin Millet. Quasiment pas de texte mais tout est en mouvement perpétuel dans cet album très coloré et un petit côté décalé du meilleur effet: un piano à grandes jambes qui parvient à se déplacer, un grand pied de clown qui se balade au milieu de ce petit cirque tandis qu’une girafe géante traverse la scène avec un détachement aérien ! Mais, quand les premières gouttes de pluie tombent, la fête se termine et il est temps de replier le chapiteau (et le livre), c’est fini !

J’ai aimé les couleurs vives (qui ressortent si bien sur le fond noir), l’idée du cirque itinérant (d’où le titre Mobile Circus) qui ne se produit que la nuit, l’aspect de la mise en scène éphémère, l’humour des scénettes et la qualité de la composition des grandes planches de Séverin Millet. Conseil de lecture: mettez ce grand album (33,5 x 24 cm) debout et ouvert, allongez-vous avec votre enfant (ou lui seul) et pénétrez dans le monde fabuleux du cirque de Séverin Millet !

BONUS

Séverin Millet avait déjà mis en scène des petits fantômes dans Un soir de pleine lune dans mon jardin (Sarbacane, 2014). Là, pas question de cirque, mais de maisons pour nos bâtisseurs nocturnes. Comme dans Mobile Circus, pas question de se faire repérer dans la constitution de ce monde parallèle qui n’est pas voué à durer. On s’installe, on fabrique, on défait et on repart… N’est-ce pas ce que les enfants passent leur temps à faire ?

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Sur le site de la maison d’édition, un JEU autour du livre et sur la page Facebook de Sarbacane, un CONCOURS pour gagner un exemplaire de Mobile Circus. Et pour information, la ville de Nanterre offrira à tous les enfants de maternelle un livre Mobile circus pour Noël. Il doit faire bon vivre là-bas, non ?

Le site de SÉVERIN MILLET.

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Maison d »édition: Sarbacane

Année de publication: 2015

Prix: 13,90 euros

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Nina

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NOUVEAUTÉ

Tout le monde connaît Nina Simone (1933-2003), grande figure du jazz, mais moins la petite fille qu’elle a été. Alice Brière-Haquet et Bruno Liance ont eu l’excellente idée de partir sur les traces de l’enfance de la chanteuse. Magnifique album d’un petite quarantaine de pages, il est entièrement en noir et blanc. Et plus qu’un simple choix graphique, l’opposition noir/blanc est au cœur de cet ouvrage: Nina, enfant noire, a vécu à l’époque de la ségrégation raciale aux États-Unis et a su s’imposer dans le monde de la musique dirigé par la communauté blanche.

Retournons un peu en arrière avec l’évocation du premier souvenir d’enfance de Nina Simone à l’âge de trois ans qui est, tout simplement, son piano: « Il avait 52 belles dents blanches et 36 plus petites noires comme coincées dans le clavier. » Le piano comme un monde parallèle fait aussi l’état des lieux de la vie de Nina, sa famille et la communauté noire dans sa globalité à cette période-là. Les nombreux Blancs dominent les Noirs en minorité. Pourtant, cette dichotomie s’efface pour la petite Nina lorsqu’elle est derrière son piano. La musique n’a pas de couleur…

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© A. Brière-Haquet et B. Liance pour Gallimard Jeunesse Giboulées

Le texte d’Alice Brière-Haquet est très beau. Simple et poétique. Voici, selon moi, la plus belle phrase de l’album: « Au solfège, j’apprenais qu’une blanche valait deux noires, et dans le bus, le soir, je devais céder ma place. » L’auteur a vraiment su se mettre à la hauteur des enfants et parvient à leur raconter l’histoire d’une petite fille passionnée par la musique mais qui vit aussi des choses terribles conditionnées par son époque. Le procédé est le suivant: partir d’un exemple pour parler de l’histoire au sens large. Je précise tout de même qu’il n’y a pas les bons d’un côté (les Noirs) et les méchants de l’autre (les Blancs), le traitement est beaucoup plus fin et du point de vue de la jeune Nina, la passerelle vaut le coup d’être citée: les Blancs sont les musiciens classiques qu’elle aime tant (Mozart, Liszt, Beethoven, Chopin, Debussy, etc.). Oui, n’oublions pas qu’elle est, à la base, de formation classique et aurait d’ailleurs souhaité y faire carrière… Un petit trait d’humour au passage, Nina avec une perruque blanche tel un petit Mozart. Oui, l’humour a toujours été un excellent moyen de faire passer des messages importants… et cette pirouette est aussi une façon ludique de se familiariser avec les grands noms de la musique classique.

Comme vous pouvez le constater, cet album est très complet dans les thèmes qu’il aborde; les principaux étant Nina Simone elle-même et une page essentielle de l’histoire que tous les enfants se doivent de connaître un jour ou l’autre. Par exemple, l’exemple très concret du bus (avec les places assises réservées aux Blancs) est très parlant pour les enfants qui peuvent prendre la mesure de ce qu’était la ségrégation raciale.

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© A. Brière-Haquet et B. Liance pour Gallimard Jeunesse Giboulées

Mais, n’allez pas croire que c’est une ouvrage scolaire d’histoire déguisé en album pour enfants ! Pas du tout, c’est une histoire se passant à une certaine époque avec ses (dures) réalités et une façon de découvrir l’enfance de Nina Simone, enfant noire parmi tant d’autres, ainsi que Martin Luther King avec tout ce qu’il a pu faire. Et si les enfants le font dès leur plus jeune âge, par le biais d’une belle histoire, c’est pas plus mal, non ? Mais, ce livre n’a rien d’écrasant, de déprimant… puisque l’espoir est présent tout au long du livre et le combat de l’égalité est remporté grâce au mouvement des droits civiques pour les personnes noires. Les Blancs et les Noirs vivent ensemble, mais c’est un équilibre fragile dont il faut prendre soin (encore aujourd’hui).

Pour revenir à Nina Simone, nous suivons son évolution dans le livre et un événement fort va marquer sa vie à douze ans. Un concert a lieu dans une église et Nina doit jouer du piano. La jeune fille va révéler toute sa force de caractère en refusant que sa mère soit au fond de la salle, derrière les Blancs (comme dans le bus). Pour le premier concert de la jeune pianiste, il n’est pas question de couleurs, mais juste une mère qui doit être au premier rang pour applaudir sa fille. Nina finit par avoir gain de cause et on peut dire que sa carrière a sûrement vraiment débuté ce jour-là. Une magnifique carrière qu’on lui connaît ainsi qu’un engagement politique qui ont fait d’elle une personnalité extraordinairement forte.

Les illustrations de Bruno Liance sont admirables et semblent grésiller comme un vieux vinyle. Le blanc des images est lumineux et le noir chaleureux, profond, scintillant. La musique transpire de chacune des pages et tout au long du texte d’Alice Brière-Haquet qui sonne (prenant l’allure d’un long poème), il y a des extraits de berceuse (en anglais) comme des refrains de chanson de jazz qui viennent scander le texte. Il y a des berceuses chantées par la mère de Nina à sa fille et Nina elle-même chantant à sa propre fille, Lisa. Car, au-delà de la musique et du racisme, ce livre met aussi l’accent sur l’amour maternel de trois générations. Nina Simone a été encadrée, portée par l’amour des deux femmes de sa vie: sa mère et sa fille.

Deux bonus:

  • une playlist Deezer de Nina Simone (14 titres) pour prolonger la lecture, c’est gratuit et c’est sur le site de Gallimard jeunesse;
  • une interview d’Alice Brière-Haquet sur le blog « Un livre dans ma valise » tenu par Sandrine.

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Maison d’édition: Gallimard Jeunesse Giboulées

Année de parution: 2015

Prix: 14,90 euros